Index des énoncés usuels dans Proust (ALRDTP)
citations
Du côté de chez Swann
A l'ombre des jeunes filles en fleurs
Le côté de Guermantes
Sodome et Gomorrhe
La prisonnière
Albertine disparue
Le temps retrouvé
Le temps retrouvé
Elle blâmait sans hésiter Théodore qui avait joué bien des tours à
Legrandin, et semblait pourtant ne pouvoir guère avoir de doutes sur la nature de leurs
relations car elle ajoutait: "Alors le petit a compris qu'il fallait y mettre du sien et
y a dit: prenez-moi avec vous, je vous aimerai bien, je vous cajolerai bien, et ma foi ce monsieur a
tant de cœur que bien sûr que Théodore est sûr de trouver près de lui
peut-être bien plus qu'il ne mérite, car c'est une tête brûlée, mais
ce Monsieur est si bon que j'ai souvent dit à Jeannette (la fiancée de
Théodore): "Petite, si jamais vous êtes dans la peine, allez vers ce Monsieur. Il
coucherait plutôt par terre et vous donnerait son lit.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 010
Gilberte heureuse, il n'y a rien que je ne donnerais pour cela ! Elle a tant fait pour moi. Tu ne peux pas savoir.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 012
Gilberte heureuse, il n'y a rien que je ne donnerais pour cela ! Elle a tant fait pour moi. Tu ne peux pas savoir.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 012
« Je te quitte un instant », me dit-il dans cette soirée où Mme de Marsantes était un peu plus loin. « Je vais faire un doigt de cour à ma mère. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 013
[
] si spéciales que soient ces guerres balkaniques, Lullé-Burgas c'est encore
Ulm, l'enveloppement par l'aile. Voilà les sujets dont tu peux me parler. Mais pour le genre
de choses auxquelles tu fais allusion, je m'y connais autant qu'en sanskrit.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 015
[
] vous devriez vous marier. Votre femme vous guérirait et vous feriez son
bonheur. Non, parce que j'ai trop mauvais caractère. Quelle idée !
Je vous assure ! J'ai du reste été fiancé mais je n'ai pas pu me
décider à l'épouser (et elle y a renoncé elle-même), à
cause de mon caractère indécis et tracassier.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 016
D'ailleurs une femme peut être surveillée ainsi par une autre femme, jamais par
un homme. Vous vous trompez, j'ai connu une femme qu'un homme qui l'aimait
était arrivé à sequestrer, elle ne pouvait jamais voir personne, et sortir
seulement avec des serviteurs dévoués.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 016
Mais vous disiez autrefois qu'elle avait mauvais genre. J'ai dit cela, moi ? vous devez vous tromper. En tout cas si je l'ai dit, mais vous faites erreur, je parlais au contraire d'amourettes avec des jeunes gens.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 016
Mais vous disiez autrefois qu'elle avait mauvais genre. J'ai dit cela, moi ? vous devez vous tromper. En tout cas si je l'ai dit, mais vous faites erreur, je parlais au contraire d'amourettes avec des jeunes gens.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 016
[
] vous devriez vous marier. Votre femme vous guérirait et vous feriez son
bonheur. Non, parce que j'ai trop mauvais caractère. Quelle idée
! Je vous assure ! J'ai du reste été fiancé mais je n'ai pas pu me
décider à l'épouser (et elle y a renoncé elle-même, à cause
de mon caractère indécis et tracassier.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 018
[
] c'est un amusement pour l'imagination de l'œil et aussi, je ne crains pas de le
dire, pour l'imagination de ce qu'on appelait autrefois la gueule, de voir apporter une barbue
qui n'a rien des barbues pas fraîches qu'on sert sur les tables les plus luxueuses
[
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 020
« Vous ne pouvez pas comprendre cela, vous autres Occidentaux », jette en manière de conclusion la princesse [
] « cette pénétration par un écrivain de l'intimité de la femme. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 020
Et ce qui est peut-être aussi rare, c'est la qualité vraiment tout à fait
remarquable des choses qui sont servies là-dedans, un manger finement mijoté, tout un
fricoté comme les Parisiens, il faut le dire bien haut, n'en ont jamais dans les plus
grands dîners, et qui me rappelle certains cordons bleus de Jean d'Heurs.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 020
Comme je dis à Verdurin le délicat plaisir que ce doit être pour lui que cette
raffinée mangeaile dans cette collection comme aucun prince n'en possède à
l'heure actuelle derrière ses vitrines : "On voit bien que vous ne le connaissez
pas", me jette mélancolieusement la maîtresse de maison. Et elle me parle de
son mari comme d'un original maniaque, indifférent à toutes ces jolités
[
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 021
Il [=Elstir] n'a jamais su faire un bouquet. Il n'avait pas de goût naturel pour choisir, il
fallait que je lui dise : "Non, ne peignez pas cela, cela n'en vaut pas la peine, peignez
ceci." Ah ! s'il nous avait écoutés aussi pour l'arrangement de sa vie
comme pour l'arrangement de ses fleurs , et s'il n'avait pas fait ce sale mariage !
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 023
Il [=Elstir] n'a jamais su faire un bouquet. Il n'avait pas de goût naturel pour choisir, il
fallait que je lui dise : "Non, ne peignez pas cela, cela n'en vaut pas la peine,
peignez ceci." Ah ! s'il nous avait écoutés aussi pour l'arrangement de sa vie
comme pour l'arrangement de ses fleurs , et s'il n'avait pas fait ce sale mariage !
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 023
Les objets, il [=Elstir] les a toujours connus, cela il faut être juste, il faut le
reconnaître. Mais les fleurs, il n'en avait jamais vu, il ne savait pas distinguer un
althæa d'une passe-rose. C'est moi qui lui ai appris à reconnaître, vous
n'allez pas me croire, à reconnaître le jasmin.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 023
Les objets, il [=Elstir] les a toujours connus, cela il faut être juste, il faut le reconnaître. Mais les fleurs, il n'en avait jamais vu, il ne savait pas distinguer un althaea d'une passe-rose.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 023
Les objets, il [=Elstir] les a toujours connus, cela il faut être juste, il faut le reconnaître. Mais les fleurs, il n'en avait jamais vu, il ne savait pas distinguer un althaea d'une passe-rose.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 023
Mais c'est tout à fait un grand écrivain, Stevenson, je vous assure, monsieur de Goncourt, un très grand, l'égal des plus grands.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 025
[
] je me disais avec angoisse, le contemplant d'avance, le désirant : « Sera-t-il vraiment impossible de le voir ? Que ne donnerais-je pas pour cela ? »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 028
Si j'avais compris jadis que ce n'est pas le plus spirituel, le plus instruit, le mieux
relationné des hommes, mais celui qui sait devenir miroir et peut refléter ainsi sa
vie, fût-elle médiocre, qui devient un Bergotte [
], on pouvait à plus
forte raison en dire autant des modèles de l'artiste.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 030
[
] il y avait certainement eu dreyfusisme et dreyfusisme, et celui qui allait chez la duchesse
de Montmorency et faisait passer la loi de trois ans ne pouvait être le mauvais. En tout cas,
à tout péché miséricorde. Cet oubli qui était
octroyé au dreyfusisme l'était a fortiori aux dreyfusards.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 035
À peine se rappelait-on qu'il l'avait été [=que le dreyfusisme avait
été shocking], comme on ne sait plus au bout de quelque temps si le père
d'une jeune fille était un voleur ou non. Au besoin, on peut dire : « Non, c'est
du beau-frère, ou d'un homnyme que vous parlez. Mais contre celui-là il n'y a jamais
rien eu à dire. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 035
Quant à se demander ce qu'il [=le dreyfusisme] valait en soi, personne n'y songeait, pas plus pour l'admettre maintenant qu'autrefois pour le condamner. Il n'était plus shocking. C'était tout ce qu'il fallait.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 035
Il a sa maison décorée par Bakst. Comment peut-on dormir là-dedans ! j'aimerais mieux Dubufe.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 039
Je ne sais pas pourquoi on ne la [=Odette] voit plus ici. Elle est peut-être
brouillée, moi pas ; en somme, qu'est-ce que je lui ai fait ? C'est chez moi qu'elle a connu
ses deux maris. Si elle veut revenir, qu'elle sache que les portes lui sont ouvertes.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 040
Je ne sais pas pourquoi on ne la [=Odette] voit plus ici. Elle est peut-être brouillée,
moi pas ; en somme, qu'est-ce que je lui ai fait ? C'est chez moi qu'elle a connu ses deux
maris. Si elle veut revenir, qu'elle sache que les portes lui sont ouvertes.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 040
Je ne sais pas pourquoi on ne la [=Odette] voit plus ici. Elle est peut-être brouillée,
moi pas ; en somme, qu'est-ce que je lui ai fait ? C'est chez moi qu'elle a connu ses deux maris. Si
elle veut revenir, qu'elle sache que les portes lui sont ouvertes.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 040
Ce serait si naturel qu'elle le quitte que c'est une raison pour que ce soit vrai mais aussi pour que cela ne le soit pas parce que c'en est une pour qu'on en ait l'idée et qu'on le dise.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 045
Ce serait si naturel qu'elle le quitte que c'est une raison pour que ce soit vrai mais aussi pour que cela ne le soit pas parce que c'en est une pour qu'on en ait l'idée et qu'on le dise.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 045
C'est ça, tu as la frousse, déjà ici tu te mets à plat ventre devant
lui! Ah! ça nous fera de beaux soldats à la frontière, ils lècheront les
bottes des Boches. Vous êtes des galonnés qui savez parader dans un carrousel. Un
point, c'est tout".
