Enoncés de motif usuels : figures de phrase et procès en déraison
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Michel Martins-Baltar
ENS Fontenay - St-Cloud (Crédif)


Résumé

On sélectionne successivement, parmi les “énoncés liés” (pragmatiquement récurrents, sinon figés) ceux qui représentent un motif d’acte (ou une autre condition d’action), puis parmi ceux-ci ceux qui présentent une figure de phrase (antiphrases, figures de modalité de phrase, évidences), et enfin ceux dont on peut dire qu’ils ont pour fonction de montrer à l’interlocuteur qu’il agit de manière “déraisonnable”. Pour le dire autrement, l’objet est ici constitué par les formulations d’actes de langage indirectes qui sont marquées au niveau rhétorique, et dont la politesse n’est pas la “motivation”.


Introduction

    Les locutions pragmatiques recouvrent ce que Fónagy dans Situation et Signification  (1982) appelle les énoncés liés : pour Fónagy ces énoncés constituent la part “secrète”, quoique “strictement linguistique” de la compétence pragmatique. Les énoncés liés se caractérisent essentiellement par leur récurrence en situation, ce qui en fait des unités lexicalisées, et ce lexique, qui reste à inventorier, est volumineux (1).
    Situation et Signification oppose les contraintes horizontales, contextuelles, pesant sur le choix des expressions linguistiques dans le message (figement, collocations), et les contraintes verticales, dues aux “conventions qui lient tel ou tel énoncé à telle ou telle situation typique qui déclenche globalement, presque automatiquement l’énoncé correspondant” (S&S : 4). Par exemple, au téléphone, pour s’enquérir de l’identité de la personne qui appelle, on va dire assez régulièrement : C’est de la part de qui ?

    J’en suis, pour ma part, venu à la problématique des énoncés liés à partir d’une approche du discours que j’appelle l’analyse motivationnelle. Dans cette perspective j’essaie de faire fonctionner la définition (partielle) suivante (je compléterai tout à l’heure) : un énoncé lié intègre à sa signification linguistique son motif d’énonciation nécessaire. Il faut préciser, évidemment, que le motif d’énonciation doit être extérieur à ce que l’énoncé représente : l’énonciation de Il fait froid n’est pas liée au fait qu’il fait froid, ni d’ailleurs à aucun autre motif d’énonciation particulier : c’est un énoncé libre.

    Les motifs d’énonciation nécessaires peuvent être
- très précis : (mutisme) Tu as perdu ta langue ?,
- moins précis : (comportement régressif d’autrui) Quel âge tu as ?,
- peu précis : (situation de valeur négative en cours ou répétitive) J’en ai assez !

    En caractérisant l’énoncé lié par le fait qu’il intègre à sa signification linguistique son motif d’énonciation nécessaire, on construit une relation entre un motif - le motif d’énonciation - et un acte de langage, qui est l’acte consistant à produire un énoncé lié. L’hypothèse avec laquelle je travaille pour l’analyse motivationnelle est que l’intelligibilité, la rationalité des relations motif / acte repose sur la fonction de l’acte motivé par rapport à son motif. Il faut donc compléter la définition de l’énoncé lié : sa signification intègre non seulement son motif d’énonciation nécessaire mais aussi la fonction de l’énoncé lié sur ce motif d’énonciation.


    Le motif correspond grosso modo, dans le domaine de l’action volontaire, à ce qu’est la cause dans le domaine de l’action naturelle, mais il faut compléter cela par les conséquences intentionnelles ou réelles de l’acte motivé. Proches des motifs, les conditions de faisabilité (ex. Tu as perdu ta langue ?) et les causes de l’action humaine (Quelle mouche te pique ?) font avec ceux-ci partie intégrante de l’ensemble des “conditions d’action” (cf. mon Analyse motivationnelle du discours, 1994).

    Je commente maintenant trois exemples d’énoncés liés représentant un motif :

1er exemple. Soit l’énoncé lié Ça pousse pas. Dans ma compétence cet énoncé lié a pour motif d’énonciation nécessaire qu’autrui laisse tomber de l’argent par terre, des pièces de monnaie. L’énoncé Ça pousse pas  représente la non-effectivité de ce qui serait un motif pour laisser tomber de l’argent par terre dans l’intention que ça germe, pousse et fructifie. L’énoncé représente donc l’absence d’un motif co-orienté à l’acte. Tout se passe comme si je prêtais à autrui un motif, une intention qui n'a aucune chance de se réaliser. Mon énonciation a donc une fonction critique de son acte, acte que je feins de croire volontaire. On voit que je m’en tiens à une analyse sémantique littérale en laissant de côté les conventions d’humour caractéristiques de cet énoncé. Ce type de motif peut être dit rétrospectif dans le sens où il concerne la motivation de l’acte motivant l’énonciation de l’énoncé lié. Noter que le motif représenté se réfère à une conséquence du motif de l’énonciation (précisément à l’absence d’une certaine conséquence).

2e exemple. Soit l’énoncé Il faut te faire un dessin ?, dont l’énonciation est motivée, me semble-t-il, par le fait qu’autrui ne comprend pas un implicite qui me paraît assez évident. Cet énoncé met en place de manière explicite un motif pour te faire un dessin, le motif étant ici la valeur normative du falloir. Ce motif n’est pas interprétable comme motif de l’incompréhension d’autrui (autrui, par exemple, demande des explications). Nous sommes ici dans le cas où l’énoncé lié représente un motif pour la réalisation de l’acte motivé par le motif d’énonciation de l’énoncé lié. Je dirai que le motif représenté est prospectif. Te faire un dessin serait un acte qui aurait pour fonction de transformer ton incompréhension en compréhension, fonction que j’appelle “opposition par intervention”.

3e exemple, montrant un cas mixte. Je suis pas sourd a comme motif d’énonciation nécessaire qu’autrui me parle trop fort à mon gré. De même que Ça pousse pas, cet énoncé représente une absence de motif co-orienté, ici une absence de motif pour parler fort, et en cela cet énoncé a une fonction critique de dévalorisation de l’acte d’autrui ; mais cet énoncé a en même temps une fonction d’incitation d’autrui à parler un peu moins fort, c’est-à-dire qu’il donne à autrui un motif pour transformer son parler fort en parler moins fort, donc une fonction d’opposition par intervention là aussi (2).

    En ce qui concerne la fonction de l’acte motivé, il y a deux grands types d’orientations : un acte va dans le sens de son motif, il est “pour”, c’est un acte de Participation, ou bien il va à contresens de son motif, il est “contre”, c’est un acte d’Opposition. Autrement dit tout motif doit son caractère motivant au fait d’être perçu comme ayant soit une valeur positive (au sens axiologique du mot valeur, comme l’agréable, le bien, l’utile), soit une valeur négative.

