Index des énoncés usuels dans Proust (ALRDTP)

citations




Du côté de chez Swann A l'ombre des jeunes filles en fleurs Le côté de Guermantes Sodome et Gomorrhe La prisonnière Albertine disparue Le temps retrouvé
La prisonnière


"Ah! vous étiez en voiture", me dit-il d'un air grave. "Mon Dieu, par le plus grand des hasards; cela ne m'arrive jamais. Je suis toujours en omnibus ou à pied. Mais cela me vaudra peut-être le grand honneur de vous reconduire ce soir si vous consentez pour moi à entrer dans cette guimbarde ; nous serons un peu serrés. Mais vous êtes si bienveillant pour moi." […] "J'accepte de grand cœur, me répondit Brichot.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p.

M. de Charlus interpellait de temps en temps un domestique : "Comment allez-vous ? Avez-vous reçu mon pneumatique ? Viendrez-vous ?" Sans doute il y avait dans ces interpellations la liberté du grand seigneur qui croit flatter et qui est plus peuple que le bourgeois, mais aussi la rouerie du coupable qui croit que ce dont on fait étalage est par cela même jugé innocent.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p.

"Oh! s'écria Albertine, des choux, des carottes, des oranges. Voilà rien que des choses que j'ai envie de manger. Faites-en acheter par Françoise. Elle fera les carottes à la crème. Et puis ce sera gentil de manger tout ça ensemble. Ce sera tous ces bruits que nous entendons, transformés en un bon repas." "Ah! je vous en prie, demandez à Françoise de faire plutôt une raie au beurre noir. C'est si bon!" "Ma petite chérie, c'est convenu, ne restez pas; sans cela c'est tout ce que poussent les marchandes de quatre-saisons que vous demanderez." "C'est dit, je pars, mais je ne veux plus jamais pour nos dîners que les choses dont nous aurons entendu le cri. C'est trop amusant.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 116

Albertine, même dans l'ordre des choses bêtes, s'exprimait tout autrement que la petite fille qu'elle était il y avait seulement quelques années à Balbec. Elle allait jusqu'à déclarer, à propos d'un événement politique qu'elle blâmait: "Je trouve ça formidable."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 017

[…] mon choix d'Andrée […] comme guide de mon amie avait tenu à ce qu'Albertine me raconta de l'affection que son amie avait eue pour moi à Balbec, à un moment au contraire où je craignais de l'ennuyer, et si je l'avais su alors c'est peut-être Andrée que j'eusse aime. « Comment, vous ne le saviez pas ? me dit Albertine, nous en plaisantions pourtant entre nous. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 019

Un meunier n'a pas besoin de dire qu'il est meunier, on voit bien toute la farine qu'il a sur lui, il y a encore la place des sacs qu'il a portés. Andrée, c'était la même chose, elle tournait ses sourcils comme vous, et puis son grand cou, enfin je ne peux pas vous dire. Quand je prends un livre qui a été dans votre chambre, je peux le lire dehors, on sait tout de même qu'il vient de chez vous parce qu'il garde quelque chose de vos sales fumigations. C'est un rien, je ne peux vous dire, mais c'est un rien au fond qui est assez gentil. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 019

Ainsi elle disait à propos de n'importe quoi : « C'est vrai ? c'est bien vrai ? » Certes si elle avait dit comme une Odette : « C'est bien vrai ce gros mensonge-là ? » je ne m'en fusse pas inquiété, car le ridicule même de la formule se fût expliqué par une stupide banalité d'esprit de femme.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 020

Mais par instants certaines manières de parler d'Albertine me faisaient supposer — je ne sais pourquoi — qu'elle avait dû recevoir dans sa vie encore si courte beaucoup de compliments, de déclarations, et les recevoir avec plaisir, autant dire avec sensualité. Ainsi elle disait à propos de n'importe quoi : « C'est vrai ? c'est bien vrai ? » Certes si elle avait dit comme une Odette : « C'est bien vrai ce gros mensonge-là ? » je ne m'en fusse pas inquiété, car le ridicule même de la formule se fût expliqué par une stupide banalité d'esprit de femme. Mais son air interrogateur : « C'est vrai ? » donnait, d'une part, l'étrange impression d'une créature qui ne peut se rendre compte des choses par elle-même, qui en appelle à votre témoignage, comme si elle ne possédait pas les mêmes facultés que vous (on lui disait : « Voilà une heure que nous sommes partis », ou « Il pleut », elle demandait : « C'est vrai ? »). Malheureusement, d'autre part, ce manque de facilité à se rendre compte par soi-même des phénomènes extérieurs ne devait pas être la véritable origine de « C'est vrai ? C'est bien vrai ? ». Il semblait plutôt que ces mots eussent été, dès sa nubilité précoce, des réponses à des : « Vous savez que je n'ai jamais trouvé personne si joli que vous », « vous savez que j'ai un grand amour pour vous, que je suis dans un état d'excitation terrible », affirmations auxquelles répondaient, avec une modestie coquettement consentante, ces « C'est vrai ? c'est bien vrai ? », lesquels ne servaient plus à Albertine avec moi qu'à répondre par une question à une affirmation telle que : « Vous avez sommeillé plus d'une heure. — C'est vrai ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 020

Je l'interrogeais à brûle-pourpoint : « Ah ! à propos, Albertine, est-ce que je rêve ? est-ce que vous ne m'aviez pas dit que vous connaissiez Gilberte Swann ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 022

Mais ces châteaux, ces forêts, les yeux de mon esprit seul pouvaient les voir dans la main gantée de la dame en fourrure, cousine du roi. Ceux de mon corps n'y distinguaient, les jours où le temps menaçait, qu'un parapluie dont la duchesse ne craignait pas de s'armer. « On ne peut jamais savoir, c'est plus prudent, si je me trouve très loin et qu'une voiture me demande des prix trop chers pour moi. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 029

Mais ces châteaux, ces forêts, les yeux de mon esprit seul pouvaient les voir dans la main gantée de la dame en fourrure, cousine du roi. Ceux de mon corps n'y distinguaient, les jours où le temps menaçait, qu'un parapluie dont la duchesse ne craignait pas de s'armer. « On ne peut jamais savoir, c'est plus prudent, si je me trouve très loin et qu'une voiture me demande des prix trop chers pour moi. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 029

En tout cas, je ne sais pas s'il en a le crâne, ajouta-t-elle, mais sa façon de s'habiller, qui a du reste beaucoup de chic, n'est guère de là-bas.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 033

Le visiteur qui avait cru bien faire en disant jusque-là « Frohsdorf » tournait casaque au plus court et disant sans cesse « Frochedorf ».
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 033

Un grand diable de villageois du Léon regardait avec ébahissement les culottes beiges du beau-frère de Robert. "Qu'est-ce que tu as à me regarder ? je parie que tu ne sais pas qui je suis", lui dit Léon. Et comme le paysan disait que non : '"Hé bien, je suis ton prince. — Ah !" répondit le paysan en se découvrant et en s'excusant, "je vous avais pris pour un englische."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 034

"Par exemple, madame, le jour où vous deviez dîner chez Mme de Saint-Euverte, avant d'aller chez la princesse de Guermantes, vous aviez une robe toute rouge, avec des souliers rouges, vous étiez inouïe, vous aviez l'air d'une espèce de grande fleur de sang, d'un rubis en flammes, comment cela s'appelait-il? Est-ce qu'une jeune fille peut mettre ça?" […] La duchesse avait l'air de dire: "Qu'est-ce qu'il a, il est fou."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 035

"Par exemple, madame, le jour où vous deviez dîner chez Mme de Saint-Euverte, avant d'aller chez la princesse de Guermantes, vous aviez une robe toute rouge, avec des souliers rouges, vous étiez inouïe, vous aviez l'air d'une espèce de grande fleur de sang, d'un rubis en flammes, comment cela s'appelait-il? Est-ce qu'une jeune fille peut mettre ça?" […] La duchesse avait l'air de dire: "Qu'est-ce qu'il a, il est fou."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 035

Bien souvent, par exemple, ce n'était pas pour donner le change et paraître ne pas s'être trompé que M. de Norpois, quand on lui parlait de pronostics qu'il avait émis au sujet d'une alliance allemande qui n'avait même pas abouti, disait: "Vous devez vous tromper, je ne me rappelle pas du tout, cela ne me ressemble pas, car, dans ces sortes de conversations, je suis toujours très laconique et je n'aurais jamais prédit le succès d'un de ces coups d'éclat qui ne sont souvent que des coups de tête, et dégénèrent habituellement en coups de force.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 035

"Si c'est ça que vous trouvez spirituel!" "Mon Dieu, ma ière Oriane, répondit Bréauté qui, se voyant contredit, commençait à lâcher pied, le mot n'est pas de moi, je vous le répète tel qu'on me l'a dit, prenez-le pour ce qu'il vaut.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 038

"Si c'est ça que vous trouvez spirituel!" "Mon Dieu, ma ière Oriane, répondit Bréauté qui, se voyant contredit, commençait à lâcher pied, le mot n'est pas de moi, je vous le répète tel qu'on me l'a dit, prenez-le pour ce qu'il vaut.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 038

"Si c'est ça que vous trouvez spirituel!" "Mon Dieu, ma ière Oriane, répondit Bréauté qui, se voyant contredit, commençait à lâcher pied, le mot n'est pas de moi, je vous le répète tel qu'on me l'a dit, prenez-le pour ce qu'il vaut.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 038

C'est même là un argument ad hominem (le duc employait un peu à tort et à travers l'expression ad hominem) qu'on ne fait pas assez valoir pour montrer la mauvaise foi des Juifs.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 038

Cartier aurait dit que si M. Zola avait cherché à avoir un procès et à se faire condamner, c'était pour éprouver une sensation qu'il ne connaissait pas encore, celle d'être en prison. — Aussi a-t-il pris la fuite avant d'être arrêté, interrompit Oriane. Cela ne tient pas debout. D'ailleurs, même si c'était vraisemblable, je trouve le mot carrément idiot.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 038

Je ne peux pas vous dire ce que votre Cartier m'a toujours embêtée, et je n'ai jamais pu comprendre le charme infini que Charles de la Trémoille et sa femme trouvent à ce raseur que je rencontre chez eux chaque fois que j'y vais.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 038

Voyons, Oriane, vous n'allez pas prétendre que ce n'est pas accablant pour les Juifs ce fait qu'ils soutiennent tous un traître. Vous n'allez pas me dire que ce n'est pas parce qu'ils sont Juifs."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 039

"Ah! ça c'est une robe de Fortuny. Votre jeune fille peut très bien mettre cela chez elle. J'en ai beaucoup, je vais vous en montrer, je peux même vous en donner si cela vous fait plaisir.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 040

"Mais vous aviez aussi des souliers si jolis, était-ce encore de Fortuny?" "Non, je sais ce que vous voulez dire, c'est du chevreau doré que nous avions trouvé à Londres, en faisant des courses avec Consuelo de Manchester.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 040

La nièce du giletier ayant dit un jour à Morel : « C'est cela, venez demain, je vous paierai le thé », le baron avait avec raison trouvé cette expression bien vulgaire pour une personne dont il comptait faire presque sa belle-fille […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 041

[…] elle qui n'aime pas les odeurs fortes ne sera pas enchantée de vos seringas." "Alors, j'ai eu une mauvaise idée ! Je vais dire à Françoise de les mettre sur le carré de l'escalier de service." "Si vous vous imaginez qu'Albertine ne sentira pas après vous l'odeur de seringa. Avec l'odeur de la tubéreuse, c'est peut-être la plus entêtante; […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 050

— Mais alors, moi qui n'ai pas aujourd'hui ma clef, comment pourrai-je rentrer ? — Oh ! vous n'aurez qu'à sonner, Albertine vous ouvrira.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 050

Qand j'avais entendu se refermer la porte de la chambre d'Albertine, si j'avais un ami avec moi je me hâtais de le faire sortir, ne le lâchant que quand j'étais bien sûr qu'il était dans l'escalier, dont je descendais au besoin quelques marches.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 054

Vous savez que son père a volé, il a failli y avoir une instruction ouverte contre lui. Ils veulent crâner d'autant plus, mais je m'amuse à le dire à tout le monde. Je voudrais qu'ils m'attaquent en dénonciation calomnieuse. Quelle belle déposition je ferais !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 055

[…] cette nuit à Balbec où, après qu'Albertine m'avait révélé dans le petit tram, qui l'avait élevée, j'avais voulu à tout prix la soustraire à certaines influences et l'empêcher d'être hors de ma présence pendant quelques jours.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 074

Souvent je l'avais vue à Balbec, attacher sur des jeunes filles qui passaient un regard brusque et prolongé, pareil à un attouchement, et après lequel, si je les connaissais, elle me disait : « Si on les faisait venir ? J'aimerais leur dire des injures. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 081

Souvent je l'avais vue à Balbec, attacher sur des jeunes filles qui passaient un regard brusque et prolongé, pareil à un attouchement, et après lequel, si je les connaissais, elle me disait : « Si on les faisait venir ? J'aimerais leur dire des injures. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 081

Si vous dérangez leur journée, ils vous avouent le plaisir qu'ils vous avaient caché : « Je voulais tant aller goûter à cinq heures avec telle personne que j'aime ! »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 083

Elle nous avait promis une lettre, nous étions calme, nous n'aimions plus. La lettre n'est pas venue, aucun courrier n'en apporte, « que se passe-t-il ? » l'anxiété renaît et l'amour.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 084

« Mais s'il vous avait déjà fait des propositions, pourquoi avez-vous consenti à prendre le thé avec lui ? — Pour qu'il ne pût pas m'en vouloir et dire que je n'ai pas été gentille. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 087

Elles se font une vertu de se taire alors que nous voudrions tant les faire parler. Et nous sentons qu'à leur complice elles ont affirmé : « Je ne dis jamais rien. Ce n'est pas par moi qu'on saura quelque chose, je ne dis jamais rien. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 088

"Alors, je vous quitte et pardon de vous avoir dérangée pour rien." "Mais non", dit Andrée […] et (comme maintenant, l'usage du téléphone étant devenu courant, autour de lui s'était développé l'enjolivement de phrases spéciales, comme jadis autour des "thés"), elle ajouta: "Cela m'a fait grand plaisir d'entendre votre voix. "
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 092

« Alors, je vous quitte et pardon de vous avoir dérangée pour rien. — Mais non », dit Andrée et (comme maintenant l'usage du téléphone était devenu courant, autour de lui s'était développé l'enjolivement de phrases spéciales, comme jadis autour des "thés") elle ajouta : « Cela m'a fait grand plaisir d'entendre votre voix. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 092

Mais j'étais obligé d'interrompre un instant [la conversation téléphonique] et de faire des gestes menaçants car Françoise […] entrait immédiatement chez moi dès que j'étais en train d'en faire d'assez secrètes [=des communications] pour que je tinsse particulièrement à les lui cacher. Quand elle fut enfin sortie de la chambre […], « Pardonnez-moi, dis-je à Andrée [=à qui le Narrateur téléphone], j'ai été dérangé. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 092

Devinez, lui dis-je, à qui jeviens de téléphoner : à Andrée.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 093

Mais qui sait si elle-même, Andrée, ne me trahissait pas, si demain elle ne raconterait pas à Albertine que je lui avais demandé de l'empêcher coûte que coûte d'aller chez les Verdurin, et si elle ne lui avait pas déjà révélé que je lui avais fait plusieurs fois des recommandations analogues ?
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 093

« Et peut-on savoir pourquoi vous avez téléphoné à Andrée ? — Pour lui demander si cela ne la contrarierait pas que je me joigne à vous demain et que j'aille ainsi faire aux Verdurin la visite que je leur promets depuis La Raspelière. — Comme vous voudrez. Mais je vous préviens qu'il y a un brouillard atroce ce soir et qu'il y en aura sûrement encore demain […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 094

« Et peut-on savoir pourquoi vous avez téléphoné à Andrée ? — Pour lui demander si cela ne la contrarierait pas que je me joigne à vous demain et que j'aille ainsi faire aux Verdurin la visite que je leur promets depuis La Raspelière. — Comme vous voudrez. Mais je vous préviens qu'il y a un brouillard atroce ce soir et qu'il y en aura sûrement encore demain […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 095

