mˆj : 05.11.2013

TAUL : Petit dictionnaire de sŽquence de phrases< : introduction


-- analyse partielle et provisoire --



petit dictionnaire de sŽquences de phrases


mots-vedettes
dictionnaire



Nous prŽsentons ici, provisoirement sans analyse ni autre commentaire, un dictionnaire de sŽquences de deux phrases ou expressions relevŽes dans le corpus Taul. Aux sŽquences "linguistiques" relevŽes dans le monologue (ˆ l'intŽrieur d'un tour de parole) ou dans le dialogue (paire de rŽpliques) nous avons ajoutŽ des sŽquences dont l'une est un commentaire de nature soit paralinguistique, soit mŽtalinguistique, de l'autre. Les sŽquences de ces deux derniers types sont presque toutes relevŽes le texte de Proust.

L'un des deux membres d'une sŽquence est une phrase ou expression tirŽe de la nomenclature du dictionnaire Taul : c'est la phrase-vedette. Un lien renvoie ˆ l'article du dictionnaire concernŽ. L'autre membre est le membre associŽ. Lorsque ce membre fait Žgalement partie du dictionnaire, il figure Žgalement comme phrase-vedette. Par exemple :

Ñ dialogue, ajout ˆ gauche :
Ñ je voudrais t'expliquer É Ñ il n'y a rien ˆ expliquer.

Ñ dialogue, ajout ˆ droite :
Ñ je voudrais t'expliquer. É Ñ il n'y a rien ˆ expliquer.

L'accs au dictionnaire des sŽquences est facilitŽ par l'index des mots-vedette des phrases-vedettes.


Quelques exemples.

¥ sŽquences linguistiques

Ñ dialogue, ajout ˆ droite :
Ñ ‚a te va ? 2 Ñ C'est comme tu veux.
¥ 1998 L'ennui, film de CŽdric Kahn [dialogues publiŽs par L'Avant-Scne CinŽma, Paris, no 480, 1999
CŽcilla : Ñ O on va maintenant ? Martin : Ñ Nulle part. Je te raccompagne chez toi. ‚a te va ? CŽcilia : Ñ C'est comme tu veux.


Ñ dialogue, ajout ˆ gauche :
Ñ Qu'est-ce qui ne va pas ? Ñ Tout va bien, tout va bien.
¥ 1949 Manges, film de Yves AllŽgret
[Elle a l'air de faire la tte]. Le mari : Ñ Qu'est-ce qu'y a qui ne va pas ? Sa femme : Ñ Rien, tout va bien, tout va bien, je t'aime. Mari : Ñ Ben alors fais pas cette tte-lˆ !


Ñ monologue, ajout ˆ droite :
Allons ! 1 É pour me faire plaisir
¥ 1958 E. Ionesco, Les Chaises, Folio p. 35 LA VIEILLE : Ñ Alors, imite le mois de fŽvrier. LE VIEUX : Ñ Je n'aime pas les mois de l'annŽe. LA VIEILLE : Ñ Pour l'instant il n'y en a pas d'autres. Allons, pour me faire plaisir.

Ñ monologue, ajout ˆ gauche :
Arrte de jouer les [entremetteuses]. É ‚a ne te va pas.
¥ 1998 L'ennui, film de CŽdric Kahn [dialogues publiŽs par L'Avant-Scne CinŽma, Paris, no 480, 1999
Sophie : Ñ Agns, qu'est-ce que t'en penses ? Elle est mignonne, non ? Martin : Ñ Oui, et alors ? Sophie : Ñ Ë mon avis, c'est du tout cuit. Martin : Ñ Mais arrte de jouer les entremetteuses, a te va pas du tout.


¥ sŽquences paralinguistiques

Ñ monologue, ajout de geste, mimique ˆ gauche :
il ajoutait en clignant de l'Ïil : É tu comprends ce que je veux dire ?
¥ 1922 M. Proust, ALRDTP 4, Sodome et Gomorrhe, p. 263
Aussi aprs m'avoir citŽ la princesse Sherbatoff parmi les personnes que recevait Mme Verdurin, Cottard ajoutait en clignant de l'Ïil : Ç Vous voyez le genre de la maison, vous comprenez ce que je veux dire ? È Il voulait dire ce qu'il y a de plus chic.