    Pour cet exposé je vais délimiter un sous-ensemble d’énoncés liés, puis un autre à l’intérieur du premier, au moyen, donc, de deux critères :

- 1er critère : (niveau de la sémantique de l’action) je sélectionne parmi les énoncés liés, ceux qui à la fois représentent une condition d’action (et notamment un motif) rétrospective ou mixte, et ont comme motif d’énonciation nécessaire un acte de valeur négative de l’interlocuteur (que ce motif d’énonciation puisse ou non recevoir une définition plus précise),

- 2e critère : (niveau du rapport Sa / Sé dans l’énoncé) les énoncés présentant une figure de phrase, majoritairement une figure de modalité de phrase, comme les “questions rhétoriques” ... À quoi bon ? (synonyme de Ce n’est pas la peine, Ça ne sert à rien), mais aussi des antiphrases (La confiance règne) et des évidences (Tu as une langue !). Toutefois l’étude des figures de phrase dans les énoncés liés présente un intérêt intrinsèque et, sans vouloir épuiser ici toutes les figures attestables, j’élargirai un peu, pour cette section, le champ des énoncés liés étudiés à l’ensemble de ceux qui sont motivés par un acte de valeur négative de l’interlocuteur, qu’ils représentent une condition d’action (rétrospective, mixte ou prospective), ou la réalisent.

    Il ne peut s’agir ici de fournir un inventaire des énoncés liés dans le champ défini, mais d’esquisser une typologie et de montrer comment les figures de phrase et la sémantique motivationnelle peuvent s’allier pour fournir une technique remarquable de ce qu’on pourrait appeler le procès en déraison, où le locuteur signifie à autrui qu’il agit en dépit du bon sens.

    Je fais l’hypothèse que les énoncés liés pris ici en exemple sont dans la compétence ordinaire des francophones - le lecteur en jugera pour lui-même -. Faute de place leur définition précise n’est pas indiquée.


1. Figures de phrases

    Les propriétés linguistiques ne sont pas nécessaires mais elles existent pour de nombreux énoncés liés, ce qui les rend remarquables. Je résume en deux mots Situation et Signification, chapitre 4 :
• variabilité réduite (on peut dire Allez, viens ! mais non pas *Vas, viens !, on peut dire Permettez ! mais non *Permets !),
• ellipses (du complément d’objet : J’aime, de la principale :Vu sous cet angle ..., Si tu le prends comme ça ...), de la subordonnée : Je ne sais pas ce que je ferais ! [si je ne me retenais pas],
• indices phonétiques (les e muets distribués différemment selon le sens libre ou lié de Il faut que je me sauve : libre : Il faut qu’je m’ sauve, lié : (Il) faut qu’j’me sauve),
• indices prosodiques (les intonations différentes de Tu peux le dire, libre ou lié),
• non-compositionnalité stylistique (Ce n’est pas de refus).

    Les “figures de phrase” retenues ici, du moins les figures de modalité de phrase et les antiphrases, introduisent une homonymie (op. cit. pp. 52-57, 71-78) entre signification linguistique et sens en discours de l’énoncé.

    NB : Les énoncés qui sont dans le champ délimité pour l’étude du “procès en déraison” (“1er critère” ci-dessus) sont signalés dans cette section par un “(d)”.

1.1. Antiphrases

    Dans le sens impliqué, la polarité positive ou négative du contenu propositionnel est à l’inverse de celle du sens littéral, sans modification de la modalité grammaticale, assertive ou impérative.

1.1.1. Assertions

• assertion positive > assertion négative
[lire : “assertion positive à valeur d’assertion négative"]
énoncés évaluatifs :
(d) C’est malin, Ça va, C’est bon, Ça suffit, Ça fait sérieux, C’est du propre, C’est du joli, ...
Noter quelques emplois antiphrastiques de pouvoir :
[à quelqu’un qui exprime un jugement] (d) Tu peux parler !, [à quelqu’un qui se moque] (d) Tu peux te moquer ! …  (*si tu veux) “y a pas de quoi”.
Tu peux être fier. (prospectif) (3)
et encore :
(d) La confiance règne.
(d) Ça fait plaisir.

• assertion négative > assertion positive
Les énoncés sont moins nombreux, et ne comportent pratiquement pas d’énoncés évaluatifs. (4)
(d) (Surtout + 0) faut pas t’en faire / faut pas te gêner. (énoncés normatifs)

1.1.2. Impératifs

On est ici typiquement dans la permissio, variété d’ironie consistant dans l’“exhortation à persévérer dans l’erreur” (Morier 1975 : 563).

• impératif assertif > impératif négatif
(C’est ça + 0) (*Mais enfin) Plains-toi (tiens + 0) (*sinon …) !
Rends-toi ridicule !
(C’est ça + 0) Continue (je te dirai rien).

• impératif négatif > impératif assertif
Surtout, ne dis pas merci !
Ne te presse pas j’ai tout mon temps.

1.2. Figures de modalité de phrase

    Les modalités de phrases sont les illocutions grammaticalisées : assertion, question, impératif, hypothèse. Il s’agit ici de figures qui laissent intact le contenu propositionnel et transforment le préfixe illocutoire en l’un des trois autres  (5). De quelle(s) figure(s) s’agit-il ? Voyons d’abord les exemples.
    En termes d’inventaire il semble que ce soit la question dite “rhétorique” ou “oratoire” qui domine, mais ce n’est pas la seule figure repérable. Rappelons que seuls les cas de … figure attestés par un énoncé lié à un acte de valeur négative d’autrui sont enregistrés ici.

1.2.1. Assertions

• assertion > hypothèse
(*Allez) Tu recommences (et t’as une gifle) (compris ? + Tu es prévenu ! + 0) (*sinon …)

• assertion > impératif

— assertion positive > impératif positif
ssi acte futur et de valeur positive
(Écoute + Allez + 0) tu fais ce qu’on te dit (un point c’est tout + sinon … + 0) (*on dirait / *ma parole)
Tu prends tes responsabilités.
Tu m’arrêtes (si je me trompe).

— assertion négative > impératif négatif
ssi acte futur et de valeur négative
(Non mais dis !) tu vas (quand même) pas faire un caprice !
Tu viendras pas te plaindre (*je parie).
Tu feras pas ça (sinon …). (6, 7)

1.2.2. Hypothèses

hypothèse > assertion (si réel)
Si c’est (comme + 0) ça … = Puisque c’est (comme + 0) ça
Avec une modalité doxique du type croire imputée à autrui, le sens est “tu as tort”, c’est-à-dire que la proposition objet de croire est fausse :
(d) Si tu crois que ça m’amuse … “ça ne m’amuse pas". (8)

1.2.3. Questions totales

L’éventail des questions (totales ou partielles) figurées ne se limite pas aux “questions oratoires” dans leur définition classique (“avec la négation elle affirme, et […] sans négation elle nie” écrit Fontanier ([1827-1830] 1968 : 369)).

1.2.3.1. question totale > assertion

• question totale affirmative > assertion affirmative (9)
L’assertion est plus ou moins évidente :
(d) Tu comprends le français (ou pas ? + quand même ! + ?) [à un francophone natif]
(d) Ça t’amuse ? / Tu trouves ça drôle ? [à quelqu’un dont l’amusement est manifeste]
L’assertion est plus faible, mais l’hypothèse positive est forte dans des énoncés concernant la subjectivité d’autrui, comme
(d) Tu m’espionnes (c’est ça  + 0) ?
(d) C’est ma tête qui ne te revient pas ?
(d) Tu veux me faire crever ?

