ACTES DE GLAT 2000 La communication multilingue et l'interactivité : l'écriture au-delà des mots.
11-13 juillet 2000
Les énoncés usuels :
de nouveaux objets pour de nouveaux dictionnaires
0. Introduction
L'objectif de cet article est de présenter la problématique
et la structure d'un nouveau type de dictionnaire de langue, monolingue
ou bilingue (voire plurilingue), qui prenne pour objet les "énoncés
usuels" et en propose une analyse aussi complète que possible permettant
de présenter les données en autant de listes que de variables,
systématiquement mises en relation. Il s'agit de concevoir des dictionnaires
pragmatiques hypertextuels. La notion d'énoncé usuel n'a
pas le caractère d'évidence de la notion de mot : au-delà
de l'intuition qu'il y a, dans le discours et l'infini des énoncés
qui peuvent s'y produire, des énoncés plus usuels que d'autres,
le champ des énoncés usuels, qui n'a de tradition établie
que dans le cas particulier de la parémiologie, reste largement
à construire.
Il ne peut s'agir dans ces quelques pages de mettre à plat l'ensemble
de la problématique concernée : tout au plus pourra-t-on
indiquer quelques pistes de recherche pour la caracté-risation d'un
objet nouveau. Nous présenterons ensuite un chantier de pragmatographie
française hypertextuelle et proposerons une structure pour des dictionnaires
pragmatiques bilingues, illustrée par des exemples coréens-français.
1. Éléments de pragmatique des énoncés
1.1. L'énoncé réalise un acte de langage
Avant de rechercher des critères du caractère usuel d'un
énoncé il est nécessaire de mettre en place un modèle
permettant de définir les énoncés comme des unités
de discours relevant de la pragmatique des actes de langage. C'est à
partir de ce modèle que pourront être construites la micro-
et la macrostructure d'un dictionnaire pragmatique.
Un énoncé est le produit d'un acte d'énonciation.
Dans un dialogue, il peut constituer un tour de parole. L'énoncé
lui-même, du fait de ses particularités (nous verrons lesquelles)
et du fait d'être l'objet d'un acte d'énonciation, réalise
un certain acte, dit "acte illocutoire" , "acte de parole", "acte de langage"
("speech acts" ) : dire Il fait beau, c'est représenter le
fait qu'il fait beau, dire Viens, c'est demander à l'allocutaire
de venir, etc.
La plupart des actes de langage illocutoires portent sur un objet propositionnel,
dit "contenu propositionnel", à l'exception de certains énoncés
à fonction rétributive (Merci, Je te remercie, Pardon,
Je m'excuse, …). Dans Viens, il y a un acte, la demande, et
un contenu propositionnel, ce qui est demandé, qui est que l'allocutaire
vienne. La fonction de l'acte de langage réalisé par un énoncé
sur son objet, c'est la sorte d'effet que l'acte de langage fait subir
à cet objet, ou à un humain (locuteur, allocutaire) à
propos de cet objet.
Il est éclairant de situer les actes de langage parmi les autres
événements dynamiques. Si l'on considère tous les
types d'effets possibles, on peut les répartir, eu égard
à leur nature, en effets physiques (et somatiques), psychologiques,
intellectuels, conventionnels.
Les effets physiques changent quelque chose à la matérialité
de l'objet. Les effets psychologiques sont les affects, les sentiments
(qui peuvent eux-mêmes avoir des effets psychosomatiques). On parlera
d'effets "intellectuels" pour les actes de représentation, d'évaluation,
de programmation , d'explication, dont l'effet ne se produit pas précisément
sur leur objet (respectivement représenté, évalué,
programmé ou expliqué), mais sur l'esprit de quelqu’un, à
propos de cet objet. Quant aux effets conventionnels il n'ont d'existence
que par une convention, un consensus, sans lesquels ils ne seraient rien
(le remerciement, le pardon).
Le langage est lui-même conventionnel : il y a des signifiants
qui, par convention, réalisent tel ou tel acte de langage.
Seule la réalité physique (y compris la matérialité
des signifiants) peut avoir des effets physiques. Seuls les signifiants
en tant que tels peuvent avoir des effets conventionnels. La réalité
physique et les signifiants peuvent avoir des effets psychologiques . Mais
la réalité, de même que les signifiants — c'est un
point essentiel pour comprendre la pragmatique des énoncés
— peut avoir des effets intellectuels (§ 1.3.3).
1.2. Comme tout acte, l'énoncé est une réaction à un motif
Il manque à la théorie classique des actes de langage
d'avoir pris en compte la notion strictement complémentaire de la
notion d'acte, sans laquelle celle-ci n'est pas intelligible, qui est la
motivation. Rien n'existe isolément, c'est le principe de causalité.
La sphère des événements involontaires est régie
mécaniquement par des causes, alors que les actes volontaires, intentionnels,
doivent pouvoir être rapportés par du discours, à
des motivations vis-à-vis desquelles l'agent (estime qu'il) se détermine
librement. De plus et, ce trait est capital parce qu'il assure l'intelligibilité
de la relation de l'acte à son motif, les actes volontaires sont
des réactions, de divers types, à leurs motifs.
Appliqué à l'action intentionnelle, le principe de causalité,
qui peut s'écrire :
cause
état de chosesc ["cause"] état de chosese
["effet"]
devient :
motive
état de chosesm ["motif"] acter ["réaction"]
réagit à
Alors que la cause produit l'effet, le motif n'est qu'une condition préparatoire de l'acte.