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 048
Saint-Loup n'eût jamais pu, même torturé par les Allemands, dire autrement que
« l'empereur Guillaume ». Et ce savoir-vivre est malgré tout l'indice de grandes
entraves pour l'esprit. [
] Cette élégante médiocrité est
d'ailleurs délicieuse [
] à côté de la vulgarité de Bloch,
à la fois pleutre et fanfaron, qui criait à Saint-Loup : « Tu ne pourrais pas
dire Guillaume tout court ? C'est ça, tu as la frousse, déjà ici tu
te mets à plat ventre devant lui. [
] »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 048
Saint-Loup n'eût jamais pu, même torturé par les Allemands, dire autrement que
« l'empereur Guillaume ». Et ce savoir-vivre est malgré tout l'indice de grandes
entraves pour l'esprit. [
] Cette élégante médiocrité est
d'ailleurs délicieuse [
] à côté de la vulgarité de Bloch,
à la fois pleutre et fanfaron, qui criait à Saint-Loup : « Tu ne pourrais pas
dire Guillaume tout court ? C'est ça, tu as la frousse, déjà ici tu te
mets à plat ventre devant lui. [
] »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 048
"A propos de Balbec, te rappelles-tu l'ancien liftier de l'hôtel?" me dit en
me quittant Saint-Loup sur le ton de quelqu'un qui n'avait pas trop l'air de savoir qui
c'était et qui comptait sur moi pour l'éclairer. "Il s'engage et m'a écrit
pour le faire rentrer dans l'aviation".
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 053
[Charlus] avait passé à côté de ce fait, le levage opéré
par la femme. « Elle est venue assez souvent me trouver, me dit le liftier. Mais elle a
tout de suite vu à qui elle avait à faire, j'ai catégoriquement
refusé, je ne marche pas dans ce fourbi-là ; je lui ai dit que cela me
déplaisait formellement. [
] »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 054
[Charlus] avait passé à côté de ce fait, le levage opéré
par la femme. « Elle est venue assez souvent me trouver, me dit le liftier. Mais elle a tout
de suite vu à qui elle avait à faire, j'ai catégoriquement refusé, je ne
marche pas dans ce fourbi-là ; je lui ai dit que cela me déplaisait
formellement. [
] »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 054
[Guerre de 14.] "On disait pourtant qu'on ne les prenait qu'après vingt ans, c'est
encore des enfants." "Naturellement les journaux ont ordre de ne pas dire cela. Du
reste, c'est toute la jeunesse qui sera en avant, il n'en reviendra pas lourd. D'un
côté, ça fera du bon, une bonne saignée, là, c'est utile de temps
en temps, ça fera marcher le commerce. Ah! dame, s'il y a des gosses trop tendres qui ont une
hésitation, on les fusille immédiatement, douze balles dans la peau, vlan. D'un
côté, il faut ça. Et puis les officiers qu'est-ce que ça peut leur
faire, ils touchent leurs pesetas, c'est tout ce qu'ils demandent.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 055
[mobilisation] [
] il paraît qu'il y en a beaucoup qui ne veulent pas marcher, des
gars de seize ans qui pleurent. [
] De seize ans, Vierge Marie ! », disait
Françoise, et, un instant méfiante : « On disait pourtant qu'on ne les prenait
qu'après vingt ans, c'est encore des enfants. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 055
D'un côté ça fera du bon, une bonne saignée, là, c'est utile de
temps en temps, ça fera marcher le commerce. Ah ! dame, s'il y a des gosses trop tendres
qui ont une hésitation, on les fusille immédiatement, douze balles dans la peau, vlan
! D'un côté il faut ça. Et puis, les officiers, qu'est-ce que ça peut
leur faire ? Ils touchent leurs pesetas, c'est tout ce qu'ils demandent.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 055
D'un côté ça fera du bon, une bonne saignée, là, c'est utile de
temps en temps, ça fera marcher le commerce. Ah ! dame, s'il y a des gosses trop tendres qui
ont une hésitation, on les fusille immédiatement, douze balles dans la peau, vlan !
D'un côté il faut ça. Et puis, les officiers, qu'est-ce que ça
peut leur faire ? Ils touchent leurs pesetas, c'est tout ce qu'ils demandent.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 055
D'un côté ça fera du bon, une bonne saignée, là, c'est utile de
temps en temps, ça fera marcher le commerce. Ah ! dame, s'il y a des gosses trop tendres qui
ont une hésitation, on les fusille immédiatement, douze balles dans la peau, vlan !