Ñ monologue, ajout de geste, mimique ˆ droite :
oui, oui, tu peux continuer. 2 É lui dit-elle ironiquement en esquissant le geste de quelqu'un qui vous fait la barbe
¥ 1921 M. Proust, ALRDTP 3, Le c™tŽ de Guermantes, p. 165
On ne peut pas dire que je fais sonner mon argent, je te dis toujours que je suis un pauvre bougre qui n'a pas le sou. Tu as tort de le prendre comme a, mon petit. En quoi suis-je intŽressŽ ? Tu sais bien que mon seul intŽrt, c'est toi. Ñ Oui, oui, tu peux continuer," lui dit-elle ironiquement, en esquissant le geste de quelqu'un qui vous fait la barbe.


Ñ monologue, avec indication de voix, de ton, ˆ gauche :
elle rŽpondit parfois d'un ton irritŽ parfois indulgent : É ah ! tu ne seras donc jamais comme tout le monde ! 2
¥ 1913 M. Proust, ALRDTP 1, Du c™tŽ de chez Swann, p. 303
Maintenant, ˆ toutes les paroles de Swann elle rŽpondit parfois d'un ton irritŽ, parfois indulgent : Ç Ah ! tu ne seras donc jamais comme tout le monde ! È


Ñ monologue, avec indication de voix, de ton, ˆ droite :

vous m'agacez, vous ! É cria-t-il d'une voix terrible
¥ 1922 M. Proust, ALRDTP 5, La Prisonnire, p. 207
Ç Ñ J'attends qu'une des personnes qui surveillent aux vtements puisse prendre mon pardessus et me donner un numŽro. Ñ Qu'est-ce que vous dites ? demanda d'un air sŽvre M. Verdurin : "qui surveillent aux vtements". Est-ce que vous devenez g‰teux ? on dit : "surveiller les vtements". S'il faut vous rapprendre le franais comme aux gens qui ont eu une attaque ! [É] È Ñ Surveiller ˆ quelque chose est la vraie forme, murmura Saniette d'une voix entrecoupŽe ; l'abbŽ Le BatteuxÉ Ñ Vous m'agacez, vous, cria M. Verdurin d'une voix terrible.


Ñ monologue, avec indication de tic de langage, ˆ droite :
tu m'en diras des nouvelles. 2 É c'est par cette phrase perpŽtuellement rŽpŽtŽe qu'elle avertissait ses filles des maux qu'elles se prŽparaient
¥ 1922 M. Proust, ALRDTP 4, Sodome et Gomorrhe, p. 165
Elle eut la mauvaise chance [É] de rencontrer sur la plage une dame de Combray, suivie de ses filles. Je crois que son nom Žtait Mme Poussin. Mais nous ne l'appelions jamais entre nous que Ç Tu m'en diras des nouvelles È, car c'est par cette phrase perpŽtuellement rŽpŽtŽe qu'elle avertissait ses filles des maux qu'elles se prŽparaient, par exemple en disant ˆ l'une qui se frottait les yeux : Ç Quand tu auras une bonne ophtalmie, tu m'en diras des nouvelles. È [É] Elle ne nous gna gure ˆ Balbec oje ne la rencontrai qu'une fois, ˆ un moment o elle disait ˆ sa fille en train de se ronger les ongles : Ç Quand tu auras un bon panaris, tu m'en diras des nouvelles. È


¥ sŽquences mŽtalinguistiques

Ñ avec indication de notoriŽtŽ de l'expression, ˆ gauche :
phrase trs rŽpandue ˆ l'Žpoque : É je n'ai pas de succs avec [mon thŽ].
¥ 1918 M. Proust, ALRDTP 2 , A l'ombre des jeunes filles en fleurs, p. 78
Certaines [amies de Gilberte] refusaient du thŽ ! Alors Gilberte disait, phrase trs rŽpandue ˆ l'Žpoque : "DŽcidŽment, je n'ai pas de succs avec mon thŽ !"


