Construire un dictionnaire d'énoncés (unilingue comme plurilingue) :
à propos de Dicomotus





1. Le manque d'une lexicographie pragmatique

    La question d'une lexicographie des énoncés est une idée qui me travaille depuis qu'en 1976 j'ai été amené à proposer, pour servir d'outil didactique dans l'apprentissage du français langue étrangère, un inventaire de réalisations d'actes de parole (Martins-Baltar 1976). Quelles réalisations enseigner pour réaliser, par exemple, un acte de félicitation ? Certains énoncés semblent, plus que d'autres, spécialisés dans cette fonction : Toutes mes félicitations, Tous mes compliments, Je suis fier de toi, vs C'est très bien, etc. Un énoncé comme Il pleut, par contre, n'a pas vocation à réaliser un acte de parole particulier (ce n'est pas toujours une simple représentation). Cette distinction pourrait suffire à permettre de concevoir un dictionnaire d'énoncés.

    Comment expliquer le retard de la lexicographie dans le domaine des énoncés ? Sans doute faut-il invoquer la place privilégiée accordée aux mots, à la sémantique, dans les dictionnaires. La pragmatique des actes de langage, longtemps écrasée par une tradition philosophique qui réduisait la "logique" (science du discours) à la problématique de la vérité (1), a attendu Austin (1962) pour quitter la marginalité, mais elle s'est développée dans des conditions qui la rendaient peu apte à rendre compte du langage ordinaire, dès lors que la question du langage comme acte était posée prioritairement pour des actes de langage institutionnels avec un grand "I", comme la réalisation d'un acte de baptême (Austin), ou avec un petit "i", comme l'acte de promesse (Searle 1969). La théorie s'est d'abord intéressée aux "énoncés performatifs explicites", sui-référentiels, du type Je baptise ce vaisseau "Queen Elizabeth" ou Je te promets de venir, en considérant comme "actes de langage indirects" les énoncés qui pouvaient réaliser un acte de manière non sui-référentielle, comme lorsque Tu peux fermer la fenêtre ?, voire Il y a un courant d'air,  réalisent une demande de fermer la fenêtre, en concurrence avec le performatif explicite Je te demande de fermer la fenêtre, d'utilisation relativement peu probable. La théorie des actes de langage indirects s'est alors focalisée, pour se maintenir dans le cadre de la linguistique formelle, sur les "marqueurs de dérivation" expliquant comment un énoncé formellement interrogatif comme Tu peux fermer la fenêtre ? "dérivait" vers un acte directif (demande de fermer la fenêtre). Mais d'un énoncé comme Il y a un courant d'air lorsqu'il était employé avec la même valeur directive, la linguistique formelle n'avait rien à dire et on pouvait le reléguer dans une classe résiduelle d'énoncés, ceux représentant un motif (2) (le fait qu'il y a un courant d'air peut en effet être un motif pour fermer la fenêtre).


2. Les énoncés ont-ils vocation à constituer les entrées d'un dictionnaire ?

    Une machine bien programmée est capable de produire à l'infini des énoncés doués de sens et tous différents, dont un dictionnaire ne serait que la liste sans fin. Par contre, si l'on disposait du corpus des énoncés effectivement prononcés dans une langue l'infini auquel on aurait affaire serait dénombrable et il s'en faudrait que tous les énoncés y soient des hapax.

    On pourrait alors imaginer, pour en faire la matière d'un dictionnaire, une liste des énoncés les plus fréquents, un peu comme on l'a fait pour les mots du français fondamental — mais il y faudrait des moyens techniques considérables. On imagine que dans les "relations en public" devraient apparaître en tête de liste des énoncés comme Bonjour, Comment ça va ?, Merci, Je vous en prie, Excusez-moi, … Mais tout dépend du corpus : dans le théâtre de Nathalie Sarraute les énoncés les plus fréquents sont Non, C'est vrai, C'est ça, Tu comprends, Tu as raison, Je t'en prie, … On pourrait être tenté, en faisant le parallèle avec les listes de fréquence de mots, de parler d' "énoncés-outils" pour les énoncés les plus fréquents.

    Ce n'est pas le haut rang d'un énoncé qui constitue la condition nécessaire pour qu'il figure comme entrée d'un dictionnaire, mais sa spécialisation. Les bases de la lexicographie pragmatique se trouvent dans la notion d' "énoncé lié" définie par Ivan Fónagy dans Situation et Signification  (1982). Pour Fónagy les énoncés liés sont des réactions produites presque automatiquement dans des situations récurrentes. De tels énoncés contiennent non seulement, comme les autres, des informations sémantiques (3), mais aussi des informations pragmatiques sur leurs conditions d'emploi.
    Comment ces informations pragmatiques sont-elles attachées aux expressions, c'est là que l'on peut fonder le critère qui va permettre d'établir une nomenclature d'énoncés. Il va s'agir de se représenter ce qu'il y a de commun à tous les emplois possibles d'un énoncé, ce qui est une manière de le situer "en langue". De ce point de vue, et dans les cas les plus contrastés, on va opposer des énoncés du type Il pleut, d'un côté, et, de l'autre, par exemple, un énoncé comme Tu as un admirateur. Pour dire qu'il pleut, il est en principe nécessaire et suffisant qu'il pleuve, ce qui n'exclut pas que dans telle occurrence de l'énoncé on veuille dire par là, en plus, "prends ton parapluie", "il faut rentrer le linge", "ne roule pas si vite", etc., mais ces sens en situation sont contingents. On dira que Il pleut représente ses conditions d'énonciation nécessaires. Son information pragmatique nécessaire se confond avec son information sémantique et un tel énoncé n'a rien à faire dans un dictionnaire pragmatique.