• question totale affirmative > assertion négative
(d) Tu as perdu ta langue ?
(d) Y a le feu ? [n’est lié que lorsqu’il n’y a pas le feu].
(d) Ça te regarde ? (le locuteur, lui, estime que non)
(d) Tu veux que je t’aide ? (menace)

• question totale négative > assertion affirmative
(d) Tu te prendrais pas pour le centre du monde (non + par hasard + 0) ?
(d) T’es pas un peu cinglé (non + 0) ? (le locuteur, en tout cas, pense que si).(10, 11)

• question totale négative > assertion négative
(d) Tu ne sais pas ?
(d) T’es pas bien ?

1.2.3.2. question totale > impératif

- question totale affirmative > impératif affirmatif
(Mais enfin + Non mais dis + Non mais alors + Alors quoi + 0) c’est bientôt fini (oui + non + oui ou non + 0) ? > “que ce soit bientôt fini, finis bientôt”
Veux-tu te taire ! > “veuilles te taire, tais-toi”

- question totale affirmative > impératif négatif
Ça va durer longtemps ? > “que ça ne dure pas longtemps”

- question totale négative > impératif affirmatif
(d) On ne dit plus bonjour ?  > Dis bonjour !
(d) Tu n’as pas honte ? > “Aies honte !” (12, 13)

1.2.4. Questions partielles

1.2.4.1. question partielle > assertion

    Si l’on appelle thème la base de la question partielle, et rhème le constituant objet de la question, on observe quatre types de modalités figurées  :

• question partielle > assertion du thème
(d) Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? > “ceci est un cirque”

• question partielle > assertion d’un  contenu propositionnel de valeur négative

- le contenu propositionnel de l’assertion est relativement indéterminé
(d) (Non mais dis + 0) où tu te crois ?
(d) Comment oses-tu ?

- le contenu propositionnel est déterminé
    - soit en langue,
(d) De qui se moque-t-on ? (“de moi”)
    - soit en contexte / situation
(d) Qu’est-ce que c’est que ça ? [par exemple, tes vêtements qui traînent par terre] (14)

• question partielle > assertion d’un contenu propositionnel de valeur positive
le contenu propositionnel est déterminé en langue
(d) Qui est-ce qui commande ici ? (“moi”)

• question partielle > négation du rhème
la question porte sur un constituant facultatif, sans lequel le noyau phrastique peut subsister :
(d) De quel droit (tu fais ça) ?  “tu le fais sans en avoir le droit”
(d) Pourquoi as-tu fait ça ? “tu l’as fait alors qu’il n’y avait aucune bonne raison de le faire”

• question partielle > négation du rhème et, partant, du thème
la question porte sur un constituant obligatoire, sans lequel le noyau phrastique ne peut subsister :
(d) Qui t’a permis ? “personne, donc tu n’avais pas la permission” (15)
(d) Qu’en sais-tu ?

1.2.4.2. question partielle > impératif

(Ben alors + 0) c’est pour quand ? “que ce soit pour tout de suite”
Merci qui ? “dis merci (papa)” (jeu sur mention / usage)

1.2.5. Illocutions lexicalisées

Je t’en prie. Tu permets ? ordre
C’est un conseil. menace
Je te remercie. Félicitations. Bravo. reproche
peuvent s’interpréter comme des illocutions antiphrastiques, mais, cette fois, laissant intact le contenu propositionnel, et représentant et/ou réalisant l’illocution par une illocution contraire en termes d’attitude à l’égard de l’interlocuteur : une attitude défavorable est exprimée par une attitude favorable.

1.2.6. Quelles figures de modalité de phrase ?

    Il faut écarter l’idée de métaphore pour expliquer le passage de la modalité impliquée à la modalité littérale. Il y a bien quelque chose de commun entre les deux phrases, le contenu propositionnel, mais il ne fonctionne pas de manière analogue au sème commun au sens propre et au sens métaphorique d’un mot : “toi faire ce qu’on te dit” (si l’on convient ici d’une telle écriture pour le contenu propositionnel commun à Tu fais ce qu’on te dit et à Fais ce qu’on te dit) n’est en aucune façon de nature à expliquer pourquoi l’assertion peut avoir valeur d’impératif. Si l’on n’étudie, comme nous le faisons ici, que le texte des énoncés, le types de figures de modalité sont à rechercher dans les rapports entre les différentes modalités elles-mêmes. Si l’on caractérise celles-ci par leur “degré d’assertion” on peut admettre les hiérarchies suivantes ("<" = "a un degré d’assertion plus petit que celui de") :

• hypothèse < assertion : Si c’est comme ça …< Puisque c’est comme ça …
impératif < assertion : Fais ce qu’on te dit < Tu fais ce qu’on te dit. (16)
• question < assertion : Tu comprends le français ? < Tu comprends le français.
• question < impératif : On ne dit plus bonjour ? < Dis bonjour.

    Il semble alors possible de considérer que soit on modalise avec un degré d’assertion moindre pour signifier un degré d’assertion supérieur (litote) - hypothèse à valeur d’assertion, question à valeur d’assertion ou d’impératif -, soit on modalise avec un degré d’assertion supérieur pour signifier un degré d’assertion moindre (hyperbole) - assertion à valeur d’hypothèse, assertion à valeur d’impératif -. Toutefois, cette répartition entre litote et hyperbole de modalité de phrase ne préjuge pas du rapport de force que le locuteur cherche à instaurer en les utilisant.

1.3. Évidences

    On peut définir l’évidence en extrapolant à partir de la figure de la redondance, où une même information est véhiculée par plus d’un mot. Il s’agit ici d’une redondance externe dans le sens où l’information véhiculée par l’énoncé est redondante par rapport à l’état d’information, au savoir du locuteur. L’évidence contrevient à la première maxime de quantité de Grice (1975) : “Que votre contribution contienne autant d’information qu’il est requis.” Elle s’oppose donc à la non-énonciation de l’information.

    Certaines assertions sont sans valeur informative parce qu’elles présentent des évidences qui peuvent être des vérités quasi définitionnelles, ou bien des vérités situationnelles. Étant sans valeur informative, elles se présentent clairement comme des arguments, c’est-à-dire qu’elles ne sont là que pour représenter indirectement, par métonymie, une autre information, la conclusion dont elles sont la prémisse. Il en va de même de certaines assertions impliquées par une question.

    On est plutôt du côté des évidences définitionnelles (aux pronoms près) avec des énoncés comme
(d) Tu as une langue. (“donc tu peux parler”)
(d) Je n’ai que deux mains. (“donc je ne peux pas tout faire à la fois”)
(d) Ça pousse pas. [l’argent qu’on laisse tomber par terre] (“donc inutile de le “semer”)
et des évidences situationnelles avec
(d) On est en République (figure-toi).
(d) Je suis pas le facteur, la bonne.
(d) (Non mais dis + 0) t’es pas tout seul. [puisque je te parle] “donc tiens compte des autres”
    On en arrive ensuite à des assertions que le locuteur veut faire passer comme des évidences, mais plus ou moins sujettes à caution :
(d) Je ne suis pas le loup (tu sais + 0).
(d) Je vais pas te manger / te violer.
(d) Je n’ai pas la gale, etc.

    L’évidence ne concerne pas que les énoncés formellement assertifs, on peut la trouver dans des assertions dérivées par figure de modalité de phrase :
(d) Tu peux pas te taire ?
(d) Y a le feu ?