D'un côté il faut ça. Et puis, les officiers, qu'est-ce que ça peut leur
faire ? Ils touchent leurs pesetas, c'est tout ce qu'ils demandent.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 055
Mais Françoise, qui avait fait depuis longtemps tous ses efforts pour que son neveu fût
réformé et qui, quand on lui avait proposé une recommandation, par la voie des
Guermantes, pour le général de Saint-Joseph, avait répondu d'un ton
désespéré : « Oh ! non, ça ne servirait à rien, il
n'y a rien à faire avec ce vieux bonhomme-là, il est patriotique [
] »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 055
Mais Françoise, qui avait fait depuis longtemps tous ses efforts pour que son neveu fût
réformé et qui, quand on lui avait proposé une recommandation, par la voie des
Guermantes, pour le général de Saint-Joseph, avait répondu d'un ton
désespéré : « Oh ! non, ça ne servirait à rien, il n'y a
rien à faire avec ce vieux bonhomme-là, il est patriotique [
] »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 055
Sa fille s'étant plainte d'elle à moi et m'ayant dit [
] : « Elle a
toujours quelque chose à dire, que je ferme mal les portes, et patatipatali et
patatatipatala », Françoise crut sans doute que son incomplète éducation
seule l'avait jusqu'ici privée de ce bel usage.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 056
« Ça doit chauffer, notre vieux Joffre est e train de leur tirer des plans sur la
comète. » Françoise ne comprenait pas trop de quelle comète il
s'agissait, mais n'en sentait que davantage que cette phrase faisait partie des aimables et
originales extravagances auxquelles une personne bien élevée doit répondre avec
bonne humeur, par urbanité, et haussant gaiement les épaules d'un air de dire :
« Il est bien toujours le même », elle tempérait ses larmes d'un
sourire.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 057
Le pauvre petit Vaugoubert, le fils de l'ambassadeur, a été sept fois blessé
avant d'être tué et chaque fois qu'il revenait d'une expédition sans avoir
écopé, il avait l'air de s'excuser et de dire que ce n'était pas sa
faute.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 060
Comment, me disait-on, vous êtes en sûreté à Paris et vous partez pour ces régions envahies [par les Allemands], juste au moment où tout le monde cherche à s'en échapper.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 062
Je ne méconnaissais pas tout ce que ce raisonnement avait de juste. Mais que
voulez-vous, je n'ai qu'une seule qualité, je ne suis pas lâche, ou, si vous aimez
mieux, je suis fidèle, et quand j'ai vu mon cher Tansonville menacé, je n'ai pas voulu
que notre vieux régisseur restât seul à la défendre. Il ma semblé
que ma place était à ses côtés.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 062
Je ne méconnaissais pas tout ce que ce raisonnement avait de juste. Mais que voulez-vous, je
n'ai qu'une seule qualité, je ne suis pas lâche, ou, si vous aimez mieux, je
suis fidèle, et quand j'ai vu mon cher Tansonville menacé, je n'ai pas voulu que notre
vieux régisseur restât seul à la défendre. Il ma semblé que ma
place était à ses côtés.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 062
Vous n'avez pas idée de ce que c'est que cette guerre, mon cher ami, et de l'importance qu'y prend une route, un pont, une hauteur.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 062
[
] comme ces morts que nous évoquons, qui nous apparaissent une seconde, que nous n'osons pas interroger et qui du reste pourraient tout au plus nous répondre : « Vous ne pourriez pas vous figurer. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 064
[
] Pourquoi ne pas faire des concessions plus larges à l'Italie par la
peur de déchristianiser la France ? Si ton oncle Charlus t'entendait ! lui
dis-je. Au fond tu ne seras pas fâché qu'on offense encore un peu plus le pape, et lui
pense avec désespoir au mal qu'on peut faire au trône de François-Joseph.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 066
[
] Pourquoi ne pas faire des concessions plus larges à l'Italie par la peur de
déchristianiser la France ? Si ton oncle Charlus t'entendait ! lui
dis-je. Au fond tu ne seras pas fâché qu'on offense encore un peu plus le pape, et lui
pense avec désespoir au mal qu'on peut faire au trône de François-Joseph.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 066
"Vous savez que c'est une affreuse espionne, s'écriait Mme Verdurin qui n'avait pas
oublié l'attitude que la souveraine déchue avait eue un soir chez elle. Je le sais et
d'une façon précise, elle ne vivait que de ça. Si nous avions un gouvernement
plus énergique, tout ça devrait être dans un camp de concentration. Et allez
donc ! En tous cas, vous ferez bien de ne pas recevoir ce joli monde, [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 071
Mais non, il est Prussien, disait la Patronne. Mais je vous le dis, je le sais, il nous l'a assez répété qu'il était membre héréditaire de la Chambre des seigneurs de Prusse et Durchlaucht.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 071
Mais non, il est Prussien, disait la Patronne. Mais je vous le dis, je le sais, il nous l'a assez répété qu'il était membre héréditaire de la Chambre des seigneurs de Prusse et Durchlaucht.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 071
Rien de m'enlèvera de l'idée que pendant deux ans Charlus n'a pas cessé d'espionner chez moi.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 071
"Mais si, vous servez dans ce bureau et plus qu'au front. Ce qu'il faut, c'est être
utile, faire vraiment partie de la guerre, en être. Il y a ceux qui en sont et les
embusqués. Eh bien, vous, vous en êtes, et soyez tranquille tout le monde le sait,
personne ne vous jette la pierre. "
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 074
[
] elle était indignée qe M. de Cambremer, à son âge, fût
dans un état-major, elle qui de tout homme qui n'allait pas chez elle disait : «
Où est-ce qu'il a encore trouvé le moyen de se cacher celui-là ?
» et si on affirmait que celui-là était en première ligne depuis le
premier jour, répondait sans scrupule de mentir ou peut-être par habitude de se tromper
: «Mais pas du tout, il n'a pas bougé de Paris, il fait quelque chose d'à peu
près aussi dangereux que de promener un ministre, c'est moi qui vous le dis, je vous en
réponds, je le sais par quelqu'un qui l'a vu »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 074
[
] elle était indignée qe M. de Cambremer, à son âge, fût
dans un état-major, elle qui de tout homme qui n'allait pas chez elle disait : «
Où est-ce qu'il a encore trouvé le moyen de se cacher celui-là ? » et si
on affirmait que celui-là était en première ligne depuis le premier jour,
répondait sans scrupule de mentir ou peut-être par habitude de se tromper :
« Mais pas du tout, il n'a pas bougé de Paris, il fait quelque chose d'à peu
près aussi dangereux que de promener un ministre, c'est moi qui vous le dis, je vous en
réponds, je le sais par quelqu'un qui l'a vu »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 074
[
] elle était indignée qe M. de Cambremer, à son âge, fût
dans un état-major, elle qui de tout homme qui n'allait pas chez elle disait : «
Où est-ce qu'il a encore trouvé le moyen de se cacher celui-là ? » et si
on affirmait que celui-là était en première ligne depuis le premier jour,
répondait sans scrupule de mentir ou peut-être par habitude de se tromper : «
Mais pas du tout, il n'a pas bougé de Paris, il fait quelque chose d'à peu près
aussi dangereux que de promener un ministre, c'est moi qui vous le dis, je vous en
réponds, je le sais par quelqu'un qui l'a vu »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 074
[
] elle était indignée que M. de Cambremer, à son âge, fût
dans un état-major, elle qui de tout homme qui n'allait pas chez elle disait : «
Où est-ce qu'il a encore trouvé le moyen de se cacher celui-là ? » et si
on affirmait que celui-là était en première ligne depuis le premier jour,
répondait sans scrupule de mentir ou peut-être par habitude de se tromper : «
Mais pas du tout, il n'a pas bougé de Paris, il fait quelque chose d'à peu près
aussi dangereux que de promener un ministre, c'est moi qui vous le dis, je vous en
réponds, je le sais par quelqu'un qui l'a vu »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 074
M. de Charlus, se trouvant dans une ville d'où les hommes déjà faits, qui
avaient été jusqu'ici son goût, avaient disparu, faisait comme certains
Français, amateurs de femmes en France et vivant aux colonies : il avait par
nécessité d'abord pris l'habitude, et ensuite le goût des petits
garçons.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 074
Qu'il s'agisse du plus grand Allemand,de Nietzsche, de Gœthe, vous entendrez toujours Cottard dire :
« avec l'habituel manque de psychologie qui caractérise la race teutone ». Il y a
évidemment dans la guerre des choses qui me font plus de peine, mais avouez que c'est
énervant.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 083
Voyons, me dit M. de Charlus, vous connaissez Cottard et Cambremer. Chaque fois que je les vois, ils me parlent de l'extraordinaire manque de psychologie de l'Allemagne.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 083
Mon cher Monsieur, vous savez aussi bien que moi ce que vaut Brichot, que j'aime beaucoup,
même depuis le schisme qui m'a séparé de sa petite église, à cause
de quoi je le vois beaucoup moins. [
] j'avoue que c'est fort touchant qu'à son
âge, et diminué comme il est [
] il se soit remis, comme il dit, à
"servir". Mais enfin la bonne intention est une chose, le talent en est une autre et
Brichot n'a jamais eu de talent.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 084
On me dit qu'il désire me revoir. Il n'a qu'à faire les premiers pas, je suis le plus vieux, ce n'est pas à moi de commencer.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 084
Chez certains [invertis] le changement avait été opéré par [
] la
crainte de maladies inexistantes auxquelles les avaient, en toute sincérité,
fait croire des parents qui étaient souvent concierges ou valets de chambre [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 085
"Ainsi, me dit-il, par exemple, tout le monde est si ignorant que personne n'a fait remarquer
cette chose si marquante: le grand maître de l'ordre de Malte, qui est un pur boche, n'en
continue pas moins de vivre à Rome où il jouit en tant que grand maître de notre
ordre, du privilège de l'exterritorialité. C'est intéressant,"
ajouta-t-il d'un air de me dire: "Vous voyez que vous n'avez pas perdu votre soirée en
me rencontrant".