    L'énoncé Tu as un admirateur, lui, ne représente pas ses conditions d'énonciation nécessaires. On ne l'emploie guère pour signifier que l'allocutaire a un admirateur (quelqu’un qui trouve que ce qu'il est, ce qu'il fait est très bien), mais pour signifier à quelqu’un, en principe une personne du sexe, qu'un homme (cette information est dans le masculin d'admirateur), un inconnu, qui se trouve à quelque distance, la regarde fixement. Ces informations pragmatiques, qui correspondent aux conventions d'usage de l'énoncé, ne peuvent pas se lire sur l'énoncé, encore que l'on puisse décrire un rapport non arbitraire entre information sémantique (explicite) et information pragmatique (implicite).

    Il peut arriver que l'information sémantique soit annulée par l'information pragmatique, comme lorsque votre détaillant vous déclare : J'ai été dévalisé pour signifier uniquement qu'il a vendu tous les exemplaires de l'objet que vous convoitiez, c’est-à-dire pour signifier qu'il n'en a plus. Mais vous ne pourrez pas utiliser cet énoncé pour répondre à quelqu’un qui vous demande une cigarette (sauf à impliquer que tout le monde vous en demande, et qu'on vous prend décidément pour un buraliste), et le vendeur ne peut pas dire, pour simplement s'excuser d'être en rupture, J'ai été cambriolé, malgré la synonymie (sémantique) de ce dernier énoncé avec J'ai été dévalisé. Ces deux énoncés sont de faux synonymes pragmatiques, on porrait dire : de faux-amis pragmatiques unilingues.

    On peut alors tenter de caractériser l'objet d'un dictionnaire pragmatique d'énoncés : un tel dictionnaire sera constitué des énoncés d'une langue qui ne représentent pas leurs conditions d'énonciation nécessaires. Ce critère, relativement aisé à manipuler avec des énoncés assertifs, doit être aménagé pour les énoncés interrogatifs et impératifs. Sans entrer ici dans les détails, comparer par exemple Qui t'a prévenu ?, rejeté, et Qui t'a dit ça ? ("tu te trompes"), inclus, Rends-toi indispensable, rejeté, et Rends-toi ridicule ! ("tu es / va être ridicule"), inclus (4).


3. Comment définir l'information pragmatique des énoncés ?

    La construction d'un dictionnaire pragmatique nécessite le recours à un métalangage comprenant :
— une taxinomie des conditions d'énonciation nécessaires,
— une taxinomie des fonctions des énoncés dans les conditions où ils sont employés.

    De telles taxinomies prétendent à l'universel, du moins dans leur conception, du fait que, contrairement à ce qui se passe pour les dictionnaires sémantiques, le métalangage utilisé n'est pas composé d'unités figurant elles-mêmes dans la nomenclature.

3.1. Conditions d'énonciation (motifs d'énonciation nécessaires)

    La taxinomie des conditions d'énonciation, décrites en termes de situations ou états de choses, s'obtient par une organisation de l'ensemble des conditions d'énonciation nécessaires relevées pour les différents énoncés, mais il faut noter que certaines situations productrices d'énoncés dans une langue peuvent ne pas l'être dans une autre (5).

    La situation de dialogue est extrêmement productrice d'énoncés liés, et c'est la zone des conditions d'emploi constituées par un acte de langage de l'interlocuteur qui est, théorie des actes de langage aidant, la plus facile à organiser. Les actes de langage prennent leur place dans la taxinomie en s'opposant aux actes matériels dans la catégorie des actes, elle-même opposée à la catégorie des états de choses naturels. Voici quelques exemples d'énoncés qui, comme Tu as un admirateur, ont comme condition d'énonciation nécessaire un acte matériel :

— à quelqu’un qui me rend visite à l'improviste : Qu'est-ce qui t'amène ?,
— lorsque je me suis posté sur le chemin de quelqu’un sans l'en avoir averti : Je t'attendais,
— lors d'une activité réalisée de concert, à quelqu’un qui est trop lent, par exemple à un enfant qui mange trop lentement : Je vais avoir fini avant que tu aies commencé.