Il faut à ce point préciser brièvement ce qu'il
faut entendre par motivation, non seulement parce que les énoncés
ont des motivations mais aussi parce qu'ils peuvent réaliser, et
représenter, des motivations.
Un état de choses peut motiver de par une convention qui lui
est attachée, ou par une valeur reconnue à cet état
de choses.
De manière générale un état de choses de
valeur positive peut motiver un acte, dit de "participation", qui va dans
le sens de l'état de choses (le beau temps m'incite à sortir
: pour profiter du beau temps) ; inversement, un état de choses
de valeur négative peut motiver un acte dit d' "opposition" (la
pluie m'incite à prendre un parapluie : pour m'en protéger).
La source de la valeur d'un état de choses peut être (perçue
comme) naturelle (une blessure est par défaut de valeur négative
pour le blessé), culturelle, conventionnelle (en France, mettre
ses coudes sur la table du repas est de valeur négative, parce que
cet acte est conventionnellement stigmatisé), ou individuelle (j'aime
ceci, je n'aime pas cela).
Une convention peut faire d'un état de choses matériel
un signifiant "impératif" : c'est le cas du feu rouge "ordonnant"
de s'arrêter. L'énoncé normatif On met sa main devant
sa bouche quand on baille fait référence à un
état de choses, "on baille", motif par convention pour mettre sa
main devant sa bouche (mais on voit que cette convention ne fait qu'imposer
un acte d'opposition préventive à un état de choses
de valeur négative).
Peuvent être considérés comme représentant
des motifs les énoncés descriptifs et évaluatifs concernant
le point d'origine de l'acte aussi bien que son point d'aboutissement (but,
conséquence) (énoncé descriptif : je prends mon parapluie
parce qu'il pleut / pour me protéger/ parce que ça protège
de la pluie ; énoncé évaluatif : je fais cela parce
que c'est bien de le faire, parce que ça m'arrange).
1.3. Modes de réalisation des actes de langage
Il y a, en première analyse, deux modes de réalisation des actes de langage : par les signifiants et par les signifiés. Le mode de réalisation par les signifiants est conventionnel, il ressortit à la morphosyntaxe et à la sémantique linguistique ; le mode par les signifiés relève d'une "sémantique" référentielle, qui traite des relations des "choses" entre elles. Le niveau formel des énoncés définit leur fonction immédiate, l'analyse du contenu des énoncés définit leur fonction médiate — médiate parce qu'à ce niveau la fonction de l'énoncé dépend des propriétés reconnues au contenu de l'énoncé.
1.3.1. Fonctions immédiates des énoncés
L'acte de langage est réalisé par des signifiants lexico-morphosyntaxiques.
Il y a des actes de langage attachés à la littéralité
des énoncés.
On peut en proposer la typologie minimale suivante (les énoncés
qui ne semblent pas devoir être considérés comme usuels
sont mis ici entre parenthèses) :
— phrasillons
- monolexicaux : Oui, Si, Non (diverses fonctions de participation,
d'opposition), programmatifs : Hep !, Psst !, Chut !, Ouste !, Allô
?, rétributifs : Merci, Pardon, divers: Bonjour, abréviations
d'énoncés performatifs explicites (infra) : Félicitations,
Condoléances, Salutations, Promis, Juré, Adjugé,
- polylexicaux non compositionnels : expressifs : Ça alors
!, Eh ben dis donc !, Tu parles !
— morphosyntaxe
représentative :
. prédicat descriptif : (Il fait beau, La marquise sortit
à cinq heures,…)
. prédicat évaluatif : épistémique : C'est
vrai, faux, opinion : C'est mon avis, Tu as raison, Ça devait
arriver, …, cognitif : intelligibilité : C'est clair, C'est
bizarre, …, axiologique : hédonique Ça me plaît,
éthique C'est honteux, technique Ça ne sert à
rien,
. prédicat programmatif : hédonique J'en ai envie,
éthique C'est obligatoire, technique C'est indispensable,
interrogative : (Tu le connais ?, Quelle heure est-il ?, …)
impérative : (Dis-moi quand, Viens, …)
1.3.2. Fonctions immédiates figurées
Un acte de langage peut être réalisé par figure
à partir des modes de réalisation précédents
:
— figures de polarité du contenu propositionnel (contradiction,
contrariété) :
= emploi négatif du positif :
C'est agréable !, Ça va !, Tu es bien avancé
!, Plains-toi !, Comptes-y !
= emploi positif du négatif :
Faut pas te gêner !, Surtout, ne dis pas merci !
— figures d'illocutoire :
= représentatif d'emploi performatif [réalisatif] (énoncés
performatifs explicites)
illocutoires ordinaires : Je te demande pardon,
illocutoires institutionnels : Je demande la parole,
ici la représentation d'un état de choses réalise
cet état de choses
mais aussi : La séance est ouverte, Vous êtes viré,
…
= représentatif d'emploi programmatif
Tu fais ce que je te dis !, Tu viendras pas te plaindre !
= interrogatif d'emploi représentatif
Tu veux une gifle ? ("non"), De quel droit ? ("aucun"),
De quoi j'aurais l'air ? ("d'un imbécile")
— figures d'énoncés :
= représentatifs d'emploi évaluatif positif : Je pense
bien !