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 086
Autrefois je me rappelle que vous vous amusiez à noter ces modes de langage qui
apparaissaient, se maintenaient, puis disparaissaient : "celui qui sème le vent
récolte la tempête" ; "les chiens aboient, la caravane passe"
[
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 086
D'abord avez-vous remarqué ce pullulement d'expressions nouvelles qui, quand elles ont fini
par s'user à force d'être employées tous les jours [
] sont
immédiatement remplacées par d'autres lieux communs ? Autrefois je me rappelle que
vous vous amusiez à noter ces modes de langage qui apparaissaient, se maintenaient, puis
disparaissaient : "celui qui sème le vent récolte la tempête" ;
"les chiens aboient, la caravane passe" ; [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 086
[
] j'ai ici beaucoup de jeunes parents qui se battent dans nos lignes et qui trouveraient, je le sais, fort mauvais que j'entretienne une correspondance suivie avec le chef d'une nation en guerre avec nous.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 090
Au temps de l'Affaire qui vous passionnait si bizarrement, à une époque dont il est convenu de dire que nous sommes séparés par des siècles, [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 090
[
] « Qu'est-ce que j'étais donc en train de vous dire ? Ah ! oui, que les gens haïssaient maintenant François-Joseph, d'après leur journal. [
]»
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 091
[Venizélos] voulait, nous dit-on, que la Grèce tînt ses engagements envers la
Serbie. Encore faudrait-il savoir quels étaient ses engagements et s'ils
étaient plus étendus que ceux que l'Italie et la Roumanie ont cru pouvoir violer.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 091
J'ai toujours pensé que l'empereur Nicolas avait eu un énorme sentiment pour lui [=Constantin de Grèce]. En tout bien tout honneur, bien entendu.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 091
[
] les moments de silence et d'hésitation [
] qui sont nécessaires, non pas
même seulement à l'énonciation, mais à la formation d'une opinion
personnelle, avant de dire, sur le ton d'un sentiment intime : [
] « ce qui me fait peur,
si vous voulez que je vous le dise, c'est la Chambre » [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 093
Inutile de dire qu'elle ne se faisait pas faute de citer à tout propos l'expression de fair play pour montrer les Anglais trouvant les Allemands des joueurs incorrects [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 093
Son langage à elle était pourtant plus encore qu'autrefois la trace de son admiration
pour les Anglais qu'elle n'était plus obligée de se contenter d'appeler comme
autrefois nos voisins d'outre-Manche, ou tout au plus nos amis les Anglais, mais nos loyaux
alliés ! Inutile de dire qu'elle ne se faisait pas faute de citer à tous propos
l'expression de fair play pour montrer les Anglais trouvant les Allemands des joueurs
incorrects [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 093
[
] c'étaient de trivialités telles que : « Vingt mille prisonniers, c'est un chiffre ; notre commandement saura ouvrir l'œil et le bon ; nous voulons vaincre, un point c'est tout. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 094
[
] c'étaient de trivialités telles que : « Vingt mille prisonniers, c'est un chiffre ; notre commandement saura ouvrir l'œil et le bon ; nous voulons vaincre, un point c'est tout. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 094
Elle donnait raison à Mme Verdurin, et pour terminer pourtant par quelque chose qui lui
paraissait incontestable, disait: "Ce qu'on ne peut pas lui retirer, c'est que c'est
bien écrit". "Vous trouvez çà bien écrit vous, disait Mme
Verdurin, moi je trouve çà écrit comme par un cochon" [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 095
Anatole France, qui fut si je ne me trompe mon adversaire
avant le déluge, a dit que le moi est toujours haïssable.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 096
[
] Pour en revenir à la guerre elle-même, ce premier qui l'a commencée est-il l'empereur Guillaume ? J'en doute fort.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 100
"Qui n'est pas pour nous est contre nous", je ne sais pas si cette phrase est de
l'empereur Guillaume ou de M. Poincaré car ils l'ont, à quelques variantes
près, prononcée vingt fois l'un et l'autre, bien qu'à vrai dire je doive
confesser que l'empereur ait été en ce cas l'imitateur du président de la
République.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 102
"Qui n'est pas pour nous est contre nous", je ne sais pas si cette phrase est de
l'empereur Guillaume ou de M. Poincaré car ils l'ont, à quelques variantes
près, prononcée vingt fois l'un et l'autre, bien qu'à vrai dire je doive
confesser que l'empereur ait été en ce cas l'imitateur du président de la
République.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 102
On me dit que Mme Verdurin donne des réunions tous les jours. Je ne le sais que par les
on-dit, moi je ne sais absolument rien d'eux, j'ai entièrement rompu » ajouta-t-il en
baissant non seulement les yeux comme si avait passé un télégraphiste, mais
aussi la tête, les épaules, et en levant le bras avec le geste qui signifie sinon
"je m'en lave les mains", du moins "je ne peux rien vous dire" (bien que
je ne lui demandasse rien).
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 106
On me dit que Mme Verdurin donne des réunions tous les jours. Je ne le sais que par les
on-dit, moi je ne sais absolument rien d'eux, j'ai entièrement rompu » ajouta-t-il en
baissant non seulement les yeux comme si avait passé un télégraphiste, mais
aussi la tête, les épaules, et en levant le bras avec le geste qui signifie sinon
"je m'en lave les mains", du moins "je ne peux rien vous dire" (bien que
je ne lui demandasse rien).
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 106
[Morel ne veut pas revoir Charlus] Mais quel tort peut-il vous faire ? Il cherchera,
d'ailleurs, d'autant moins à vous en faire qu'il n'y aura plus de rancune entre vous. Et
puis, au fond, vous savez qu'il est très bon. Parbleu ! si je le sais, qu'il est bon !
Et la délicatesse et la droiture. Mais laissez-moi, ne m'en parlez plus, je vous en supplie,
c'est honteux à dire, j'ai peur !
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 107
[Morel ne veut pas revoir Charlus] Mais quel tort peut-il vous faire ? Il cherchera,
d'ailleurs, d'autant moins à vous en faire qu'il n'y aura plus de rancune entre vous. Et
puis, au fond, vous savez qu'il est très bon. Parbleu ! si je le sais, qu'il est bon !
Et la délicatesse et la droiture. Mais laissez-moi, ne m'en parlez plus, je vous en
supplie, c'est honteux à dire, j'ai peur !
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 107
[Morel ne veut pas revoir Charlus] Mais quel tort peut-il vous faire ? Il cherchera,
d'ailleurs, d'autant moins à vous en faire qu'il n'y aura plus de rancune entre vous. Et
puis, au fond, vous savez qu'il est très bon. Parbleu ! si je le sais, qu'il est bon !
Et la délicatesse et la droiture. Mais laissez-moi, ne m'en parlez plus, je vous en
supplie, c'est honteux à dire, j'ai peur !