    Les choses seraient trop simples si tous les énoncés avaient comme condition d'énonciation nécessaire une classe bien délimitée dans la taxinomie des situations. Deux phrases (issues du composant syntaxique) peuvent donner lieu à des énoncés pragmatiques homonymes : Il ne faut pas se laisser abattre n'est pas le même énoncé lorsqu'on l'utilise dans une situation pénible où lorsqu'on sert à boire, à manger. Tu en veux une autre ? n'est pas le même énoncé selon qu'il fait référence à quelque chose de valeur positive ou de valeur négative pour l'allocutaire (6). Ces deux énoncés présentent une homonymie interne au champ d'un dictionnaire pragmatique. La phrase Où tu vas ?, qui donne lieu soit (a) à une vraie question sur la destination de l'allocutaire dans l'espace physique, soit (b) à une vraie accusation d'égarement dans l'espace mental, présente, elle, une homonymie externe : seul l'énoncé (b) a place dans un dictionnaire pragmatique. Autre cas de figures, les énoncés C'est moi qui te le dis et Ce n'est pas moi qui le dis, contradictoires sur le plan sémantique, sont des synonymes pragmatiques ayant pour fonction d'argumenter en faveur de la vérité d'une affirmation du locuteur.

3.2. La fonction des énoncés : une réaction à leur motif d'énonciation

    La taxinomie des fonctions ne peut pas faire l'économie d'une construction théorique. À cet égard il semble que la théorie de l'illocutoire, développée initialement par Austin et Searle, n'est pas apte à rendre compte des énoncés du discours ordinaire (vs institutionnel) dans la mesure où d'une part elle n'intègre pas la notion strictement complémentaire de la notion d'action (humaine, volontaire), qui est la notion de motivation (7), et où, d'autre part, elle ne s'intéresse qu'au specium quid de l'activité langagière, sans l'intégrer dans une théorie générale de l'action, c’est-à-dire de l'action motivée. Il ne peut être opératoire, dans la célèbre taxinomie des illocutoires de Searle (1976) de classer l'acte illocutoire directif au même niveau que l'acte illocutoire déclaratif, car si l'acte déclaratif fait quelque chose (on baptise, on congédie, etc.), ce que fait l'acte directif, lui, consiste à demander de faire, et le faire demandé peut-être un acte matériel aussi bien qu'un acte de langage (par exemple un acte illocutoire déclaratif). Le directif n'est qu'une modalité d'action, qui s'oppose à la réalisation.

    La thèse que je défends et que j'essaie d'illustrer par la réalisation d'un dictionnaire d'une certaine classe d'énoncés du français, Dicomotus, est que l'énonciation d'un énoncé doit, comme tout acte, être considérée comme une réaction à un motif, c’est-à-dire que les conditions d'emploi d'un énoncé doivent être décrites en termes de motif d'énonciation nécessaire.

    Le motif d'un acte peut se définir comme ce qui donne une valeur à un acte (le fait qu'il y a un courant d'air peut être motif de l'acte "fermer la fenêtre" dans la mesure où il donne une valeur positive à cet acte). La fonction de motif vient aux états de choses de la valeur qui leur est attribuée (c'est dans la mesure où le fait qu'il y a un courant d'air est de valeur négative qu'il donne une valeur positive à l'acte "fermer la fenêtre"), ou leur vient d'une convention (l'état de choses "le feu est au rouge" est conventionnellement un motif pour que les véhiculent s'arrêtent).

    La réaction à un motif le situe soit dans le domaine "cognitif", où il est question de vérité et de connaissance, soit dans le domaine "axiologique", où il est question de la valeur hédonique, technique ou éthique du motif (8).

    La réaction s'analyse soit comme opposition, lorsque l'acte a une valeur négative vis-à-vis de son motif (l'acte "fermer la fenêtre" a une valeur négative vis-à-vis du courant d'air, dans la mesure où il le fait cesser), soit comme participation, lorsque l'acte a une valeur positive vis-à-vis de son motif (l'acte "s'arrêter" a une valeur positive vis-à-vis du feu rouge, dont il "respecte" la prescription qui lui est conventionnellement associée).

    L'acte motivé laisse les choses en l'état dans la réaction d' "évaluation", il les modifie dans la réaction d' "intervention".

    Enfin, et c'est le niveau de la modalité d'action, ou plus précisément de réaction, un énoncé peut s'analyser

— soit comme la réalisation d'une réaction, ce qui est notamment le cas des énoncés à fonction évaluative, fonction spécifiquement langagière,

— soit comme incitation à réagir par intervention :
Tu me caches quelque chose ("dis-moi ce que tu me caches"),
Tout le monde nous regarde ("arrête de nous faire remarquer"),

— soit comme annonce d'intervention de la part du locuteur :
Ça ne va pas se passer comme ça ("je vais m' "opposer", me venger"),
Tu peux compter sur moi ("je vais le faire"),

— soit même comme abstention de réaction :
Je passe (aux cartes : "je ne joue pas à mon tour"),
Je n'ai rien à dire ("je ne dis rien").

    Les énoncés n'ont pas tous la même fonction dans tous leurs emplois et il faut rendre compte du mécanisme de la plurifonctionnalité, comparable, mutatis mutandis, au problème de la polysémie. Ça ne va pas se passer comme ça aura toujours la même fonction d'annonce d'une réaction d'opposition de la part du locuteur, alors que Je ne vais pas l'abîmer peut inciter l'allocutaire à me prêter quelque chose, justifier que j'utilise tel objet, désapprouver l'allocutaire qui m'empêche d'y toucher.