= programmatif
d'emploi représentatif : Va savoir !, Va lui faire comprendre
!
d'emploi évaluatif négatif : Et allez donc !, Allons
donc !, Penses-tu !
1.3.3. Fonctions médiates des énoncés
Les propriétés des états de choses qui sont à la base des fonctions médiates de la représentation des états de choses sont leur évaluation et leur participation à des relations de causalité au sens large, cause physique ou motivation (par la valeur ou par la convention), etc. La représentation d'un état de choses lui conserve son évaluation ; elle ne conserve pas ses propriétés physiques : l'énoncé Il pleut, au contraire de la pluie, ne mouille pas. Par contre, les fonctions psychologiques et intellectuelles des états de choses réels se maintiennent dans la représentation, dès lors que ces représentations sont tenues (à tort ou à raison) pour fidèles. Seuls nous intéressent ici les effets intellectuels des représentations d'états de choses : comme les signifiants lexico-morphosyntaxiques, les (représentations d') états de choses peuvent représenter (mais ici médiatement), évaluer, programmer d'autres états de choses . De plus les représentations d'états de choses peuvent, comme les états de choses, expliquer d'autres états de choses, ce qu'un signifiant ne peut faire.
— représentation médiate
Un état de choses considéré comme effectif représente l'effectivité des chaînes de ses antécédents et conséquents considérés nécessaires ou possibles. Le coeur m'a manqué représente, en tant que condition de faisabilité non effective, que je n'ai pas fait ce que j'étais censé faire, Je ne suis pas sourd représente médiatement, que j'entends (notamment, ce qu'on me dit).
— programmation médiate
Un état de choses programme un acte s'il est reconnu comme un motif (motif par convention ou par évaluation) pour cet acte : le fait que je baille m'incite à mettre la main devant ma bouche (convention), le fait qu'il pleut m'incite à prendre mon parapluie pour sortir (évaluation). C'est de manière relativement extralinguistique que Y a des enfants incite à ne pas dire ou faire certaines choses (motivation par convention), que Un accident est vite arrivé incite à la prudence (motivation par évaluation) . De plus, la programmation d'un acte programme les chaînes de ses conditions de réalisation et des actes qu'il conditionne considérés nécessaires ou possibles.
— évaluation médiate
L'évaluation d'un état de choses représenté se propage aux états de choses ayant certaines relations avec lui :
évaluant évalué / évalué
= relations de type synecdochique
genre / espèce : C'est de l'histoire ancienne.
partie / tout : Il y a un cheveu, un os.
= relations de type métaphorique
comparant / comparé : C'est de l'algèbre.
(non) similitude / occurrence : Ça change, C'est toujours
pareil.
= relations de type métonymique
. rétrospectives
cause / acte : Tu es tombé sur la tête ?
motif / acte : C'est pour ton bien.
condition de faisabilité / acte : À ton âge
!
locuteur / représentation : C'est moi qui te le dis.
. prospectives
conséquence / cause : On voit tout !
conséquence / acte : Qu'est-ce que tu vas penser de moi ?
réaction / motif (acte) : Il faut tout te dire !
acte / intention : Tu dis ça !
allocutaire / acte : À qui le dis-tu ?
1.3.4. Fonctions médiates et conventions d'usage des énoncés
On s'attendrait à ce que les énoncés — nombreux — dont la fonction n'est pas réductible à leurs seuls signifiants lexico-morphosyntaxiques tiennent leur fonction de l'état de choses qu'ils représentent, mais certains font l'objet de conventions d'usage purement linguistiques, ce qui les signale come "énoncés usuels". Ces conventions sont de différents types.
— les états de choses représentés sont fictifs
L'énoncé ne prétend pas faire référence
à quelque chose de vrai ni même de possible, mais il active
la fonction qu'aurait l'état de choses s'il était vrai :
Un ange passe expliquant, à titre de motivation un blanc
dans la conversation, Ton nez remue, prouvant, à titre de
conséquence, que tu mens.
— la participation de l'état de choses représenté
à une relation de causalité est conventionnelle
Il va pleuvoir, adressé à quelqu’un qui chante
faux, ne prétend pas que chanter faux provoque la pluie, mais si
cela était, le chanteur en serait humilié — il en va de même
avec l'équivalent pragmatique de cet énoncé en coréen,
"le cochon va venir" ; par contre les relations de causalité posées
ou impliquées par des énoncés comme Pas de nouvelles,
bonnes nouvelles, Sept ans de malheur !, Qu'est-ce que j'ai fait au bon
Dieu ? n'ont d'autre caution qu'une convention discursive.
— relations irrationnelles entre états de choses
Les relations instaurées entre états de choses échappent
au domaine de la causalité et sont entièrement dépendantes
des énoncés qui les instaurent dans des cas tels que Heureux
au jeu, malheureux en amour, Araignée du matin, chagrin, araignée
du soir, espoir, Un(e) de perdu(e), dix de retrouvé(e)s, Jamais
deux sans trois.
— l'état de choses représenté a une valeur implicite
conventionnelle
Dans Il va pleuvoir, le fait qu'il va pleuvoir peut être
conçu, selon la situation, comme la représentation d'un état
de choses de valeur négative ou positive, mais lorsqu'il s'agit
de l'énoncé utilisé pour se moquer de quelqu’un qui
chante, c'est conventionnellement la valeur négative qui est attribuée
à la pluie. C'est toi qui le dis ! représente conventionnellement
un état de choses de valeur négative (donc c'est douteux),
C'est moi qui te le dis, un état de choses de valeur positive
(donc c'est vrai).