D'ailleurs, je n'apprécie pas la sensibilité des gens qui prétendent tant nous aimer sans être capables de nous rendre le plus léger service […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 097

Dans certaines familles menteuses, un frère venu voir son frère sans raison apparente et lui demandant dans une incidente, sur le pas de la porte, en s'en allant, un renseignement qu'il n'a même pas l'air d'écouter, signifie par cela même à son frère que ce renseignement était le but de sa visite, car le frère connaît bien ces airs détachés, ces mots dits comme entre parenthèses à la dernière seconde, car il les a souvent employés lui-même.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 100

Je ne savais plus dire : je suis triste. Je me bornais, la mort dans l'âme, à parler de choses indifférentes qui ne me faisaient faire aucun progrès vers une solution heureuse.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 102

Pourtant, un soir où les yeux fermés elle ne s'éveillait qu'à demi, elle dit tendrement en s'adressant à moi : « Andrée. » Je dissimulai mon émotion. « Tu rêves, je ne suis pas Andrée », lui dis-je en riant.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 103

« Ah ! des moules, dit Albertine, j'aimerais tant manger des moules. — Mon chéri ! c'était pour Balbec, ici [=Paris] ça ne vaut rien ; d'ailleurs, je vous en prie, rappelez-vous ce que vous a dit [le Dr] Cottard au sujet des moules. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 115

"Oh! s'écria Albertine, des choux, des carottes, des oranges. Voilà rien que des choses que j'ai envie de manger. Faites-en acheter par Françoise. Elle fera les carottes à la crème. Et puis ce sera gentil de manger tout ça ensemble. Ce sera tous ces bruits que nous entendons, transformés en un bon repas." "Ah! je vous en prie, demandez à Françoise de faire plutôt une raie au beurre noir. C'est si bon!" "Ma petite chérie, c'est convenu, ne restez pas ; sans cela c'est tout ce que poussent les marchandes de quatre-saisons que vous demanderez." "C'est dit, je pars, mais je ne veux plus jamais pour nos dîners que les choses dont nous aurons entendu le cri. C'est trop amusant.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 116

— […] Oh ! je vous en prie, demandez à Françoise de faire plutôt une raie au beurre noir. C'est si bon ! — Ma petite chérie, c'est convenu.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 116

— […] Oh ! je vous en prie, demandez à Françoise de faire plutôt une raie au beurre noir. C'est si bon ! — Ma petite chérie, c'est convenu.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 116

"Je ne fais aucune objection à une glace, mon Albertine chérie, mais laissez-moi vous la commander, je ne sais pas moi-même si ce sera chez Poiré-Blanche, chez Rebattet, au Ritz, enfin je verrai."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 117

[…] il n'y aurait rien d'impossible à ce que je passe chez Rebattet commander une glace pour nous deux. Vous me direz que ce n'est pas encore la saison, mais j'en ai une envie !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 117

[…] il n'y aurait rien d'impossible à ce que je passe chez Rebattet commander une glace pour nous deux. Vous me direz que ce n'est pas encore la saison, mais j'en ai une envie !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 117

Mais tenez, même sans glaces, rien n'est excitant et ne donne soif comme les annonces des sources thermales. A Montjouvain, chez Mlle Vinteuil, il n'y avait pas de bon glacier dans le voisinage, mais nous faisions dans le jardin notre tour de France en buvant chaque jour une autre eau minérale gazeuse, comme l'eau de Vichy qui, dès qu'on la verse, soulève des profondeurs du verre un nuage blanc qui vient s'assoupir et se dissiper si on ne boit pas assez vite." Mais entendre parler de Montjouvain m'était trop pénible, je l'interrompais. "Je vous ennuie, adieu, mon chéri."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 119

"Vous m'avez dit que vous aviez déjeuné à Vatel, Mlle Albertine me parle des Réservoirs. Qu'est-ce que cela veut dire?" Le mécanicien me répondit: "Ah! j'ai dit que j'avais déjeuné au Vatel, mais je ne peux pas savoir où Mademoiselle a déjeuné."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 120

À tout hasard, et tout en faisant pleine confiance au chauffeur, et pour qu'Albertine ne pût pas le plaquer sans qu'il osât refuser par crainte de passer pour espion, je ne la laissai plus sortir qu'avec le renfort d'Andrée, alors que pendant un temps le chauffeur m'avait suffi.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 124

Et ainsi de ma visite pour commander un fromage, chez le crémier, je ne m'étais rappelé (si on peut dire « se rappeler » à propos d'un visage si mal regardé qu'on adapte dix fois au néant du visage un nez différent), je ne m'étais rappelé que la petite qui m'avait déplu.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 127

[Françoise à la petite laitière] « Hé bien, voyons, tu as peur parce qu'il y a un couloir, bougre de truffe, je te croyais moins empruntée. Faut-il que je te mène par la main ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 128

« Hé bien, voyons, tu as peur parce qu'il y a un couloir, bougre de truffe, je te croyais moins empruntée. Faut-il que je te mène par la main ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 128

Seriez-vous assez bonne pour me passer Le Figaro qui est là, il faut que je regarde le nom de l'endroit où je veux vous envoyer.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 130

« Ça ne vous gênerait vraiment pas trop, dis-je […], que je vous envoie [me faire une course] même un peu loin ? » Dès que j'eus ainsi l'air de trouver pénible le service qu'elle me rendrait en faisant une course, aussitôt elle commença à trouver que c'était gênant pour elle. « C'est que je dois aller tantôt me promener en vélo. Dame, nous n'avons que le dimanche. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 131

« Ça ne vous gênerait vraiment pas trop, dis-je […], que je vous envoie [me faire une course] même un peu loin ? » Dès que j'eus ainsi l'air de trouver pénible le service qu'elle me rendrait en faisant une course, aussitôt elle commença à trouver que c'était gênant pour elle. « C'est que je dois aller tantôt me promener en vélo. Dame, nous n'avons que le dimanche. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 131

« Est-ce qu'une telle, demandais-je, n'a pas telles mœurs [=lesbiennes] ? — Mais voyons, naturellement, c'est connu comme tout ! »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 132

« Est-ce qu'une telle, demandais-je, n'a pas telles mœurs [lesbiennes] ? — Mais voyons, naturellement, c'est connu comme tout ! […] Je dois dire qu'avec moi elle a toujours été d'une convenance parfaite. Naturellement elle savait que je l'aurais remisée et de la belle manière. Mais enfin cela ne fait rien. Je suis obligée de lui être reconnaissante du vrai respect qu'elle m'a toujours témoignée. On voit qu'elle savait à qui elle avait affaire. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 132

« Est-ce qu'une telle, demandais-je, n'a pas telles mœurs [lesbiennes] ? — Mais voyons, naturellement, c'est connu comme tout ! […] Je dois dire qu'avec moi elle a toujours été d'une convenance parfaite. Naturellement elle savait que je l'aurais remisée et de la belle manière. Mais enfin cela ne fait rien. Je suis obligée de lui être reconnaissante du vrai respect qu'elle m'a toujours témoignée. On voit qu'elle savait à qui elle avait affaire. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 132

« Est-ce qu'une telle, demandais-je, n'a pas telles mœurs [lesbiennes] ? — Mais voyons, naturellement, c'est connu comme tout ! […] Je dois dire qu'avec moi elle a toujours été d'une convenance parfaite. Naturellement elle savait que je l'aurais remisée et de la belle manière. Mais enfin cela ne fait rien. Je suis obligée de lui être reconnaissante du vrai respect qu'elle m'a toujours témoignée. On voit qu'elle savait à qui elle avait affaire. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 132

« Est-ce qu'une telle, demandais-je, n'a pas telles mœurs [lesbiennes] ? — Mais voyons, naturellement, c'est connu comme tout ! […] Je dois dire qu'avec moi elle a toujours été d'une convenance parfaite. Naturellement elle savait que je l'aurais remisée et de la belle manière. Mais enfin cela ne fait rien. Je suis obligée de lui être reconnaissante du vrai respect qu'elle m'a toujours témoignée. On voit qu'elle savait à qui elle avait affaire. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 132

Il fallait à tout prix empêcher qu'au Trocadéro elle pût retrouver cette connaissance, ou faire la connaisance de cette inconnue.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 133

Il fallait à tout prix empêcher qu'au Trocadéro elle pût retrouver cette connaissance, ou faire la connaisance de cette inconnue.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 133

Je lui dis que décidément je n'avais pas besoin d'elle [=la petite laitière qui ne veut pas rater son match pour faire une course] et je lui donnai cinq francs. Aussitôt, s'y attendant si peu, et se disant que si elle avait cinq francs pour ne rien faire, elle aurait beaucoup pour ma course, elle commença à trouver que son match n'avait pas d'importance. « J'aurais bien fait votre course. On peut toujours s'arranger. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 134

Je lui dis que décidément je n'avais pas besoin d'elle [=la petite laitière qui ne veut pas rater son match pour faire une course] et je lui donnai cinq francs. Aussitôt, s'y attendant si peu, et se disant que si elle avait cinq francs pour ne rien faire, elle aurait beaucoup pour ma course, elle commença à trouver que son match n'avait pas d'importance. « J'aurais bien fait votre course. On peut toujours s'arranger. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 134

Certes, le matin quand Françoise était venue me dire qu'Albertine irait au Trocadéro, je m'étais dit : « Albertine peut bien faire ce qu'elle veut », et j'avais cru que jusqu'au soir, par ce temps radieux, ses actions resteraient pour moi sans importance perceptible.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 135

De même, si Albertine avait dit quelques instants plus tard : « Si je me tue, cela m'est bien égal », c'était parce qu'elle était persuadée qu'elle ne se tuerait pas.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 135

Je recommandai à Françoise, quand elle aurait fait sortir Albertine de la salle, de m'en avertir par téléphone et de la ramener, contente ou non. « Il ne manquerait plus que cela qu'elle ne soit pas contente de venir voir Monsieur, répondit Françoise. — Mais je ne sais pas si elle aime tant que cela me voir. — Il faudrait qu'elle soit bien ingrate », reprit Françoise […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 138

Je recommandai à Françoise, quand elle aurait fait sortir Albertine de la salle, de m'en avertir par téléphone et de la ramener, contente ou non. « Il ne manquerait plus que cela qu'elle ne soit pas contente de venir voir Monsieur, répondit Françoise. — Mais je ne sais pas si elle aime tant que cela me voir. — Il faudrait qu'elle soit bien ingrate », reprit Françoise […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 138

Je recommandai à Françoise, quand elle aurait fait sortir Albertine de la salle, de m'en avertir par téléphone et de la ramener, contente ou non. « Il ne manquerait plus que cela qu'elle ne soit pas contente de venir voir Monsieur, répondit Françoise. — Mais je ne sais pas si elle aime tant que cela me voir. — Il faudrait qu'elle soit bien ingrate », reprit Françoise […] — Bien ingrate ? Mais non, Françoise, c'est moi qui me trouve ingrat, vous ne savez pas comme elle est bonne pour moi. (Il m'était si doux d'avoir l'air d'être aimé !) Partez vite. […]»
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 138

"Mon chéri et cher Marcel, j'arrive moins vite que ce cycliste dont je voudrais bien prendre la bécane pour être plus tôt près de vous. Comment pouvez-vous croire que je puisse être fâchée et que quelque chose puisse m'amuser autant que d'être avec vous; ce sera gentil de sortir tous les deux, ce serait encore plus gentil de ne jamais sortir que tous les deux. Quelles idées vous faites-vous donc? Quel Marcel ! Quel Marcel ! Toute à vous, ton Albertine. "
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 142

« Mon chéri et cher Marcel, j'arrive moins vite que ce cycliste dont je voudrais bien prendre la bécane pour être plus tôt près de vous. Comment pouvez-vous croire que je puisse être fâchée et que quelque chose puisse m'amuser autant que d'être avec vous ? […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 142

[…] avec l'image d'un corsage blanc, d'une jupe courte, parce que derrière cela je mettais une personne inconnue et qui pourrait m'aimer, je fabriquais tout seul des femmes désirables, et je me disais : « Comme elles doivent être bien ! » Mais à quoi me servirait-il qu'elles le fussent, puisque je ne sortirais pas seul ? [=je serais avec Albertine]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 143

— Il m'a rappelé aussi, dominant comme cela sur son tertre, une reproduction de Mantegna que vous avez, je crois que c'est Saint Sébastien, où il y a au fond une ville en amphithéâtre et où on jurerait qu'il y a le Trocadéro. — Vous voyez bien ! Mais comment avez-vous vu le reproduction de Mantegna ? Vous êtes renversante.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 153

Je dois ajouter qu'Albertine y admirait beaucoup un grand bronze de Barbedienne, qu'avec beaucoup de raison Bloch trouvait fort laid.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 160

Si Gisèle avait pensé […] à telle camarade d'Albertine disposée à voyager avec elle dès que mon amie, sous un prétexte ou un autre, m'aurait quitté, et à prévenir Albertine que l'heure était venue ou sonnerait bientôt, Gisèle se ferait couper en morceaux plutôt que de me le dire. Il était donc bien inutile de lui poser des questions.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 163

Si Gisèle avait pensé […] à telle camarade d'Albertine disposée à voyager avec elle dès que mon amie, sous un prétexte ou un autre, m'aurait quitté, et à prévenir Albertine que l'heure était venue ou sonnerai bientôt, Gisèle se ferait couper en morceaux plutôt que de me le dire. Il était donc bien inutile de lui poser des questions.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 163

Un nouveau coup l'abattit [=l'écrivain Bergotte], il roula du canapé par terre où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. Mort à jamais ? Qui peut le dire ? Certes les expériences spirites pas plus que les dogmes religieux n'apportent de preuve que l'âme subsiste. […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 170

Mais pour peu que celui-ci ait un peu de fierté, et dût-il mourir d'une séparation, il ne répondra pas à une trahison supposée par une gentillesse, il s'écartera, ou sans s'éloigner s'ordonnera de feindre la froideur. Aussi est-ce en pure perte pour elle que sa maîtresse le fait tant souffrir.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 174

« Ma tante trouve que cela me vieillit », ajouta-t-elle d'un air maussade. « Puisse sa tante dire vrai ! pensai-je. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 175

Comme elle ne voulait pas venir elle m'a dit : « Est-ce que vous ne pourriez pas dire à Monsieur que vous ne m'avez pas trouvée, que j'étais sortie ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 175

Et puis, je suis si mal coiffée. Est-ce que vous tenez à ce que je continue à garder cette coiffure ?
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 175

[…] scène d'amour déçu, d'amour jaloux, peut-être, mais alors aussi bestiale que celle que, à la parole près, peut faire à une femme un orang-outang qui en est, si l'on peut dire, épris […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 176

«J'ai grossièrement insulté aujourd'hui même, me dit-il, une personne pour qui j'ai eu de très grands sentiments. C'est d'un lâche, car elle m'aime. — Avec le temps elle oubliera peut-être », répondis-je […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 176

«J'ai grossièrement insulté aujourd'hui même, me dit-il, une personne pour qui j'ai eu de très grands sentiments. C'est d'un lâche, car elle m'aime. — Avec le temps elle oubliera peut-être », répondis-je […] « Elle oubliera peut-être, me dit-il. Mais moi je ne pourrai pas oublier. J'ai le sentiment de ma honte, j'ai un dégoût de moi ! Mais enfin c'est dit, rien ne peut faire que ce n'ait pas été dit. Quand on me met en colère, je ne sais plus ce que je fais. […]»
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 176

[…] je […] redoublai […] de respects à l'égard de l'universitaire venu en omnibus. « Ah ! vous étiez en voiture, me dit-il d'un air grave. — Mon Dieu, par le plus grand des hasards ; cela ne m'arrive jamais. Je suis toujours en omnibus ou à pied […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 183

« C'est comme ça, Brichot, que vous vous promenez la nuit avec un beau jeune homme ? dit-il [=Charlus] en nous abordant […] C'est du beau ! On le dira à vos petits élèves de la Sorbonne, que vous n'êtes pas plus sérieux que cela. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 188

« C'est comme ça, Brichot, que vous vous promenez la nuit avec un beau jeune homme ? dit-il [=Charlus] en nous abordant […] C'est du beau ! On le dira à vos petits élèves de la Sorbonne, que vous n'êtes pas plus sérieux que cela. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 188