    Le modèle Motif - Réaction n'est pas une hypothèse spéculative. Il rend compte du fait empirique que bon nombre d'énoncés, usuels ou non, pointent, métonymiquement, vers un acte dont ils représentent un motif, que ce soit Il y a un courant d'air, employé potentiellement pour demander qu'on ferme la fenêtre, ou Je suis majeur (et vacciné), employé nécessairement pour justifier que j'agisse librement.


4. Pragmatique et sémantique fonctionnelle praxéologique

    Une autre dimension à prendre en compte est la question de savoir ce qui donne aux énoncés leur fonction. Ce peut être une pure convention grammaticale comme lorsque l'impératif marque (en principe) la demande de faire, une convention de sens comme dans Nananère, ou une convention d'usage : les impératifs Rends-toi ridicule !, Plains-toi ! ne sont pas des demandes de faire mais des évaluations ("tu es / sera ridicule", "tu n'as pas à te plaindre, au contraire"). Ce peut être aussi la sémantique de l'énoncé : non pas son contenu sémantique absolu, au regard duquel Il pleut est un énoncé descriptif sur le temps qu'il fait, mais une sémantique fonctionnelle, praxéologique, dans laquelle le fait qu'il pleut a éventuellement, par rapport à l'acte "prendre son parapluie", fonction de motif.

    Pour illustrer minimalement ce dernier point je prendrai deux exemples en  montrant comment différentes langues se rejoignent dans l'universel ou divergent dans l'idiomatisme vis-à-vis des énoncés réalisant une même fonction par rapport à un même motif d'énonciation (9).

    Pour reprocher à quelqu’un de me parler trop fort, de nombreuses langues (chinois, coréen, français, hongrois, portugais, russe, singhalais, turc, sans parler des autres) utilisent l'énoncé "je ne suis pas sourd", c’est-à-dire "il n'y a pas, pour me parler fort comme tu le fais, le motif que je suis sourd".

    Par contre, pour signifier à l'allocutaire, en le désapprouvant, qu'il est trop dynamique, les langues citées, bien qu'elles évoquent toutes une cause imaginaire, qui n'est convoquée que pour signifier son effet de manière burlesque, divergent sur la nature de la cause elle-même. Certaines font référence à l'ingestion d'une substance ayant des propriétés dynamisantes :

coréen : "Qu'est-ce que tu as mangé ?",
français : Tu as mangé du lion ?,
chinois : "Tu t'es trompé de médicaments ?",

d'autres font référence à d'autres formes de "conjonction" entre l'allocutaire et la cause :

hongrois : "Quel diable est entré en toi ?",
singhalais : "Tu t'es fait piquer par des fourmis noires ?",
portugais : "On dirait que tu es branché sur le secteur".

    On voit l'utilité, dans un dictionnaire bilingue d'énoncés, de donner les traductions littérales, sémantiques. Mais il conviendrait de montrer en quoi des divergences dans le choix des contenus sémantiques absolus peuvent cacher des convergences profondes en termes de sémantique fonctionnelle praxéologique.


5. Recueil et traitement des données

    L'information pragmatique concernant les conditions d'emploi des énoncés, lorsqu'elle ne se lit pas sur l'énoncé lui-même, est "secrète", c’est-à-dire qu'elle n'est déposée que dans la compétence pragmatique des sujets parlants (à défaut de dictionnaires qui la décrivent…), d'où la nécessité, pour le rédacteur d'un dictionnaire pragmatique, d'avoir ou de disposer de la compétence d'un natif dans chacune des langues décrites. Mais la compétence pragmatique est toujours difficile à objectiver, d'où la nécessité de s'appuyer sur des corpus dans lesquels ces énoncés sont employés en situation. Les énoncés usuels se trouvent de manière très apparente à l'oral, dans le pur dialogue et dans le dialogue en situation matérielle, mais il existe aussi des énoncés usuels spécifiques de l'écrit.

    Les dictionnaires classiques présentent leurs entrées par ordre alphabétique. Les versions numérisées de ces dictionnaires permettent maintenant de rechercher les mots ayant telle valeur dans telle variable, qu'il s'agisse de catégorie sémantique ou grammaticale, de registre de discours, de mots apparus à telle date ou ayant telle origine, etc.

        Un dictionnaire pragmatique n'aurait pas d'utilité s'il n'était pas un dictionnaire à listes multiples. Même en tant que dictionnaire sémasiologique consacrant un article à chacune de ses entrées, il est de première importance, dans la mesure où les descripteurs utilisés (taxinomies des motifs d'énonciation nécessaires et des fonctions) constituent un métalangage qui ne va pas de soi, qu'on puisse trouver rassemblés dans des listes de type onomasiologique tous les énoncés partageant les mêmes motifs d'énonciation nécessaires et/ou réalisant les mêmes fonctions.

    Nous avons donné plus haut des exemples d'énoncés motivés par un acte matériel ; voici quelques cas d'énoncés à fonction d'opposition évaluative (désapprobation) :

Où t'as vu ça ?,
Pour qui tu me prends ?,
On n'a pas élevé les cochons ensemble,
On ne t'a pas demandé ton avis.

    Les systèmes de gestions de base de données constituent un outil informatique particulièrement bien adapté à l'élaboration de dictionnaires à listes multiples, non seulement pour la présentation du produit fini mais d'abord pour le contrôle de la cohérence des analyses.