Entre les fonctions des énoncés données par le matériel linguistique formel (fonctions immédiates) et celles données par l'analyse référentielle du contenu des énoncés (fonctions médiates) existe ainsi une couche intermédiaire, où il s'agit encore de fonctions médiates, mais où ce sont des conventions d'usage qui confèrent des propriétés au contenu, du moins à se représentation — et cette couche intermédiaire relève de plein droit de la linguistique.
2. Critères du caractère usuel d'un énoncé
Les énoncés usuels appartiennent à ces "structures
préformées" dont Gülich & Krafft estiment que l'utilisation,
aux différents niveaux d'analyse du discours, ne constitue pas l'exception
mais la règle. Pour ces auteurs les structures préformées
présentent quatre propriétés : on les reconnaît
comme telles, parce qu'elles ont été mémorisées
; elles possèdent des particularités ; elles sont statistiquement
fréquentes ; elles peuvent être présentées comme
telles (comme on dit…).
Le caractère usuel de certains énoncés a été
théorisé pour la première fois par Ivan Fónagy
dans Situation et Signification (1982) , qui distingue entre "énoncés
libres" et "énoncés liés". Fónagy caractérise
principalement les énoncés liés par leur récurrence
dans des situations elles-mêmes récurrentes. Bien que le lien
(pragmatique) d'un énoncé lié à sa situation
ne se lise pas sur l'énoncé — ce lien est "secret" — de nombreux
énoncés possèdent des particularités qui sont
les indices (mais non nécessaires) de leur caractère lié.
Le champ des énoncés usuels que nous essayons de construire
est plus large que celui des énoncés liés puisqu'il
contient des énoncés dont la fonction est marquée
par les signifiants : un énoncé comme Tu abuses n'est
pas lié dans la mesure où il contient l'indication de ses
conditions d'énonciation (abuser c'est faire un acte qui viole une
norme éthique) mais il peut être considéré comme
usuel en raison des nombreuses situations dans lesquelles il peut être
utilisé : à côté des énoncés liés,
ayant des emplois spécialisés, il est intéressant
de relever des énoncés généralistes.
Nous tenterons ci-dessous de donner quelques pistes en vue de la constitution raisonnée d'une nomenclature d'énoncés usuels, ayant des propriétés pragmatiques remarquables.
2.1. Critères tenant au mode de réalisation des actes de langage
2.1.1. Fonction immédiate
— Contenu propositionnel de la fonction immédiate non dénommé
dans l'énoncé :
= L'acte de langage n'a pas de contenu propositionnel : énoncés
généralistes : Merci, Pardon, spécialisé
: Condoléances.
= L'acte de langage a un contenu propositionnel
. contenu non dénommé dans l'énoncé(il
peut y être désigné par un pronom) :
phrase nominale : En avant la musique !, Du courage !
phrase représentative :
descriptive : Ça veut dire quelque chose, Ça en dit
long
évaluative : C'est honteux, Quelle honte !, (C'est) dommage.
programmative : J'(en) ai envie, Il le faut, C'est obligatoire.
énoncé performatif explicite : Je le jure, J'en conviens,
J'en prends acte, Je t'en prie, Je te remercie, Je m'excuse, …
phrase impérative : Allez !, Vas-y ! ("fais-le"), Finissons-en
!
phrase interrogative : Oui ?, Non ?, Alors ? (au sens de Quoi
de neuf ?)
. contenu dénommé en termes de fonction réactive
:
phrase représentative descriptive : Je vais t'aider, Je me
vengerai.
phrase représentative programmative : Il faut réagir,
Il faut en profiter.
phrase impérative : Rends-toi utile !, Fais quelque chose
! ("réagis")
Les énoncés obtenus sont des énoncés généralistes,
réagissant à des motifs d'énonciation définis
en termes plus ou moins abstraits.
— Acte de langage réalisé par fonction immédiate figurée, que s'y ajoute (Pour qui tu me prends ?) ou non (Tu te tais !) une fonction médiate (tous les énoncés cités au § 1.3.2 supra sont usuels, généralistes ou spécialisés, particulièrement ceux dont le sens littéral est inusité).
2.1.2. Fonction médiate
On relévera tous les énoncés à fonction
médiate généralistes du fait que leur motif d'énonciation
n'est déterminé que de façon abstraite :
— état de choses non déterminé pour C'est toujours
pareil,
— acte non déterminé pour J'ai pas le temps, J'ai
changé d'avis, …
— acte illocutoire dont le contenu propositionnel n'est pas déterminé
pour Tu es sûr ?, Tu ne le sais pas ?, Tu y tiens vraiment ?,
…
Il faudra prendre en compte tout particulièrement les énoncés
spécialisés pour lequels existe un implicite conventionnel
d'évaluation ou de rôle dans une relation de causalité
:
— évaluation : J'ai tout essayé, C'est toi qui
le dis, C'est toujours pareil,
— rôle dans une relation de causalité : Un ange passe,
Ton nez remue, Sept ans de malheur !), On a cassé le moule, Tu as
perdu ta langue ?,
= en particulier, rôle de motif conféré implicitement
par une convention extralinguistique implicite : J'étais là
avant vous, et a fortiori par une pseudo-convention extralinguistique
: Je ne suis pas le facteur.
Il en va de même des relations hors causalité établies
dans les énoncés Jamais deux sans trois, etc.