1.4. Homonymies, synonymies

1.4.1. Homonymies

    Les énoncés présentant une figure de phrase peuvent avoir

• un homonyme non figuré et lié ((d) Qu’est-ce qui t’arrive ? : “tu déraisonnes”, “quelle est la cause / le motif de ton comportement inhabituel ?”),
• un homonyme non figuré et libre ((d) Je ne suis pas sourd, (d) Quel âge tu as ?).

    Ils peuvent aussi avoir
• un homonyme lui-même figuré, comme (d) Qu’est-ce que tu racontes ? (1) “Quoi de neuf ?”, (2) “Tu dis n’importe quoi”.

    Pour d’autres, le sens propre ne semble plus avoir cours (c’est le phénomène de l’érosion sémantique) : ils sont figurés sans homonymes :
(d) Si tu crois que ça m’amuse ..., (d) Ça t’avance à quoi ?, C’est pour aujourd’hui ou pour demain ?, (d) Tu peux pas faire attention ?

    Le sens libre non-figuré et le sens lié figuré d’une même phrase abstraite peuvent être l’un non-figé et l’autre figé comme
Est-ce que tu penses ? / Penses-tu !
Que sais-tu ? / Qu’en sais-tu ?, etc.

    J’ai à peine évoqué dans les exemples le fonctionnement complexe des marqueurs lexicaux de modalité (directs ou indirects) qui peuvent être éventuellement présents dans l’énoncé, tels
allez, alors, alors quoi, ben alors, c’est ça, dis donc, écoute, figure-toi, je parie, mais enfin, ma parole, non, non mais, non mais alors, non mais dis, on dirait, oui, oui ou non, ou pas, ou quoi, par hasard, peut-être, s’il te plaît, si tu veux, surtout, tu sais, un point c’est tout,  etc.
    Le choix lexical dans un paradigme et la sémantique peuvent également lever l’ambiguïté d’une structure :
- choix lexical : si Qu’est-ce que tu fais ? est ambigu, (d) Qu’est-ce que tu fabriques ?  ne ne l’est pas, sauf par exemple chez le menuisier ;
- sémantisme : Fais comme chez toi peut être ambigu, Rends-toi ridicule (porteur d’une marque de valeur négative) a beaucoup moins de chances de l’être.

    Les cas d’homonymies sur le papier ne sont pas tous réels à l’oral : comme l’a montré Fónagy (op. cit. p. 40, 103), il peut exister des marques de désambiguïsation phonétiques et prosodiques.

    La levée d’homonymie peut également se faire par le contexte ou la situation :

— Qu'est-ce qui t'arrive ?

• Le dentiste accueillant un client - Qu'est-ce qui vous arrive ?
• Pierre, à Pauline, à propos de Henri -  Tu crois quand même pas que je vais te laisser avec lui toute seule ! Henri - Ben qu'est-ce qui t'arrive ? Je suis pas le loup, je vais pas la manger ! (E. Rohmer, Pauline à la plage, 1982)

— Je t’en prie !

• Dr. Germain - Et malheureusement celle-ci [=lettre anonyme] ne met pas seulement Germain en cause ... Et d'ailleurs, je vais vous la lire. Bonnevi - Mais je vous en prie, monsieur le Médecin-chef, j'en serai très honoré. (H.-G. Clouzot, Le Corbeau, 1943)
• Dr. Bertrand - Le 13 [=le malade du 13, qui s'est suicidé] était fou ... N'est-ce pas, Vorzet ? Dr. Vorzet - Bien entendu il était fou ; comme tout le monde ! Comme moi ... Comme vous ... Dr. Bertrand - Je vous en prie ! Pas de plaisanteries ! (ibid.)

1.4.2. Synonymies transmodales

    Je n’aborde pas explicitement la synonymie pragmatique au sens où De quoi je me mêle ? est synonyme de Ça ne te regarde pas.

    Les paraphrases transmodales (avec éventuellement de légères variations lexicales) sont soumises à des contraintes sémantiques (préservation du sens) mais elles sont conventionnelles. La distinction assertion / question peut devenir indécidable lorsqu’elles ont l’une et l’autre finalement le même sens : Tu te fous de moi ? / ! ; Penses-tu !  ne peut pas s’écrire avec un point d’interrogation. Il y a aussi des paraphrases transmodales formelles qui ne conduisent qu’à de fausses synonymies. Et d’autres qui ne sont pas permises par l’usage (¿). Quelques exemples :

Ce n’est pas de tes affaires. = Occupe-toi de tes affaires.
A ton âge ! = Quel âge tu as ? = Ce n’est (pas + plus) de ton âge.
Ça t’amuse ? ≠ Si ça t’amuse …
Ça t’avance(rait) à quoi ? ≠ Tu es bien avancé (maintenant). = Te voilà bien avancé. ¿Ça t’avance ?
Qu’est-ce que ça change ? ≠ Ça change tout.
Tu te crois au cinéma ? = Ne fais pas / Arrête ton cinéma. = Tu te trompes de film.
Qu’est-ce que c’est que cette comédie ? = Inutile de jouer la comédie. = Pas de comédie. = Assez de comédie.
Tu comprends le français ? ≠ ¿Tu comprends le français.
Tu crois que je ne te connais pas ? = Si tu crois que je ne te connais pas … = Je te connais ! ≠ Est-ce (que je te connais + qu’on se connaît) ?
Tu seras pas déçu. = Tu seras déçu.
C’est pas la peine de te faire un dessin. ≠ Il faut te faire un dessin ?
Il fallait le dire avant. = Pourquoi tu l’as pas dit avant ? = Tu ne pouvais pas le dire avant ? ≠ Tu ne l’as pas dit avant.
Si je te le dis ! = Je te le dis ! ≠ Qu’est-ce que je disais ? ≠ Est-ce que je te l’ai dit ?
Tu trouves ça drôle ? = C’est pas drôle. =/≠ C’est drôle.
Qu’est-ce que j’ai fait ? = J’ai rien fait. ≠ J’ai fait quelque chose qu’i fallait pas ?
Y a le feu ? = Y a pas le feu.
Te gêne pas ! = T’es pas gêné !
Tu n’as pas honte ? = Tu devrais avoir honte. = Si c’est pas honteux… ¿Tu as honte. ¿Aie honte.
Qu’est-ce que c’est que ces manières ? = C’est des manières, ça ? = En voilà des manières ! ≠ (T’en fais des manières ! = Fais pas de manières.)
De quoi tu te mêles ? = De quoi je me mêle ? = Tu vas pas commencer à te mêler ! = Je me demande de quoi tu te mêles. = Ne te mêles pas de ce qui ne te regarde pas.
Ça mène à quoi ? = Ça mène à rien. ≈ On sait où ça mène. ≠ Ça mène quelque part.
Plains-toi ! ≈ Qui s’en plaindrait ! ≠ On peut pas se plaindre.
Ça te regarde ? = Ça te regarde pas. = Mêle-toi de ce qui te regarde.
Ne sois pas ridicule. = Rends-toi ridicule. = Tu es ridicule.
Il faut rire ? = Y a pas de quoi rire.
Veux-tu te taire ? = Tu peux pas te taire ? = Tu ferais mieux de te taire.
Tu t’es vu ? = Tu t’es pas vu. ≠ Tu verras. ≠ Je voudrais t’y voir.
etc.