6. Le dictionnaire Dicomotus

6.1. Nomenclature

    Dicomotus est un dictionnaire explicatif pragmatico-sémantique qui prend pour objet une classe d'énoncés du français définis en termes de sémantique fonctionnelle praxéologique comme "les énoncés usuels et autres expressions usuelles représentant des conditions d’action" (10). Il porte ainsi sur un ensemble d'expressions en intersection avec l'ensemble des énoncés liés (énoncés qui ne représentent pas leur motif d'énonciation nécessaire) :

— la caractérisation en sémantique fonctionnelle praxéologique des entrées de ce dictionnaire amène à inclure des syntagmes adverbiaux qui ne sont pas employés en tant qu'énoncés (par exemple si je ne m'abuse, pour l'amour de l'art, etc.),

— de l'ensemble des énoncés liés il ne retient que ceux qui satisfont à la condition définie pour leur contenu : il ne retient pas des énoncés liés tels que À la prochaine, Tu l'as dit !, C'est ici que les Athéniens s'atteignirent, etc.,

— il inclut des énoncés qui représentent leur motif d'énonciation nécessaire, mais dans une expression formulaire, par exemple
J'aimerais que tu [fasses AvpL],
où "faire AvpL" désigne un paradigme d'actes d'agent l'allocutaire ('A') et de valeur positive ('vp') pour le locuteur ('L'), énoncé nécessairement motivé par un désir du locuteur que l'allocutaire fasse un tel acte. Les énoncés formulaires sont inclus dans la nomenclature afin de donner une image aussi complète que possible des réalisations d'actes de parole qui s'appuient sur la représentation d'une condition d’action.

6.2. Corpus

    Les expressions candidates sont recherchées en compétence et par l'examen cursif d'un corpus, qui sert à identifier (c’est-à-dire à reconnaître) les expressions et à en fournir des attestations. Pour ce qui concerne l'oral, un vaste recueil de corpus dans des situations variées étant hors de portée, on a recours à un corpus de dialogues de films, dont on admet par hypothèse qu'il donne une assez bonne représentation des situations ordinaires et des énoncés qui y sont liés. Le corpus comprend également :

— des entretiens non directifs (Crédif, 1984, 213000 mots (11)),
— le théâtre de Nathalie Sarraute (1967-1980) (12),

et, pour l'écrit (mais aussi pour l'oral qui y est largement représenté),

À la recherche du temps perdu (Marcel Proust, 1913-1922) (13),

ainsi que deux romans de Raymond Queneau : Les enfants du limon, 1938, et Zazie dans le métro, 1959, un roman de Robert Sabatier : Les allumettes suédoises, 1969.

6.3. Macrostructure

    Pour un dictionnaire conçu comme nécessairement constitué de listes multiples, le format hypertexte permet une consultation particulièrement aisée. Dicomotus comprend essentiellement une liste sémasiologique dans laquelle les entrées sont rangées dans l'ordre alphabétique après choix d'un mot-vedette, et un ensemble de listes de type onomasiologique, qui classent les expressions selon les valeurs qui leur sont attribuées dans chacune des variables constitutives de la structure des articles sémasiologiques. L'accès à la liste sémasiologique se fait séquentiellement ou de manière aléatoire à l'aide d'un index des mots principaux et des expressions contenant tel ou tel mot. Le tout est complété par une description de la répartition des différentes expressions dans les éléments du corpus. Des liens hypertextuels relient systématiquement toutes ces listes entre elles.

6.4. Microstructure

    L'analyse d'une expression dans la partie sémasiologique (voir l'article "Tu es bien avancé" en annexe) est organisée en cinq sections principales.

    Ces cinq sections sont précédées :

— de l'indication des marques diasystématiques (registre de discours, ton "inférieur" ou "supérieur" éventuellement attaché à l'expression) ;

— d'une éventuelle glose pour les expressions homonymes ou faisant l'objet d'une convention d'usage  contraire à leur sens littéral (par exemple, on précise que Tu es bien avancé est toujours antiphrastique),

— d'indications concernant la présence de l'expression dans les dictionnaires usuels du français (expression non trouvée, mentionnée, glosée, attestée).

    Section "motif d'énonciation nécessaire" : nature, valeur, aspect, actants (agent, bénéficiaire / victime), localisation, niveau de motivation (lorsque le motif d'énonciation est un acte de langage, une réplique), mode de représentation du motif d'énonciation dans l'expression.

    Section "fonction de l'énonciation" : on indique d'abord la place de l'expression dans la taxinomie générale des fonctions des actes de langage : domaine de la fonction (cognitif / axiologique), orientation de la fonction (participation / opposition), catégorie de réaction (évaluation / intervention), éventuellement sous-catégorie de réaction, modalité de réaction (actif, incitatif, nonciatif, défectif). Cette catégorisation peut être suivie d'une définition fonctionnelle de l'expression "en clair" (cf. le texte en italiques) ; pour les expressions dont la fonction est susceptible de varier selon les emplois, on essaie de formuler des règles qui rendent comptent de ses possibilités de plurifonctionnalité (fonctions cumulées, fonctions alternatives).