Ñ avec indication de notoriŽtŽ de l'expression, ˆ droite :
que je suis bte ! É comme on dit dans la conversation
¥ 1933 P. LŽautaud, Journal particulier, Mercure de France, 1989, p. 46
Elle est aussi un peu bte. Ce soir, ˆ plusieurs reprises, elle s'est mise ˆ me dire : Ç Mon Dieu, que je suis bte È, comme on dit dans la conversation. Je lui ai dit : Ç Ne le dites donc pas comme cela, voyons. Parce que, vous savez, c'est vrai ! È


Ñ motif d'Žnonciation typique de l'expression, ˆ gauche :
l'hŽsitation martiale d'un chef qui cherche ˆ vous rassurer et vous dit : É je vais arranger a.
¥ 1922 M. Proust, ALRDTP 4, Sodome et Gomorrhe, p. 295
Avant mme qu'il n'ežt parlŽ de sa voix forte Žt lŽgrement bŽgayante, sa haute taille et sa figure colorŽe manifestaient dans leur oscillation l'hŽsitation martiale d'un chef qui cherche ˆ vous rassurer et vous dit : Ç On m'a parlŽ, nous arrangerons cela ; je vous ferai lever votre punition ; nous ne sommes pas des buveurs de sang ; tout ira bien. È


Ñ motif d'Žnonciation typique de l'expression, ˆ droite :
je ne rŽpte jamais rien. É c'est la phrase rituelle des gens du monde par laquelle chaque fois le mŽdisant est faussement rassurŽ
¥ 1918 M. Proust, ALRDTP 2 , A l'ombre des jeunes filles en fleurs, p. 137
Ç Tout ceci de vous ˆ moi È, me dit Bergotte en me quittant devant ma porte. Quelques annŽes plus tard, je lui aurais rŽpondu : Ç Je ne rŽpte jamais rien. È C'est la phrase rituelle des gens du monde, par laquelle chaque fois le mŽdisant est faussement rassurŽ.


Ñ avec glose de l'acte de parole, ˆ gauche :
elle [la] remercia en lui disant : É comme tu es aimable !
¥ 1913 M. Proust, ALRDTP 1, Du c™tŽ de chez Swann, p. 376 La vieille dame elle-mme ayant pliŽ ses DŽbats, demanda l'heure ˆ une bonne d'enfants qui passait et qu'elle remercia en lui disant : Ç Comme vous tes aimable ! È

Ñ avec glose de l'acte de parole, ˆ droite :
qu'est-ce que tu dis ? 3 É protestait-elle
¥ 1922 M. Proust, ALRDTP 6, Albertine disparue, p. 241
Ç Vous savez ce que c'est Mlle de Forcheville, c'est tout simplement Mlle Swann. Et le tŽmoin de son mariage, le "baron" de Charlus, comme il se fait appeler, c'est ce vieux qui entretenait dŽjˆ la mre autrefois au vu et au su de Swann qui y trouvait son intŽrt. Ñ Mais qu'est-ce que vous dites ? protestait ma mre, Swann, d'abord, Žtait extrmement riche. Ñ Il faut croire qu'il ne l'Žtait pas tant que a pour avoir besoin de l'argent des autres.