[…] comme si les hommes ayant accaparé tout le désir physique, toute la tendresse profonde d'un Charlus, l'autre sexe se trouvait en revanche gratifié de tout ce qui est goût « platonique » (adjectif fort impropre), ou, tout court, de tout ce qui est goût, avec les plus savants et les plus sûrs raffinements.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 189

« Hé bien ! Baron », interrompit Brichot, craignant que j'eusse du chagrin de ces derniers mots [="elle [=Albertine] peut faire un riche mariage"], car il avait quelques doutes sur la pureté de mes relations et l'authenticité de mon cousinage avec Albertine, « voilà comme vous vous occupez des demoiselles ! — Voulez-vous bien vous taire devant cet enfant [=le Narrateur], mauvaise gale », ricana M. de Charlus […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 191

D'autre part la moquerie de Morel à l'égard de M. de Charlus, et de Léa à l'égard d'un officier qui l'entretenait et dont elle disait: "Il me supplie dans ses lettres d'être sage! Tu parles ! mon petit chat blanc", ne révélait pas à M. de Charlus une réalité moins insoupçonnée de lui que n'étaient les rapports si particuliers de Morel avec Léa.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 196

[…]M. de Charlus, se contentant de faire espionner sans vergogne les faits et gestes de Morel par une agence policière, absolument comme un mari ou un amant, ne laissait pas de faire attention aux autres jeunes gens.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 197

« Et qu'est devenu […] votre jeune ami hébreu que nous voyions à Douville ? J'avais pensé que si ça vous faisait plaisir on pourrait peut-être l'inviter un soir. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 197

Mais il est temps de rattraper le baron qui s'avance, avec Brichot et moi, vers la porte des Verdurin.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 197

La surveillance qu'il chargeait un vieux domestique de faire exercer par une agence sur Morel était si peu discrète, que les valets de pied se croyaient filés et qu'une femme de chambre ne vivait plus, n'osait plus sortir dans la rue, croyant toujours avoir un policier à ses trousses. Et le vieux serviteur : « Elle peut bien faire ce qu'elle veut ! On irait perdre son temps et son argent à la pister ! Comme si sa conduite nous intéressait en quelque chose ! »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 198

Quant à son talent d'exécutant [=il s'agit de Morel, le violoniste] (là vous savez qu'il est tout à fait un maître déjà), vous allez voir ce soir comme ce gosse joue bien la musique de Vinteuil… Il me renverse, à son âge, avoir une compréhension pareille tout en restant si gamin, si potache !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 200

« Vous qui connaisez Bergotte, j'avais pensé que vous auriez peut-être pu, en lui rafraîchissant la mémoire au sujet des proses de ce jouveanceau, collaborer en somme avec moi, m'aider à créer un enchaînement de circonstances capables de favoriser un talent double, de musicien et d'écrivain qui peut un jour acquérir le prestige de celui de Berlioz. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 201

« Vous qui connaissez Bergotte, j'avais pensé que vous auriez peut-être pu, en lui rafraîchissant la mémoire au sujet des proses de ce jouveanceau, collaborer en somme avec moi, m'aider à créer un enchaînement de circonstances capables de favoriser un talent double, de musicien et d'écrivain qui peut un jour acquérir le prestige de celui de Berlioz. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 201

Je sais bien que je m'exagère facilement quand il s'agit de lui, comme toutes les vieilles mamans gâteaux du Conservatoire. Comment, mon cher, vous ne le saviez pas ? Mais c'est que vous ne connaissez pas mon côté gobeur.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 201

« J'aurais beaucoup voulu qu'il vînt ce soir, car il aurait entendu Charlie dans les choses qu'il joue vraiment le mieux. Mais il ne sort pas, je crois, il ne veut pas qu'on l'ennuie, il a bien raison. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 202

Mais vous, belle jeunesse, on ne vous voit guère quai Conti. Vous n'en abusez pas !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 202

[…] l'affreuse douleur que j'avais à rapprocher subitement […] de l'envie d'Albertine de venir tantôt, la présence annoncée […] de Mlle Vinteuil et de son amie […] Mais ma souffrance devenait visible. « Mais qu'est-ce que vous avez ? me dit le baron, vous êtes vert ; allons, entrons, vous prenez froid, vous avez mauvaise mine. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 203

« Mais vous, belle jeunesse, on en vous voit guère quai Conti. Vous n'en abusez pas ! » Je dis que je sortais surtout avec ma cousine. « Voyez-vous ça ! ça sort avec sa cousine, comme c'est pur ! » dit M. de Charlus à Brichot. Et s'adressant de nouveau à moi : « Mais nous ne vous demandons pas de comptes sur ce que vous faites, mon enfffant. Vous êtes libre de faire tout ce qui vous amuse. Nous regrettons seulement de ne pas y avoir de part. […]»
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 203

« Mais vous, belle jeunesse, on en vous voit guère quai Conti. Vous n'en abusez pas ! » Je dis que je sortais surtout avec ma cousine. « Voyez-vous ça ! ça sort avec sa cousine, comme c'est pur ! » dit M. de Charlus à Brichot. Et s'adressant de nouveau à moi : « Mais nous ne vous demandons pas de comptes sur ce que vous faites, mon enfffant. Vous êtes libre de faire tout ce qui vous amuse. Nous regrettons seulement de ne pas y avoir de part. […]»
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 203

« Mais vous, belle jeunesse, on en vous voit guère quai Conti. Vous n'en abusez pas ! » Je dis que je sortais surtout avec ma cousine. « Voyez-vous ça ! ça sort avec sa cousine, comme c'est pur ! » dit M. de Charlus à Brichot.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 203

On la regrettera [=Albertine] ce soir. Mais vous avez peut-être aussi bien fait de ne pas l'amener. C'est admirable, la musique de Vinteuil. Mais j'ai appris ce matin par Charlie qu'il devait y avoir la fille de l'auteur et son amie, qui sont deux personnes d'une terrible réputation. C'est toujours embêtant pour une jeune fille. Même cela me gêne un peu pour mes invités. Mais comme ils ont presque tous l'âge canonique, cela ne tire pas à conséquence pour eux.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 203

On la regrettera [=Albertine] ce soir. Mais vous avez peut-être aussi bien fait de ne pas l'amener. C'est admirable, la musique de Vinteuil. Mais j'ai appris ce matin par Charlie qu'il devait y avoir la fille de l'auteur et son amie, qui sont deux personnes d'une terrible réputation. C'est toujours embêtant pour une jeune fille. Même cela me gêne un peu pour mes invités. Mais comme ils ont presque tous l'âge canonique, cela ne tire pas à conséquence pour eux.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 203

Mais la douleur se réveille quand un doute nouveau entier entre en nous; on a beau se dire presque tout de suite: "je m'arrangerai, il y aura un système pour ne pas souffrir, ça ne doit pas être vrai", pourtant il y a eu un premier instant où on a souffert comme si on croyait.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 204

"Qu'est-ce que vous faites-là dans cette pose de chien couchant?" lui demanda M. Verdurin. "J'attendais qu'une des personnes qui surveillent aux vêtements puissent prendre mon pardessus et me donner un numéro. "Qu'est-ce que vous dites? demanda d'un air sévère M. Verdurin: "Qui surveillent aux vêtements". Est-ce que vous devenez gâteux, on dit "surveiller les vêtements" s'il faut vous apprendre le français comme aux gens qui ont eu une attaque !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 207

« Il a une figure drôlette ce petit-là, il a un nez amusant » ; et complétant sa facétie, ou cédant à un désir, il rabattit son index horizontalement, hésita un instant, puis ne pouvant plus se contenir, le poussa irrésistiblement droit au valet de pied et lui toucha le bout du nez en disant : « Pif ! » Quelle drôle de boîte ! », se dit le valet de pied, qui demanda à ses camarades si le baron était farce ou marteau. « Ce sont des manières qu'il a comme ça, lui répondit le maître d'hôtel (qui le croyait un peu « piqué », un peu « dingo ») […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 207

« — J'attends qu'une des personnes qui surveillent aux vêtements puisse prendre mon pardessus et me donner un numéro. — Qu'est-ce que vous dites ? demanda d'un air sévère M. Verdurin : "qui surveillent aux vêtements". Est-ce que vous devenez gâteux ? on dit : "surveiller les vêtements". S'il faut vous rapprendre le français comme aux gens qui ont eu une attaque ! […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 207

« — J'attends qu'une des personnes qui surveillent aux vêtements puisse prendre mon pardessus et me donner un numéro. — Qu'est-ce que vous dites ? demanda d'un air sévère M. Verdurin : "qui surveillent aux vêtements". Est-ce que vous devenez gâteux ? on dit : "surveiller les vêtements". S'il faut vous rapprendre le français comme aux gens qui ont eu une attaque ! […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 207

« — J'attends qu'une des personnes qui surveillent aux vêtements puisse prendre mon pardessus et me donner un numéro. — Qu'est-ce que vous dites ? demanda d'un air sévère M. Verdurin : "qui surveillent aux vêtements". Est-ce que vous devenez gâteux ? on dit : "surveiller les vêtements". S'il faut vous rapprendre le français comme aux gens qui ont eu une attaque ! […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 207

« — J'attends qu'une des personnes qui surveillent aux vêtements puisse prendre mon pardessus et me donner un numéro. — Qu'est-ce que vous dites ? demanda d'un air sévère M. Verdurin : "qui surveillent aux vêtements". Est-ce que vous devenez gâteux ? on dit : "surveiller les vêtements". S'il faut vous rapprendre le français comme aux gens qui ont eu une attaque ! […] » — Surveiller à quelque chose est la vraie forme, murmura Saniette d'une voix entrecoupée ; l'abbé Le Batteux. — Vous m'agacez, vous, cria M. Verdurin d'une voix terrible.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 207

La grossiéreté de M. Verdurin [contre Saniette] eut pour effet que les hommes du vestiaire firent passer d'autres personnes avant Saniette et quand il voulut tendre ses affaires lui répondirent : « Chacun son tour, monsieur, ne soyez pas si pressé… »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 207

« Est-ce que vous retournerez cette année à Incarville ? me demanda Brichot. Je crois que notre Patronne a reloué La Raspelière, bien qu'elle ait eu maille à partir avec ses propriétaires. Mais tout cela n'est rien, ce sont nuages qui se dissipent », ajouta-t-il du même ton optimiste que les journaux qui disent : « Il y a eu des fautes de commises, c'est entendu, mais qui ne commet des fautes ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 208

« Est-ce que vous retournerez cette année à Incarville ? me demanda Brichot. Je crois que notre Patronne a reloué La Raspelière, bien qu'elle ait eu maille à partir avec ses propriétaires. Mais tout cela n'est rien, ce sont nuages qui se dissipent », ajouta-t-il du même ton optimiste que les journaux qui disent : « Il y a eu des fautes de commises, c'est entendu, mais qui ne commet des fautes ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 208

A ce moment M. Verdurin vint à notre rencontre. M. Verdurin à qui nous fîmes nos condoléances pour la princesse Sherbatoff nous dit: "Oui, je sais qu'elle est très mal." "Mais non, elle est morte à six heures", s'écria Saniette. "Vous, vous exagérez toujours", dit brutalement à Saniette M. Verdurin, qui, la soirée n'étant pas décommandée, préférait l'hypothèse de la maladie.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 208

Surveiller aux vêtements ! reprit-il [=M. Verdurin] quand nous fumes au salon, quel imbécile ! — Il donne dans la préciosité, ce n'est pas un mauvais garçon, dit Brichot. — Je n'ai pas dit que c'était un mauvais garçon, j'ai dit que c'était un imbécile », riposta avec aigreur M. Verdurin.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 208

Surveiller aux vêtements ! reprit-il [=M. Verdurin] quand nous fumes au salon, quel imbécile ! — Il donne dans la préciosité, ce n'est pas un mauvais garçon, dit Brichot. — Je n'ai pas dit que c'était un mauvais garçon, j'ai dit que c'était un imbécile », riposta avec aigreur M. Verdurin.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 208

[À La Raspelière] on vous reprochait indirectement la quantité de vin qu'on avait bue. « Ça ne vous fait pas mal ? C'est bon pour un ouvrier. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 209

Parlez-moi des gens comme les Uzès, les La Trémoille, les Luynes, qui sont les 10e, les 14e ducs, comme mon frère qui est le 12e duc de Guermantes et 17e prince de Cordoue. Les Montesquiou descendent d'une ancienne famille, qu'est-ce que ça prouverait, même si c'était prouvé? Ils descendent tellement qu'ils sont dans le quatorzième dessous." Était-il brouillé au contraire avec un gentilhomme possesseur d'un duché ancien, ayant les plus magnifiques alliances, apparenté aux familles souveraines, mais à qui ce grand éclat est venu très vite sans que la famille remonte très haut, un Luynes par exemple, tout était changé, la famille seule comptait. "Je vous demande un peu, M. Alberti qui ne se décrasse que sous Louis XIII ! Qu'est-ce que ça peut nous fiche que des faveurs de cour leur aient permis d'entasser des duchés auxquels ils n'avaient aucun droit ?"
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 212

J'ajoute qu'il y aurait une espèce d'indécence à introduire dans une fête que je veux bien donner chez Mme Verdurin une personne que j'ai retranchée à bon escient de ma familiarité, une pécore sans naissance, sans loyauté, sans esprit […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 213

Mme Verdurin pour qui Mme Molé avait été très aimable et qui fondait, on va le voir, de grands espoirs sur elle s'étant réjouie à l'avance de l'idée que la comtesse verrait chez elle les gens les plus nobles, comme la Patronne disait, « de France et de Navarre », proposa tout de suite d'inviter « Mme de Molé ». « Ah ! mon Dieu, tous les goûts sont dans la nature, avait répondu M. de Charlus, et si vous avez, madame, du goût pour causer avec Mme Pipelet, Mme Gibout et Mme Joseph Prudhomme, je ne demande pas mieux, mais alors que ce soit un soir où je ne serai pas là. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 213

Mme Verdurin pour qui Mme Molé avait été très aimable et qui fondait, on va le voir, de grands espoirs sur elle s'étant réjouie à l'avance de l'idée que la comtesse verrait chez elle les gens les plus nobles, comme la Patronne disait, « de France et de Navarre », proposa tout de suite d'inviter « Mme de Molé ». « Ah ! mon Dieu, tous les goûts sont dans la nature, avait répondu M. de Charlus, et si vous avez, madame, du goût pour causer avec Mme Pipelet, Mme Gibout et Mme Joseph Prudhomme, je ne demande pas mieux, mais alors que ce soit un soir où je ne serai pas là. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 213

À notre grand étonnement, quand Brichot lui dit sa tristesse de savoir que sa grande amie était si mal, Mme Verdurin répondit : « Écoutez, je suis obligée d'avouer que de tristesse je n'en éprouve aucune. Il est inutile de feindre les sentiments qu'on ne ressent pas… »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 217

"Ah! lui ne l'aime pas parce qu'il trouvait que cela me faisait du tort de la recevoir, mais il est aveuglé par ça." — "Rends-moi cette justice, dit M. Verdurin, que je n'ai jamais approuvé cette fréquentation. Je t'ai toujours dit qu'elle avait mauvaise réputation."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 218

« Oui, c'est très drôle, dit-elle, ça ne m'a presque rien fait. Mon Dieu, je ne peux pas dire que je n'aurais pas mieux aimé qu'elle vécût, ce n'était pas une mauvaise personne. […]»
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 218

Je ne saurais pas moi-même expliquer mon sentiment ; je ne la détestais pas, mais elle m'était tellement indifférente que, quand nous avons appris qu'elle était très mal, mon mari lui-même a été étonné et m'a dit : "On dirait que cela ne te fait rien."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 218

— Rends-moi cette justice, dit M. Verdurin, que je n'ai jamais approuvé cette fréquentation. Je t'ai toujours dit qu'elle avait mauvaise réputation. — Mais je ne l'ai jamais entendu dire, protesta Saniette. — Mais comment ? s'écria Mme Verdurin, c'était universellement connu, pas mauvaise, mais honteuse, déshonorante. Non, mais ce n'est pas à cause de cela [que sa mort m'a laissée indifférente].
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 218

