Les modes de phrase littŽraux ou actes de parole littŽraux (illocutions littŽrales) sont dŽterminŽs par certaines marques segmentales et supra-segmentales (intonation).
Aux modes de phrase littŽraux s'opposent les modes de phrase figurŽs obtenu par une figure de phrase 1.1. phrases verbales (phrases modales)
Les marques segmentales du mode de phrase sont
a. le mode verbal :
(i) indicatif,
(ii) impŽratif,
ˆ la 2me personne du singulier ou du pluriel l'impŽratif est "tu-directif" ; ˆ la 1re personne du pluriel il est "nous-directif".
(iv) conditionnel
Le conditionnel peut exprimer essentiellement
- le conditionnŽ : Je voudrais te voir (si c'est possible, si tu veux bien,É)
- l'hypothse : L'inondation serait due ˆ une rupture de canalisation.
- l'ascription fictionnelle : Je serais le roi et tu serais la reine.
(v) infinitif
L'infinitif peut exprimer le directif par une figure de mode de phrase.
b. pronoms, adjectifs, adverbes interrogatifs
pronom : Qui est lˆ ?
adjectif : Quelle heure est-il ?
adverbe : Tu en veux combien ?
L'Žtude des figures de phrase amne ˆ parler de modes de phrase non littŽraux ou modes de phrase figurŽs, sans marque spŽcifique en langue, mais qui sont obtenus par figure de mode de phrase :
Nous ne traitons pas ici des figures de contenu relatif des phrases, qui s'analysent dans le cadre mŽtonymique des corrŽlations entre Žtats de choses, notamment motif / rŽaction.
On peut distinguer deux grands types de figure, selon qu'il y a substitution ou non du mode de phrase. Les figures sans substitution sont les figures tensives (au sens o par exemple, certaines questions attendent, tendent vers une certaine rŽponse) et les figures d'addition. Les figures par substitution portent sur la personnaison et la polaritŽ, sans modification du mode de phrase, et les figures de mode de phrase, o au mode de phrase littŽral se substitue un mode de phrase figurŽ (par ex. Tu te tais ! valant Tais-toi !).
3. figures sans substitution du mode de phrase
3.1. figures tensives
Par dŽfinition les programmatifs tendent vers la rŽalisation de ce qu'ils programment. Les programmatifs que sont les questions tendent ainsi vers la rŽalisation, par le dest., d'une rŽponse. Mais certaines questions ont une tension spŽcifique vers une certaine rŽponse. C'est le type de tension dont il s'agit ici.
Il peut ne pas tre possible a priori de distinguer entre une question qui, en tant que question, attend une rŽponse, et une question qui attend une certaine rŽponse : une question comme Tu peux conduire ? est indŽcidable de ce point de vue, mais de nombreuses questions en "tu peuxÉ ?" tendent vers la rŽponse Oui, comme Tu peux me donner un (petit) coup de main ?, d'autres vers la rŽponse Non : Tu pourrais [dŽmissionner] ? Cela tient ˆ la valeur, positive ou nŽgative, de l'objet de la question. Or l'objet de Tu peux conduire ? Žtant notoirement de val. pos., cette Žvaluation n'est pas un critre pour distinguer les questions "pour savoir" et les questions "pour faire faire" : encore faut-il tenir compte des conventions d'usage des phrases.
On trouve Žgalement une tension spŽcifique dans des phrases impŽratives comme "Dis-moi que [p]" qui tendent non seulement et banalement vers l'assertion de [p], mais vers l'affirmation que [p] est vrai, comme dans Dis-moi que c'est une blague ! (j'espre que c'est une blague")
d'ailleurs dans l'emploi o ce n'est pas la vŽritŽ qui compte on dirait plut™t Dis-moi ÒC'est une blagueÓ
3.2. figures d'addition
Ë un impŽratif nŽgatif peut s'ajouter l'assertion positive correspondante que l'acte mentionnŽ est rŽalisŽ alors qu'il devrait ne pas l'tre. Ne monte pas sur tes grands chevaux ! ("tu montes sur tes grands chevaux, arrte de le faire")
4. figures de substitution
4.1. figures de personnaison
Une phrase ˆ la premire personne peut valoir pour cette phrase ˆ la deuxime personne : Pressons ! ("pressez-vous")
alors que pour impliquer le loc. et le(s) dest. on dirait Pressons-nous.
Un mode de phrase vaut pour un autre. On se calme ! (assertion valant l'impŽratif : "calme-toi / calmez-vous")
5. phrases ˆ plus d'une figure
Une mme phrase peut comporter plus d'une figure : (Surtout,) ne te presse pas (, j'ai tout mon temps) !
figure de polaritŽ : l'impŽratif nŽgatif vaut pour le positif : "presse-toi"
figure d'addition : ˆ l'impŽratif nŽgatif s'ajoute l'assertion que l'acte nŽgatif mentionnŽ est en cours de rŽalisation : "tu ne te presses pas".
Le classement des figures de phrase prŽsentŽ est organisŽ par figures de phrases (une figure puis plus d'une figure dans la phrase) et secondairement par mode de phrase littŽral.
