Les modes de phrase littŽraux ou actes de parole littŽraux (illocutions littŽrales) sont dŽterminŽs par certaines marques segmentales et supra-segmentales (intonation).
Les modes de phrases sont l'assertif, le suppositif, l'interrogatif, l'impŽratif, l'optatif.
Aux modes de phrase littŽraux s'opposent les modes de phrase figurŽs obtenus par une figure de phrase. Les phrases verbales ont un mode de phrase littŽral, les phrases averbales n'en ont pas au niveau segmental.
0.1.1. phrases verbales
Le mode de phrase assertif se marque par le mode verbal indicatif. L'assertif prŽtend qu'un Žtat de choses est vrai. Le prŽdicat peut tre descriptif (Il est 8 h.), Žvaluatif (Il fait beau), programmatif (Il faut partir.).
Le mode de phrase suppositif se marque par la conjonction de subordination si ou par le mode verbal conditionnel : L'inondation serait due ˆ une rupture de canalisation
Le suppositif imagine un Žtat de choses Žventuel (Si a continueÉ), irrŽel (Si tu m'avais ŽcoutŽÉ), et mme rŽel (Si tu le disÉ) (au sens de "puisque tu le dis")
Le mode de phrase interrogatif peut se marquer
- par la seule intonation : Tu es lˆ ?
- par l'inversion sujet-verbe : Es-tu lˆ ?
- des pronoms, adjectifs, adverbes interrogatifs :
. pronom interrogatif : Qui est lˆ ?, Que fais-tu ?, Quand pars-tu ?, O vas-tu ?, Comment tu fais ?, Combien a cožte ?, Lequel tu veux ?, Ë quoi a sert ?
. adjectif interrogatif : Quelle heure est-il ?
. adverbe interrogatif : Tu en veux combien ?
L'interrogatif demande au dest. de dire si un Žtat de choses est vrai ou faux (question totale), il attend la rŽponse oui ou non, ou demande de prŽciser une dŽtermination de cet Žtat de choses (question partielle : qui, que, quand, É). La conjouction ou marque une question alternative (Tu es bte, ou quoi ?). La conjonction et peut introduire une question thŽmatique : Et comme boisson ?
Le mode de phrase impŽratif se marque par le mode verbal impŽratif.
Ë la 2me personne du singulier ou du pluriel l'impŽratif est "tu-directif" ; ˆ la 1re personne du pluriel il est "nous-directif". L'impŽratif 1re personne du singulier n'existe pas. Il s'exprime par une assertion en "je" qui vaut engagement, par figure de mode de phrase (infra).
Un directif peut Žgalement s'exprimer par le mode verbal infinitif, ˆ l'Žcrit ou dans le parler au chien : Tenir la porte fermŽe. Pas bouger !
On peut parler d'un mode de phrase "programmatif" regroupant l'assertion programmative, l'interrogatif, l'impŽratif, l'optatif.
0.1.2. phrases averbales
Faute de verbe, les phrases averbales n'ont pas de mode de phrase littŽral.
L'acte de parole rŽalisŽ par une phrase averbale est fonction du contenu, de l'environnement (contexte, situation), de l'intonation, de l'usage.
- phrase nominale : Bon anniversaire ! (optatif)
- phrase adjectivale : Chaud devant ! (assertif descriptif)
- phrase adverbiale : Assez de tergiversations ! (assertif Žvaluatif)
- phrase prŽpositionnelle : Sans les mains ! (assertif ou je- ou tu-directif)
- phrasillon : Merci ! (rŽtributif)
0.2. MODES DE PHRASE NON LITTƒRAUX
L'Žtude des figures de phrase amne ˆ parler de modes de phrase non littŽraux ou modes de phrase figurŽs, sans marque spŽcifique en langue, mais qui sont obtenus par figure de phrase.
On peut distinguer deux grands types de figures, selon qu'il y a substitution ou non d'un ŽlŽment d'analyse de la phrase ˆ un autre. Les figures sans substitution sont les figures tensives (au sens o par exemple, certaines questions attendent, tendent vers une rŽponse dŽfinie)
Tu fais quelque chose (de spŽcial) {demain} ? tend vers, espre la rŽponse Non.
et les figures d'addition : Ne t'agite pas comme a ! ("tu t'agites, ne t'agite pas")
Les figures par substitution portent sur la personnaison ou la polaritŽ, sans modification du mode de phrase, et les figures de mode de phrase, o au mode de phrase littŽral se substitue un mode de phrase figurŽ.