2.2. Homopragmie
Une même phrase peut donner lieu, en emploi,
— à un énoncé non usuel, dont la fonction actuelle
sera déterminée par le motif d'énonciation actuel
(Il est huit heures) ;
— à un énoncé usuel dont le sens littéral,
qui serait non usuel, est inusité (Tu ne peux pas faire attention
? n'est jamais une vraie question) ;
— à un énoncé non usuel (Il va pleuvoir),
dont le fonction dépend du motif d'énonciation, et à
un énoncé usuel (à quelqu’un qui chante faux), ayant
une fonction nécessaire déterminée (ici, évaluation
négative) ;
— à plus d'un énoncé usuel (Tu peux attendre
: conseille soit d'attendre soit de ne pas attendre) ;
— à un énoncé non usuel et à un ou plus
d'un énoncé usuel (Je n'ai pas que ça à
faire : simple représentation, refus de faire ou acceptation
de faire, mais rapidement).
2.3. Critères formels
Certaines propriétés formelles peuvent être l'indice
du caractère usuel d'un énoncé. Fónagy (op.
cit. 35-69) analyse notamment
— la variabilité réduite : on dit Allez, viens !
mais non *Va, viens !,
— les ellipses : du prédicat : Ça… !, du complément
d'objet : J’aime !, de la principale : Si je ne me retenais pas…,
de la subordonnée : Je ne sais pas ce que je ferais ! ,
— les indices phonétiques (les e muets différemment
distribués selon le sens libre ou lié de Il faut que je
me sauve "il faut que je fasse mon salut" / "il faut que je m'en aille")
et prosodiques (les intonations différentes de Tu peux le dire,
libre : "tu as la permission de le dire" ou lié "c'est bien vrai"),
— la non-compositionnalité stylistique : Ce n’est pas de
refus, familier sans mot familier.
Notons que la présence d'un trope dans un énoncé
ne saurait suffire à faire reconnaître cet énoncé
comme usuel : Je n'ai plus de jambes au sens de "je suis fatigué
d'être resté debout, d'avoir marché" n'est pas plus
usuel que Je suis fatigué.
2.4. Idiomatismes
C'est dans la comparaison des langues que se révèlent les particularités de chacune et le caractère très risqué des calques des énoncés usuels d'une langue à l'autre (§ 3.2.2).
Ces critères sont cumulatifs : un énoncé sera d'autant plus usuel qu'il satisfera à davantage de critères. Reste qu'en l'absence d'autres critères, un énoncé peut être considéré comme usuel simplement parce qu'il est spécialisé et conventionnellement préféré.
2.5. Conventions de réaction à un motif d'énonciation
Un nombre sans doute considérable d'énoncés sans
particularité formelle sont usuels parce qu'ils sont récurrents
pour réaliser telle fonction dans tel motif d'énonciation.
On le montrera en esquissant un inventaire des manières de demander
à quelqu’un son identité.
Un problème majeur est en effet de construire une onomasiologie
pragmatique des énoncés qui rende compte dans le détail
de la complexité des faits observés, c’est-à-dire
de la richesse de la compétence pragmatique des locuteurs.
Sans aborder ici la question des typologies à mettre en place,
examinons les rapports entre motif d'énonciation, fonction de l'énoncé
et énoncé :
- tel motif peut appeler une ou plusieurs fonctions au choix de l'agent
motivé,
- telle fonction vis-à-vis de tel motif d'énonciation
peut se réaliser par un ou plusieurs énoncés au choix.
Le choix de la fonction, et par ailleurs le choix de l'énoncé,
peuvent être régis par des conventions qui sont des conventions
de réaction au motif d'énonciation, déterminées
par certaines circonstances :
- tel motif appelle, dans telle circonstance, telle (ou telle) fonction,
par exemple on peut saluer quelqu’un que l'on rencontre, mais on peut s'en
abstenir s'il s'agit d'un inconnu ;
- telle fonction appelle, dans telle circonstance, tel (ou tel) énoncé.
Le modèle de production serait donc :
M + CM > F
F + CF > E
tel état de choses M motive, dans telle circonstance CM telle
fonction F qui, dans telle circonstance CF, se réalise par l'énoncé
E.
exemple :
M : le locuteur L ignore l'identité de l'allocutaire A
CM : A s'adresse à L : L est alors en droit de s'enquérir
de l'identité de l'allocutaire
F : s'enquérir de l'identité de l'allocutaire
CF(1) : A appelle L au téléphone
- énoncés usuels :
Qui est à l'appareil ?, À qui ai-je l'honneur ?
- énoncés non usuels :
Qui parle ?, Qui est là ?, Qui est-ce ?, Vous êtes
qui ?, Qui êtes-vous ?, Votre nom (s'il vous plaît) ?, Excusez-moi,
je ne sais pas qui vous êtes, …
CF(2) : A frappe à la porte
Qui est là ?, Qui est-ce ?, Qu'est-ce que c'est ?
CF(3) : A au guichet d'une administration :
Vous êtes Madame / Monsieur … ?
C'est à quel nom ?
(Quel est) votre nom (s'il vous plaît) ?
Il faudrait alors compléter le modèle "onomasiologique"
en tenant compte de l'objet O sur lequel porte la fonction de l'énoncé
lorsque cet objet ne se confond pas avec le motif d'énonciation
M :
F [+ O] + CF > E
(O est mis entre crochets pour signifier que sa présence est
contingente.) Les objets à prendre en compte ne sont évidemment
que ceux qui sélectionnent les énoncés.