    Section "condition d’action représentée dans l'expression" : le contenu de l'expression est minimalement étiqueté descriptif, évaluatif ou programmatif (types vouloir, devoir, falloir) ; en termes de sémantique fonctionnelle praxéologique, l'expression est classée dans une typologie des conditions d’action qui comprend, outre les motifs proprement dits (constituant l'essentiel de la nomenclature de Dicomotus), certaines causes (Tu as mangé du lion ?), venant rendre compte de certains comportements (généralement stigmatisés) en concurrence avec les motifs, des conditions de faisabilité matérielles (Je ne connais pas l'avenir) et éthiques (Je suis majeur), des conditions de succès (On peut y aller "… sans risque"), des qualités d'agent (Tu serais un ange) ; le mode de représentation de la condition d’action dans l'expression est analysé à partir de la modalité de l'expression (simple assertion, questions vraies ou rhétoriques, impératifs, hypothèses) ; on indique l'identité de l'éventuel responsable de l'état de choses condition d’action ; l'effectivité de la condition d’action représentée est indépendante ou dépendante de celle de l'acte dont l'expression est condition d’action (ce qui permet de distinguer entre des motifs "points de départ" de l'acte motivé et des motifs "points d'arrivée" comme les conséquences et les buts) ; l'expression se réfère explicitement ou implicitement à l'acte dont elle est condition d’action.

    Section "forme de l'expression" : trois types d'analyse sont ici proposés :

— type syntaxique de l'expression, incluant les éventuelles figures de modalité de phrase,

— distinction entre formulaires et formules (présence ou non d'un paradigme dans le libellé de l'expression), explicites ou implicites selon que l'acte dont l'état de choses est condition d’action y est ou non représenté ;

— diverses particularités de l'expression : archaïsme, citation, évidence, figure non trope, homonymie externe, homonymie interne, implicite modal, locutionnel, phrase générique ou proverbe, sens littéral inusité, trope.

    Section "variantes" : de manière un peu comparable à l'usage dictionnairique (dans les langues flexionnelles) où l'on choisit une des formes fléchies d'un mot, en lui donnant le statut de lemme (morphologique), pour représenter l'ensemble des formes de ce mot, Dicomotus procède à une lemmatisation énonciative en regroupant des expressions possédant le même matériel lexical (verbes d'opinion mis à part) et admettant la même description pragmatico-sémantique : ce sont donc des lemmes énonciatifs qui constituent les entrées du dictionnaire et ce sont les éventuelles variantes (attestées) de ces lemmes qui sont présentées dans cette section, et cela à deux niveaux : le premier niveau concerne les variantes affectant la modalité de phrase de l'expression, le second niveau regroupe les variantes des variantes de niveau 1. L'article "Tu es bien avancé " en annexe montre l'organisation des variantes (en gras, niveau 1, en maigre, niveau 2). Pour chaque variante modale (niveau 1), on précise, comme pour le lemme, son registre de discours, son tour syntaxique, ses particularités. Cette section commence par les éventuelles variantes de niveau 2 du lemme.

    Viennent ensuite les attestations. On indique d'abord si l'expression est présente dans la base textuelle Frantext de l'INaLF (CNRS), en indiquant la référence de la première datation ; on trouve ensuite les attestations relevées dans le corpus propre à Dicomotus, présentées par ordre chronologique, en indiquant quelle est, éventuellement la variante attestée ; une glose peut préciser la situation de l'attestation dans le cadre de l'analyse.

    La microstructure des listes onomasiologiques est constituée par le développement des taxinomies mises en place pour les valeurs des différentes variables utilisées dans la partie sémasiologique ; il n'est pas possible de les présenter en quelques lignes.

7. Pour une lexicographie pragmatique multilingue

    L'objectif de Dicomotus est d'abord théorique : ce dictionnaire vise au départ à évaluer le caractère opératoire d'un certain nombre d'hypothèses concernant les rapports entre la sémantique fonctionnelle praxéologique et la pragmatique des actes de langage. On pourrait en tirer un dictionnaire pratique, par réduction. Il devrait être possible, en aménageant le modèle proposé, de construire des dictionnaires pragmatiques pour les différentes langues, destinés principalement au public des apprenants et des traducteurs, dans lesquels les taxinomies des motifs d'énonciation nécessaires et des fonctions réactives serviraient de tertium comparationis. De tels dictionnaires bilingues devraient comprendre minimalement, pour chaque entrée,
— l'énoncé en langue source,
— une description de son motif d'énonciation nécessaire,
— sa fonction réactive,
— une traduction sémantique en langue cible,
— son ou ses équivalents pragmatiques éventuel(s) en langue cible.
    Une partie onomasiologique rassemblerait les énoncés des deux langues partageant les mêmes motifs d'énonciation nécessaires et les mêmes fonctions réactives libellées dans les deux langues.



Annexe

Article "Tu es bien avancé" dans la partie sémasiologique de Dicomotus
(les éléments soulignés indiquent les liens vers les listes de type onomasiologique.)