— Rends-moi cette justice, dit M. Verdurin, que je n'ai jamais approuvé cette fréquentation. Je t'ai toujours dit qu'elle avait mauvaise réputation. — Mais je ne l'ai jamais entendu dire, protesta Saniette. — Mais comment ? s'écria Mme Verdurin, c'était universellement connu, pas mauvaise, mais honteuse, déshonorante. Non, mais ce n'est pas à cause de cela [que sa mort m'a laissée indifférente].
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 218

« Cela me serait égal que vous fumiez mais c'est à cause du tapis, il est très beau, ce qui me serait encore égal, mais il est très inflammable, j'ai très peur du feu et je ne voudrais pas vous faire flamber tous, pour un bout de cigarette mal éteinte que vous auriez laissé tomber par terre. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 219

« Cela me serait égal que vous fumiez, mais c'est à cause du tapis, il est très beau, ce qui me serait encore égal, mais il est très inflammable, j'ai très peur du feu et je ne voudrais pas vous faire flamber tous, pour un bout de cigarette mal éteinte que vous auriez laissé tomber par terre. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 219

« Cela me serait égal que vous fumiez mais c'est à cause du tapis, il est très beau, ce qui me serait encore égal, mais il est très inflammable, j'ai très peur du feu et je ne voudrais pas vous faire flamber tous, pour un bout de cigarette mal éteinte que vous auriez laissé tomber par terre. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 219

De même pour Vinteuil. Si on en parlait, elle ne professait aucune admiration, mais au bout d'un instant exprimait d'un air froid son regret qu'on en jouât ce soir-là : « Je n'ai rien contre Vinteuil ; à mon sens, c'est le plus grand musicien du siècle, seulement je ne peux pas écouter ces machines-là sans cesser de pleurer un instant […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 219

De même pour Vinteuil. Si on en parlait, elle ne professait aucune admiration, mais au bout d'un instant exprimait d'un air froid son regret qu'on en jouât ce soir-là : « Je n'ai rien contre Vinteuil ; à mon sens, c'est le plus grand musicien du siècle, seulement je ne peux pas écouter ces machines-là sans cesser de pleurer un instant […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 219

« Il ne fait pas ce qu'il doit, ce ne serait pas la peine qu'il vécût avec des gens comme il faut pour avoir de mauvaises manières. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 220

Il professe un axiome assez original : "Mieux vaut prévenir que guérir." Et il me graisse le nez avant que la musique commence. C'est radical. Je peux pleurer comme je ne sais pas combien de mères qui auraient perdu leurs enfants, pas le moindre rhume.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 220

— […] c'est au buffet qu'il y a encore deux mois vous auriez vu une vraie merveille, un grand gaillard de deux mètres, une peau idéale et puis aimant ça. Mais c'est parti pour la Pologne." — "Ah c'est un peu loin." — "Qui sait, ça reviendra peut-être. On se retrouve toujours dans la vie."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 222

— Dites donc, devant la porte d'entrée, aux voitures, il y avait une jeune personne blonde, en culotte courte, qui m'a semblé sympathique. Elle m'a appelé très gracieusement ma voiture, j'aurais volontiers prolongé la conversation. — Oui, mais je la crois tout à fait hostile, et puis ça fait des façons, vous qui aimez que les choses réussissent du premier coup, vous seriez dégoûté. Du reste, je sais qu'il n'y a rien à faire, un de mes amis a essayé.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 222

Montrez-moi où est la mère Verdurin, croyez-vous que ce soit indispensable que je me fasse présenter ? J'espère au moins qu'elle ne fera pas mettre mon nom dans le journal demain, il y aurait de quoi me brouiller avec tous les miens.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 223

Il faut rendre pourtant cette justice à M. de Charlus que, s'il oublia entièrement Mme Verdurin et la laissa oublier, jusqu'au scandale, par les gens « de son monde » à lui qu'il avait invités, il comprit en revanche qu'il ne devait pas laisser ceux-ci garder, en face de la « manifestation musicale » elle-même, les mauvaises façons dont ils usaient à l'égard de la Patronne.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 225

Morel [=violoniste, il va jouer une œuvre inédite de Vinteuil] était déjà monté sur l'estrade, les artistes [=autres musiciens] se groupaient, que l'on entendait encore des conversations, voire dres rires, des « il paraît qu'il faut être initié pour comprendre ».
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 225

Mme Verdurin ne disait pas : « Vous comprenez que je la connais un peu cette musique, et un peu encore ! S'il me fallait exprimer tout ce que je ressens, vous n'en auriez pas fini ! » Elle ne le disait pas. Mais sa taille droite et immobile, ses yeux sans expression, ses mèches fuyantes, le disaient pour elle.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 228

« C'est bien rendu, hein ? demanda M. Verdurin à Saniette. — Je crains seulement, répondit celui-ci en bégayant, que la virtuosité même de Morel n'offusque un peu le sentiment général de l'œuvre. — Offusquer, qu'est-ce que vous voulez dire ? » hurla M. Verdurin tandis que des invités s'empressaient, prêts, comme des lions, à dévorer l'homme terrassé. « Oh ! je ne vise pas seulement à lui. — Mais il ne sait plus ce qu'il dit. Viser à quoi ? […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 241

« C'est bien rendu, hein ? demanda M. Verdurin à Saniette. — Je crains seulement, répondit celui-ci en bégayant, que la virtuosité même de Morel n'offusque un peu le sentiment général de l'œuvre. — Offusquer, qu'est-ce que vous voulez dire ? » hurla M. Verdurin tandis que des invités s'empressaient, prêts, comme des lions, à dévorer l'homme terrassé. « Oh ! je ne vise pas seulement à lui. — Mais il ne sait plus ce qu'il dit. Viser à quoi ? […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 241

« […] — Il… faudrait… que… j'entende… encore une fois [la musique] pour porter un jugement à la rigueur. — À la rigueur ! Il est fou ! » dit M. Verdurin se prenant la tête dans ses mains. « On devrait l'emmener. — Cela veut dire : avec exactitude, vous… dites bbbien… avec une exactitude rigoureuse. Je dis que je ne peux pas juger à la rigueur. — Et moi, je vous dis de vous en aller », cria M. Verdurin grisé par sa propre colère, en lui montrant la porte du doigt, l'œil flambant. « Je ne permets pas qu'on parle ainsi chez moi ! »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 242

« […] — Il… faudrait… que… j'entende… encore une fois [la musique] pour porter un jugement à la rigueur. — À la rigueur ! Il est fou ! » dit M. Verdurin se prenant la tête dans ses mains. « On devrait l'emmener. — Cela veut dire : avec exactitude, vous… dites bbbien… avec une exactitude rigoureuse. Je dis que je ne peux pas juger à la rigueur. — Et moi, je vous dis de vous en aller », cria M. Verdurin grisé par sa propre colère, en lui montrant la porte du doigt, l'œil flambant. « Je ne permets pas qu'on parle ainsi chez moi ! »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 242

« C'est bien rendu, hein ? demanda M. Verdurin à Saniette. — Je crains seulement, répondit celui-ci en bégayant, que la virtuosité même de Morel n'offusque un peu le sentiment général de l'œuvre. — Offusquer, qu'est-ce que vous voulez dire ? » hurla M. Verdurin tandis que des invités s'empressaient, prêts, comme des lions, à dévorer l'homme terrassé. « Oh ! je ne vise pas seulement à lui. — Mais il ne sait plus ce qu'il dit. Viser à quoi ? — Il… faudrait… que… j'entende encore une fois pour porter un jugement à la rigueur. — À la rigueur ! Il est fou ! » dit M. Verdurin se prenant la tête dans les mains. » On devrait 'emmener. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 242

« Étiez-vous hier chez Éliane de Montmorency, mon cousin ? demandait Mme de Mortemart […] — Hé bien, mon Dieu, non ; j'aime bien Éliane, mais je ne comprends pas le sens de ses invitations. Je suis un peu bouché sans doute », ajoutait-il avec un large sourire épanoui […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 242

« Étiez-vous hier chez Éliane de Montmorency, mon cousin ? demandait Mme de Mortemart […] — Hé bien, mon Dieu, non ; j'aime bien Éliane, mais je ne comprends pas le sens de ses invitations. Je suis un peu bouché sans doute », ajoutait-il avec un large sourire épanoui […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 243

« Il n'y aurait pas moyen que je donne une soirée pour faire entendre votre ami [=Morel, le violoniste] ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 245

[…] publier des comptes rendus […] dans lesquels figureraient les noms, connus de tous, de personnes que, pour des raisons variées, on ne tient pas à recevoir, même pas à se laisser présenter.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 247

Il s'agit avant tout d'exclure [de la fête projetée] les personnes qui ont des oreilles pour ne pas entendre [la musique].
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 247

Hé bien, êtes-vous contente ? Je pense qu'on le serait à moins ; vous voyez que quand je me mêle de donner une fête, cela n'est pas réussi à moitié.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 249

Car M. de Charlus qui du fond de son bien être d'homme riche raillait la pauvreté de la reine, était le même qui souvent exaltait cette pauvreté et qui, quand on parlait de la princesse Murat, reine des Deux-Siciles, répondait : « Je ne sais pas de qui vous voulez parler. Il n'y a qu'une seule reine de Naples, qui est sublime, celle-là, et n'a pas de voiture. Mais de son omnibus, elle anéantit tous les équipages et on se mettrait à genoux dans la poussière en la voyant passer. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 250

Vous comprenez, il faut éviter les gaffes quand nous donnons une fête qui doit être digne de Vinteuil, de son génial interprète, de vous, et, j'ose le dire, de moi.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 251

Cette politesse au mari seul était, sans que M. de Charlus en eût même l'idée, le plus sanglant outrage pour l'épouse, laquelle, se croyant à l'égard de l'exécutant [=Morel, violoniste], en vertu d'une sorte de décret de Moscou en vigueur dans le petit clan, le droit de lui interdire de jouer au dehors sans son autorisation expresse, était bien résolue à interdire sa participation à la soirée de Mme de Duras.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 253

"Ah! mon Cher Général", s'écria brusquement M. de Charlus en lâchant Mme Verdurin parce qu'il apercevait le Général Deltour, secrétaire de la Présidence de la République, lequel pouvait avoir une grande importance pour la croix de Charlie, et qui, après avoir demandé un conseil à Cottard, s'éclipsait rapidement: "bonsoir, cher et charmant ami. Hé bien c'est comme ça que vous vous tirez des pattes sans me dire adieu", dit le Baron avec un sourire de bonhomie et de suffisance, car il savait bien qu'on était toujours content de lui parler un moment de plus.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 254

« Il paraît qu'il [=Charlus] a fait de la prison. Oui, oui, ce sont des personnes très renseignées qui me l'ont dit. Je sais, du reste, par quelqu'un qui demeure dans sa rue, qu'on n'a pas idée des bandits qu'il fait venir chez lui. » Et comme Brichot qui allait souvent chez le baron protestait, Mme Verdurin, s'animant, s'écria : « Mais je vous en réponds ! c'est moi qui vous le dis », expression par laquelle elle cherchait d'habitude à étayer une assertion jetée un peu au hasard. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 255

C'est comme ça que ce Jupien le [=Charlus] fait marcher au bâton et lui fait cracher tout l'argent qu'il veut. J'aimerais mille fois mieux la mort que de vivre dans la terreur où vit Charlus.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 255

En tout cas, si la famille de Morel se décide à porter plainte contre lui, je n'ai pas envie d'être accusée de complicité. S'il continue, ce sera à ses risques et périls, mais j'aurai fait mon devoir. Qu'est-ce que vous voulez ? Ce n'est pas toujours folichon.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 256

En tout cas, si la famille de Morel se décide à porter plainte contre lui, je n'ai pas envie d'être accusée de complicité. S'il continue, ce sera à ses risques et périls, mais j'aurai fait mon devoir. Qu'est-ce que vous voulez ? Ce n'est pas toujours folichon.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 256

« Allons, allez chercher Charlus, trouvez un prétexte, il est temps, dit Mme Verdurin, et tâchez surtout de ne pas le laisser revenir avant que je vous fasse chercher… […] Allons, voyons, Brichot, il n'y a pas de temps à perdre. — J'y vais, Madame, j'y vais, Madame, j'y vais », finit par dire Brichot […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 257

« Allons, allez chercher Charlus, trouvez un prétexte, il est temps, dit Mme Verdurin, et tâchez surtout de ne pas le laisser revenir avant que je vous fasse chercher… […] Allons, voyons, Brichot, il n'y a pas de temps à perdre. — J'y vais, Madame, j'y vais, Madame, j'y vais », finit par dire Brichot […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 257

Ah ! quelle soirée ! ajoiuta Mme Verdurin […] Avoir fait jouer ces chefs-d'œuvre devant ces cruches ! […] Ah ! c'est à vous rendre enragée. Qu'est-ce que vous voulez, moi je n'ai plus vingt ans. Quand j'étais jeune on me disait qu'il fallait savoir s'ennuyer, je me forçais, mais maintenant, ah ! non, c'est plus fort que moi, j'ai l'âge de faire ce que je veux, la vie est trop courte, m'ennuyer, fréquenter des imbéciles, feindre, avoir l'air de les trouver intelligents, ah ! non, je ne peux pas.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 257

Ah ! quelle soirée ! ajouta Mme Verdurin […] Avoir fait jouer ces chefs-d'œuvre devant ces cruches ! […] Ah ! c'est à vous rendre enragée. Qu'est-ce que vous voulez, moi je n'ai plus vingt ans. Quand j'étais jeune on me disait qu'il fallait savoir s'ennuyer, je me forçais, mais maintenant, ah ! non, c'est plus fort que moi, j'ai l'âge de faire ce que je veux, la vie est trop courte, m'ennuyer, fréquenter des imbéciles, feindre, avoir l'air de les trouver intelligents, ah ! non, je ne peux pas.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 257

Ah ! quelle soirée ! ajouta Mme Verdurin […] Avoir fait jouer ces chefs-d'œuvre devant ces cruches ! […] Ah ! c'est à vous rendre enragée. Qu'est-ce que vous voulez, moi je n'ai plus vingt ans. Quand j'étais jeune on me disait qu'il fallait savoir s'ennuyer, je me forçais, mais maintenant, ah ! non, c'est plus fort que moi, j'ai l'âge de faire ce que je veux, la vie est trop courte, m'ennuyer, fréquenter des imbéciles, feindre, avoir l'air de les trouver intelligents, ah ! non, je ne peux pas.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 257

Ah ! quelle soirée ! ajouta Mme Verdurin […] Avoir fait jouer ces chefs-d'œuvre devant ces cruches ! […] Ah ! c'est à vous rendre enragée. Qu'est-ce que vous voulez, moi je n'ai plus vingt ans. Quand j'étais jeune on me disait qu'il fallait savoir s'ennuyer, je me forçais, mais maintenant, ah ! non, c'est plus fort que moi, j'ai l'âge de faire ce que je veux, la vie est trop courte, m'ennuyer, fréquenter des imbéciles, feindre, avoir l'air de les trouver intelligents, ah ! non, je ne peux pas.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 257

Ah ! quelle soirée ! ajouta Mme Verdurin […] Avoir fait jouer ces chefs-d'œuvre devant ces cruches ! […] Ah ! c'est à vous rendre enragée. Qu'est-ce que vous voulez, moi je n'ai plus vingt ans. Quand j'étais jeune on me disait qu'il fallait savoir s'ennuyer, je me forçais, mais maintenant, ah ! non, c'est plus fort que moi, j'ai l'âge de faire ce que je veux, la vie est trop courte, m'ennuyer, fréquenter des imbéciles, feindre, avoir l'air de les trouver intelligents, ah ! non, je ne peux pas. Allons, voyons, Brichot, il n'y a pas de temps à perdre.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 257

Mais je crains qu'il n'en [=argent] dépense à l'égard de Morel un peu plus que la saine morale ne commande, et, sans savoir dans quelle mesure le jeune pénitent se montre docile ou rebelle aux exercices spéciaux que son catéchiste lui impose en matière de mortification, il n'est pas besoin d'être grand clerc pour être sûr que nous pécherions, comme dit l'autre, par mansuétude à l'égard de ce rose-croix […] si nous lui accordions, les yeux fermés, en bonne et due forme, le permis de sataniser…
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 258