Ñ avec glose de l'expression, ˆ gauche :
une abrŽviation qu'ils se figurent bien portŽe intelligente et moderne en ce qu'elle Žvite de perdre en de vaines formules un temps prŽcieux : Ç ƒgalement. È
¥ 1918 M. Proust, ALRDTP 2 , A l'ombre des jeunes filles en fleurs, p. 116
En partant d'eux, je ne serais jamais arrivŽ ˆ ce nez en colimaon; mais en partant de ce nez qui n'avait pas l'air de s'en inquiŽter, faisait cavalier seul et "fantaisie", j'allais dans une toute autre direction que l'Ïuvre de Bergotte, j'aboutirais, semblait-il ˆ quelque mentalitŽ d'ingŽnieur pressŽ, de la sorte de ceux qui quand on les salue croient comme il faut de dire: "Merci et vous" avant qu'on leur ait demandŽ de leurs nouvelles et si on leur dŽclare qu'on a ŽtŽ enchantŽ de faire leur connaissance, rŽpondent par une abrŽviation qu'ils se figurent bien portŽe, intelligente et moderne en ce qu'elle Žvite de perdre en de vaines formules un temps prŽcieux : Ç ƒgalement. È


Ñ glose de l'homonymie, ˆ droite :
la rue est ˆ tout le monde. É "La rue est ˆ tout le monde", reprenais-je en donnant ˆ ces mots un sens diffŽrent (É)
¥ 1921 M. Proust, ALRDTP 3, Le c™tŽ de Guermantes, p. 133
Cette robe me semblait la matŽrialisation autour d'elle des rayons Žcarlates d'un cÏur que je ne lui connaissais pas et que j'aurais peut-tre pu consoler ; rŽfugiŽe dans la lumire mystique de l'Žtoffe aux flots adoucis elle me faisait penser ˆ quelque sainte des premiers ‰ges chrŽtiens. Alors j'avais honte d'affliger par ma vue cette martyre. "Mais aprs tout, la rue est ˆ tout le monde." "La rue est ˆ tout le monde", reprenais-je en donnant ˆ ces mots un sens diffŽrent et en admirant qu'en effet dans la rue populeuse [É] la duchesse de Guermantes ml‰t ˆ la vie publique des moments de sa vie secrte, se montrant ainsi ˆ chacun, mystŽrieuse, coudoyŽe de tous [É]


Ñ glose du contenu de l'expression, ˆ droite :
on peut s'attendre ˆ tout. É la profondeur de cette maxime pessimiste
¥ 1918 M. Proust, ALRDTP 2 , A l'ombre des jeunes filles en fleurs, p. 42
[É] elle avait depuis peu entendu dire par une femme sculpteur : Ç On peut s'attendre ˆ tout de la part des hommes, ils sont si muflesÈ, et frappŽe par la profondeur de cette maxime pessimiste, elle se l'Žtait appropriŽe [É]


Ñ glose d'une mimique, ˆ gauche :
un air rŽsignŽ qui semblait signifier : É c'est-il pas malheureux !
¥ 1913 M. Proust, ALRDTP 1, Du c™tŽ de chez Swann, p. 35
Puis elle sortit d'un air rŽsignŽ qui semblait signifier : Ç C'est-il pas malheureux pour des parents d'avoir un enfant pareil ! È


Ñ glose d'une mimique, ˆ droite :
tu me dis Ç a va ? È avec un air, lˆ, on dirait un docteur !
¥ 1996 Un air de famille, film de CŽdric Klapisch
Philippe : Ñ ‚a va, Riri ? Henri : Ñ Ben oui, a va, pourquoi ? qu'est-ce qu'y a ? Philippe : Ñ Y a rien, je te demande si a va, c'est tout. Philippe : Ñ Tu me dis Ç a va ? È avec un air, lˆ, on dirait un docteur !


Ñ glose d'un geste, ˆ gauche :
elle haussa les Žpaules comme pour dire : É tu es fou ! 1
¥ 1913 M. Proust, ALRDTP 1, Du c™tŽ de chez Swann, p. 224
SŽrieusement, je ne suis pas dŽsagrŽable ? Et en les respirant [=les catleyas sur le corsage d'Odette] pour voir s'ils n'ont vraiment pas d'odeur, non plus ? Je n'en ai jamais senti, je peux ? dites la vŽritŽ . È / Souriant, elle haussa les Žpaules, comme pour dire Ç vous tes fou, vous voyez bien que a me pla”t È.




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