AVANCER
structure d'un article    abréviations   glossaire

Tu es bien avancé. (fam.) (sup.)
(toujours antiphrastique)
DEL : non trouvé. NPR : glosé. TLF : non touvé

MOTIF D'ÉNONCIATION NÉCESSAIRE.
L'énonciation de l'expression est motivée par un état de choses naturel ou humain (ayant pour antécédent un acte) (spécif.), de valeur axiologique négative, d'aspect non-déterminé, d'agent non-déterminé, de victime l'allocutaire ; ce motif est soit présent soit représenté, il est localisé dans la situation physique ou une réplique de l'allocutaire ou une réplique du locuteur ; lorsque ce motif est (dans) une réplique, l'énonciation de l'expression est motivée par le niveau du contenu de la réplique. Motif de l'énonciation non représenté : l'expression évalue le motif de l'énonciation.

FONCTION DE L'ÉNONCIATION :
Domaine : axiologique. Orientation : opposition. Catégorie : Évaluation. Modalité d'action : Actif. Soit : Désapprouve un (non) acte de l'allocutaire (ou d'un tiers). Désapprouve un (non) acte de l'allocutaire eu égard à des faits postérieurs (qui peuvent en être les conséquences) de valeur négative ou nulle.
Fonction(s) cumulée(s) : Peut annoncer / inciter une intervention oppositive au motif de l'énonciation.

CONDITION D'ACTION REPRÉSENTÉE DANS L'EXPRESSION :
L'expression représente un état de choses évaluatif (valeur hédonique ou technique) qui, lorsqu'il est effectif sous sa polarité positive, est de valeur négative. Dans un tel cas, cet état de choses est un motif pour que quelqu'un ne réalise pas le motif de l'énonciation. L'expression indique que cet état de choses est effectif. L'allocutaire est responsable de cet état de choses.
 Ainsi l'expression représente l'effectivité d'un motif (dont le contenu est de valeur négative) pour ne pas réaliser l'acte motif de l'énonciation.
 L'effectivité de cet état de choses est dépendante de celle de l'acte dont il est condition d'action, et l'état de choses n'en est pas référentiellement distinct.
 L'acte conditionné est implicite (c'est le motif de l'énonciation lui-même), sa valeur s'infère sémantiquement de l'état de choses condition d'action (expr. liante génér.).

FORME DE L'EXPRESSION : Assertion positive dérivant, par substitution, une assertion négative (antiphrase).
Formule implicite. Sens littéral inusité. Implicite modal.

VARIANTES :
 – Tu serais bien avancé. – Tu seras bien avancé.
En seras-tu plus avancé ? (sout.) Question totale positive dérivant, par substitution, une assertion négative du locuteur. Sens littéral inusité. Implicite modal. - Quand je t'aurai dit que [p], en seras-tu beaucoup plus avancé ?
Quand [p], tu seras bien avancé ? (fam.) Question totale positive dérivant, par substitution, une assertion négative du locuteur. Sens littéral inusité. Implicite modal.
Si [p], tu seras bien avancé. (fam.) Assertion positive dérivant, par substitution, une assertion négative (antiphrase). Sens littéral inusité. Implicite modal.

ATTESTATIONS
Frantext : 19 occ. ; 1ère att. : 1715 FENELON / DIALOGUES DES MORTS
• 1913 M. Proust, ALRDTP 2, Du côté de chez Swann, p. 41
  Var. : Tu seras bien avancé.
— Mais va donc avec lui puisque tu disais justement que tu n'as pas envie de dormir, reste un peu dans sa chambre, moi je n'ai besoin de rien. — Mais, mon ami, répondit timidement ma mère, que j'aie envie ou non de dormir, ne change rien à la chose, on ne peut pas habituer cet enfant… — Mais il ne s'agit pas d'habituer, dit mon père en haussant les épaules, tu vois bien que ce petit a du chagrin, il a l'air désolé, cet enfant ; voyons, nous ne sommes pas des bourreaux ! Quand tu l'auras rendu malade, tu seras bien avancée !
• 1913 M. Proust, ALRDTP 1, Du côté de chez Swann, p. 344
  Var. : Tu seras bien avancé.
— […] Il y a combien de temps ? — Oh ! Charles, mais tu ne vois pas que tu me tues ! c'est tout ce qu'il y a de plus ancien. Je n'y avais jamais repensé. On dirait que tu veux absolument me redonner ces idées-là. Tu seras bien avancé, dit-elle avec une sottise inconsciente et une méchanceté voulue.
• 1921 M. Proust, ALRDTP 3, Le côté de Guermantes, p. 275
  Var. : Tu seras bien avancé.
Nous fîmes prendre ce fébrifuge à ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection, et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire : "À quoi cela vous  servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours. Alors, vous serez bien avancés."
• 1922 M. Proust, ALRDTP 4, Sodome et Gomorrhe, p. 342
  Var. : Quand [p], tu seras bien avancé ?
[Charlus met le Narrateur en garde contre une invitation chez M. de Cambremer] — Vous ferez ce que vous voudrez. Ce que je peux vous dire : c'est excessivement malsain ; quand vous aurez pincé une fluxion de poitrine, ou les bons petits rhumatismes des familles, vous serez bien avancé ?
• 1922 M. Proust, ALRDTP 4, Sodome et Gomorrhe, p. 472
  Var. : En seras-tu plus avancé ? Quand je t'aurai dit que [p], en seras-tu beaucoup plus avancé ?
— [Je voudrais] que Mme Verdurin me fasse jouer des choses d'un musicien dont elle connaît très bien les oeuvres. Moi aussi j'en connais une, mais il paraît qu'il y en a d'autres et j'aurais besoin de savoir si c'est édité, si cela diffère des premières. — Quel musicien ? — Ma petite chérie, quand je t'aurai dit qu'il s'appelle Vinteuil, en seras-tu beaucoup plus avancée ?
• 1935 La kermesse héroïque, film de Jacques Feyder
  Var. : Si [p], tu seras bien avancé.
L’HOSTELIERE (à l’hôtelier qui cache des sacs d’écus dans la rivière.) Qu’est-ce que tu fais là ? L'HOSTELIER. Ça ne te regarde pas. L’HOSTELIERE. Si quelque maraudeur te voit. tu seras bien avancé ! L'HOSTELIER. Paix !…L’HOSTELIERE. Tu pourrais au moins m'expliquer… L'HOSTELIER. Il s'agit d'intérêts supérieurs qui dépassent ton entendement.
• 1949 Le point du jour, film de Louis Daquin
  Var. : Tu serais bien avancé.
(Dans la mine.) MARLES. Tu ne sais pas que c'est interdit de rester au fond sans barette et sans lampe ? Tu serais bien avancé si tu te cassais la gueule… Allez, et que je ne t'y reprenne plus.