Mais vous n'avez pas l'air bien et vous allez avoir froid dans cette pièce si humide, dit-il en poussant près de moi une chaise. Puique vous êtes souffrant, il faut faire attention, je vais aller vous chercher votre pelure. Non, n'y allez pas vous-même, vous vous perdrez et vous aurez froid. Voilà comme on fait des imprudences, vous n'avez pourtant pas quatre ans, il vous faudrait une bonne comme moi pour vous soigner.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 262

Mais vous n'avez pas l'air bien et vous allez avoir froid dans cette pièce si humide, dit-il en poussant près de moi une chaise. Puique vous êtes souffrant, il faut faire attention, je vais aller vous chercher votre pelure. Non, n'y allez pas vous-même, vous vous perdrez et vous aurez froid. Voilà comme on fait des imprudences, vous n'avez pourtant pas quatre ans, il vous faudrait une bonne comme moi pour vous soigner.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 262

Mais vous n'avez pas l'air bien et vous allez avoir froid dans cette pièce si humide, dit-il en poussant près de moi une chaise. Puisque vous êtes souffrant, il faut faire attention, je vais aller vous chercher votre pelure. Non, n'y allez pas vous-même, vous vous perdrez et vous aurez froid. Voilà comme on fait des imprudences, vous n'avez pourtant pas quatre ans, il vous faudrait une vieille bonne comme moi pour vous soigner." "Ne vous dérangez pas, Baron, j'y vais," dit Brichot, qui s'éloigna aussitôt […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 262

Cependant Ski s'était assis au piano, où personne ne lui avait demandé de se mettre et […] insistait auprès de Morel [violoniste] pour que celui-ci jouât quelque chose de Bizet. « Comment, vous n'aimez pas cela, ce côté gosse de la musique de Bizet ? Mais mon cher, dit-il, avec un roulement d'r qui lui était particulier, c'est ravissant. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 263

[…]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 266

Brichot avait beau être chez lui à la Sorbonne, au moment où l'appariteur chargé de chaînes le précédait et où s'avançait le maître admiré de la jeunesse, il ne pouvait retenir une certaine timidité, et tout en désirant profiter de cet instant où il se sentait si considérable pour témoigner de l'amabilité à Charlus, il était tout de même un peu gêné; pour que l'appariteur le laissât passer, il lui disait, d'une voix factice et d'un air affairé: "Vous me suivez Baron, on vous placera", puis, sans plus s'occuper de lui, pour faire son entrée, s'avançait seul allègrement dans le couloir.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 266

Si cela pouvait amuser votre femme ou votre fille, je vous préviens que le baron de Charlus, prince d'Agrigente, le descendant des Condé, assistera à mon cours. Pour un enfant, c'est un souvenir à garder que d'avoir vu un des derniers descendants de notre aristocratie qui ait du type. Si elles viennent elles le reconnaîtront à ce qu'il sera placé à côté de ma chaire.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 266

[…] tout en me mettant son paletot, il [=Charlus] me le collait contre les épaules, me le mettait le long du cou, relevait le col, et de sa main frôlait mon menton, en s'excusant. « À son âge, ça ne sait pas mettre une couverture, il faut le bichonner, j'ai manqué ma vocation, Brichot, j'étais né pour être bonne d'enfants. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 268

[…] tout en me mettant son paletot, il [=Charlus] me le collait contre les épaules, me le mettait le long du cou, relevait le col, et de sa main frôlait mon menton, en s'excusant. « À son âge, ça ne sait pas mettre une couverture, il faut le bichonner, j'ai manqué ma vocation, Brichot, j'étais né pour être bonne d'enfants. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 268

[Brichot est allé chercher la pelure du Narrateur, qui a froid.] « Mais qu'est-ce qu'il a ? c'est mon pardessus qu'il apporte, dit [Charlus] en voyant que Brichot avait si longtemps cherché pour un tel résultat. J'aurais mieux fait d'y aller moi-même.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 268

[Brichot est allé chercher la pelure du Narrateur, qui a froid.] « Mais qu'est-ce qu'il a ? c'est mon pardessus qu'il apporte, dit [Charlus] en voyant que Brichot avait si longtemps cherché pour un tel résultat. J'aurais mieux fait d'y aller moi-même.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 268

« Voyons, dit-il au baron, restez un peu avec nous, vous lui donnerez l'accolade tout à l'heure », ajoutat Brichot […] « L'accolade, est-il bête ! s'écria le baron d'un ton aigu et ravi. Mon cher, je vous dis qu'il se croit toujours à une distribution de prix, il rêve de ses petits élèves. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 269

"Vous ne savez pas le premier mot des choses dont vous parlez, finit-il par dire à Brichot. Citez-moi une seule réputation imméritée. Dites des noms. Oui, je connais tout, riposta violemment M. de Charlus à une interruption timide de Brichot, […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 270

[…] celui qui, craignant de s'être trop avancé, si vous lui parlez de la beauté d'un homme vous répond que c'est du chinois pour lui, qu'il ne sait pas plus distinguer un homme beau d'un laid qu'entre deux moteurs d'auto, comme la mécanique n'est pas dans ses cordes. Tout cela c'est des blagues.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 270

[…] celui qui, craignant de s'être trop avancé, si vous lui parlez de la beauté d'un homme vous répond que c'est du chinois pour lui, qu'il ne sait pas plus distinguer un homme beau d'un laid qu'entre deux moteurs d'auto, comme la mécanique n'est pas dans ses cordes. Tout cela c'est des blagues.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 270

[…] celui qui, craignant de s'être trop avancé, si vous lui parlez de la beauté d'un homme vous répond que c'est du chinois pour lui, qu'il ne sait pas plus distinguer un homme beau d'un laid qu'entre deux moteurs d'auto, comme la mécanique n'est pas dans ses cordes. Tout cela c'est des blagues.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 270

Depuis que Brichot avait commencé à parler des réputations masculines, M. de Charlus avait trahi dans tout son visage le genre particulier d'impatience qu'on voit à un expert médical ou militaire quand des gens du monde qui n'y connaissent rien se mettent à dire des bêtises sur des points de thérapeutique ou de stratégie. « Vous ne savez pas le premier mot des choses dont vous parlez, finit-il par dire à Brichot. Citez-moi une seule réputation imméritée. Dites des noms. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 270

Mon Dieu, remarquez, je ne veux pas dire qu'une réputation mauvaise (ou ce qu'il est convenu d'appeler ainsi) et injustifiée soit une chose absolument impossible… C'est tellement exceptionnel, tellement rare, que pratiquement, cela n'existe pas…
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 270

Oui, au cours de ma vie j'ai constaté (j'entends scientifiquement constaté, je ne me paie pas de mots) deux [mauvaises] réputations injustifiées.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 270

[Brichot, à Charlus qui "taxait d'inversion la grande majorité de ses contemporains"] […] si vous vouliez présenter à la postérité le tableau que vous nous dites elle pourrait la trouver mauvaise […] on s'indignerait fort dans le camp des belles âmes et vous passeriez pour un calomniateur ou pour un fol. Après avoir, au concours des élégances, obtenu le maximum et le principat, sur cette terre, vous connaîtriez les tristesses d'un blackboulage d'outre-tombe. Ça n'en vaut pas le coup, comme dit, Dieu me pardonne ! notre Bossuet.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 272

Après avoir, au concours des élégances, obtenu le maximum et le principat sur cette terre, vous connaîtriez les tristesses d'un blackboulage d'outre-tombe. Ça n'en vaut pas le coup, comme dit, Dieu me pardonne! notre Bossuet.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 272

— Comment ? Vous avez connu Swann, baron, mais je ne savais pas. Est-ce qu'il avait ces goûts-là [=homosexualité] ? demanda Brichot d'un air inquiet. — Mais est-il grossier ! Vous croyez donc que je ne connais que des gens comme ça ? Mais non, je ne crois pas. […] Je ne dis pas qu'autrefois au collège, une fois par hasard […] Mais il y a deux cents ans, comment voulez-vous que je me rappelle ? vous m'embêtez. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 272

— Comment ? Vous avez connu Swann, baron, mais je ne savais pas. Est-ce qu'il avait ces goûts-là [=homosexualité] ? demanda Brichot d'un air inquiet. — Mais est-il grossier ! Vous croyez donc que je ne connais que des gens comme ça ? Mais non, je ne crois pas. […] Je ne dis pas qu'autrefois au collège, une fois par hasard […] Mais il y a deux cents ans, comment voulez-vous que je me rappelle ? vous m'embêtez. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 272

— Comment ? Vous avez connu Swann, baron, mais je ne savais pas. Est-ce qu'il avait ces goûts-là [=homosexualité] ? demanda Brichot d'un air inquiet. — Mais est-il grossier ! Vous croyez donc que je ne connais que des gens comme ça ? Mais non, je ne crois pas. […] Je ne dis pas qu'autrefois au collège, une fois par hasard […] Mais il y a deux cents ans, comment voulez-vous que je me rappelle ? vous m'embêtez. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 272

"En tout cas s'il n'était pas joli, joli!" dit Brichot, lequel, affreux, se croyait bien et trouvait facilement les autres laids. "Taisez-vous, dit le Baron, vous ne savez pas ce que vous dites, dans ce temps-là il avait un teint de pêche et, ajouta-t-il en mettant chaque syllabe sur une autre note, il était joli comme les amours.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 273

Je l'avais trouvée [=Odette] charmante dans son demi-travesti, un soir qu'elle jouait Miss Sacripant ; j'étais avec des camarades de club, nous avions tous ramené une femme, et bien que je n'eusse envie que de dormir, les mauvaises langues avaient prétendu, car c'est affreux ce que le monde est méchant, que j'avais couché avec Odette.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 273

"Mais est-ce que Swann a jamais su que vous aviez eu ses faveurs?" "Mais voyons, quelle horreur! Raconter cela à Charles! C'est à faire dresser les cheveux sur la tête. Mais mon cher, il m'aurait tué tout simplement, il était jaloux comme un tigre. Pas plus que je n'ai avoué à Odette, à qui ça aurait du reste été bien égal, que... allons ne me faites pas dire de bêtises. Et le plus fort c'est que c'est elle qui lui a tiré des coups de revolver que j'ai failli recevoir.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 274

"Mais est-ce que Swann a jamais su que vous aviez eu ses faveurs?" "Mais voyons, quelle horreur! Raconter cela à Charles! C'est à faire dresser les cheveux sur la tête. Mais mon cher, il m'aurait tué tout simplement, il était jaloux comme un tigre. Pas plus que je n'ai avoué à Odette, à qui ça aurait du reste été bien égal, que... allons ne me faites pas dire de bêtises. Et le plus fort c'est que c'est elle qui lui a tiré des coups de revolver que j'ai failli recevoir. […] Enfin vous n'allez pas commencer à me faire raconter l'histoire de Swann, nous en aurions pour dix ans, vous comprenez, je connais ça comme personne.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 274

Ce que vous dites est d'un faux, d'un absurde, d'un à côté !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 274

— […] cette vieille peste de Saint-Simon parle souvent du grand Condé et du prince Louis de Baden et jamais il ne le dit [qu'ils étaient invertis] — C'est tout de même malheureux que ce soit à moi d'apprendre son histoire à un professeur en Sorbonne. Mais, cher maître, vous êtes ignorant comme une carpe. — Vous êtes dur, baron, mais juste.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 277

— […] cette vieille peste de Saint-Simon parle souvent du grand Condé et du prince Louis de Baden et jamais il ne le dit [qu'ils étaient invertis] — C'est tout de même malheureux que ce soit à moi d'apprendre son histoire à un professeur en Sorbonne. Mais, cher maître, vous êtes ignorant comme une carpe. — Vous êtes dur, baron, mais juste.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 277

Ah ! j'en aurais à apprendre aux gens qui font des enquêtes sur la nouvelle génération qui a rejeté les vaines complications de ses aînés […] ; mais enfin je ne veux pas être méchant, revenons au XVIIe siècle […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 277

Et malgré les exemples que j'empruntais au XVIIe siècle, si mon grand aïeul François de La Rochefoucauld vivait de notre temps, il pourrait en dire avec plus de raison encore que du sien, voyons, Brichot, aidez-moi : "Les vices sont de tous les temps; mais si des personnes que tout le monde connaît avaient paru dans les premiers siècles, parlerait-on présentement des prostitutions d'Héliogabale"?
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 278

J'aurais eu une fille à marier que c'est parmi eux [=les homosexuels] que j'aurais cherché mon gendre si j'avais voulu être assuré qu'elle ne fût pas malheureuse. Hélas! tout est changé. Maintenant ils se recrutent aussi parmi les hommes qui sont les plus enragés pour les femmes. Je croyais avoir un certain flair, et quand je m'étais dit: sûrement non, n'avoir pas pu me tromper. Hé bien, j'en donne ma langue au chat.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 279

[Le Narrateur apprend que le prince de Guermantes, bien qu'ayant une maîtresse, est un inverti] — Mais alors ses trois amis sont comme lui ? — Mais pas du tout, s'écria-t-il en se bouchant les oreilles comme si en jouant d'un instrument j'avais fait une fausse note. […] Alors on n'a plus le droit d'avoir des amis ? Ah ! la jeunesse, ça confond tout. Il faudra refaire votre éducation, mon enfant.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 280

Ce fut à mon tour de demander si le patron, dans lequel j'avais reconnu le monsieur qui jouait aux cartes toute la journée avec sa maîtresse, était comme le prince de Guermantes [=inverti].
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 280

Ce fut à mon tour de demander si le patron, dans lequel j'avais reconnu le monsieur qui jouait aux cartes toute la journée avec sa maîtresse, était comme le prince de Guermantes [=inverti]. « Mais voyons, c'est connu de tout le monde, il ne s'en cache même pas. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 280

Ce fut à mon tour de demander si le patron, dans lequel j'avais reconnu le monsieur qui jouait aux cartes toute la journée avec sa maîtresse, était comme le prince de Guermantes [=inverti]. « Mais voyons, c'est connu de tout le monde, il ne s'en cache même pas. — Mais il avait avec lui sa maîtresse. — Hé bien, qu'est-ce que ça fait ? Sont-ils naïfs, ces enfants », me dit-il d'un ton paternel […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 280

Ce fut à mon tour de demander si le patron, dans lequel j'avais reconnu le monsieur qui jouait aux cartes toute la journée avec sa maîtresse, était comme le prince de Guermantes [=inverti]. « Mais voyons, c'est connu de tout le monde, il ne s'en cache même pas. — Mais il avait avec lui sa maîtresse. — Hé bien, qu'est-ce que ça fait ? Sont-ils naïfs, ces enfants », me dit-il d'un ton paternel […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 280

Ce fut à mon tour de demander si le patron, dans lequel j'avais reconnu le monsieur qui jouait aux cartes toute la journée avec sa maîtresse, était comme le prince de Guermantes [=inverti]. « Mais voyons, c'est connu de tout le monde, il ne s'en cache même pas. — Mais il avait avec lui sa maîtresse. — Hé bien, qu'est-ce que ça fait ? Sont-ils naïfs, ces enfants », me dit-il d'un ton paternel […] — Mais alors ses trois amis sont comme lui ? — Mais pas du tout, s'écria-t-il en se bouchant les oreilles […] Voilà maintenant qu'il est à l'autre extrêmité. Alors on n'a plus le droit d'avoir des amis ? Ah ! la jeunesse, ça confond tout. Il faudra refaire votre éducation, mon enfant.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 280

Ce fut à mon tour de demander si le patron, dans lequel j'avais reconnu le monsieur qui jouait aux cartes toute la journée avec sa maîtresse, était comme le prince de Guermantes [=inverti]. « Mais voyons, c'est connu de tout le monde, il ne s'en cache même pas. — Mais il avait avec lui sa maîtresse. — Hé bien, qu'est-ce que ça fait ? Sont-ils naïfs, ces enfants », me dit-il d'un ton paternel […] — Mais alors ses trois amis sont comme lui ? — Mais pas du tout, s'écria-t-il en se bouchant les oreilles […] Voilà maintenant qu'il est à l'autre extrêmité. Alors on n'a plus le droit d'avoir des amis ? Ah ! la jeunesse, ça confond tout. il faudra refaire votre éducation mon enfant.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 280