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 107
Et puis, au fond, vous savez qu'il est très bon. Parbleu ! si je le sais, qu'il est bon ! Et la délicatesse et la droiture.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 107
Il a été bon pour vous, dis-je à Morel, il est déjà vieux, il peut mourir, il faut liquider les vieilles querelles et effacer les traces de la brouille.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 107
Mais Joffre c'est un homme qui couche avec les femmes des ministres, c'est pas un homme qui a
fait quelque chose. C'est malheureux d'entendre des choses pareilles », dit un
aviateur un peu plus âgé, et, se tournant vers l'ouvrier qui venait de faire entendre
cette proposition : « Je vous conseillerais pas de causer comme ça en première
ligne, les poilus vous auraient vite expédié. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 114
Mais Joffre c'est un homme qui couche avec les femmes des ministres, c'est pas un homme qui a
fait quelque chose. C'est malheureux d'entendre des choses pareilles », dit un aviateur
un peu plus âgé, et, se tournant vers l'ouvrier qui venait de faire entendre cette
proposition : « Je vous conseillerais pas de causer comme ça en première
ligne, les poilus vous auraient vite expédié. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 114
Alors, tu connais le grand Julot ? Si je le connais ! » reprit avec chaleur le jeune homme de vingt-deux ans. C'est un de mes meilleurs amis intimes.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 115
Alors, tu connais le grand Julot ? Si je le connais ! reprit avec chaleur le jeune
homme de vingt-deux ans. C'est un de mes meilleurs amis intimes. Il n'y en a pas beaucoup que
j'estime comme lui, et bon camarade, toujours prêt à rendre servce, ah ! tu parles
que ce serait un rude malheur s'il lui était arrivé quelque chose.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 115
Il n'en viendra plus de zeppelins. Les journaux ont même fait allusion sur ce qu'ils
avaient tous été descendus. Il n'en viendra plus, il n'en viendra plus,
qu'est-ce que tu en sais ? Quand tu auras comme moi quinze mois de front et que tu auras
abattu ton cinquième avion boche, tu pourras en causer.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 115
Il n'en viendra plus de zeppelins. Les journaux ont même fait allusion sur ce qu'ils
avaient tous été descendus. Il n'en viendra plus, il n'en viendra plus,
qu'est-ce que tu en sais ? Quand tu auras comme moi quinze mois de front et que tu auras
abattu ton cinquième avion boche, tu pourras en causer.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 115
Qui c'est, sa marraine [de guerre] ? C'est la dame qui tient le chalet de
nécessité un peu plus bas que l'Olympia. Ils couchent ensemble ?
Qu'est-ce que tu dis là ? C'est une femme mariée, tout ce qu'il y a de
sérieuse. Elle lui envoie de l'argent toutes les semaines parce qu'elle a bon cœur.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 115
Qui c'est, sa marraine [de guerre] ? C'est la dame qui tient le chalet de
nécessité un peu plus bas que l'Olympia. Ils couchent ensemble ?
Qu'est-ce que tu dis là ? C'est une femme mariée, tout ce qu'il y a de
sérieuse. Elle lui envoie de l'argent toutes les semaines parce qu'elle a bon
cœur.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 115
[
] elle ne lui donnait pas plus de cinq francs, une femme qui était en maison, qui
gagnait plus de cinquante francs par jour. Se faire donner que cinq francs ! Il faut qu'un homme
soit trop bête. Et maintenant qu'elle est sur le front, elle a une vie dure, je veux bien,
mais elle gagne ce qu'elle veut ; eh bien elle ne lui envoie rien. Ah ! un maquereau, Julot ? Il y
en a beaucoup qui pourraient se dire maquereaux à ce compte-là. Non seulement
c'est pas un maquereau, mais à mon avis c'est même un imbécile.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 116
[
] elle ne lui donnait pas plus de cinq francs, une femme qui était en maison, qui
gagnait plus de cinquante francs par jour. Se faire donner que cinq francs ! Il faut qu'un homme
soit trop bête. Et maintenant qu'elle est sur le front, elle a une vie dure, je veux
bien, mais elle gagne ce qu'elle veut ; eh bien elle ne lui envoie rien. Ah ! un maquereau,
Julot ? Il y en a beaucoup qui pourraient se dire maquereaux à ce compte-là. Non
seulement c'est pas un maquereau, mais à mon avis c'est même un imbécile.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 116
Mais en voyant une chaîne de montre superbe qui s'étalait sur la veste du chauffeur, le
jeune homme de vingt-deux ans lui lança un coup d'œil interrogatf et rieur, suivi d'un
froncement de sourcil et d'un clignement d'œil sévère dirigé de mon
côté. Et je compris que le premier regard voulait dire : « Qu'est-ce que c'est
que ça, tu l'as volée ? Toutes mes félicitations. » Et le second :
« Ne dis rien à cause de ce type que nous neconnaissons pas. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 116
Vous causez trop et trop fort, la fenêtre est ouverte, il y a des gens qui dorment à cette heure-ci. Vous savez bien que si le patron rentrait et vous entendait causer comme ça, il ne serait pas content.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 116
Vous causez trop et trop fort, la fenêtre est ouverte, il y a des gens qui dorment à cette heure-ci. Vous savez bien que si le patron rentrait et vous entendait causer comme ça, il ne serait pas content.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 116
« Comment que tu viens si tard ? » demanda le jeune homme de vingt-deux ans au chauffeur. « Comment, si tard ? Je suis d'une heure en avance. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 117
Bon ! voilà le 7 qui sonne, cours-y voir. Allons, Maurice, qu'est-ce que tu fais là ? tu sais bien qu'on t'attend, monte au 14 bis. Et plus vite que ça.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 117
Bon ! voilà le 7 qui sonne, cours-y voir. Allons, Maurice, qu'est-ce que tu fais là ? tu sais bien qu'on t'attend, monte au 14 bis. Et plus vite que ça.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 117
Bon ! voilà le 7 qui sonne, cours-y voir. Allons, Maurice, qu'est-ce que tu fais là ? tu sais bien qu'on t'attend, monte au 14 bis. Et plus vite que ça.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 117
Voilà le 7 qui sonne. Ils disent qu'ils sont malades. Malades, je t'en fiche, c'est des gens à prendre de la coco, ils ont l'air à moitié piqués, il faut les foutre dehors.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 117
[
] ces autres malades [
] que le médicament ne fait pas dormir, à qui il ne
cause aucune volupté, mais qui, tant qu'ils ne l'ont pas, sont en proie à une
agitation qu'ils veulent faire cesser à tout prix, fût-ce en se donnant la
mort.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 121
Vous avez fini avec la chambre ? Ah ! ta gueule, tu n'es pas le maître ici.
Oui, j'ai fini, et je venais pour payer. Il vaut mieux que vous payiez au patron. Maurice, va
donc le chercher. Mais je ne veux pas vous déranger. Ça ne me
dérange pas.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 123
Vous avez fini avec la chambre ? Ah ! ta gueule, tu n'es pas le maître
ici. Oui, j'ai fini, et je venais pour payer. Il vaut mieux que vous payiez au patron.
Maurice, va donc le chercher. Mais je ne veux pas vous déranger. Ça ne
me dérange pas.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 123
Vous avez fini avec la chambre ? Ah ! ta gueule, tu n'es pas le maître ici.