    À certaines questions partielles impliquant l’assertion d’un contenu propositionnel de valeur négative on peut associer des assertions ou des questions totales assertives isotopiques, que l’on peut attester en séquence :
Merci qui ?  Merci mon chien ?
Pour qui tu te prends ? Tu n’est pas le centre / le nombril du monde.
Pour qui tu me prends ? Pour un imbécile ?
Qu’est-ce qui t’arrive ? T’es tombé sur la tête ?
Qu’est-ce qui te prend ? T’es malade ?
Qu’est-ce que t’attends ? Le dégel ?
Où t’as été élevé ? Dans une porcherie ?
Où  tu te crois ? On n’est pas chez les sauvages. Tu n’es pas chez toi, ici, etc.


2. Le procès en déraison

    Nous analysons ici la sémantique motivationnelle des énoncés qui représentent une condition d’action rétrospective ou mixte d’un acte de valeur négative de l’interlocuteur. La nature-même du type de condition d’action représentée sélectionne les types de “déraison”.

    On note d’abord qu’avant toute technique formelle et sémantique particulière il y a celle qui consiste à extraire une condition d’action dans le champ des conditions d’actions imaginables pour tel acte, et à la hisser au statut de condition d’action principale sinon unique et déterminante de l’acte d’autrui, en l’enfermant dans une unique interprétation dévalorisante de son acte.

    Au niveau des motifs il y a déraison à (ne pas) agir
[les énoncés présents dans le § 1 (figures) sont repérés par “(f)”]
- sans motif co-orienté à son acte (§ 2.1.1) : (f) Ça ne pousse pas : “pas de motif pour “semer” l’argent”, Tu as un oiseau sous ton chapeau ? : “pas de motif pour ne pas me saluer”,
- sans motif anti-orienté à son acte (§ 2.1.2) : (f) Tu n’as pas honte ? : “pas de motif (la honte) pour ne pas faire ce que tu fais”, Ça te fait pas plaisir ? : “pas de motif pour manifester ton plaisir (par ex. en disant merci)”,
- avec un motif co-orienté de valeur négative (§ 2.1.3) : (f) Où tu te crois ? : “tu te crois par ex. chez toi et c’est le motif de ta mauvaise conduite”, Tu attends le dégel ? : “c’est le motif pour lequel tu n’agis pas”,
- avec un motif anti-orienté à son acte (§ 2.1.4) : (f) Quel âge tu as ? : “tu fais ce qu’on ne doit pas faire à ton âge”.

    Au niveau des conditions de faisabilité il y a déraison à (ne pas) agir :
- sans condition de faisabilité co-orientée à son acte (§ 2.2.1) : cela n’est possible que pour les actes de langage, où l’on peut toujours “dire ce qu’on ne sait pas” : Qu’en sais-tu ? : “tu parles sans savoir ce que tu dis”,
- sans condition de faisabilité anti-orientée à son acte (§ 2.2.2) : (f) Tu ne sais pas ?  “tu ne réponds pas parce que tu n’as pas les moyens de répondre”,
- avec une condition de faisabilité co-orientée de valeur négative (§ 2.2.3) : (f) Comment oses-tu ? : “tu fais cela grâce à une audace qui est coupable”,
- avec une condition de faisabilité anti-orientée (§ 2.2.4) : (f) Tu as une langue !  “tu peux donc parler, et malgré cela tu ne parles pas”.

    Au niveau des causes (§ 2.3), il est impossible, par définition, d’agir sans cause co-orientée, ni avec une cause anti-orientée, mais il y a déraison à agir avec une cause co-orientée de valeur négative (voire positive), du seul fait que, par définition, l’action humaine raisonnable doit s’expliquer par un motif plutôt que par une cause : (f) T’es pas bien ? : “c’est pour cela que tu fais un acte de valeur négative”.

    Pour la technique du procès en déraison utilisant un énoncé lié à figure de phrase et représentant une condition d’action on propose donc un modèle à trois étapes successives :
- choix du type de condition d’action,
- choix d’une condition d’action dans ce type,
- choix de l’énoncé lié représentant cette condition d’action.

    Ci-dessous les énoncés sont classés dans les catégories sémantiques de condition d’action d’après leur sens figuré et ils sont regroupés, dans chacune des catégories, d’après leur type de figure.

2.1. Motifs

2.1.1. Absence de motif co-orienté

    Le locuteur peut signifier que tel motif co-orienté n’est pas effectif alors que ce motif serait nécessaire pour que l’acte d’autrui soit justifié.

• motifs généraux

- valeur de l’acte
C'est défendu ? Où est le mal ? Est-ce bien utile ?
Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?
(f) De quel droit ? (f) Qui t'a permis de faire ça ?
A quoi ça rime ? Ça ressemble à quoi ?

- absence de résultat de valeur positive
(f) Ça t'avance à quoi ? Qu'est-ce que ça te donne ?
 
 
  Avec les questions en pourquoi ? tout motif invoqué par l’interlocuteur serait un motif co-orienté de valeur négative : il n’y a pas de motif co-orienté valable :
(f) Pourquoi as-tu fait ça ?
Pourquoi tu ne m'as pas écouté ?
Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?
Pourquoi tu ne l'as pas dit (avant + plus tôt) ?
Pourquoi veux-tu que [p] ? (17)

• motifs particuliers

Ce n'est pas carnaval.
On n'est pas mardi-gras aujourd’hui !
On n'est pas au cirque.
(f) T'es pas tout seul.
(Cause toujours,) tu m'intéresses.
(Arrête) tu vas me faire pleurer !
(f) Ça te regarde ? Ça t'intéresse ?
(f) Il y a le feu ?
Tu as un train à prendre ?
Il y a un mort dans la maison ?
Tu as un oiseau sous ton chapeau ?
Tu crois  que je vais marcher ?
Tu ne m'as jamais vu ?
Tu n'as jamais (rien vu + vu de [SN]) ?
Qu'est-ce que j'ai fait ?

Le motif évoqué peut être dévalorisant pour le locuteur
Je ne suis pas le bureau des réclamations.
(f) Je ne suis pas le facteur. Je suis pas la bonne.
Je ne suis pas sourd.
Mes pieds c'est pas des (boulevards + paillassons).
On n'a pas élevé les cochons ensemble. On n'est pas mariés.
On n'est pas chez les sauvages. On n'est pas dans une porcherie.
Je ne mords pas. (f) Je ne suis pas le loup.
Je ne suis pas pestiféré. (f) J'ai pas la gale.
(f) Je vais pas te manger. (f) Je ne vais pas te violer.
Je ne vais pas le manger.
ou pour l’interlocuteur :
On ne t'a pas (sifflé + sonné).
(f) Ça ne pousse pas. (met en cause sa compétence praxéologique).

• prototypes et monotypes

    Considérons Y a pas le feu ou Y a le feu ?. S’il y avait le feu, il serait indispensable de se presser, mais comme ce n’est pas le cas, c’est inutile. À partir de là, deux interprétations sont possibles : ou bien considérer que l’incendie serait le seul motif nécessaire pour se presser (ou l’un des seuls : cf. Tu as un train à prendre ?), ce qui choque l’expérience de l’urgence. Ou bien considérer que l’incendie est une synecdoque spécialisante qui représente le genre “absence de motif pour se presser” par l’une de ses espèces “il n’y a pas le feu”. Et si l’on retient l’incendie plutôt que l’infarctus ou le signal sonore d’alerte, c’est que l’incendie est, à travers cet énoncé, reconnu conventionnellement comme un motif prototypique pour se presser (en concurrence avec le train à prendre). Les divers motifs prototypiques dont attestent certains énoncés liés ont tendance à tenir lieu de tout motif pour le même acte : Il n’y a pas le feu signifie qu’il n’y a aucun motif de se presser, Je ne mords pas, qu’il n’y a aucun motif de se méfier de moi, etc. En fait ces prototypes semblent bien spécialisés dans l’absence - et non dans la présence - de motif (peut-on trouver des énoncés liés de motif pour faire qui ne signifieraient que leur genre motivationnel ?)