[Brichot imagine Charlus titulaire d'une chaire d'homosexualité] Et je vous vois surtout pourvu d'une chaire au Collège de France, vous permettant de vous livrer à des études personnelles dont vous livreriez les résultats, comme fait le professeur de tamoul ou de sanscrit devant le très petit nombre de personnes que cela intéresse. Vous auriez deux auditeurs et l'appariteur […] — Vous n'en savez rien, répliqua le baron d'un air dur et tranchant. […] « C'est au contraire effrayant, dit-il à Brichot d'un air scandalisé et contrit, on ne parle plus que de cela. C'est une honte, mais c'est comme je vous le dis, mon cher. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 281

[Brichot imagine Charlus titulaire d'une chaire d'homosexualité] Et je vous vois surtout pourvu d'une chaire au Collège de France, vous permettant de vous livrer à des études personnelles dont vous livreriez les résultats, comme fait le professeur de tamoul ou de sanscrit devant le très petit nombre de personnes que cela intéresse. Vous auriez deux auditeurs et l'appariteur […] — Vous n'en savez rien, répliqua le baron d'un air dur et tranchant. […] « C'est au contraire effrayant, dit-il à Brichot d'un air scandalisé et contrit, on ne parle plus que de cela. C'est une honte, mais c'est comme je vous le dis, mon cher. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 281

Il paraît qu'avant-hier, chez la duchesse d'Ayen, on n'a pas parlé d'autre chose [que d'homosexualité] pendant deux heures. Vous pensez, si maintenant les femmes se mettent à parler de ça, c'est un véritable scandale !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 281

Il paraît qu'avant-hier, chez la duchesse d'Ayen, on n'a pas parlé d'autre chose [que d'homosexualité] pendant deux heures. Vous pensez, si maintenant les femmes se mettent à parler de ça, c'est un véritable scandale !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 281

Je sais bien que si j'étais Jane d'Agen, je respecterais assez mon salon pour qu'on n'y traite pas des sujets pareils et qu'on ne traîne pas chez moi mes propres parents dans la fange. Mais il n'y a plus de société, plus de règles, plus de convenances, pas plus pour la conversation que pour la toilette. Ah! mon cher, c'est la fin du monde. Tout le monde est devenu si méchant. C'est à qui dira le plus de mal des autres. C'est une horreur. "
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 281

Je sais bien que si j'étais Jane d'Agen, je respecterais assez mon salon pour qu'on n'y traite pas des sujets pareils et qu'on ne traîne pas chez moi mes propres parents dans la fange. Mais il n'y a plus de société, plus de règles, plus de convenances, pas plus pour la conversation que pour la toilette. Ah! mon cher, c'est la fin du monde. Tout le monde est devenu si méchant. C'est à qui dira le plus de mal des autres. C'est une horreur. "
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 281

Lâche comme je l'étais déjà dans mon enfance à Combray, quand je m'enfuyais pour ne pas offrir du cognac à mon grand-père, et les vains efforts de ma grand-mère le suppliant de ne pas le boire, je n'avais plus qu'une pensée, partir de chez les Verdurin avant que l'exécution de Charlus eût eu lieu. « Il faut absolument que je parte, dis-je à Brichot. — Je vous suis, me dit-il […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 281

On m'a dit qu'il disait pis que pendre de moi, mais je n'en ai cure, je pense que la boue et les saletés jetées par un individu qui a failli être renvoyé du Jockey pour avoir truqué un jeu de cartes, ne peut retomber que sur lui.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 281

"Tenez, avait-il conclu au bout de quelque temps: tenez, si vous voulez, nous allons demander conseil à ma femme. Ma parole d'honneur, je ne lui en ai rien dit. Nous allons voir comment elle juge la chose. Mon avis n'est peut-être pas le bon, mais vous savez quel jugement sûr elle a, et puis elle a pour vous une immense amitié, allons lui soumettre la cause."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 282

[…] ivre de mélodrame, Mme Verdurin avait enjoint à son mari d'emmener Morel et de parler coûte que coûte au violoniste [=Morel].
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 282

[…] ivre de mélodrame, Mme Verdurin avait enjoint à son mari d'emmener Morel et de parler coûte que coûte au violoniste [=Morel]. […] Et tandis que Mme Verdurin attendait avec impatience les émotions qu'elle allait savourer […] à se faire rendre un compte exact du dialogue qui avait été échangé entre lui et son mari, et en attendant ne cessait de répéter : « Mais qu'est-ce qu'ils peuvent faire ? […] », M. Verdurin était redescendu avec Morel, lequel paraissait fort ému.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 282

"Je ne me serais jamais douté, soupira Morel, en réponse à Mme Verdurin." "Naturellement on ne vous le dit pas en face, ça n'empêche pas que vous êtes la fable du Conservatoire, reprit méchamment Mme Verdurin, voulant montrer à Morel qu'il ne s'agissait pas uniquement de M. de Charlus, mais de lui aussi. […] C'est-à-dire qu'on vous montre du doigt. Je vous dirai que pour moi je n'y fais pas autrement attention, ce que je trouve surtout c'est que ça rend un homme prodigieusement ridicule. "Je ne sais pas comment vous remercier, dit Charlie du ton dont on le dit à un dentiste qui vient de vous faire affreusement mal sans qu'on ait voulu le laisser voir, ou à un témoin trop sanguinaire qui vous a forcé à un duel pour une parole insignifiante dont il vous a dit: "Vous ne pouvez pas empocher ça."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 284

[Mme Verdurin apprend à Morel, le violoniste, qu'il est "la fable du Conservatoire" à cause de la mauvaise réputation de Charlus, qu'il fréquente] — Je ne sais pas comment vous remercier, dit Charlie [=Morel] du ton dont on le dit à un dentiste qui vient de vous faire affreusement mal sans qu'on ait voulu le laisser voir, ou à un témoin trop sanguinaire qui vous a forcé à un duel pour une parole insignifiante dont il vous a dit : « Vous ne pouvez pas empocher ça. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 284

« Je pense que vous avez du caractère, que vous êtes un homme, [dit] Mme Verdurin, et que vous saurez parler haut et clair quoiqu'il [=Charlus] dise à tout le monde que vous [=Morel] n'oserez pas, qu'il vous tient. » Charlie [=Morel], cherchant une dignité d'emprunt pour couvrir la sienne en lambeaux, trouva dans sa mémoire, pour l'avoir lu ou bien entendu dire, et proclama aussitôt : « Je n'ai pas été élevé à manger de ce pain-là. Dès ce soir, je romprai avec M. de Charlus. […]»
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 285

Mais gardez-vous surtout comme du feu d'aller chez Mme de Duras ! N'allez pas faire une boulette pareille !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 285

« On a même répété à mon mari qu'il avait dit: "mon domestique", mais cela je ne peux pas l'affirmer » ajouta-t-elle.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 286

Quelqu'un à cru lui [=Charlus] faire plaisir en lui disant : "Nous admirons beaucoup votre ami Morel." Savez-vous ce qu'il a répondu, avec cet air insolent que vous connaissez : "Mais comment voulez-vous qu'il soit mon ami ? nous ne sommes pas de la même classe, dites qu'il est ma créature, mon protégé."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 286

Quelqu'un à cru lui [=Charlus] faire plaisir en lui disant : "Nous admirons beaucoup votre ami Morel." Savez-vous ce qu'il a répondu, avec cet air insolent que vous connaissez : "Mais comment voulez-vous qu'il soit mon ami ? nous ne sommes pas de la même classe, dites qu'il est ma créature, mon protégé."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 286

Vous savez, les gens du monde ça ne donne pas l'air sérieux, on peut avoir tout le talent qu'on veut, c'est triste à dire, mais il suffit d'une Mme de Duras pour vous donner la réputation d'un amateur…
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 286

"Car voyez-vous, dit-elle, moi je ne lui fais pas de reproches, il vous entraîne dans son abîme, c'est vrai, mais ce n'est pas sa faute, puisqu'il y roule lui-même, puisqu'il y roule, répéta-t-elle assez fort, ayant été émerveillée de la justesse de l'image qui était partie si vite que son attention ne la rattrapait que maintenant et tâchait de la mettre en valeur.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 287

[Charlus a appris aux Verdurin que Morel était "le fils d'un valet de chambre". Mme Verdurin à Morel :] « Il nous l'aurait dit à nous seuls que cela ne ferait rien, reprit la Patronne, nous savons qu'il faut prendre et laisser de ce qu'il dit, et puis il n'y a pas de sot métier, vous avez votre valeur, vous êtes ce que vous valez ; mais qu'il aille faire tordre avec cela Mme de Portefin (Mme Verdurin la citait exprès, parce qu'elle savait que Charlie [=Morel] aimait Mme de Portefin), c'est ce qui nous rend malheureux. […]»
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 287

[Charlus a appris aux Verdurin que Morel était "le fils d'un valet de chambre". Mme Verdurin à Morel :] « Il nous l'aurait dit à nous seuls que cela ne ferait rien, reprit la Patronne, nous savons qu'il faut prendre et laisser de ce qu'il dit, et puis il n'y a pas de sot métier, vous avez votre valeur, vous êtes ce que vous valez ; mais qu'il aille faire tordre avec cela Mme de Portefin (Mme Verdurin la citait exprès, parce qu'elle savait que Charlie [=Morel] aimait Mme de Portefin), c'est ce qui nous rend malheureux. […]»
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 287

[Charlus a appris aux Verdurin que Morel était "le fils d'un valet de chambre". Mme Verdurin à Morel :] « Il nous l'aurait dit à nous seuls que cela ne ferait rien, reprit la Patronne, nous savons qu'il faut prendre et laisser de ce qu'il dit, et puis il n'y a pas de sot métier, vous avez votre valeur, vous êtes ce que vous valez ; mais qu'il aille faire tordre avec cela Mme de Portefin (Mme Verdurin la citait exprès, parce qu'elle savait que Charlie [=Morel] aimait Mme de Portefin), c'est ce qui nous rend malheureux. […]»
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 287

Non, ce que je lui reproche, dit-elle d'un ton tendre, comme une femme ivre de son succès, c'est de manquer de délicatesse envers vous. Il y a des choses qu'on ne dit pas à tout le monde. Ainsi tout à l'heure il a parié qu'il allait vous faire rougir de plaisir, en vous annonçant (par blague naturellement, car sa recommandation suffirait à vous empêcher de l'avoir) que vous auriez la croix de la Légion d'honneur. Cela passe encore, quoique je n'aie jamais beaucoup aimé, reprit-elle d'un air délicat et digne, qu'on dupe ses amis, mais vous savez, il y a des riens qui nous font de la peine.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 287

Non, ce que je lui reproche, dit-elle d'un ton tendre, comme une femme ivre de son succès, c'est de manquer de délicatesse envers vous. Il y a des choses qu'on ne dit pas à tout le monde. Ainsi tout à l'heure il a parié qu'il allait vous faire rougir de plaisir, en vous annonçant (par blague naturellement, car sa recommandation suffirait à vous empêcher de l'avoir) que vous auriez la croix de la Légion d'honneur. Cela passe encore, quoique je n'aie jamais beaucoup aimé, reprit-elle d'un air délicat et digne, qu'on dupe ses amis, mais vous savez, il y a des riens qui nous font de la peine.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 287

Non, ce que je lui reproche, dit-elle d'un ton tendre, comme une femme ivre de son succès, c'est de manquer de délicatesse envers vous. Il y a des choses qu'on ne dit pas à tout le monde. Ainsi tout à l'heure il a parié qu'il allait vous faire rougir de plaisir, en vous annonçant (par blague naturellement, car sa recommandation suffirait à vous empêcher de l'avoir) que vous auriez la croix de la Légion d'honneur. Cela passe encore, quoique je n'aie jamais beaucoup aimé, reprit-elle d'un air délicat et digne, qu'on dupe ses amis, mais vous savez, il y a des riens qui nous font de la peine.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 287

« Hé bien, enfin, ce n'est pas trop tôt, êtes-vous content, jeune gloire et bientôt jeune chevalier de la Légion d'honneur ? Car bientôt vous pourrez montrer votre croix », dit M. de Charlus à Morel d'un air tendre et triomphant […] « Laissez-moi, je vous défends de m'approcher, cria Morel au baron. Vous ne devez pas être à votre coup d'essai, je ne suis pas le premier que vous essayez de pervertir ! »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 288

« Hé bien, enfin, ce n'est pas trop tôt, êtes-vous content, jeune gloire et bientôt jeune chevalier de la Légion d'honneur ? Car bientôt vous pourrez montrer votre croix », dit M. de Charlus à Morel d'un air tendre et triomphant […] « Laissez-moi, je vous défends de m'approcher, cria Morel au baron. Vous ne devez pas être à votre coup d'essai, je ne suis pas le premier que vous essayez de pervertir ! »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 288

« Hé bien, enfin, ce n'est pas trop tôt, êtes-vous content, jeune gloire et bientôt jeune chevalier de la Légion d'honneur ? Car bientôt vous pourrez montrer votre croix », dit M. de Charlus à Morel d'un air tendre et triomphant […] « Laissez-moi, je vous défends de m'approcher, cria Morel au baron. Vous ne devez pas être à votre coup d'essai, je ne suis pas le premier que vous essayez de pervertir ! » […] Dans une circonstance si cruellement imprévue, ce grand discoureur ne sut que balbutier : « Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'est-ce qu'il y a ? » On ne l'entendait même pas. Et la pantomime éternelle de la terreur panique a si peu changé, que ce vieux monsieur à qui il arrivait une aventure désagréable dans un salon parisien, répétait à son insu les quelques attitudes schématiques dans lesquelles la sculpture grecque des premiers âges stylisait l'épouvante des nymphes poursuivies par le dieu Pan.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 288

« Hé bien, enfin, ce n'est pas trop tôt, êtes-vous content, jeune gloire et bientôt jeune chevalier de la Légion d'honneur ? Car bientôt vous pourrez montrer votre croix », dit M. de Charlus à Morel d'un air tendre et triomphant […] « Laissez-moi, je vous défends de m'approcher, cria Morel au baron. Vous ne devez pas être à votre coup d'essai, je ne suis pas le premier que vous essayez de pervertir ! »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 288

[Charlus accuse Morel de calomnie] [Charlus] alla faire à Mme Verdurin un long récit attendrissant, lequel n'eut d'ailleurs nullement l'effet qu'il souhaitait. Car d'une part, Mme Verdurin répétait au baron : « Vous n'avez qu'à plus vous occuper de lui, dédaignez-le, c'est un enfant. » […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 290

[Charlus accuse Morel de calomnie.] [Charlus] alla faire à Mme Verdurin un long récit attendrissant, lequel n'eut d'ailleurs nullement l'effet qu'il souhaitait. Car d'une part, Mme Verdurin répétait au baron : « Vous n'avez qu'à ne plus vous occuper de lui, dédaignez-le, c'est un enfant. » […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 290

Il avait été offensé, il attendait des explications.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 290

Il y a d'ailleurs presque toujours, attachée à l'idée d'un entretien qui pourrait éclaircir un malentendu, une autre idée qui pour quelque raison que ce soit nous empêche de nous prêter à cet entretien.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 290

Tandis que M. de Charlus, assommé sur le coup par les paroles que venait de prononcer Morel […] prenait la pose de la nymphe en proie à la terreur panique, M. et Mme Verdurin s'étaient retirés […] « Tu vas nous raconter comment cela s'est passé, dit avidement Mme Verdurin à son mari. — Je ne sais pas ce que vous lui avez dit, il avait l'air tout ému, dit Ski, il avait des larmes dans les yeux. » Feignant de ne pas avoir compris : « Je crois que ce que j'ai dit lui a été tout à fait indifférent », dit Mme Verdurin […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 291

À ce moment Morel accourut vers elle : « Est-ce que cette dame n'est pas la reine de Naples ? demanda Morel (bien qu'il sût que c'était elle) en montrant la souveraine qui se dirigeait vers Charlus. Après ce qui vient de se passer [=une violente altercation entre Morel et Charlus], je ne peux plus, hélas ! demander au baron de me présenter. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 292

On pourrait croire que, avec le caractère terrible de M. de Charlus, les persécutions dont il terrorisait jusqu'à des parents à lui, qu'il allait à la suite de cette soirée déchaîner sa fureur et exercer des représailles contre les Verdurin.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 293