0.2.1. figures de personnaison :
Une personne a valeur d'une autre personne :
On ne s'en fait pas ! valant "tu te n'en fais pas"
0.2.2.figures de polaritŽ
Les figures de polaritŽ sont morphologiques (contradiction entre phrase positive et phrase nŽgative) ou lexicale (relation entre contraires chaud / froid).
a. figure de polaritŽ morphologique
(i) une phrase nŽgative peut valoir cette mme phrase au positif : Je ne suis pas peu fier ! ("je suis trs fier")
(ii) une phrase positive peut valoir cette mme phrase au nŽgatif : Tu avais bien besoin de [a] ! ("tu n'en avais pas besoin")
(iii) une phrase impŽrative positive peut valoir cette mme phrase ˆ l'impŽratif nŽgatif : (Surtout,) ne t'excuse pas ! ("excuse-toi")
(iv) une phrase impŽrative nŽgative peut valoir cette mme phrase ˆ l'impŽratif positif : [- ‚a va s'arranger ?] - Comptes-y ! 2 ("n'y compte pas")
(v) une phrase adjectivale positive peut valoir cette mme phrase au nŽgatif : Toujours aimable ! ("jamais aimable")
b. figure de polaritŽ entre deux lŽxmes ou locutions (le contenu contraire n'a pas toujours une expression usuelle dŽfinie) :
(i) assertion positive : Tu me tues ! 2 ("tu me fais du bien")
(ii) phrase nominale : Quelle modestie ! 2 ("quelle prŽtention !")
(iii) phrase adjectivale : [- J'ai gagnŽ trois fois de suite !] - Mortel ! ("super !")
(iv) phrasillon : (Alors lˆ,) bravo ! 2 (par ex. "honte ˆ toi !")
c. figure de polaritŽ morphologique et figure entre deux lŽxmes / locutions
On ne trouve ici que des assertions nŽgatives. Tu n'y vas pas avec le dos de la cuiller ! ("tu y vas ˆ la louche" : la nŽgation est supprimŽe, puis le contenu lexical est remplacŽ par son contraire)
0.2.3. figures de mode de phrase
Cette figure prŽserve la protophrase ("contenu propositionnel") et substitue son mode de phrase ˆ un autre.
a. assertion valant un engagement du loc. ˆ faire l'acte mentionnŽ : Je ferai l'impossible.
b. assertion ˆ la premire personne du singulier portant sur certains verbes actifs au prŽsent ou au futur, valant pour le mode performatif explicite : Je te plains. Je m'en tiendrai lˆ.
*
L'Žtude des figures de phrase en tant que telles ne tient pas compte des figures de contenu relatif qui s'analysent dans le cadre mŽtonymique des corrŽlations entre Žtats de choses, notamment motif / rŽaction. Nous avons nŽanmoins retenu au ¤ 4 des formulations performatives obtenues par figure de mode de phrase et qui se prŽsentent comme des conditions explicites (non) remplies ou des (non) motifs explicites ou implicites pour rŽaliser l'acte performatif sans modifier la protophrase. (Sont donc exclus des cas o la protophrase n'est pas prŽservŽe, comme dans Il fait froid valant Žventuellement pour Ferme la fentre.)
0.3. FIGURES SANS SUBSTITUTION
0.3.1. figures tensives
Par dŽfinition les programmatifs tendent vers la rŽalisation de ce qu'ils programment. Pro-grammer c'est Žcrire un futur ˆ rŽamiser. Les programmatifs que sont les questions tendent ainsi vers la rŽalisation, par le dest., d'une rŽponse. Mais certaines questions ont une tension spŽcifique vers une certaine rŽponse. C'est le type de tension dont il s'agit ici.
Il peut ne pas tre possible a priori de distinguer entre une question qui, en tant que question, attend une rŽponse, et une question qui attend une certaine rŽponse : une question comme Tu peux conduire ? est a priori indŽcidable de ce point de vue, mais de nombreuses questions en "tu peuxÉ ?" tendent vers la rŽponse Oui, comme Tu peux me donner un (petit) coup de main ?, d'autres vers la rŽponse Non : Tu pourrais [me laisser tomber] ? Cela tient ˆ la valeur, positive ou nŽgative, de l'objet de la question. Or l'objet de Tu peux conduire ? Žtant notoirement de val. pos., cette Žvaluation n'est pas un critre pour distinguer les questions "pour savoir" et les questions "pour faire faire" : encore faut-il tenir compte des conventions d'usage des phrases et de l'environnement dans lequel elles sont ŽnoncŽes.