Les "circonstances" de la fonction (CF) ne comprennent pas que des
éléments situationnels, il faut aussi y inclure des variables
relationnelles entre les interlocuteurs. Ainsi c'est avoir ou prendre un
ton supérieur que de dire :
Rappelez-moi votre nom.
Vous vous appelez … ?
alors qu'à un enfant on dira plutôt (et il dira lui-même)
Comment tu t'appelles ?
Or si on analyse les énoncés relevés on s'aperçoit
que la plupart ne sont remarquables ni du point de vue formel, ni du point
de vue de leur fonction immédiate : les questions sont de vraies
questions, l'impératif est un vrai impératif. On notera tout
au plus l'ellipse de À qui ai-je l'honneur [de parler] ?,
et le Qu'est-ce que c'est ? qui déplace l'objet de la question
de l'identité du visiteur à celui de l'objet de sa visite.
Le caractère usuel des autres énoncés tient simplement
au fait qu'ils sont, dans telle circonstance, conventionnellement préférés
à d'autres qui feraient a priori, sémantiquement, aussi bien
l'affaire.
3. De nouveaux dictionnaires
Dans un dictionnaire de langue classique les mots son définis
— sémantiquement — de manière circulaire, par une paraphrase
utilisant des mots figurant eux-mêmes à la nomenclature. Les
énoncés usuels qui peuvent s'y trouver cités (proverbes
ou autres) sont analysés le plus souvent sémantiquement,
parfois pragmatiquement. La distinction n'est pas faite entre expressions
figurées relevant de la sémantique dénominative, et
énoncés usuels, figurés ou non .
Un dictionnaire pragmatique monolingue doit nécessairement avoir
une composante de type onomasiologique pour être un dictionnaire
de production. Les bases de données structurées permettent,
pour peu que toutes les informations sémasiologiques y soient rangées
dans des catégories structurées, d'obtenir des tris de type
onomasiologique pour chacune des variables utilisées dans l'analyse.
Le format hypertexte permet de circuler librement dans l'ensemble des différentes
listes obtenues.
3.1. Un double chantier de pragmatographie hypertextuelle du français : Déus et Dicomotus
Ces deux dictionnaires sont au départ conçus comme des
instruments de recherche visant à la fois à construire une
grille d'analyse pragmatique des énoncés, puis à définir
la forme à donner à un dictionnaire pragmatique monolingue
grand public et à des dictionnaires pragmatiques bilingues ou multilingues
.
Le Dictionnaire des énoncés usuels (Déus)
a vocation à enregistrer tous les énoncés usuels répondant
aux critères élaborés pour leur reconnaître
cette propriété. Le Dictionnaire des énoncés
de motif usuels (Dicomotus) ne retient, de l'ensemble des énoncés
usuels que ceux qui représentent un état de choses ayant
naturellement ou par convention d'usage une fonction de motivation pour
un acte déterminé de manière plus ou moins précise
. La notion de motif, posée comme complémentaire de la notion
d'acte, est alors doublement concernée : tout énoncé
procède d'un acte d'énonciation ayant un motif d'énonciation,
et le contenu de l'énoncé représente le motif d'un
acte. Entre ces deux motifs existe un rapport organique qui rend compte
de la fonction de l'énoncé : le motif représenté
est soit le motif du motif d'énonciation (qui est donc un acte),
soit le motif d'un acte motivé, comme l'est l'énoncé
lui-même, par le motif d'énonciation :
— Je ne suis pas sourd, motivé par le fait que l'allocutaire
me parle trop fort, représente l'absence du motif "je suis sourd"
pour me parler aussi fort, c’est-à-dire pour pallier mon déficit
auditif ; dénier à un acte (ici, le motif d'énonciation)
l'effectivité du motif qui le justifierait c'est l'évaluer
négativement ;
— Il faut te faire un dessin ? motivé par le fait que
l'allocutaire ne comprend pas ce que je lui dis, représente un motif
pour un acte, "te faire un dessin", motivé par le même fait
que tu ne comprends pas, et ayant pour fonction de t'aider à comprendre
; cet énoncé a lui aussi une fonction d'évaluation
négative de son motif d'énonciation, en ce qu'il propose
une solution conventionnellement réservée aux pauvres d'esprit.
3.1.1 Macrostructure
Le dictionnaire pragmatique unilingue comprend une liste sémasiologique
dans laquelle les énoncés sont classiquement rangés
par ordre alphabétique d'un mot-vedette, et cinq groupes de listes
de type onomasiologique qui sont des tris structurés portant : sur
le motif d'énonciation de l'énoncé, sur le contenu
de l'énoncé, sur sa fonction, sur sa forme, et sur les attestations
de l'énoncé dans le corpus utilisé.
Chacune de ces listes est accessible par un index spécifique,
par forme ou par notion selon le cas. Dans les articles sémasiologiques
chaque énoncé renvoie à son occurrence dans chacune
des listes de tri ; les listes de tri regroupent les énoncés
ayant en commun une même valeur de la variable concernée,
et chaque énoncé dans un tri renvoie à l'article sémasiologique
qui lui est consacré. On donne ainsi au dictionnaire une lisibilité
maximale qui en fait d'abord l'instrument critique de sa propre élaboration.