    Mais, vis-à-vis de certains actes, le motif évoqué peut être monotypique : il vaut pour lui-même et il ne vaut que pour lui-même. Du seul fait que je ne suis pas sourd il n’y a pas de raison pour que tu parles, cries aussi fort, ou que tu te répètes, du seul fait que tu n’es pas tout seul tu n’as pas le droit de faire autant de bruit ou de te servir aussi généreusement dans le plat commun. Ici les motifs évoqués (indiquant eux aussi l’absence d’un motif pour faire) sont les seuls motifs associés aux actes dont il s’agit, ils ne représentent pas un genre dont ils seraient l’espèce la plus représentative.


2.1.2. Absence de motif anti-orienté

    Cette absence est évidemment dans la subjectivité de l’interlocuteur, et elle est coupable :
(f) Tu n'as pas honte ? (avoir honte serait un motif anti-orienté à ce que tu fais : un motif pour ne pas le faire, tu agis donc sans motif pour ne pas agir ainsi)
Ça ne te fait pas plaisir ?
Tu n’as pas eu ce que tu voulais ? Ça ne t'a pas suffi ? (cf. Tu en veux une autre ?)
(f) On ne dit plus bonjour ?

2.1.3. Motif co-orienté de valeur négative

• motif de valeur négative pour le locuteur
(f) La confiance règne !
Si tu as que des trucs comme ça à me dire, hein ! ...
(f) C'est ma (gueule  + tête) qui (ne) te revient pas ?
(f) Tu m'espionnes ? Tu te venges ?
C'est moi qui te fais rire ? Tu te ((moques + fous) de moi + paies ma tête) ?
(f) De qui se moque-t-on ?

• motif de valeur négative pour l’interlocuteur
Tu veux ma main sur la figure?
Tu veux mes doigts ?
Tu veux que je me fâche ?
Tu veux que je me lève ?
(f) Tu veux que je t'aide ? Tu veux un coup de main ?
Ça te (fatiguerait + écorcherait ...) de dire (merci + bonjour) ?

• erreurs de l’interlocuteur
(f) Si tu crois que ça m'amuse ...
Si tu crois t'en tirer comme ça ...
(f) Tu trouves ça (bien + gentil + intelligent + drôle) ?
Monsieur se croit au cinéma ?
Tu crois que c'est malin ? honnête ? obligatoire ?
Tu crois que j'invente ?
Tu crois que je vais me laisser faire ?
Tu crois que je ne te connais pas ?
Tu me prends pour un imbécile ? Tu me prends pour un menteur ?
A qui crois-tu parler ? Pour qui tu me prends ?
(f) Où tu te crois ?
Pour qui tu te prends ? Qu'est-ce que tu te crois ?
Qu'est-ce que tu crois ?

• intentions de l’interlocuteur
(f) Tu veux me faire crever ?
Tu veux rendre tout encore plus difficile ?
Tu veux faire mon portrait ?
C'est pour moi que tu dis ça ?
Tu essaies de me faire peur ?
Qu'est-ce que tu veux me faire dire ?
Qu'est-ce que tu cherches ?
Qu'est-ce que tu insinues ?

• divers
Tu attends le dégel ?
C'est tout ?
(f) Ça t'amuse ?
Tu es devenu formaliste ?
(f) Tu ne te prendrais pas pour le centre du monde, par hasard ?
Où se croirait-on ?
Qu'est-ce qu'il y a de si amusant ?
Qu'est-ce qu'il te faut ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
(f) Qu'est-ce que tu fabriques ?
Qu'est-ce que tu lui trouves ?
Qu'est-ce que ça fait là ?
Qu'est-ce que ça (signifie + veut dire) ?
Qu'est-ce que tu racontes ?
De quoi (je me mêle + tu te mêles) ?

2.1.4. Motif anti-orienté

• motif dont l’effectivité est indépendante de celle de l’acte d’autrui
(f) On est en république.
La république représente la liberté qu’elle est censée octroyer à chacun de faire ce qu’il veut. Corollairement, la république interdit d’interdire, et c’est justement par un acte d’interdiction que l’énonciation de cet énoncé semble nécessairement motivée.
(f) Il ne faut pas t'en faire. (f) Faut pas te gêner.
Tu sais ce que ça peut te coûter ?
Tu (fais + ferais) ça, chez toi ?
Tu n'as rien oublié ?
Tu ne vois pas que j'ai autre chose à faire ?
On s'est tout dit, non ?
(f) Quel âge tu as ?
(f) Qui est-ce qui commande ici ?
Qu'est-ce que ça a à voir ?

• motif anti-orienté constitué par une condition de faisabilité pour le locuteur
    Je puis opposer aux demandes d’autrui que je fasse, avec plus ou moins de désinvolture, une infaisabilité évidente, élémentaire, dont autrui ne serait même pas conscient, mais qui devrait être de nature à le motiver de ne pas m’adresser cette demande :
(f) Je n'ai que deux mains. Je ne lis pas dans le marc de café. Je ne peux pas aller plus vite que la musique.
Et si autrui ne veut pas que je fasse tel acte, je puis le soupçonner de supposer pour cet acte des conditions de faisabilité invraisemblables :
Il faut sortir de Polytechnique pour savoir faire ça ? (un acte banal)

• motif dont l’effectivité est dépendante de celle de l’acte d’autrui

- résultats
(f) Ça fait plaisir !
(Arrête) tu vas me faire pleurer !
Tu auras bonne mine.

- évaluations
(f) Ça suffit ! C'est bon. C'est malin ! Ça va ! C'est du (propre + joli) !
(f) Tu peux (toujours) parler. (f) Tu peux te moquer. Tu peux rire.
Tu en as de bonnes, toi.
Belle mentalité !
Ça fait sérieux !
Où tu vas ?
Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre !
Qu'est-ce que tu as fait ?
(f) Qu'est-ce que c'est que ça ?
(f) Qu'est-ce que c'est que ce cirque !

2.2. Conditions de faisabilité

    La question de la condition de faisabilité d’un acte ne se pose que pour un acte motivé.

2.2.1. Absence de condition de faisabilité co-orientée

motif d’un acte de langage
(f) Qu’en sais-tu ? Qu'est-ce que tu y connais ?

2.2.2. Absence de condition de faisabilité anti-orientée

(f) Tu ne sais pas ?
Si tu savais alors que tu ne réponds pas, ton savoir serait anti-orienté à ton non-acte. Ici ton non-acte se fait sans une telle condition anti-orientée.
Tu dors ?

2.2.3. Condition de faisabilité co-orientée de valeur négative

(f) Comment oses-tu ?
Il faut te le dire en chinois ?