On trouve Žgalement une tension spŽcifique dans des phrases impŽratives comme "Dis-moi que [p]" qui tendent non seulement et banalement vers l'assertion de [p], mais vers l'affirmation que [p] est vrai, comme dans Dis-moi que c'est une blague ! ("j'espre que c'est une blague")
d'ailleurs dans l'emploi o ce n'est pas la vŽritŽ qui compte on dirait plut™t Dis-moi ÒC'est une blagueÓ, comme dans cette rŽplique enfantine : - Dis-moi "ail/a•e". - Ail/A•e ! - Tu manges de l'ail !
0.3.2. figures d'addition
Ë un impŽratif nŽgatif peut s'ajouter l'assertion positive correspondante que l'acte mentionnŽ est rŽalisŽ alors qu'il devrait ne pas l'tre. Ne monte pas sur tes grands chevaux ! ("tu montes sur tes grands chevaux, arrte de le faire")
0.4. figures de substitution
0.4.1. figures de personnaison
Une phrase ˆ la premire personne peut valoir pour cette phrase ˆ la deuxime personne : Pressons ! ("pressez-vous")
alors que pour impliquer le loc. (Žventuellement) et le(s) dest. on dirait Pressons-nous.
Une phrase en On, pronom personnel de la 3me personne, se rŽfre ˆ quiconque dans une phrase normative On dit "Bonjour" ! mais peut signifier tu / vous : Allez, on se dŽpche ! incluant ou non le locuteur, mais elle peut aussi ne rŽfŽrer qu'au seul locuteur : On pense trs fort ˆ toi/vous !.
0.4.2. figures de polaritŽ
C'est le cas d'une phrase positive qui s'entend nŽgative, ou inversement - polaritŽ morphologique : Tu avais bien besoin de [a] ! ("tu n'en avais pas besoin") [- O tu vas ?] - Tu n'es pas curieux ! ("tu es (trop) curieux")
ou d'une phrase qui s'entend comme le contraire de son contenu lexical : C'est du joli ! ("c'est honteux")
On a les deux types de figure de polaritŽ dans Je ne te fŽlicite pas. (qui s'analyse en figure de polaritŽ morphologiquee : "je te fŽlicite" puis en figure de polaritŽ lexicale : "je te critique")
0.4.3. figures de mode de phrase
Un mode de phrase vaut pour un autre. On se calme ! (assertion valant l'impŽratif : "calme-toi / calmez-vous")
0.5. phrases ˆ plus d'une figure
Une mme phrase peut comporter plus d'une figure : si l'on s'en tient aux trois principales figures de substitution, c'est-ˆ-dire en ne prenant pas en compte les figures de personnaison, on relve trois combinaisons de deux figures ayant en commun la figure de mode de phrase, sous laquelle elles sont regroupŽes. Elles ne font donc pas l'objet d'une catŽgorie spŽcifique.
- figure de mode de phrase et de polaritŽ morphologique et lexicale : Je ne te fŽlicite pas. ("fŽliciter" valant son contraire, disons "critiquer", et la phrase nŽgative valant la phrase positive rŽalisant l'acte performatif "critiquer")
Le classement des figures de phrase prŽsentŽ est organisŽ par figures de phrase et secondairement par mode de phrase littŽral.
Nous ne donnons dans cette prŽsentation quequelques exemples. Voir l'ensemble des ŽnoncŽs relevŽs, classŽs par figure.
FIGURES DE PHRASES
1. FIGURES SANS SUBSTITUTION
1.1. FIGURES TENSIVES
1.1.1. questions totales positives
a. - questions totales positives espŽrant une rŽponse positive Tu es libre {dimanche} ? (espŽrant la rŽponse "oui", usuellement employŽe dans l'intention de faire faire qch. ou pour faire qch. ensemble) Tu peux me donner un (petit) coup de main ? (interprŽter cette question comme Žtant tu-directive pour l'acte mentionnŽ serait tenir compte du contenu corrŽlatif : "si tu peux le faire, alors fais-le", ce qui, de plus, sous-entend que je dŽsire que tu le fasses, on s'en tient donc au fait que cette question tend vers une rŽponse positive)
- espŽrant l'assertion de leur objet [- La voiture ne dŽmarre pas...] - Dis-moi que c'est une blague !