Oui, j'ai fini, et je venais pour payer. Il vaut mieux que vous payiez au patron. Maurice, va
donc le chercher. Mais je ne veux pas vous déranger. Ça ne me
dérange pas.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 123
[
] deux clients très élégants [
] se tenaient sur le seuil [=d'une
sorte de maison de rendez-vous] et délibéraient s'ils devaient entrer. C'était
visiblement la première fois qu'ils venaient là, on avait dû leur indiquer
l'endroit et ils semblaient partagés entre le désir, la tentation et une extrême
frousse. L'un des deux un beau jeune homme répétait toutes les deux
minutes à l'autre avec un sourire mi-interrogateur, mi destiné à persuader :
« Quoi ! Après tout on s'en fiche ? » Mais il avait beau vouloir dire par
là qu'après tout on se fichait des conséquences, il est probable qu'il ne s'en
fichait pas tant que cela car cette parole n'était suivie d'aucun mouvement pour entrer mais
d'un nouveau regard vers l'autre, suivi du même sourire et du même après
tout on s'en fiche. C'était, ce après tout on s'en fiche, un
exemplaire entre mille de ce magnifique langage, si différent de celui que nous parlons
d'habitude, et où l'émotion fait dévier ce que nous voulions dire et
épanouir à la place une phrase tout autre, émergée d'un lac inconnu
où vivent ces expressions sans rapport avec la pensée et qui par cela même la
révèlent.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 124
Par une indiscrétion qui était dans sa nature, Jupien ne put se retenir de me dire que c'était le baron qui descendait, qu'il ne fallait à aucun prix qu'il me vît [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 125
Oh ! non, je ne vous trompe pas. » Cette parole causa à M. de Charlus un vif
plaisir. [
] Il se retourna vers Jupien : « Il est gentil de me dire ça. Et comme
il le dit bien ! On dirait que c'est la vérité. [
] Tiens je vais te donner deux
gros baisers pour la peine. Tu penseras à moi dans les tranchées. [
]
»
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 126
Oh ! non, je ne vous trompe pas. » Cette parole causa à M. de Charlus un vif
plaisir. [
] Il se retourna vers Jupien : « Il est gentil de me dire ça. Et comme
il le dit bien ! On dirait que c'est la vérité. Après tout, qu'est-ce que
ça fait que ce soit la vérité ou non puisqu'il arrive à me le faire
croire ? Tiens je vais te donner deux gros baisers pour la peine. Tu penseras à moi dans les
tranchées. [
] »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 126
Oh ! non, je ne vous trompe pas. » Cette parole causa à M. de Charlus un vif
plaisir. [
] Il se retourna vers Jupien : « Il est gentil de me dire ça. Et comme
il le dit bien ! On dirait que c'est la vérité. Après tout, qu'est-ce
que ça fait que ce soit la vérité ou non puisqu'il arrive à me le faire
croire ? Tiens je vais te donner deux gros baisers pour la peine. Tu penseras à moi dans les
tranchées. [
] »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 126
Ah ! dame, il y a des jours, quand une grenade passe à côté de vous
» Et le jeune homme se mit à faire des imitations du bruit de la grenade, des avions,
etc. « Mais il faut bien faire comme les autres, et vous pouvez être sûr et
certain qu'on ira jusqu'au bout. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 127
Il s'approcha ensuite de Maurice pour lui remettre ses cinquante francs, mais le prenant d'abord par
la taille : « Tu ne m'avais jamais dit que tu avais suriné une pipelette de Belleville.
» Et M. de Charlus râlait d'extase et approchait sa figure de celle de Maurice : «
Oh ! monsieur le baron », dit le gigolo qu'on avait oublié de prévenir, «
pouvez-vous croire une chose pareille ? » Soit qu'en effet le fait fût faux, ou
que, vrai, son auteur le trouvât pourtant abominable et de ceux qu'il convient de nier.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 127
« Dites donc, baron, vous n'allez pas me faire croire que quand j'étais gosse, je
regardais par le trou de la serrure mes parents s'embrasser. C'est vicieux, pas ? Vous avez l'air de
croire que c'est un bourrage de crâne, mais non, je vous jure, tel que je vous le dis.
»
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 128
« Dites donc, baron, vous n'allez pas me faire croire que quand j'étais gosse, je
regardais par le trou de la serrure mes parents s'embrasser. C'est vicieux, pas ? Vous avez l'air de
croire que c'est un bourrage de crâne, mais non, je vous jure, tel que je vous le dis.
»
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 128
« Dites donc, baron, vous n'allez pas me faire croire que quand j'étais gosse,
je regardais par le trou de la serrure mes parents s'embrasser. C'est vicieux, pas ? Vous avez l'air
de croire que c'est un bourrage de crâne, mais non, je vous jure, tel que je vous le dis.
»
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 128
Dites donc, baron, vous n'allez pas me croire, mais quand j'étais gosse, je regardais par le trou de la serrure mes parents s'embrasser.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 128
[
] sa colère prit un autre cours quand il m'aperçut ; marchand droit au patron :
« Qui est-ce ? Qu'est-ce que ça signifie ? » murmura-t-il d'une voix basse
mais courroucée. Le patron, très ennuyé, expliqua que ma présence
n'avait aucune importance, que j'étais un locataire.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 130
[
] sa colère prit un autre cours quand il m'aperçut ; marchand droit au patron :
« Qui est-ce ? Qu'est-ce que ça signifie ? » murmura-t-il d'une voix basse mais
courroucée. Le patron, très ennuyé, expliqua que ma présence n'avait
aucune importance, que j'étais un locataire. Le jeune homme en smoking ne parut nullement
satisfait par cette explication. Il ne cessait de répéter : « C'est
excessivement désagréable, ce sont des choses qui ne devraient pas arriver ;
vous savez que je déteste ça, et vous ferez si bien que je ne remettrai plus les pieds
ici. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 130
[
] sa colère prit un autre cours quand il m'aperçut ; marchand droit au patron :
« Qui est-ce ? Qu'est-ce que ça signifie ? » murmura-t-il d'une voix basse mais
courroucée. Le patron, très ennuyé, expliqua que ma présence n'avait
aucune importance, que j'étais un locataire. Le jeune homme en smoking ne parut nullement
satisfait par cette explication. Il ne cessait de répéter : « C'est
excessivement désagréable, ce sont des choses qui ne devraient pas arriver ; vous
savez que je déteste ça, et vous ferez si bien que je ne remettrai plus les pieds ici.
»
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 130
À ce moment j'aperçus entrer avec une démarche lente, à
côté d'un militaire qui évidemment sortait avec elle d'une chambre voisine, une
personne qui me parut une dame assez âgée, en jupe noire. Je reconnus bientôt mon
erreur, c'était un prêtre. C'était cette chose si rare, et en France absolument
exceptionnelle, qu'est un mauvais prêtre. Évidemment le militaire était en train
de railler son compagnon, au sujet du peu de conformité que sa conduite offrait avec son
habit, car celui-ci d'un air grave, et levant vers son visage un doigt hideux de docteur en
théologie, dit sentencieusement : « Que voulez-vous, je ne suis pas »
(j'attendais « un saint ») « un ange. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 130
Entrez un moment dans le vestibule où mes jeunes gens font banquette, pendant que je monte fermer la chambre ; puique vous êtes locataire, c'est tout naturel.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 130
Évidemment le militaire était en train de railler son compagnon, au sujet du peu de
conformité que sa conduite offrait avec son habit, car celui-ci d'un air grave, et levant
vers son visage un doigt hideux de docteur en théologie, dit sentencieusement : «
Que voulez-vous, je ne suis pas » (j'attendais « un saint ») « une
ange. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 130
Je ne voudrais pas que vous me jugiez mal, me dit-il, cette maison [=de rendez-vous] ne me
rapporte pas autant d'argent que vous croyez, je suis forcé d'avoir des locataires
honnêtes, il est vrai qu'avec eux seuls on ne ferait que manger de l'argent. Ici c'est le
contraire des carmels, c'st grâce au vice que vit la vertu.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 131
Et en écoutant Jupien, je me disais : « Quel malheur que M. de Charlus ne soit
pas romancier ou poète ! Non pas pour décrire ce qu'il verrait, mais le point
où se trouve un Charlus par rapport au désir fait naître autour de lui les
scandales [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 132
Il est probable que si l'on avait demandé leur carte de visite à tous ces hommes on
eût été surpris de voir qu'ils appartenaient à une haute classe sociale.
Mais quelque vice, et le plus grand de tous, le manque de volonté qui empêche de
résister à aucun, les réunissait là ; dans des chambres isolées
il est vrai, mais chaque soir me dit-on [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 136
[
] je connaissais peu d'hommes, je peux même dire que je ne connaissais pas d'homme qui sous le rapport de l'intelligence et de la sensibilité fût aussi doué que Jupien [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 138
Or le métier qu'il [=Jupien] faisait pouvait à bon droit passer, certes pour un
des plus lucratifs, mais pour le dernier de tous., les réunissait là [=dans une maison
de rendez-vous], dans des chambres isolées il est vrai, mais chaque soir me dit-on
[
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 138
[
] j'entendais le maître d'hôtel dire à Françoise
épouvantée : « ïls [=les Allemands] ne se pressent pas, c'est
entendu, ils attendent que la poire soit mûre, mais ce jour-là ils prendront Paris,
et ce jour-là, pas de pitié !