[Cottard] est auprès de Saniette dont le coup de bourse pour se rattraper a échoué. En apprenant qu'il n'avait plus un franc et qu'il avait près d'un million de dettes, Saniette a eu une attaque. — Mais aussi pourquoi a-t-il joué ? C'est idiot, il est l'être le moins fait pour ça.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 295

[Cottard] est auprès de Saniette dont le coup de bourse pour se rattraper a échoué. En apprenant qu'il n'avait plus un franc et qu'il avait près d'un million de dettes, Saniette a eu une attaque. — Mais aussi pourquoi a-t-il joué ? C'est idiot, il est l'être le moins fait pour ça.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 295

[Les Verdurin projettent de faire une rente à Saniette] Avec nos revenus, il me semble qu'amortir dix mille francs pendant trois ans ce n'est pas impossible. — Soit, seulement, l'ennui c'est que ça se saura, ça obligera à le faire pour d'autres. — Tu peux croire que j'y ai pensé. Je ne le ferai qu'à la condition expresse que personne ne le sache. Merci, je n'ai pas envie que nous soyons obligés de devenir les bienfaiteurs du genre humain. Pas de philanthropie !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 296

[Les Verdurin projettent de faire une rente à Saniette] Avec nos revenus, il me semble qu'amortir dix mille francs pendant trois ans ce n'est pas impossible. — Soit, seulement, l'ennui c'est que ça se saura, ça obligera à le faire pour d'autres. — Tu peux croire que j'y ai pensé. Je ne le ferai qu'à la condition expresse que personne ne le sache. Merci, je n'ai pas envie que nous soyons obligés de devenir les bienfaiteurs du genre humain. Pas de philanthropie !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 296

[Les Verdurin projettent de faire une rente à Saniette] Avec nos revenus, il me semble qu'amortir dix mille francs pendant trois ans ce n'est pas impossible. — Soit, seulement, l'ennui c'est que ça se saura, ça obligera à le faire pour d'autres. — Tu peux croire que j'y ai pensé. Je ne le ferai qu'à la condition expresse que personne ne le sache. Merci, je n'ai pas envie que nous soyons obligés de devenir les bienfaiteurs du genre humain. Pas de philanthropie !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 296

[Les Verdurin projettent de faire une rente à Saniette] Avec nos revenus, il me semble qu'amortir dix mille francs pendant trois ans ce n'est pas impossible. — Soit, seulement, l'ennui c'est que ça se saura, ça obligera à le faire pour d'autres. — Tu peux croire que j'y ai pensé. Je ne le ferai qu'à la condition expresse que personne ne le sache. Merci, je n'ai pas envie que nous soyons obligés de devenir les bienfaiteurs du genre humain. Pas de philanthropie !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 296

[Les Verdurin projettent de faire une rente à Saniette] Avec nos revenus, il me semble qu'amortir dix mille francs pendant trois ans ce n'est pas impossible. — Soit, seulement, l'ennui c'est que ça se saura, ça obligera à le faire pour d'autres. — Tu peux croire que j'y ai pensé. Je ne le ferai qu'à la condition expresse que personne ne le sache. Merci, je n'ai pas envie que nous soyons obligés de devenir les bienfaiteurs du genre humain. Pas de philanthropie !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 296

[Saniette est ruiné ; M. Verdurin à sa femme : ] Alors j'avais pensé, je ne veux rien faire qui te déplaise, mais nous aurions peut-être pu lui faire une petite rente pour qu'il ne s'aperçoive pas trop de sa ruine, qu'il puisse se soigner chez lui. — Je suis tout à fait de ton avis, c'est très bien de ta part d'y avoir pensé. Mais […] cet imbécile a gardé un appartement trop cher, ce n'est plus possible, il faudrait lui louer quelque chose avec deux pièces.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 296

[Saniette est ruiné ; M. Verdurin à sa femme : ] Alors j'avais pensé, je ne veux rien faire qui te déplaise, mais nous aurions peut-être pu lui faire une petite rente pour qu'il ne s'aperçoive pas trop de sa ruine, qu'il puisse se soigner chez lui. — Je suis tout à fait de ton avis, c'est très bien de ta part d'y avoir pensé. Mais […] cet imbécile a gardé un appartement trop cher, ce n'est plus possible, il faudrait lui louer quelque chose avec deux pièces.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 296

[Saniette est ruiné ; M. Verdurin à sa femme : ] Alors j'avais pensé, je ne veux rien faire qui te déplaise, mais nous aurions peut-être pu lui faire une petite rente pour qu'il ne s'aperçoive pas trop de sa ruine, qu'il puisse se soigner chez lui. — Je suis tout à fait de ton avis, c'est très bien de ta part d'y avoir pensé. Mais […] cet imbécile a gardé un appartement trop cher, ce n'est plus possible, il faudrait lui louer quelque chose avec deux pièces.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 296

— Ce qu'on pourrait faire [=il s'agit de verser une rente à Saniette], c'est lui dire que cela lui a été laissé par la princesse Sherbatoff. — Mais le croira-t-il ? Elle a consulté Cottard pour son testament. — À l'extrême rigueur, on peut mettre Cottard dans la confidence […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 296

— Ce qu'on pourrait faire [=il s'agit de verser une rente à Saniette], c'est lui dire que cela lui a été laissé par la princesse Sherbatoff. — Mais le croira-t-il ? Elle a consulté Cottard pour son testament. — À l'extrême rigueur, on peut mettre Cottard dans la confidence […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 296

Puis [Brichot] me parla de M. de Charlus. Celui-ci eût sans doute été stupéfait en entendant le professeur, si aimable avec lui, le professeur qui lui disait toujours : « Je ne répète jamais rien », parler de lui et de sa vie sans la moindre réticence.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 298

Soit dit sans offenser ce preux de haute race, me déclara Brichot dans la voiture qui nous ramenait, il est tout simplement prodigieux quand il commente son catéchisme satanique avec une verve un tantinet charentonesque et une obstination, j'allais dire une candeur, de blanc d'Espagne et d'émigré.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 299

Songez que j'ai appris […] que le traité d'éthique où j'ai toujours révéré la plus fastueuse construction morale de notre époque, avait été inspiré à notre vénérable collègue X par un jeune porteur de dépêches. N'hésitons pas à reconnaître que mon éminent ami a négligé de nous livrer le nom de cet éphèbe au cours de ses démonstrations. Il a témoigné en cela de plus de respect humain, ou si vous aimez mieux de moins de gratitude que Phidias qui inscrivit le nom de l'athlète qu'il aimait sur l'anneau de son Jupiter Olympien. Le baron ignorait cette dernière histoire. Inutile de vous dire qu'elle a charmé son orthodoxie.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 299

"Quels flatteurs que tous ces sorbonnards, s'écriait-il avec ravissement! Dire qu'il faut que j'aie attendu d'être arrivé à mon âge pour être comparé à Aspasie! Un vieux tableau comme moi! O ma jeunesse!"
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 300

De notre collègue dont la sagesse est d'or mais qui possédait peu d'argent, le télégraphiste a passé aux mains du baron ("en tout bien tout honneur", il faut entendre le ton dont il le dit).
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 300

De notre collègue dont la sagesse est d'or mais qui possédait peu d'argent, le télégraphiste a passé aux mains du baron ("en tout bien tout honneur", il faut entendre le ton dont il le dit).
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 300

J'aurais voulu que vous le vissiez disant cela, outrageusement poudré à son habitude, et, à son âge, musqué comme un petit maître.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 300

Songez que j'ai appris […] que le traité d'éthique où j'ai toujours révéré la plus fastueuse construction morale de notre époque, avait été inspiré à notre vénérable collègue X par un jeune porteur de dépêches. N'hésitons pas à reconnaître que mon éminent ami a négligé de nous livrer le nom de cet éphèbe au cours de ses démonstrations. Il a témoigné en cela de plus de respect humain, ou si vous aimez mieux de moins de gratitude que Phidias qui inscrivit le nom de l'athlète qu'il aimait sur l'anneau de son Jupiter Olympien. Le baron ignorait cette dernière histoire. Inutile de vous dire qu'elle a charmé son orthodoxie.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 300

Je sais bien que vous n'êtes pas jaloux. D'abord vous me l'avez dit, et puis ça se voit, allez !
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 302

"Devinez d'où je viens: de chez les Verdurin", j'avais à peine eu le temps de prononcer ces mots qu'Albertine, la figure bouleversée, m'avait répondu par ceux-ci qui semblèrent exploser d'eux-mêmes avec une force qu'elle ne put contenir: "Je m'en doutais." "Je ne savais pas que cela vous ennuierait que j'aille chez les Verdurin." Il est vrai qu'elle ne me disait pas que cela l'ennuyait, mais c'était visible; il est vrai aussi que je ne m'étais pas dit que cela l'ennuierait. Et pourtant devant l'explosion de sa colère, comme devant ces événements qu'une sorte de double vue rétrospective nous fait paraître avoir déjà été connus dans le passé, il me sembla que je n'avais jamais pu m'attendre à autre chose.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 303

"Du reste, lui dis-je avec colère, il y a bien d'autres choses que vous me cachez, même dans les plus insignifiantes, comme par exemple votre voyage de trois jours à Balbec, je le dis en passant." J'avais ajouté ce mot; "Je le dis en passant" comme complément de: "même les choses les plus insignifiantes", de façon que si Albertine me disait: "Qu'est-ce qu'il y a eu d'incorrect dans ma randonnée à Balbec?" je puisse lui répondre: "Mais je ne me rappelle même plus. Ce qu'on me dit se brouille dans ma tête, j'y attache si peu d'importance."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 303

[…] j'ai inventé un prétendu voyage à Balbec. [Le mécanicien] m'a tout simplement déposée à Auteuil, chez mon amie de la rue de l'Assomption, où j'ai passé les trois jours à me raser à cent sous l'heure. Vous voyez que ce n'est pas grave, il n'y a rien de cassé.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 304

[…] j'ai inventé un prétendu voyage à Balbec. [Le mécanicien] m'a tout simplement déposée à Auteuil, chez mon amie de la rue de l'Assomption, où j'ai passé les trois jours à me raser à cent sous l'heure. Vous voyez que ce n'est pas grave, il n'y rien de cassé.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 304

[…] j'ai inventé un prétendu voyage à Balbec. […] J'ai bien commencé à supposer que vous saviez peut-être tout quand j'ai vu que vous vous mettiez à rire à l'arrivée, avec huit jours de retard, des cartes postales. Je reconnais que c'était ridicule et il aurait mieux valu pas de cartes du tout. Mais ce n'est pas ma faute. Je les avais achetées d'avance, données au mécanicien avant qu'il me dépose à Auteuil, et puis ce veau-là les a oubliées dans ses poches, au lieu de les envoyer sous enveloppe à un ami qu'il a près de Balbec et qui devait vous les réexpédier.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 304

Le mécanicien avait à faire pour lui pendant trois jours. Il n'osait pas vous le dire. Alors, par bonté pour lui (c'est bien moi! et puis c'est toujours sur moi que ça retombe ces histoires-là), j'ai inventé un prétendu voyage à Balbec. Il m'a tout simplement déposée à Auteuil, chez mon amie de la rue de l'Assomption, où j'ai passé les trois jours à me raser à cent sous l'heure.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 304

Je ne savais que dire, ne voulant pas paraître étonné, et écrasé par tant de mensonges.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 305

Or ce que je savais et que j'allais lui dire, c'est ce qu'était Mlle Vinteuil. Il est vrai que ce n'était pas chez les Verdurin que je l'avais appris, mais à Montjouvain autrefois. Seulement comme je n'en avais, exprès, jamais parlé à Albertine, je pouvais avoir l'air de le savoir de ce soir seulement.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 305

Aussi, touché qu'elle fût si modeste et se crût dédaignée dans le milieu Verdurin, je lui dis tendrement : « Mais, ma chérie, j'y pense, je vous donnerais bien volontiers quelques centaines de francs pour que vous alliez faire où vous voudriez la dame chic et que vous invitiez à un beau dîner M. et Mme Verdurin. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 307

"[…] je trouvais ma demande indiscrète." "Quelle demande ?" "De donner un dîner." "Mais non, ce n'est pas cela, il n'y a pas de discrétion à faire entre nous." "Mais si, au contraire, il ne faut pas abuser des gens qu'on aime. En tous cas je vous jure que c'est cela."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 308

Je ne sais pas à quoi je pensais, ces mots dont je ne sais même pas le sens ["j'aime bien mieux que vous me laissiez libre pour que j'aille me faire casser… "] et que j'avais entendu un jour dans la rue dits par des gens très orduriers, me sont venus à la bouche sans rime ni raison. Ça ne se rapporte ni à moi ni à personne, je rêvais tout haut.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 308

Ce sont des gens qui ont toujours été contre moi, ils ont tout fait pour me contrarier. Il n'y a pas de gentillesse que je n'aie eue pour Mme Verdurin à Balbec, j'en ai été joliment récompensée. Elle me ferait demander à son lit de mort que je n'irais pas. Il y a des choses qui ne se pardonnent pas.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 309

Distraite, impulsive, ne songeant pas qu'elle était avec moi, elle avait eu le haussement d'épaules, elle avait commencé de parler comme elle eût fait avec une de ces femmes […] Et brusquement rappelée à la réalité, rouge de honte, renfonçant ce qu'elle allait dire dans sa bouche, désespérée, elle n'avait plus voulu prononcer un seul mot. Je n'avais pas une seconde à perdre si je ne voulais pas qu'elle s'aperçut du désespoir où j'étais.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 310

Ma petite Albertine, lui dis-je avec une douceur et une tristesse profondes, voyez-vous, la vie que vous menez ici est ennuyeuse pour vous, il vaut mieux nous quitter […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 310

[Le Narrateur se sépare d'Albertine] « Ayez la gentillesse, dis-je avec une infinie tristesse, de me renvoyer le livre de Bergotte qui est chez votre tante. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 311

[Le Narrateur se sépare d'Albertine] — […] Nous avons été heureux, nous sentons maintenant que nous serions malheureux. — Ne dites pas que nous sentons que nous serions malheureux, me dit Albertine en m'interrompant, ne dites pas "nous", c'est vous seul qui trouvez cela ! — Oui, enfin, vous ou moi, comme vous voudrez, pour une raison ou l'autre — mais il est une heure folle, il faut vous coucher — nous avons décidé de nous quitter ce soir.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 311

[Le Narrateur se sépare d'Albertine] — […] Nous avons été heureux, nous sentons maintenant que nous serions malheureux. — Ne dites pas que nous sentons que nous serions malheureux, me dit Albertine en m'interrompant, ne dites pas "nous", c'est vous seul qui trouvez cela ! — Oui, enfin, vous ou moi, comme vous voudrez, pour une raison ou l'autre — mais il est une heure folle, il faut vous coucher — nous avons décidé de nous coucher ce soir.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 311

_ […] Vous êtes persuadée que j'avais résolu depuis longtemps de vous quitter, que ma tendresse était une comédie. — Mais non, vous êtes fou, je ne l'ai pas cru, dit-elle tristement. — Vous avez raison, il ne faut pas le croire, je vous aimais vraiment […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 312

« Je me rappelle très bien que j'ai donné ma photographie à cette Esther parce qu'elle insistait beaucoup et que je voyais que cela lui ferait plaisir, mais quant à avoir eu de l'amitié pour elle ou à avoir envie de la voir, jamais ! » Et pourtant Albertine était de caractère si léger qu'elle ajouta : « Si elle veut me voir, moi ça m'est égal, elle est très gentille, mais je n'y tiens aucunement. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 312

« Je me rappelle très bien que j'ai donné ma photographie à cette Esther parce qu'elle insistait beaucoup et que je voyais que cela lui ferait plaisir, mais quant à avoir eu de l'amitié pour elle ou à avoir envie de la voir, jamais ! » Et pourtant Albertine était de caractère si léger qu'elle ajouta : « Si elle veut me voir, moi ça m'est égal, elle est très gentille, mais je n'y tiens aucunement. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 312

« Mon Albertine, ne faites pas cela, ne me revoyez jamais en cette vie. Cela me ferait trop de peine. […] »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 312