Par dŽfinition l'impŽratif tend - sans figure de phrase - ˆ ce que son objet soit rŽalisŽ. Ici il s'agirait donc que le dest. dise que c'est une blague, mais ce que le loc. espre ce n'est pas ce n'est pas simplement que le dest. fasse l'assertion demandŽe (ce serait le cas avec Dis-moi ÒC'est une blagueÓ) mais qu'il affirme la vŽritŽ que c'est une blague et non la rŽalitŽ, ˆ savoir que, dans l'exemple, il est faux (parce que c'est une blague) que la voiture ne dŽmarre pas.
1.2. FIGURES D'ADDITION
1.2.1. phrases impŽratives
a. exemples
- phrases impŽratives positives auxquelles s'ajoute l'assertion de l'acte nŽgatif
ObŽis !
Comparer : [- Il n'arrte pas de me dire "fais ceci, fais cela", qu'est-ce que je peux faire ?] - ObŽis ! ("obŽis", sans addition de "tu n'obŽis pas") [Tu n'as pas fait ce que je t'ai dit de faire !] ObŽis ! ("tu n'obŽis pas, obŽis")
ou, avec un impŽratif nŽgatif : Ne te mle pas de a !
Comparer : [Je vais en parler ˆ Luc,] ne te mle pas de a. ("ne te mle pas de a") [- Qu'est-ce qu'il t'a demandŽ ? - Ne te mle pas de a. ("tu te mles de a, ne t'en mle pas")
On peut se demander si Pas touche ! n'est pas une variante singulire de Pas toucher car l'absence de dŽterminant ne permet pas d'y voir un substantif ('pas de touche"). Plus simplement ce serait une inversion de Touche pas !, inversion qui reste exceptionnelle avec un impŽratif nŽgatif. [- Oh tu as un nouveau foulard !] - Pas touche ! (sans addition de "tu y as touchŽ") [- Il est doux, ton foulard !] - Pas touche ! (avec addition)
- phrases adjectivales Gentil ! adressŽ au chien peut signifier "tu es gentil" ou "sois gentil", voire "tu n'es pas gentil, sois gentil" selon l'intonation. En revanche Sage ! ne semble pas s'employer pas dans le sens "tu es sage" mais seulement dans le sens "tu n'es pas sage, sois sage".
On appelle figure de polaritŽ
- une phrase nŽgative valant cette mme phrase au positif, ou l'inverse (polaritŽ morphologique, figure de contradiction),
- lexme ou locution valant, dans une phrase, pour le lexme ou la locution de sens contraire (polaritŽ lexicale, figure de contrariŽtŽ).
assertion nŽgative
La valeur d'emploi de la phrase s'obtient en supprimant la nŽgation et en prenant le contraire du sens lexical. La phrase obtenue peut rester indŽcise dans un paradigme de contraires, et peut ne pas tre usitŽe.
Contribution aux figures de mode de phrase du contenu corrŽlatif ˆ un acte performatif
On regroupe ici des ŽnoncŽs prŽsentant une figure de phrase et dont le contenu est corrŽlatif ˆ l'acte performatif mentionnŽ : conditions, motifs, consŽquences. Pour qu'une figure de mode de phrase soit possible nous ne retenons ici que les cas o la protophrase n'est pas modifiŽe.
4.1 CONDITIONS EXPLICITES
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- Je peux le jurer, avec une condition qui est une condition de succs explicite ("je peux le jurer parce que c'est vrai") valant pour Je le jure.