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 141
On nous parle des pertes des boches, on ne nous parle pas des nôtres, il paraît
qu'elles sont dix fois plus grandes. On nous dit qu'ils sont à bout de souffle, qu'ils n'ont
plus rien à manger, moi je crois qu'ils en ont cent fois comme nous, à manger. Faut
pas tout de même nous bourrer le crâne. S'ils n'avaient rien à manger, ils ne
se battraient pas comme l'autre jour où ils nous ont tué cent mille jeunes de moins de
vingt ans.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 142
Ils [=les Allemands] ne se pressent pas, c'est entendu, ils attendent que la poire soit
mûre, mais ce jour-là ils prendront Paris, et ce jour-là pas de pitié !
Seigneur, Vierge Marie ! s'écriait Françoise, ça ne leur suffit pas
d'avoir conquéri la pauvre Belgique. Elle a assez souffert, celle-là, au moment de
son envahition. La Belgique, Françoise, mais ce qu'ils ont fait en Belgique ne sera
rien à côté !
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 142
Sans doute Françoise plaignait la douleur de Mme de Marsantes de tout son cœur, mais elle
regrettait de ne pas connaître la forme que cette douleur avait prise et de ne pouvoir s'en
donner le spectacle et l'affliction. Et comme elle aurait bien aimé pleurer et que je la
visse pleurer, elle dit pour s'entraîner : « Ça m'a fait quelque chose !
»
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 148
Robert m'avait souvent dit avec tristesse, bien avant la guerre : « Oh ! ma vie, n'en parlons pas, je suis un homme condamné d'avance. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 149
[
] par acquit de conscience, je me signalais à moi-même comme à
quelqu'un qui m'eût accompagné et qui eût été capable d'en tirer
plus de plaisir que moi, les reflets de feu dans les vitres et la transparence rose de la
maison.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 154
Ce n'est vraiment pas la peine de me priver de mener la vie d'homme du monde,
m'étais-je dit, puisque le fameux « travail » auquel depuis si longtemps
j'espère chaque jour me mettre le lendemain, je ne suis pas, ou plus, fait pour lui, et que
peut-être il ne correspond à aucune réalité.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 155
Voici un poteau où il y a une affiche pareille à celle devant laquelle j'étais la première fois que je vous vis à Avranches, non je me trompe, à Balbec.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 160
À une nouvelle faute de prononciation que commit le baron, la douleur et l'indignation de la
duchesse augmentant ensemble, elle dit au baron : « Palamède ! » sur le ton
interrogatif et exaspéré des gens trop nerveux qui ne peuvent supporter d'attendre une
minute et, si on les fait entrer tout de suite en s'excusant d'achever sa toilette, vous disent
amèrement, non pour s'excuser mais pour accuser : « Mais alors, je vous
dérange ! » comme si c'était un crime de la part de celui qu'on
dérange.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 161
Mais puisque je savais maintenant que je ne pouvais rien atteindre de plus que des plaisirs frivoles, à quoi bon me les refuser ?
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 163
Quelques-uns voulaient que le roman fût une sorte de défilé
cinématographique des choses. Cette conception était absurde. Rien ne
s'éloigne plus de ce que nous avons perçu en réalité qu'une telle vue
cinématographique.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 179
Je collectionnerais pour les romans les reliures d'autrefois, celles du temps où je lus mes premiers romans et qui entendaient tant de fois papa me dire : « Tiens-toi droit ! »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 183
Mais était-ce bien cela, la réalité ? Si j'essayai de me rendre compte de ce
qui se passe en effet au moment où une chose nous fait une certaine impression, soit comme ce
jour où, en passant sur le pont de la Vivonne, l'ombre d'un nuage sur l'eau m'avait fait
crier « Zut alors ! » en sautant de joie, soit que [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 186
Mais était-ce bien cela, la réalité ? Si j'essayai de me rendre compte de ce
qui se passe en effet au moment où une chose nous fait une certaine impression, soit comme ce
jour où, en passant sur le pont de la Vivonne, l'ombre d'un nuage sur l'eau m'avait fait
crier « Zut alors ! » en sautant de joie, soit qu'écoutant une phrase de
Bergotte, tout ce que j'eusse vu de mon impression c'est ceci qui ne lui convient pas
spécialement : « C'est admirable », soit que [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 186
Mais était-ce bien cela, la réalité ? Si j'essayai de me rendre compte de ce
qui se passe en effet au moment où une chose nous fait une certaine impression, soit comme ce
jour où, en passant sur le pont de la Vivonne, l'ombre d'un nuage sur l'eau m'avait fait
crier « Zut alors ! » en sautant de joie, soit qu'écoutant une phrase de
Bergotte, tout ce que j'eusse vu de mon impression c'est ceci qui ne lui convient pas
spécialement : « C'est admirable », soit qu'irrité d'un mauvais
procédé, Bloch prononçât ces mots qui ne convenaient pas du tout à
une aventure si vulgaire : « Qu'on agisse ainsi, je trouve cela tout de même
fffantastique », soit que [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 186
"J'ai été à un concert où on jouait une musique qui, je vous
avouerai, ne m'emballait pas. On commence alors le quatuor. Ah! mais non d'une pipe ça change
(la figure de l'amateur à ce moment-là exprime une inquiétude anxieuse comme
s'il pensait: "mais je vois des étincelles, ça sent le roussi, il y a le
feu"). Tonnerre de Dieu, ce que j'entends là c'est exaspérant, c'est mal
écrit, mais c'est épastrouillant, ce n'est pas l'œuvre de tout le monde.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 188
[
] Mme de Cambremer se demandait comment je pouvais délaisser pour Albertine un homme remarquable comme Elstir.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 202
[
] j'avais déjà vu dans mon pays des haines successives qui avaient fait
apparaître par exemple comme des traîtres mille fois pires que les Allemands
auxquels ils livraient la France des dreyfusards comme Reinach avec lequel collaboreraient
aujourd'hui les patriotes contre un pays dont chaque membre était forcément un
menteur, une bête féroce, un imbécile, exception faite des Allemands qui avaient
embrassé la cause française comme le roi de Roumanie ou l'impératrice de
Russie. Il est vrai que les antidreyfusards m'eussent répondu : "Ce n'est pas la
même chose". Mais en effet, ce n'est jamais la même chose, pas plus que ce
n'est la même personne, sans cela devant le même phénomène celui qui en
est la dupe ne pourrait accuser que son état subjectif et ne pourrait croire que les
qualités ou les défauts sont dans l'objet.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 208
J'avais vu les nobles devenir vulgaires quand leur esprit, comme celui du duc de Guermantes, par exemple, était vulgaire ( « Vous n'êtes pas gêné », comme eût pu dire Cottard).
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 209
« Ah ! me dit-elle, quelle joie de vous voir, vous mon plus vieil ami. » [
]
« Son plus vieil ami, me dis-je, elle exagère, peut-être un des plus
vieux, mais suis-je donc...» A ce moment un neveu du prince s'approcha de moi: « Vous
qui êtes un vieux Parisien », me dit-il.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 211
À vrai dire je ne le reconnus qu'à l'aide d'un raisonnement et en concluant de la simple ressemblance de certains traits à une identité de la personne.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 215
"J'ai même pu voir quand j'étais jeune fille, ajouta Mme de Guermantes, la
duchesse de Dino. Dame, vous savez que je n'ai plus vingt-cinq ans". Ces derniers mots
me fâchèrent. Elle ne devrait pas dire cela, ce serait bon pour une vieille femme. Et
aussitôt je pensai qu'en effet elle était une vieille femme.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 222
En effet, dans l'appréciation du temps écoulé, il n'y a que le premier pas
qui coûte. On éprouve d'abord beaucoup de peine à se figurer que tant de
temps ait passé et ensuite qu'il n'en ait pas passé davantage.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 226
[
] la princesse de Guermantes, je sais bien qu'elle n'est plus jeune, mais enfin il n'y a pas tellement longtemps que tu me parlais de son charme incomparable, de sa merveilleuse beauté.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 245
Tu te trompes, j'ai cherché dans le Gotha de cette année me confessa naïvement
Bloch et j'ai trouvé le prince de Guermantes, habitant l'hôtel où nous sommes et
marié à tout ce qu'il y a de plus grandiose, attends un peu que je me rappelle,
marié à Sidonie, duchesse de Duras, née des Beaux.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 246
Et comme certains faits ont plus de durée, le souvenir exécré de l'Affaire
Dreyfus persistant vaguement chez eux grâce à ce que leur avaient dit leurs
pères, si on leur disait que Clémenceau avait été dreyfusard, ils
disaient: "Pas possible, vous confondez, il est juste de l'autre
côté".