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Notes

(1) Le privilège accordé au problème de la vérité des représentations ne signifie pas l'ignorance de l'existence d'autres actes de langage. Aristote note (De Interpretatione, 17 a 1-5) qu' "il n'y a pas vérité ou fausseté dans toutes les phrases. La prière est une phrase mais elle n'est ni vraie ni fausse". Cf. le colloque "Langage et action : la pragmatique avant la pragmatique", Saint-Cloud, 30-31 janvier 1998.

(2) Cf. les cinq groupes de formulations des actes directifs indirects chez Searle (1975).

(3) À cela près, qui est capital, que le liage est un facteur d'usure  et de changement sémantique voir Fónagy (1997).

(4) La notion à mettre en oeuvre n'est pas tant la représentation que la condition de sincérité liée à l'acte d'assertion (le locuteur est censé croire que [p]), à l'acte interrogatif (le locuteur est censé ignorer et désirer la réponse), à l'acte impératif (le locuteur est censé désirer que l'allocutaire fasse l'acte demandé).

(5) Fónagy (1997) note par exemple que les Hongroises ne connaissent pas l'usage consistant à répondre par un Merci à des remarques qu'elles jugent flatteuses.

(6) Dans un contexte polémique où le locuteur vient d'asséner un "coup" à un allocutaire qui n'adopte pas pour autant un comportement de soumission, comment ne pas voir évoquée, lorsque le locuteur repart à la charge d'un Vous en voulez une autre ? la situation prototypique de cet énoncé, où une gifle n'a pas suffi à lui donner le dernier mot ?

(7) Voir par exemple Ricoeur (1977).

(8) Pour simplifier, nous nous en tiendrons, dans cet exposé, à des cas de réactions axiologiques.

(9) Voir Martins-Baltar (à par.)

(10) À la date de ces IIes journées de lexicographie bilingue une version hypertexte de dicomotus lettre A (559 entrées) était réalisée.

(11) Entretiens, transcription d'un corpus oral, Cahiers du français des années quatre-vingts, Hors-série, Paris, Didier-Erudition.

(12) Paris, Gallimard, 1993.

(13) Édition utilisée : Paris, Gallimard, 1992.





Références bibliographiques

Austin, J. L. (1962) : How to Do Things with Words. Oxford, Clarendon Press, trad. fçse : Quand dire, c'est faire, Paris, Seuil, 1970.
Fónagy, I. (1982) : Situation et signification. Amsterdam, Benjamins.
Fónagy, I. (1997) : “Figement et changement sémantiques.” Dans M. Martins-Baltar (textes réunis par), La locution entre langue et usages, 131-164. Paris, ENS-Éditions Fontenay/Saint-Cloud.
Martins-Baltar, M. (1976) "Actes de parole", in D. Coste et al., Un Niveau-seuil, Strasbourg, Conseil de la Coopération culturelle du Conseil de l'Europe, pp. 83-224.
Martins-Baltar, M. (à par.) "Implicites praxéologiques dans les énoncés usuels de quelques langues : universaux ou idiomatismes ?"
Ricoeur, P. (1977) : “Le discours de l'action.” Dans D. Tiffeneau (dir.), La sémantique de l'action, 3-137. Paris, CNRS.
Searle, J.. R. (1969) : Speech Acts. Cambridge: CUP ; trad. fçse : Les actes de langage. Paris, Hermann, 1972.
Searle, J. R. (1975), “Indirect Speech Acts”, in Cole, P., and Morgan, J. L. (eds) : Syntax and Semantics, vol. 3: Speech Acts, New York: Academic Press: 59-82.
Searle, J. R. (1976) : “A Classification of Illocutionnary Acts.” In : Language in Society 5-1, 1-23.