2.2.4. Condition de faisabilité anti-orientée

    On peut évoquer une infirmité ou une incapacité d’autrui qui serait dévalorisante,  et qui est fausse, mais je ne vois pas comment expliquer autrement qu’autrui ne fasse pas ce que je veux.
(f) Tu as perdu ta langue ? Tu es manchot ? Tu es sourd (ou tu es muet) ?
Ça se voit pas ?
(f) Tu peux pas te taire ?
(f) Tu ne peux pas faire attention ? Tu ne peux pas ouvrir les yeux ?
Tu ne peux pas parler (plus simplement + comme tout le monde) ?

    On peut aussi signifier que l’acte d’autrui est d’autant plus injustifiable qu’il est on ne peut plus faisable, comme si autrui ne pouvait pas avoir de motif anti-orienté.
(f) Tu as une langue !
(f) Tu comprends le français ?
Tu entends ce que je te dis ?
Tu sais lire ?


2.3. Causes co-orientées de valeur négative

    Signifier que l’acte d’autrui est dû à une cause plus ou moins dévalorisante c’est dénier à autrui la qualité d’agent agissant librement en fonction de motifs valables. Les questions
Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que tu as ?
sont ambiguës entre motif et cause. On peut les attester suivies d’une cause : Qu’est-ce qu’y a ? T’es malade ?

• causes essentielles :
(f) T'es pas un peu cinglé ? Tu es fou ?
T'as la folie des grandeurs ?
Qu'est-ce que tu as dans la tête ?
Où (que) t'as été élevé ?

• causes accidentelles :
Ça te prend souvent ?
Tu es malade ? T’as un problème ?
Tu as mangé du lion? Tu as tes règles ?
Tu entends des voix ?
Tu es tombé du lit ? Tu t'es levé du pied gauche?
T'es pas heureux ? Ça ne va pas ? (f) T’es pas bien ?
Qu'est-ce qui t'arrive ? Qu'est-ce qui te prend ?


3. Appendice : note sur les figures de conditions d’action

    Certains énoncés liés appartenant au champ sémantique du § 2 font apparaître des figures qui, contrairement aux figures de phrase vues au § 1, ne peuvent s’analyser sans faire référence à la sémantique exposée dans ce § 2. Des énoncés comme Tu te trompes de film, Tu me pompes l’air, Tu te mets le doigt dans l’œil, ne sont que des instanciations des locutions verbales métaphoriques se tromper de film, pomper l’air, se mettre le doigt dans l’oeil, qui admettent une certaine variabilité (personne, temps, modalité de phrase). Certains énoncés liés appellent une analyse différente. Nous ne prendrons, dans cet appendice, que quelques exemples.

    Certaines phrases sont des assertions positives fausses (ou ont, par figure, valeur d’une assertion positive fausse) sans qu’elles aient pour fonction de signifier l’énoncé contradictoire : ce ne sont pas des antiphrases. À première vue il semble qu’elles représentent, par métaphore, un autre état de choses condition d’action. Tu as bu ! se présente comme la cause - accidentelle - de ton acte. Dans son emploi lié, cette assertion ne signifie pas que tu as bu (encore qu’elle ne puisse exclure complètement cette éventualité) - et encore moins que tu n’as pas bu - mais que tu agis comme si tu avais bu : ce qui est commun à l’état de choses figurant (“tu as bu”) et à la cause réelle (?) est leur conséquence, à savoir que tu as un comportement déraisonnable. Mais cette cause réelle n’est pas précisément déterminable. En te disant Tu as bu ! mon propos n’est pas de te signifier que tu agis sous l’influence de telle cause ou autre condition d’action que je ne représente que par métaphore, mais simplement de te signifier que ton comportement actuel est “déraisonnable” : je représente l’effet par le prototype de sa cause. On a donc affaire à une figure de phrase qui peut se définir comme une métalepse métaphorisée . Même analyse pour
Quelle mouche te pique ? “ton comportement est soudain déraisonnable”,
Vous êtes amoureux, aujourd’hui ? “vous avez oublié quelque chose” (18).
C’est la conséquence - imaginaire - de l’acte d’autrui que l’on a dans
Il va pleuvoir. “tu chantes faux”. Une première métalepse prospective (la conséquence imaginaire pour sa cause) débouche sur une autre métalepse prospective : la cause (“tu chantes faux”) devient le motif de l’acte “arrêter de chanter”, qui est demandé).

    D’autres assertions fausses peuvent s’analyser comme des synecdoques. (Ferme la bouche,) on voit ton fond de culotte se présente comme une conséquence de “avoir la bouche ouverte”, mais cet énoncé de conséquence n’a pas pour fonction de signifier que le fait de rester la bouche ouverte a réellement des conséquences de valeur négative, dont celle qui est évoquée serait l’expression hyperbolique et burlesque : il semble qu’il s’agisse, comme dans Y a le feu ?  vu plus haut, d’extraire de l’état de choses évoqué le sème générique, ici de “motif pour fermer la bouche”, que lui confèrent les conditions d’énonciation, et que l’on ait une synecdoque spécialisante hyperbolique, mais sans métaphore, puisque l’isotopie est en quelque sorte préservée entre ce que l’on peut voir et ce que l’on dit voir. On a une autre espèce du même genre de motif dans Ferme la bouche, tu vas gober les mouches.

    Dans Pleure pas, tu la reverras, ta mère, qui ne s’adresse pas à un enfant, le motif évoqué est une espèce du genre “absence de motif pour pleurer”, mais, du fait qu’il présuppose que tu pleures parce que tu as (crois avoir) perdu ta mère (cause prototypique des pleurs de l’enfant), ce qui n’est évidemment pas le cas, cet énoncé se veut humiliant. Dans un genre de motif isotopique aux pleurs, mais, cette fois, motif pour pleurer, on a, tout aussi ironique et blessant, avec une fausse relation cause / conséquence : Pleure, tu pisseras moins.
    Ces énoncés mériteraient un examen approfondi qui dépasse le cadre de la présente étude.


Conclusion

    Nous n’avons abordé ici qu’une partie du vaste ensemble des énoncés liés, dans lequel les figures de phrase et les représentations de conditions d’action couvrent d’autres secteurs.

    En ayant recours à l’antiphrase le locuteur se dédouble en deux instances locutrices, l’une, celle de la littéralité de l’énoncé, qui se montre favorable à l’auditeur, mais c’est un masque dont on sait qu’il n’est là que pour mieux représenter par son contraire la seconde instance, la vraie, qui est malveillante. Dans la question rhétorique, le locuteur fait à la fois la question et la réponse, et en cela il laisse peu de place à son interlocuteur (19). Lorsque le locuteur énonce des évidences on peut le soupçonner de prendre son auditeur pour un imbécile, susceptible de bévues grossières, à qui de telles assertions apporteraient réellement une information. Bien que les figures de phrases étudiées n’aient certainement pas à être définies globalement comme violentes et qu’elles ne constituent qu’une dimension facultative du procès en déraison, elles peuvent s’allier efficacement avec les procédés de sémantique des conditions d’action pour produire un effet agressif assez éloigné de la fonction de politesse dans laquelle on a pu voir la principale motivation des actes de langage indirects. (20)




Notes

(1) La présente étude constitue une première application d’une entreprise lexicographique en cours (Dicomotus), présentée dans “Énoncés liés de motif” (à paraître Mélanges Fónagy). Le corpus est ici constitué de tout venant, mais surtout d’énoncés oraux plus ou moins familiers dont j’ai commencé le relevé et dont je recherche des attestations dans le corpus cinématographique.