3.1.2. Microstructure de la partie sémasiologique
La microstructure comporte dix rubriques principales :
- énoncé
- registre
- présence dans les dictionnaires de référence
- nature du motif d'énonciation nécessaire
- fonction de l'énonciation
- contenu et propriétés (pour Dicomotus : motif
ou condition d'action représentée dans l'expression)
- forme de l'expression (morphosyntaxe, particularités formelles)
- variantes
- critères d'attribution du caractère usuel
- attestations .
La partie la plus délicate à réaliser est celle
qui concerne la fonction des énoncés. Il faut d'abord se
donner une typologie des fonctions réactives, en termes de participation
et d'opposition au motif d'énonciation. Il faut ensuite concevoir
une utilisation de cette typologie dans le cadre lexicographique : affecter
à chaque énoncé une fonction en langue, commune à
tous ses emplois, et rendre compte des possibilités de fonctions
actuelles dans les emplois effectifs. Prenons un exemple simple. Tu
abuses a pour fonction nécessaire une évaluation négative,
réalisée par fonction immédiate ; or, dans un emploi
où l'acte incriminé est en cours, on comprend que cet énoncé
équivaille à une demande d'arrêter cet acte : évalué
négativement, l'acte en cours motive en effet une réaction
d'opposition dont la plus efficace, pour un état de choses en cours,
est d'y mettre fin. Mais cette fonction actuelle ne peut se réaliser
avec un motif d'énonciation accompli. Le calcul des possibilités
de fonctions actuelles à partir de la fonction nécessaire
d'un énoncé peut se faire à partir de l'établissement
de règles de "réécriture" de la fonction nécessaire
dans le "contexte" de la variation de certains paramètres concernant
le motif d'énonciation (ici, son état de déroulement).
3.2. Dictionnaires pragmatiques bilingues : exemple coréen-français
3.2.1. Microstructure
À des fins pratiques on peut proposer une microstructure sémasiologique
minimale pour un dictionnaire pragmatique bilingue :
- énoncé, registre,
- traduction mot à mot,
- traduction littérale, directe,
- définition pragmatique : motif d'énonciation, fonction
(rédaction en clair, suivie des descripteurs onomasiologiques entre
crochets),
- équivalent(s) pragmatique(s) dans la langue cible (équivalents
approximatifs, emploi plus restreint, même emploi, emploi plus large)
avec indication du registre de ces équivalents.
Des attestations, montrant des emplois effectifs de l'énoncé
restent cependant souhaitables, vu qu'un bon exemple vaut mieux qu'un long
discours métalinguistique.
3.2.2. Traduction littérale et équivalent pragmatique
Les rapports entre traductions littérales et équivalents pragmatiques présentent différents cas de figure que nous illustrons avec les données d'un Dictionnaire pragmatique coréen-français, français-coréen (DPCF) en cours d'élaboration. On n'abordera pas ici les problèmes posés par la lexiculture et la pragmaculture contrastives .
— traduction littérale pragmatiquement opaque
dal myeon samkigo sseumyeon baeko...... (sout.)
litt. : Si c'est sucré, on avale et si c'est amer, on recrache
et…
Situation : A [allocutaire] essaie de rejeter L [locuteur] parce qu'il
y a un problème dans leur relation. [acte volontaire : dispute]
Fonction : Reproche. [acte motivé par un état de choses
de valeur négative : évaluation négative]
Équivalents approximatifs : Maintenant tu veux te débarrasser
de moi ?, Tu en as marre de moi ?
— traduction littérale a priori transparente
= le calque est un énoncé usuel
eolgul jom puleora (fam.)
litt. : Détends ton visage s'il te plaît
Situation : A est énervé, stressé ou : A fait
la tête. [acte volontaire : énervement]
Fonction : reproche, conseil. [acte motivé par un état
de choses de valeur négative : demande d'opposition]
Équivalent(s) : même emploi : Détends-toi !
(conv.), Sois cool ! (fam.), Arrête de faire la tête!
(fam.), Laisse aller ! (fam.)
gigyega aninde...... (conv.)
litt. : Je ne suis quand même pas une machine.
Situation : L travaille trop contre sa propre volonté. [acte
volontaire : pénible]
Fonction : [acte motivé par un état de choses de valeur
négative : évaluation négative]
Équivalent(s) : même emploi : Je ne suis pas une machine
! (fam.), On n'est pas des esclaves ! (fam.)
= le calque est un faux-ami pragmatique
équivalent proposé pour :
nungamara (fam.)
litt. : Ferme les yeux. (au sens de : "Meurs !"). Faux-ami : en français,
l'emploi lié de Ferme les yeux annonce une surprise ou est
motivé par la pudeur de quelqu’un qui se déshabille.
Situation : A est paresseux. [acte volontaire : paresse]
Fonction : Moquerie. [acte motivé par un état de choses
de valeur négative : évaluation négative]
Équivalent(s) : même emploi : Tu peux retourner te
coucher. (fam.)
équivalent non trouvé pour :
manhi jom bwajuseyo (conv.)
litt. : Veillez bien sur moi s'il vous plaît. Faux-ami : tel
quel Veillez-bien sur moi apparaît comme une demande de protection
qui ne renvoie qu'à une situation d'insécurité du
locuteur.
Situation : Première rencontre avec un supérieur ou un
égal dans le cadre professionnel. [acte volontaire : embauche]
Fonction : demande d'assistance, par modestie conventionnelle. [acte
motivé par un état de choses de valeur positive : participation
: demande de participation]
Équivalent(s) : non trouvé.