Voir l'ensemble des ŽnoncŽs relevŽs, classŽs par figure.
B. PHRASES Ë UNE FIGURE DE PHRASE
1. FIGURES SANS SUBSTITUTION
1.1. FIGURES TENSIVES
Il s'agit de questions qui espŽrent (qui tendent vers) une certaine rŽponse.
1.1.1. questions totales positives
a. - questions totales positives espŽrant une rŽponse positive Tu es libre {dimanche} ? (espŽrant la rŽponse "oui", usuellement employŽe dans l'intention de faire faire qch. ou pour faire qch. ensemble) Tu peux me donner un (petit) coup de main ? (interprŽter cette question comme Žtant -tu-directive pour l'acte mentionnŽ serait tenir compte du contenu relatif : "si tu peux le faire, alors fais-le", ce qui, de plus, sous-entend que je dŽsire que tu le fasses, on s'en tient donc au fait que cette question tend vers une rŽponse positive)
- espŽrant l'assertion de leur objet [- La voiture ne dŽmarre pas...] - Dis-moi que c'est une blague !
Par dŽfinition l'impŽratif tend - sans figure de phrase - ˆ ce que son objet soit rŽalisŽ. Ici il s'agirait donc que le dest. dise que c'est une blague, mais ce que le loc. espre ce n'est pas ce n'est pas simplement que le dest. fasse l'assertion demandŽe (ce serait le cas avec Dis-moi ÒC'est une blagueÓ) mais qu'il affirme la vŽritŽ que c'est une blaque et non la rŽalitŽ, ˆ savoir que, dans l'exemple, il est faux (parce que c'est une blague) que la voiture ne dŽmarre pas.
1.2. FIGURES D'ADDITION
1.2.1. phrases impŽratives
a. phrases impŽratives positives auxquelles s'ajoute l'assertion de l'acte nŽgatif
ObŽis !
Comparer : [- Il n'arrte pas de me dire "fais ceci, fais cela", qu'est-ce que je peux faire ?] - ObŽis ! ("obŽis", sans addition de "tu n'obŽis pas") [Tu n'as pas fait ce que je t'ai dit de faire !] ObŽis ! ("tu n'obŽis pas, obŽis")
ou, avec un impŽratif nŽgatif : Ne te mle pas de a !
comparer : [Je vais en parler ˆ Luc,] ne te mle pas de a. ("ne te mle pas de a") [- Qu'est-ce qu'il t'a dit ? - Ne te mle pas de a. ("tu te mles de a, ne t'en mle pas")
On peut se demander si Pas touche ! n'est pas une variante singulire de Pas toucher car l'absence de dŽterminant ne permet pas d'y voir un substantif. Plus simplement ce serait une inversion de Touche pas !, inversion qui reste exceptionnellenote avec un impŽratif nŽgatif. [- Oh tu as un nouveau foulard !] - Pas touche ! (sans addition de "tu y as touchŽ") [- Il est doux, ton foulard !] - Pas touche ! (avec addition)
On peut essayer de distinguer quatre sources d'inversion de polaritŽ : phrases figŽes, lexique : inversion due ˆ la sŽmantique d'un mot ou d'une expression, inversion due ˆ la valeur de l'environnement (contexte, situation), inversion subjective, aux yeux du loc.
DŽgourdi (, va) ! ("tu n'es pas dŽgourdi) Toujours aimable ! ("tu n'es pas aimable" ; NB il existe un emploi Žvaluatif positif en apposition : Je le rencontre parfois, toujours aimable, on discute un peuÉ)
Au mode de phrase littŽral se substitue un mode de phrase figurŽ, un acte de parole qui ne correspond pas au mode de phrase littŽral. Cette figure est de type mŽtaphorique, le point commun Žtant l'objet modal de la phrase ("contenu propositionnel")
2.3.1. assertions
a. assertions directives
On distingue entre tu-directif (dont le mode littŽral est l'impŽratif 2me personne), le je-directif (sans mode de phrase littŽral), le nous-directif (dont le mode littŽral est la 2me personne du pluriel de l'impŽratif).
NB Cas des phrases en "On".
Les ŽnoncŽs gnomiques en "On", "On ne pas", comme On pousse avec son pain ! On ne parle pas la bouche pleine.
ne sont pas considŽrŽs comme des assertions directives par figure de mode de phrase mais par figure de contenu relatif : ils Žnoncent une rgle de comportement positive ou nŽgative motivant de les respecter. Au contraire, les phrases en "On" situationnelles peuvent avoir une valeur directive : On se dŽpche ! ("dŽpche-toi / dŽpchons-nous")
Le je-directif s'exprime par une assertion avec un sujet de la 1re personne et un verbe d'action au futur ou au prŽsent ˆ sens de futur. Je tiendrai ma langue. Je te laisse.
- assertion performative valant une question partielle : Je te demande pardon ? ("qu'est-ce que tu disais ?" : la rŽtribution est motivŽe par la question qu'elle rŽalise simultanŽment)
(ii) assertions performatives nŽgatives
La nŽgation exprime le contradictoire - le performatif positif n'est pas rŽalisŽ - ou le contraire - c'est alors le performatif antonyme qui est rŽalisŽ.