(2) On voit incidemment (avec Il faut te faire un dessin ?) que j’utilise une notion de “représentation d’une condition d’action” qui n’est pas limitée à la modalité assertive mais qui est à situer au niveau de ce que Searle appelle l’acte propositionnel. Pour reprendre son exemple, il y a la même proposition “Jean fumer beaucoup” dans les énoncés Jean fume beaucoup, Jean fume-t-il beaucoup ?, Fume beaucoup, Jean ! ou Si Jean fume beaucoup, etc. (Searle [1969] 1972 : 60).

(3) Ce pouvoir déniant un motif pour faire (“il n’y a pas de quoi”) est à distinguer de celui de Tu peux me supplier, “même si tu me supplies, je ne céderai pas” : non pas “il n’y a pas de motif pour que tu me supplies” mais “ta supplication n’est pas un motif pour que je cède”.

(4) “Vous  avez fait des folies !  ... Vous allez vous faire gronder !”, à quelqu’un qui me fait un cadeau de quelque prix, est, pour Morier (1975 : 565 citant Daninos, Le Jacassin), un astéisme - une “civilité”.

(5) La figure porte sur la morpho-syntaxe marquant la modalité de phrase et remplace ainsi une phrase par une autre. La notion de “figure de phrase” permet ici un regroupement commode de trois phénomènes - antiphrases, figures de modalité de phrase, évidences - qui sortent du cadre classique du mot.

(6) Il en va autrement des assertions positives qui impliquent un impératif négatif portant sur le même contenu propositionnel, comme Tu me fatigues. (“tu me fatigues, alors arrête de me fatiguer”) ou, inversement : Tu n’as pas répondu à ma question (“tu n’as pas répondu, alors réponds”) où l’impératif ne se substitue pas à l’assertion mais s’y ajoute.

(7) Penser aussi au jeu de mot (d) Moi c’est moi et toi [tetwa], où l’assertion suggérée par le parallélisme se révèle être un impératif portant sur un autre contenu propositionnel. On aurait ici une métaphore de phrase à base phonologique (homophonie).

(8) Par contre on a plutôt une interrogation indirecte elliptique dans (d) Si c’est pas honteux ! (je te demande un peu ! + 0).

(9) C’est le présupposé qui est affirmé dans (d) Ça te prend souvent ? “il arrive que ça te prenne”.

(10) Les questions totales portant sur l’opinion d’autrui [Tu crois (pas) que <p>?] impliquent, à la forme positive [Tu crois ?], - p, et, à la forme négative [Tu crois pas ?], + p, conformes en cela à la définition de la question oratoire.

(11) On pourrait parler de “questions neutres” (au sens précis de neuter “ni l’un ni l’autre”) pour des questions totales négatives qui, certes, ont valeur d’assertion affirmative, mais auxquelles il n’est possible à autrui de répondre ni par oui ni par non : (d) Tu peux pas la fermer ? (“tu le peux”). Si l’interlocuteur répond Si, il se met en tort, puisqu’on lui reproche justement de parler, et s’il répond Non, il avoue ne pas disposer d’un pouvoir élémentaire. (Comparer les réponses oui et non à Tu as perdu ta langue ?)

(12) Pour trouver une question totale négative à valeur d’impératif négatif on peut citer, hors champ : Tu ne m’en veux pas ? (Allez ! + Dis !  + 0) > Ne m’en veuille pas.

(13) On a une question alternative (disjonctive) à valeur d’impératif dans(d) C’est pour aujourd’hui ou pour demain ? “ que ce soit pour aujourd’hui”.

(14) On a une question partielle donnant une assertion de valeur positive déterminée en langue dans À qui le dis-tu ? “à moi, qui suis bien placé pour le savoir”.

(15) Il peut y avoir ambiguïté dans le sens impliqué, entre une question qui implique une réponse de valeur négative et une question qui implique la négation du thème : (d) Ça te mène à quoi ? peut s’entendre “ça te mène à des conséquences de valeur négative” (syn. On sait où ça mène !) ou “ça ne te mène à rien”, “c’est sans conséquence” (syn. Qu’est-ce que ça change ?). Dans Qu’est-ce que tu veux (y) faire ? on peut considérer que le sens “il n’y a rien à faire” s’obtient par épuisement des solutions qui se révèlent toutes de valeur négative ou du moins non-positives : “il ne peut être tenté que des actes n’ayant pas de valeur positive, inutiles, ou pire”.

(16) En utilisant l’assertion pour ordonner, le locuteur ne laisse aucune liberté à l’interlocuteur dans la mesure où il présente ce qu’il demande comme étant pratiquement déjà acquis.

(17) Les différents sens de cet énoncé ont été étudiés par Milner et Milner (1975).

(18) Je n’ai trouvé que cette seule cause qui soit de valeur positive : elle s’adresse au client distrait qui paie son achat et s’en va les mains vides. Cet énoncé reconnaît qu’il existe au moins une bonne raison de déraisonner.

(19) Certaines questions ne permettent pas une réponse directe. Par exemple, à la question Y a le feu ? en principe on ne peut pas répondre oui  puisque cet énoncé lié ne s’emploie que lorsqu’il n’y a pas le feu, et on ne peut pas répondre non parce que ce serait perdre la face en reconnaissant qu’on se hâte sans motif, dans la mesure où ce “y a le feu” métaphorise tout motif pour se presser. Le jeu du locuteur consiste à laisser l’auditeur bouche bée, mais l’auditeur peut répliquer autrement que par une réponse.

(20) Kerbrat-Orecchioni (1994) reprend à son compte et amplifie la fameuse assertion de Searle ([1979] 1982 : 90) : “La motivation principale - sinon la seule - qui conduit à employer les formes indirectes est la politesse”, et ajoute, parlant de l’atténuation de la menace pour la face du destinataire que constituent les formulations indirectes de l’ordre, que “la même chose pourrait être dite de toutes les formulations indirectes de tous les actes de langage” [je souligne, MMB]. L’auteur conclut : “C’est ainsi que la théorie du “facework” et de la politesse fournissent au linguiste d’efficaces principes explicatifs de ce qu’il ne peut sinon que constater.”



Références bibliographiques


Fónagy, Iván  (1982) : Situation et signification, Amsterdam : Benjamins.

Kerbrat-Orecchioni, Catherine (1994), “Rhétorique et pragmatique : les figures revisitées”, Langue française 101 : 57-71.

Martins-Baltar, Michel (1994) : Analyse motivationnelle du discours, Paris : Hatier-Didier.

Martins-Baltar, michel (à paraître Mélanges Fónagy) : “Énoncés liés de motif : le projet de dictionnaire Dicomotus."

Milner, Judith, et Milner, Jean.-Claude (1975) : “Interrogations, reprises, dialogue”, in Kristeva, Julia et al. (dir.), Langue, Discours, Société, Paris : Seuil.

Morier, Henri (1975), Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris : PUF.

Searle, John r. (1969) : Speech Acts, Cambridge : CUP; trad. fçse : Les actes de langage, Paris : Hermann, 1972.