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 249
Et comme certains faits ont plus de durée, le souvenir exécré de l'Affaire
Dreyfus persistant vaguement chez eux grâce à ce que leur avaient dit leurs
pères, si on leur disait que Clémenceau avait été dreyfusard, ils
disaient: "Pas possible, vous confondez, il est juste de l'autre
côté".
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 249
Est-ce même la peine d'inviter Oriane ? Elle ne viendra pas. Enfin, pour la forme, mais il ne faut pas se faire d'illusions.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 250
Est-ce même la peine d'inviter Oriane ? Elle ne viendra pas. Enfin, pour la forme, mais il ne faut pas se faire d'illusions.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 250
Est-ce même la peine d'inviter Oriane ? Elle ne viendra pas. Enfin, pour la forme, mais il ne faut pas se faire d'illusions.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 250
[
] "j'ai fait un dîner intéressant. Il y avait un M. de la Raspelière
qui nous a tenus sous le charme en nous expliquant que cette Mme de St-Loup qui a cette jolie fille
n'est pas du tout née Forcheville. C'est tout un roman".
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 253
Bloch était entré en sautant comme une hyène. Je pensais : « Il vient
dans des salons où il n'eût pas pénétré il y a vingt ans. »
Mais il avait aussi vingt ans de plus. Il était plus près de la mort. À quoi
cela l'avançait-il ? [
] Dans dix ans, dans ces salons où leur veulerie
l'aurait imposé, il entrerait en béquillant, devenu « maître »,
trouvant une corvée d'être obligé d'aller chez les La Trémoïlle.
À quoi cela l'avancerait-il ?
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 257
La discrétion, discrétion dans les actions, dans les paroles, lui était venue avec la situation sociale et l'âge, avec une sorte d'âge social, si l'on peut dire.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 260
"La marquise d'Arpajon est morte aussi il y a à peu près un an". "Ah!
un an, je vous réponds que non", répondit Mme de Cambremer, "J'ai
été à une soirée de musique chez elle il y a moins d'un an".
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 266
« [
] je m'attendais à vous voir partout ailleurs qu'à un des grands
tralalas de ma tante, puisque tante il y a », ajouta-t-elle [=Gilberte] d'un air
fin, car étant Mme de Saint-Loup depuis un peu plus de temps que Mme Verdurin n'était
entrée dans la famille, elle se considérait comme une Guermantes de tout temps et
atteinte par la mésalliance que son oncle avait faite en épousant Mme Verdurin
[
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 273
Enfin, conclut Gilberte, puisque vous sortez quelquefois de votre tour d'ivoire, des petites
réunions intimes chez moi, où j'inviterais des esprits sympathiques, ne vous
conviendraient-elles pas mieux ? Ces grandes machines comme ici sont bien peu faites pour
vous.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 274
[
] et comme Mme de Cambremer disait : « Relisez ce que Schopenhauer dit de la musique
», elle nous fit remarquer cette phrase en disant avec violence : « Relisez est
un chef-d'œuvre ! Ah ! non, ça, par exemple, il ne faut pas nous la faire. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 280
Ah ! je ne prends pas parti dans les querelles de famille, dit-elle. Est-ce que vous ne trouvez pas que c'est ennuyeux, les querelles de famille ?
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 280
[
] la duchesse, par la superstition des Guermantes à l'égard du vieux protocole (car à la fois les gens bien élevés l'assommaient et elle tenait à la bonne éducation) [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 281
"Elle ne disait pas très bien les vers?" hasarda l'ami de Bloch pour flatter Rachel
qui répondit: "Oh ça, elle n'a jamais su en dire un; c'était de la
prose, du chinois, du volapück, tout, excepté un vers. [
]"
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 290
On peut dire ce qu'on veut, c'est admirable, cela a de la ligne, du caractère, c'est intelligent, personne n'a jamais dit les vers comme ça.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 290
On peut dire ce qu'on veut, c'est admirable, cela a de la ligne, du caractère, c'est intelligent, personne n'a jamais dit les vers comme ça.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 290
Si au théâtre, elle avait pour remplir son rôle de protectrice des arts,
invité un ministre ou un peintre et que celui-ci ou celui-là lui demandât
naïvement si sa belle-sœur ou son mari n'étaient pas dans la salle, la duchesse,
timorée avec les superbes apparences de l'audace, répondait insolemment : «
Je n'en sais rien. Dès que je sors de chez moi, je ne sais plus ce que fait ma
famille. Pour tous les hommes politiques, pour tous les artistes, je suis veuve. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 292
Madame de Varambon, lui disait ma belle-mère, en avalant tout le temps comme cela des
pastilles Géraudel [=contre la toux] vous vous ferez mal à l'estomac. Mais
madame la duchesse, répondait Mme de Varambon, comment voulez-vous que cela fasse mal
à l'estomac puisque cela va dans les bronches ?
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 296
Je ne veux plus que vous entendiez ces absurdités, ça vous rend malade.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 299
C'est un peu fort, j'ai voulu être plus aimable pour ses enfants qu'elle n'a jamais été pour moi, et pour un peu on m'accuserait de l'avoir assassinée.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 301
C'est un peu fort, j'ai voulu être plus aimable pour ses enfants qu'elle n'a jamais été pour moi, et pour un peu on m'accuserait de l'avoir assassinée. Je prends la duchesse à témoin.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 301
Un jour j'étais dans les Champs-Elysées, M. de Bréauté, que je n'avais
vu qu'une fois, se mit à me regarder avec une telle insistance que je m'arrêtai et lui
demandai pourquoi il se permettait de me regarder comme ça. Il me répondit : «
Je vous regarde parce que vous avez un chapeau ridicule. » C'était vrai. C'était
un petit chapeau avec des pensées, les modes de ce temps-là étaient affreuses.
Mais j'étais en fureur, je lui dis : « Je ne vous permets pas de me parler
ainsi. »
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 306
C'est comme tout à l'heure, quand je vous voyais causer avec Gilberte de Saint-Loup. Ce
n'est pas digne de vous. Pour moi c'est exactement rien cette femme-là, ce n'est
même pas une femme, c'est ce que je connais de plus factice et de plus bourgeois au monde.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 311
D'ailleurs devriez-vous venir dans des maisons comme ici ? Aujourd'hui encore je comprends, parce qu'il y avait cette récitation de Rachel, ça peut vous intéresser.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 311
Je vous ferai déjeuner seul avec elle. Alors vous verrez l'être que c'est. Mais elle
est cent fois supérieure à tout ce qui est ici. Et après le déjeuner
elle vous dira du Verlaine. Vous m'en direz des nouvelles.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 311
Mais si, je vous dis que je le sais, avec un officier de Méséglise, Robert a voulu se
battre. Mais c'est pour tout ça que Robert s'est engagé, la guerre lui est apparue
comme une délivrance de ses chagrins de famille ; si vous voulez ma pensée, il
n'a pas été tué, il s'est fait tuer.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 312
Si vous le permettez, je vais aller vous chercher ma fille pour vous la présenter.
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 313
Il fallait partir en effet de ceci que j'avais un corps, c'est-à-dire que j'étais
perpétuellement menacé d'un double danger, extérieur, intérieur. Encore
ne parlais-je ainsi que pour la commodité du langage. Car le danger intérieur,
comme celui d'hémorragie cérébrale, est extérieur aussi, étant du
corps. Et avoir un corps, c'est la grande menace pour l'esprit [
]
M. Proust, ALRDTP 7, Temps, p. 320
Index des énoncés usuels dans Proust ALRDTP
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