NB c'est en tant que motif mentionnŽ que Je ne t'ai pas remerciŽ.
vaut pour la rŽalisation de l'acte motivŽ "je te remercie" (figure de contenu relatif mŽtonymique motif / acte)
Le virtuel pallie un rŽel scatologique inusitŽ (ou pornographique) violent en en conservant une certaine agressivitŽ : Je t'emmerde !
c. assertions ascriptives
(i) ascriptions contre-factuelles
Contrairement au performatif qui rŽalise l'acte mentionnŽ dans le rŽel, le conventionnel ou dans le symbolique, l'ascription contre-factuelle consiste ˆ faire tenir pour vraie, par convention et complicitŽ avec le dest., une assertion qui est fausse. Elle vise ˆ mofidier conventionnellement la rŽalitŽ pour tromper un tiers :
- ascriptions nŽgatives Je ne suis pas lˆ. Tu n'as rien entendu.
Les ascriptions nŽgatives semblent plus nombreuses que les positives : on aurait davantage l'occasion de nier pour un tiers une certaine rŽalitŽ que de convenir de qch. de positif qui est faux.
L'ascription peut par ailleurs n'tre qu'une fiction entre nous, notamment dans des jeux d'enfants : Tu serais [la Reine].
Ë la forme nŽgative on aurait par exemple : Tu ne saurais pas que j'ai tout entendu.
2.3.2. suppositions
Les phrases "conditionnelles" "Si [p]" peuvent marquer le rŽel, l'Žventuel, l'irrŽel.
Certaines suppositions interrogatives ˆ l'Žventuel semblent pouvoir se comprendre comme des questions partielles non dŽterminŽes elliptiques que l'on peut entendre "Quid si [p] ?" La nature de la question partielle peut se prŽciser selon l'environnement.
D'autres suppositions interrogatives ont une valeur directive valant elle-mme pour une question totale ou partielle telle que "a te dirait ?", "tu serais d'accord ?", "c'est pas une bonne idŽe ?", "qu'est-ce que tu en penses ?" et supposant une rŽponse favorable motivant l'acte mentionnŽ dans la phrase - mais on fait ici intervenir une figure de contenu relatif :
On peut faire la mme analyse pour les suppositions interrogatives portant sur un acte de parole ˆ valeur performative tu-directive : Si je te proposais de [travailler avec moi] ? ("je te propose deÉ qu'en penses-tu ?")
Accrochez les wagons ! (mŽtaphore phonŽtique accompagnant le rot du loc. ou imitant le rot d'autrui, et mŽtaphore sonore Žvoquant le bruit de percussion des wagons que l'on accroche)
- valant l'assertion nŽgative correspondante Tu as un train ˆ prendre ? ("non" en situation) Tu pourrais me laisser tomber ? (l'interprŽtation "ne me laisse pas tomber" ferait intervenir le contenu relatif : "j'espre que non, alors ne le fais pas")
On trouve dans cette liste des menaces formulŽes ˆ l'aide du tour "tu veux queÉ ?" qui valent, du point de vue du dest. aux yeux du loc., pour une assertion nŽgative : Tu veux mes doigts ? ("dans ton nez : non")
Ce tour sert donc aussi bien pour des phrases prospectives que pour des phrases rŽtrospectives qui sont des hypothses explicatives, comme dans : Tu veux m'effrayer ?
Qu'est-ce que tu bois ? ("je vais te servir ce que tu rŽpondras") Qu'est-ce que je dis ? 3 ("je vais dire ce que tu rŽpondras")
mais on fait ici intervenir le r™le du contenu : par ex. "je voudrais bien un verre de rouge" est un motif pour que le dest. lui en serve un.
Dans le cas de "remercier" il n'y a pas de moyen suffisant, tellement j'ai lieu de te remercier, dans le cas de "refuser", "pardonner", il n'y a pas de moyen de rŽalisation,ou plut™t pas de motif pour le faire, tellement l'acte incriminnŽ est de val. nŽg.
[- Il pleut !] - Comment (a), [il pleut] ?
s'oppose ˆ des contextes o il s'agit d'une vŽritable demande d'explication : [- Il faut rŽtablir le circuit.] - Comment a ? [- Une soudureÉ]
Les phrases averbales (amodales) peuvent recevoir la modalitŽ de phrase intonative de question, mais elles peuvent aussi tre spŽcifiŽes par leur morphologie, leur contenu, leur environnement, l'usage.
Gentil ! adressŽ au chien peut signifier "tu es gentil" ou "sois gentil", voire "tu n'es pas gentil, sois gentil" selon l'intonation. En revanche Sage ! ne semble pas s'employer pas dans le sens "tu es sage".
c. phrase prŽpositionnelle spŽcifiŽe en tu-directif
Je peux t'inviter ˆ [mon anniversaire] ? ("je t'invite")
Le loc. souhaite que le dest. rŽponde "oui" et, cette rŽponse Žtant considŽrŽe acquise, l'acte performatif "inviter" mentionnŽ est rŽalisŽ.