— Albertine, pouvez-vous me jurer que vous ne m'avez jamais menti ? » Elle regarda fixement dans le vide puis me répondit : « Oui, c'est-à-dire non. J'ai eu tort de vous dire qu'Andrée avait été très emballéee sur Bloch, nous ne l'avions pas vu.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 318

"Mais Léa a été tout le temps de ce voyage parfaitement convenable avec moi, me dit Albertine. Elle était même plus réservée que bien des femmes du monde." "Est-ce qu'il y a des femmes du monde qui ont manqué de réserve avec vous, Albertine?" "Jamais." "Alors qu'est-ce que vous voulez dire?" "Eh! bien, elle était moins libre dans ses expressions." "Exemple?" "Elle n'aurait pas, comme bien des femmes qu'on reçoit, employé le mot embêtant, ou le mot : se fiche du monde. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 320

Mais tant de paroles douloureuses concernant notre séparation, si la force de les prononcer m'était donnée parce que je les savais mensongères, en revanche elles étaient sincères dans la bouche d'Albertine quand je l'entendis s'écrier : « Ah ! c'est promis, je ne vous reverrai jamais. Tout plutôt que de vous voir pleurer comme cela, mon chéri. Je ne veux pas vous faire de chagrin. Puisqu'il le faut on ne se verra plus. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 323

Mais tant de paroles douloureuses concernant notre séparation, si la force de les prononcer m'était donnée parce que je les savais mensongères, en revanche elles étaient sincères dans la bouche d'Albertine quand je l'entendis s'écrier : « Ah ! c'est promis, je ne vous reverrai jamais. Tout plutôt que de vous voir pleurer comme cela, mon chéri. Je ne veux pas vous faire de chagrin. Puisqu'il le faut on ne se verra plus. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 323

Mais tant de paroles douloureuses concernant notre séparation, si la force de les prononcer m'était donnée parce que je les savais mensongères, en revanche elles étaient sincères dans la bouche d'Albertine quand je l'entendis s'écrier : « Ah ! c'est promis, je ne vous reverrai jamais. Tout plutôt que de vous voir pleurer comme cela, mon chéri. Je ne veux pas vous faire de chagrin. Puisqu'il le faut on ne se verra plus. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 323

Mais tant de paroles douloureuses concernant notre séparation, si la force de les prononcer m'était donnée parce que je les savais mensongères, en revanche elles étaient sincères dans la bouche d'Albertine quand je l'entendis s'écrier : « Ah ! c'est promis, je ne vous reverrai jamais. Tout plutôt que de vous voir pleurer comme cela, mon chéri. Je ne veux pas vous faire de chagrin. Puisqu'il le faut on ne se verra plus. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 323

"Je ne sais pas où j'irai, répondit-elle […], d'un air préoccupé. Peut-être j'irai en Touraine chez ma tante." […] "Je ne peux pas me faire encore à l'idée que je ne verrai plus tout cela ni demain, ni après demain, ni jamais. Pauvre petite chambre. Il me semble que c'est impossible; cela ne peut pas m'entrer dans la tête." "Il le fallait, vous étiez malheureuse ici." "Mais non, je n'étais pas malheureuse, c'est maintenant que je le serai." "Mais non, je vous assure, c'est mieux pour vous."
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 326

"Je ne sais pas où j'irai, répondit-elle […], d'un air préoccupé. Peut-être j'irai en Touraine chez ma tante." […] "Je ne peux pas me faire encore à l'idée que je ne verrai plus tout cela ni demain, ni après demain, ni jamais. Pauvre petite chambre. Il me semble que c'est impossible; cela ne peut pas m'entrer dans la tête." "Il le fallait, vous étiez malheureuse ici." "Mais non, je n'étais pas malheureuse, c'est maintenant que je le serai." "Mais non, je vous assure c'est mieux pour vous." "Pour vous peut-être!"
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 326

"Je ne sais pas où j'irai, répondit-elle […], d'un air préoccupé. Peut-être j'irai en Touraine chez ma tante." […] "Je ne peux pas me faire encore à l'idée que je ne verrai plus tout cela ni demain, ni après demain, ni jamais. Pauvre petite chambre. Il me semble que c'est impossible; cela ne peut pas m'entrer dans la tête." "Il le fallait, vous étiez malheureuse ici." "Mais non, je n'étais pas malheureuse, c'est maintenant que je le serai." "Mais non, je vous assure c'est mieux pour vous." "Pour vous peut-être!" Je me mis à regarder fixement dans le vide, comme si, en proie à une grande hésitation, je me débattais contre une idée qui me fût venue à l'esprit. Enfin tout d'un coup: "Écoutez, Albertine, vous dites que vous êtes plus heureuse ici, que vous allez être malheureuse." "Bien sûr." "Cela me bouleverse; voulez-vous que nous essayions de prolonger de quelques semaines, qui sait, semaine par semaine, on peut peut-être arriver très loin, vous savez qu'il y a des provisoires qui peuvent finir par durer toujours.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 326

[…] c'est de la folie de nous être fait mal comme cela pour rien pendant des heures [=avoir parlé de séparation], c'est comme un voyage pour lequel on s'est préparé et puis qu'on ne fait pas. Je suis moulu de chagrin.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 326

[…] c'est de la folie de nous être fait mal comme cela pour rien pendant des heures [=avoir parlé de séparation], c'est comme un voyage pour lequel on s'est préparé et puis qu'on ne fait pas. Je suis moulu de chagrin.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 326

[…] je n'avais jamais eu l'idée de l'épouser, […] c'était quand je faisais, comme involontairement, allusion à notre séparation prochaine que je disais la vérité, […] je la quitterais de toute façon unjour ou l'autre, croyance que ma scène de ce soir n'avait pu alors que fortifier et qui pouvait finir par engendrer chez elle cette résolution : « Si cela doit fatalement arriver un jour ou l'autre, autant en finir tout de suite. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 329

[…] elle exprimait son inquiétude de ne rien savoir de mes décisions par cette phrase de Mme de Sévigné : « Pour moi, je suis persuadée qu'il ne se mariera pas ; mais alors pourquoi troubler cette fille qu'il n'épousera jamais ? Pourquoi risquer de lui faire refuser des partis qu'elle ne regardera plus qu'avec mépris ? Pourquoi troubler l'esprit d'une personne qu'il serait si aisé d'éviter ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 331

Pourtant, malgré le sourire avec lequel Albertine me remercia [=d'une robe de chambre de Fortuny] en me disant : « Vous êtes trop gentil », je remarquai combien elle avait l'air fatigué et même triste.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 337

[Albertine : ] Elle me demanda tout d'un coup si j'aimais les femmes. […] Même,je ne sais quelle idée baroque me prit de la mystifier, je lui répondis que oui.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 342

Il est arrivé que Mme de Sévigné, comme Elstir, comme Dostoïevski, au lieu de présenter les choses dans l'ordre logique, c'est-à-dire en commençant par la cause, nous montre d'abord l'effet, l'illusion qui nous frappe. C'est ainsi que Dostoïevski présente ses personnages. Leurs actions nous apparaissent aussi trompeuses que ces effets d'Elstir où la mer a l'air d'être dans le ciel. Nous sommes tout étonnés d'apprendre que cet homme sournois est au fond excellent, ou le contraire"." Oui, mais un exemple pour Mme de Sévigné"." J'avoue, lui répondis-je en riant, que c'est très tiré par les cheveux, mais enfin je pourrais trouver des exemples".
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 345

[Après un exposé du Narrateur sur la littérature.] — Mon petit, comme c'est assommant que vous soyez si paresseux. Regardez comme vous voyez la littératre d'une façon plus intéressante qu'on ne nous la faisait étudier […]
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 346

Pendant ces heures, quelquefois je voyais flotter sur elle, dans ses regards, dans sa moue, dans son sourire, le reflet de ces spectacles intérieurs dont la contemplation la faisait ces soirs-là dissemblable, éloignée de moi à qui ils étaient refusés. « À quoi pensez-vous, ma chérie ? — Mais à rien. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 350

Pendant ces heures, quelquefois je voyais flotter sur elle, dans ses regards, dans sa moue, dans son sourire, le reflet de ces spectacles intérieurs dont la contemplation la faisait ces soirs-là dissemblable, éloignée de moi à qui ils étaient refusés. « À quoi pensez-vous, ma chérie ? — Mais à rien. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 350

Et s'il a fallu que je perdisse pour elle [=Albertine] des années, ma fortune, et pourvu que je puisse me dire, ce qui n'est pas sûr, hélas, qu'elle n'y a, elle, pas perdu, je n'ai rien à regretter.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 352

Son [=Albertine] sommeil était si profond que j'hésitais à aller jusqu'au lit ; je m'asseyais au bord ; le sommeil continuait de couler avec le même murmure. Ce qui est impossible à dire, c'est à quel point ses réveils étaient gais. Je l'embrassais, je la secouais.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 352

[…] Mme Bontemps étant venue pour apporter quelque chose à Albertine, je la vis un instant et lui dit qu'Albertine était sortie avec Andrée : « Elles sont allés se promener dans la campagne. — Oui, me répondit Mme Bontemps, Albertine n'est pas difficile en fait de campagne. Ainsi, il y a trois ans, tous les jours il fallait aller aux Buttes-Chaumont. » À ce nom de Buttes-Chaumont, où Albertine m'avait dit n'être jamais allée, ma respiration s'arrêta un instant.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 353

Dans la journée, Françoise avait laissé échapper devant moi qu'Albertine n'était contente de rien […] Ce soir-là, où je la [=Albertine] sentais de mauvaise humeur et où la première grande chaleur m'avait énervé, je ne pus retenir ma colère et lui reprochai son ingratitude : « Oui, vous pouvez demander à tout le monde, criai-je de toutes mes forces, hors de moi, vous pouvez demander à Françoise, ce n'est qu'un cri. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 359

« Ainsi tenez, vous saviez que Mlle Vinteuil devait venir chez Mme Verdurin l'après-midi où vous êtes allée au Trocadéro. » Elle rougit. « Oui, je le savais. — Pouvez-vous me jurer que ce n'était pas pour ravoir des relations avec elle ? — Mais bien sûr que je peux le jurer. Pourquoi "ravoir" ? je n'en ai jamais eu, je vous le jure. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 360

Il y a des gens méchants qui cherchent à nous brouiller, je n'ai jamais voulu vous en parler pour ne pas vous tourmenter, et je finis par être affolé quelquefois de certaines dénonciations.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 360

« Tenez, lui dis-je, maintenant on me tourmente, on me persécute à me reparler de vos relations, mais avec Andrée. — Avec Andrée ?? » s'écria [Albertine]. La mauvaise humeur enflammait son visage. Et l'étonnement ou le désir de paraître étonnée écarquillait ses yeux. « C'est chcharmant !! Et peut-on savoir qui vous a dit ces belles choses ? est-ce que je pourrais leur parler, à ces personnes ? savoir sur quoi elles appuient leurs infamies ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 361

« Tenez, lui dis-je, maintenant on me tourmente, on me persécute à me reparler de vos relations, mais avec Andrée. — Avec Andrée ?? » s'écria [Albertine]. La mauvaise humeur enflammait son visage. Et l'étonnement ou le désir de paraître étonnée écarquillait ses yeux. « C'est chcharmant !! Et peut-on savoir qui vous a dit ces belles choses ? est-ce que je pourrais leur parler, à ces personnes ? savoir sur quoi elles appuient leurs infamies ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 361

— Je sais très bien qu'Andrée m'a écrit qu'elle ne viendrait pas, elle m'a même télégraphié, […] mais ce n'était pas ce jour-là, d'ailleurs, quand même ç'aurait été ce jour-là, qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse qu'Andrée vînt à Balbec ou non ? » « Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse » était une preuve de colère, et que « cela me fasse » quelque chose ; mais pas forcément une preuve qu'Albertine était revenue uniquement par désir de voir Andrée.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 361

"D'ailleurs Andrée m'exaspère. Elle est assommante. Je ne veux plus sortir avec elle. Vous pouvez l'annoncer aux gens qui vous ont dit que j'étais revenue à Paris pour elle. Si je vous disais que depuis tant d'années que je connais Andrée, je ne saurais pas vous dire comment est sa figure tant je l'ai peu regardée!"
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 362

Je lui demandai de nouveau pardon. Elle me répondit qu'elle n'avait rien à me pardonner.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 362

« Albertine, lui dis-je, je n'ai aucun sommeil. Si vous-même vous n'avez pas envie de dormir, vous auriez pu rester encore un peu, si vous voulez, mais je n'y tiens pas, et surtout je ne veux pas vous fatiguer. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 363

« Albertine, lui dis-je, je n'ai aucun sommeil. Si vous-même vous n'avez pas envie de dormir, vous auriez pu rester encore un peu, si vous voulez, mais je n'y tiens pas, et surtout je ne veux pas vous fatiguer. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 363

« Albertine, lui dis-je, je n'ai aucun sommeil. Si vous-même vous n'avez pas envie de dormir, vous auriez pu rester encore un peu, si vous voulez, mais je n'y tiens pas, et surtout je ne veux pas vous fatiguer. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 363

[…] dans le silence de la nuit, je fus frappé par un bruit en apparence insignifiant mais qui me remplit de terreur, le bruit de la fenêtre d'Albertine qui s'ouvrait violemment. […] c'était une convention de notre vie commune, comme je craignais les courants d'air, qu'on n'ouvrît jamais de fenêtre la nuit. Puis ce bruit avait été violent, presque mal élevé, ciomme si elle avait ouvert [la fenêtre] rouge de colère et disant : « Cette vie m'étouffe, tant pis, il me faut de l'air ! »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 365

« Ah ? mais où est-elle en ce moment ? — Elle doit être dans sa chambre. — Ah ! bien, hé bien je la verrai tout à l'heure. » Je respirai, elle était là, mon agitation retomba, Albertine était ici, il m'était presque indifférent qu'elle y fût. D'ailleurs n'avais-je pas été absurde de supposer qu'elle aurait pu ne pas y être ?
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 366

D'autres fois le mensonge était comme un vilain aveu: "Ah! si j'avais trois cents mille francs de rente..." Elle se mordait les lèvres. "Hé bien que ferais-tu?" "Je te demanderais, disait-elle en m'embrassant, la permission de rester chez toi. Où pourrais-je être plus heureuse ?"
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 372

Sans doute le mensonge compliquait encore, car ne se rappelant plus au juste nos conversations, quand elle m'avait dit : « Ah ! voilà une jolie fille et qui jouait bien au golf », elle m'avait répondu de cet air détaché, universel, supérieur, qui a sans doute toujours des parties libres, car chaque menteur de cette catégorie l'emprunte chaque fois pour un instant dès qu'il ne veut pas répondre à une question, et il ne lui fait jamais défaut : « Ah ! je ne sais pas (avec regret de ne pouvoir me renseigner), je n'ai jamais su son nom, je la voyais au golf, mais je ne savais pas comment elle s'appelait »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 372

— Vous n'êtes pas assez habillée, il faudrait rentrer vous habiller, il serait bien tard. — Oui, vous avez raison, rentrons tout simplement », répondit Albertine, avec cet admirable docilité qui me stupéfiait toujours.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 373

— Vous n'êtes pas assez habillée, il faudrait rentrer vous habiller, il serait bien tard. — Oui, vous avez raison, rentrons tout simplement », répondit Albertine, avec cet admirable docilité qui me stupéfiait toujours.
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 373

« […] Ce matin à huit heures Mlle Albertine m'a demandé ses malles, j'osais pas y refuser, j'avais peur que Monsieur me dispute si je venais l'éveiller. […] Elle m'a laissé cette lettre pour Monsieur, et à neuf heures elle est partie. […] — Ah ! très bien, Françoise, merci, vous avez bien fait naturellement de ne pas m'éveiller, laissez-moi un instant, je vais vous sonner tout à l'heure. »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 377

« D'ailleurs, Andrée m'exaspère. Elle est assommante. Elle revient demain. Je ne veux plus sortir avec elle. Vous pouvez l'annoncer aux gens qui vous ont dit que j'étais revenue à Paris pour elle […] — Mais, ma chérie, comment voulez-vous que je le leur annonce puisque je ne les connais pas ? »
M. Proust, ALRDTP 5, Prisonnière, p. 382


Index des énoncés usuels dans Proust ALRDTP
copyright © Michel Martins-Baltar 2006, mmartinsb@wanadoo.fr


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