En effet les actes performatifs linguistiques (distincts, donc, des performatifs extralinguistiques exigeant pour leur rŽalisation des pouvoirs particuliers - baptiser, dŽcrŽter, marier, promouvoirÉ-) n'ont d'autre condition de rŽalisation que leur Žnonciation : pour remercier il suffit de dire Je te remercier, ou Merci !. Mais ils peuvent avoir des conditions de succs, comme dans l'exemple ci-dessus, ou dŽontiques, comme dans Je peux te demander [du feu] ? ("est-ce que tu le permets ?") Si la satisfaction d'une telle condition va de soi (je peux le jurer parce que c'est vrai, je peux te demander [du feu] car jen ai le droit), alors autant dire que je rŽalise l'acte conditionnŽ : je le jure, je te demande [du feu], vu que la condition "je peux (?)" envisage une rŽalisation de "jurer", "demander" hic et nunc. Il y a lˆ, bien sžr, une part de convention telle que des dialogues comme - Je peux le jurer. - Alors jure-le !, ou - Je peux te demander [du feu] ? - Oui, vas-y ! para”traient saugrenus, plus ou moins dŽsobligeants, provoquants envers le loc.
Il faut distinguer entre les actes performatifs qui ont un contraire et ceux qui n'en ont pas.
Ne pas refuser, c'est accepter, et inversement.
Ne pas interdire, c'est permettre, et inversement.
Mais "ne pas promettre" ce n'est pas faire le contraire de promettre, qui n'existe pas : il n'y a pas de figure de mode de phrase dans Je ne te promets rien.
- ¥ question partielle portant par figure de mode de phrase sur l'inexistence d'une condition de rŽalisation de l'acte performatif mentionnŽ, valant par mŽtonymie la non rŽalisation de cet acte, acte qui est rŽalisŽ par une figure de polaritŽ morphologique Comment te remercier ?> ("il n'y a pas de moyen pour te remercier, "je ne te remercie pas", "je te remercie")
Si l'on s'interroge hic et nunc sur les conditions de rŽalisation d'un acte c'est que la rŽalisation de cet acte est envisagŽe.Le problme est que "remercier" peut se rŽaliser de deux manires, linguistique et extra-linguistique. Les conditions de rŽalisations d'un remerciement liguistique vont de soi : on peut dire quelque chose comme Merci. Ce sont les conditions de rŽalisations d'un remerciement extra-linguistique qui peuvent poser problme, mme s'il y en a qui sont conventionnelles : on offre des fleurs, des bo”tes de chocolat, une carte-cadeau, etc. En fait, cette phrase feint de demander comment faire pour remercier et n'est simplement qu'une forme emphatique de remerciement linguistique. On ne s'attende pas, dans l'emploi conventionnel de cette phrase, ˆ ce que le dest. dise ce qu'il souhaite comme remerciement.
Il en va autrement pour l'acte "pardonner".
- question partielle valant la rŽponse il n'y a pas de moyen, ne rŽalisant pas l'acte performatif mentionnŽ Comment te pardonner ? ("je ne te pardonne pas")
Comme Comment te remercier ? lorsqu'il s'agit du remerciement formel, linguistique, l'absence de condition de rŽalisation implique la non rŽalisation de l'acte, mais dans le cas de "pardonner" la figure de polaritŽ n'est pas prŽsente. Cette diffŽrence tient peut-tre ˆ l'opposiion de valeur entre les motifs de ces rŽactions : val. pos. pour le motif de "remercier", val. nŽg. pour le motif de "pardonner". Remercier c'est participer ˆ un motif de val. pos. alors que "pardonner" c'est une participatio paradoxale ˆ un motif de val. nŽg. : contrairement ˆ "remercier", "pardonner" ne va pas de soi.
Si l'objet de la demande n'est pas prŽcisŽ, la demande n'est pas rŽalisŽe, comme dans Je voudrais te demander quelque chose., qui ne fait qu'annoncer une demande.
- assertion d'un contre-motif explicite pour un acte performatif, ne rŽalisant pas cet acte puis, par figure de polaritŽ lexicale, rŽalisant le contraire de l'acte mentionnŽ Je n'ai pas ˆ te fŽliciter ! (par mŽtonymie : "je ne te fŽlicite pas", par figure de polaritŽ morphologique : "je te fŽlicite", par figure de polaritŽ lexicale : "je te critique, je te fais des reproches".
Seuls les motifs implicites pour un certain acte performatif mentionnŽ et de val. pos. sont retenus ici.
D'une part des motifs implicites comme Il fait froid (motif peut-tre pour une rŽaction d'opposition) ne mentionnant pas d'acte, ne peuvent pas tre l'objet d'une figure de mode de phrase ; d'autre part un ŽnoncŽ comme Je ne t'ai pas critiquŽ, mentionnant un acte performatif et de val. nŽg. ne peut pas de ce fait annoncer la rŽalisation d'un acte de critique.