3.2.3. Macrostructure
Dans un dictionnaire bilingue la macrostructure comprendrait minimalement,
pour chaque langue :
— une liste sémasiologique (avec les équivalents dans
l'autre langue) et un index par mots et par énoncés,
— une partie onomasiologique comprenant une liste par motif d'énonciation
et une liste par fonction. (Une liste unique pour les deux langues, avec
des descripteurs bilingues, serait un précieux instrument de comparatisme
pragmatique.)
Toutes les listes sont systématiquement reliées entre
elles par des liens hypertexte.
Dans l'état actuel des choses, chaque énoncé français
de ce dictionnaire bilingue (entrées du dictionnaire français-coréen,
équivalents français proposés dans le dictionnaire
coréen français) renvoie, lorsqu'il est disponible, à
son traitement et à ses attestations dans Déus/ Dicomotus.
*
Ces quelques indications théoriques et pratiques montrent l'étendue du travail à faire pour décrire et comparer les compétences pragmatiques en termes d'énoncés usuels.
NOTES
1 Austin, J. L. (1962) : How to Do Things with Words. Oxford, Clarendon Press, trad. fçse : Quand dire, c'est faire, Paris, Seuil, 1970.
2 Searle, J. R. (1969) : Speech Acts. Cambridge, CUP ; trad. fçse : Les actes de langage. Paris, Hermann, 1972.
3 On appelle "programmatifs" les actes qui envisagent, et en particulier incitent la réalisation d'un acte dans le futur, quel que soit l'agent éventuel de l'acte programmé.
4 Les effets psychologiques des signifiants — aussi bien que leurs effets physiques, s'ils portent sur des humains — relèvent de ce qu'Austin appelle les actes perlocutoires.
5 Nous ne prenons pas en compte ici les modalités de phrase (illocutions littérales) qui peuvent être réalisées par des moyens prosodiques, indispensables dans le cas d'énoncés dépourvus de fonction immédiate au niveau segmental : Moi, tu sais…, Ça… !
6 En principe — mais voir § 1.3.4, ces fonctions sont dans les choses avant d'être dans les signifiants qui les représentent.
7 Cet énoncé est, de plus, linguistiquement figé.
8 Gülich, Elisabeth, Krafft Ulrich (1997) : “Le rôle du “préfabriqué” dans les processus de production discursive”, in Martins-Baltar, M. (éd.), La locution, entre langue et usages, Paris : ENS Éditions Fontenay / Saint-Cloud (Collection Signes), Diffusion Ophrys.
9 Fónagy, I. (1982) : Situation et signification. Amsterdam, Benjamins.
10 Il s'agit de marqueurs de représentation médiate.
11 La réalité des conventions est plus complexe.
12 C'est notamment le cas avec les énoncés programmatifs : ici, s'enquérir de l'identité de quelqu’un a une fonction de programmation d'un objet qui est l'acte de A de s'identifier, et une fonction réactive sur le motif d'énonciation (L ignore qui est A), qui est d'inciter A à "rectifier" le motif d'énonciation en transformant l'ignorance de L en savoir.
13 Voir notamment le DEL. (note 16).
14 À la date de parution du présent article cet essai de pragmatographie est consultable sur le site :
http://lexico.ens-lsh.fr/mmb/idx.html (caduc !)
15 Motif ou autre type de condition d’action : cause (Tu as mangé du lion ?), qualités d'agent (Tu n'as pas d'amour-propre), condition de faisabilité matérielle (Je n'ai que deux mains), condition de faisabilité éthique - permission - (Tu es chez toi [chez moi]), condition de succès (Je ne peux rien affirmer [je risquerai de me tromper]). Dicomotus retient également des expressions de motif usuelles d'un niveau inférieur à celui de l'énoncé, qui forment un ensemble de "compléments de motivation" : par acquit de conscience, au bénéfice de l'âge, pour l'amour de l'art, …
16 DEL : Rey, Alain et Chantreau, Sophie (1989) : Dictionnaire des expressions et locutions. Paris : Le Robert ; DFNC : Cellard, Jacques et Rey, Alain (1980) : Dictionnaire du français non-conventionnel. Paris : Hachette ; DFP : Bernet, Charles, Rézeau, Pierre (1989) : Dictionnaire du français parlé. Le monde des expressions familières. Paris : Seuil ; NPR : Robert, Paul, Rey-Debove, Josette, Rey, Alain (1993) : Le Nouveau Petit Robert : Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française. Paris : Dictionnaires Le Robert ; RLFC : Bernet, Charles, Rézeau, Pierre (dir.) (1995), Richesses lexicales du français contemporain, Paris, Klincksieck ; TLF : INaLF, CNRS (1971-1994) : Trésor de la langue française. Paris : Gallimard.
17 Certains énoncés néessitent une sorte de lemmatisation pragmatique comparable, mutatis mutandis, à la lemmatisation morphologique.
18 1ère attestation, lorsqu'il s'en trouve, dans la base textuelle Frantext ; attestations dans le corpus du dictionnaire (depuis 1913) : romans (Proust, Quenaud, Calaferte, Sabatier), théâtre (Ionesco, Sarraute), entretiens semi-directifs (Crédif), cinéma français depuis 1929.
19 Voir Eui-Jeong Song (à paraître), "Lexiculture et pragmaculture dans un dictionnaire bilingue d'énoncés usuels (français-coréen, coréen-français)".