Les ŽnoncŽs usuels et le modle
motif <-> rŽaction
Michel Martins-Baltar
ENS Fontenay / Saint-Cloud, Umr 8503 (Inalf, Cnrs)
1. Approches du caractre
usuel d'un ŽnoncŽ
Cet article a pour objet la
problŽmatique de l'Žtablissement d'une nomenclature pour un
dictionnaire d'ŽnoncŽs usuels. Qu'est-ce qu'un ŽnoncŽ usuel ? On peut
partir de l'idŽe que les ŽnoncŽs usuels ont une certaine rŽalitŽ
intuitive. Certains ŽnoncŽs semblent lexicalisŽs et mŽmorisŽs.
L'exercice consistant ˆ repŽrer dans un corpus des ŽnoncŽs qui seraient
intuitivement usuels permet d'obtenir des candidats et de commencer ˆ
s'interroger. Par contre on trouve assez peu d'ŽnoncŽs lexicalisŽs dans
les dictionnaires, mis ˆ part les proverbes, qui ont ŽtŽ relevŽs depuis
longtemps. Par exemple le Rey-Chantreau et le TLF notent tous deux Il faut avoir le coÏur bien
accrochŽ et C'est
mon affaire, mais seul le TLF relve Tu te fais attendre ou
Qu'est-ce qui t'arrive ?.
La nŽcessitŽ et les bases d'une
lexicographie pragmatique fonctionnelle, monolingue et bilingue, ont
ŽtŽ Žtablies par F—nagy (1982) dans
Situation et Signification. F—nagy part de l'idŽe qu'il y
a des ŽnoncŽs qui sont rŽcurrents dans certaines situations, auxquelles
ils sont liŽs. Flaubert notait par exemple dans son Dictionnaire des idŽes reues,
cet ŽnoncŽ en situation :
BåILLEMENT. Il faut dire : “Excusez-moi, ‚a ne vient pas
d'ennui, mais de l'estomac.”
La constatation, dans l'expŽrience d'une langue Žtrangre au quotidien,
que, pour une mme situation, les ŽnoncŽs d'une langue dont la
traduction littŽrale est linguistiquement acceptable dans une autre
langue, n'y sont pas pour autant forcŽment acceptables pragmatiquement,
conduit F—nagy ˆ concevoir la rŽalisation d'un dictionnaire ˆ entrŽes
multiples mettant en relation donnŽes encyclopŽdiques, idŽologiques,
lexicales, grammaticales, phonŽtiques. La description de la situation ˆ
laquelle un ŽnoncŽ est liŽ y serait bipartite et indiquerait, d'une
part, le stimulus avec ses antŽcŽdents essentiels verbaux et
non-verbaux, et d'autre part la rŽaction du locuteur ˆ ce stimulus (op. cit. p. 111). Ë qui ai-je l'honneur ?,
c'est ce qu'on peut demander ˆ un inconnu qui s'adresse ˆ vous pour
s'enquŽrir de son identitŽ.
D'un point de vue Žtroitement
linguistique, de nombreux ŽnoncŽs prŽsentent un figement, consŽquence
et indice de leur caractre liŽ. F—nagy (1982, 1997) relve des cas de
figements phonŽtiques, prosodiques, syntaxiques, sŽmantiques,
rhŽtoriques, mais note que de telles particularitŽs ne sont pas
nŽcessaires aux ŽnoncŽs liŽs. C'est
moi qui te le dis et Ce
n'est pas moi qui le dis, dŽpourvus de particularitŽs
formelles, ont des conditions de vŽritŽ opposŽes mais sont employŽs
comme synonymes pour garantir la vŽritŽ de ce que vient de dire le
locuteur.
Quelle que soit la mŽthode utilisŽe pour
Žtablir sa nomenclature, un dictionnaire doit dŽfinir ses entrŽes. Le
dictionnaire auquel je travaille, Dicomotus
(dictionnaire des ŽnoncŽs de motif usuels) (1), essaie d'appliquer ˆ la
lexicographie un modle explicatif fonctionnel, pragmatique, qui met au
premier plan la notion de motivation des actes (2), et en particulier
la motivation des actes d'Žnonciation d'un ŽnoncŽ. Il s'agit donc de
mettre en place des variables susceptibles d'apprŽcier le caractre
usuel des ŽnoncŽs. Le modle Motif <-> RŽaction est
construit ˆ partir de l'observable discursif dans lequel apparaissent,
de manire assez abondante, des rŽalisations et des reprŽsentations de
motifs et d'actes mises en relation explicites ou implicites, et cela
dans des ŽnoncŽs usuels ou non.
2. Le modle Motif
<-> RŽaction
RŽsumons d'abord ˆ gros traits les
hypothses constitutives de ce modle.
GŽnŽralement, le discours ne rŽfre pas
l'action humaine volontaire ˆ des causes qui la produiraient
mŽcaniquement, mais ˆ des motivations en fonction desquelles l'agent se
dŽtermine (3). La relation cause -> effet est unilatŽrale, alors
que la relation motif <-> acte est bilatŽrale : quelque
chose motive un acte, et cet acte rŽagit par rapport ˆ ce qui le
motive. Si je prends mon parapluie parce qu'il pleut, prendre mon
parapluie me protge de la pluie. Je peux toujours dire que je prends
n'importe quoi parce qu'il pleut, un tournevis, mais on aura peine ˆ
comprendre. C'est parce que le motif ne cause pas que se pose la
question de l'intelligibilitŽ de la rŽaction par rapport ˆ un motif
donnŽ.
Qu'est-ce qu'un motif ? On considŽrera
comme pouvant avoir une fonction de motif tout ce qui donne,
directement ou indirectement, une valeur — une Žvaluation, positive ou
nŽgative, ˆ un acte. L'Žvaluation d'un acte peut se faire sur le mode
programmatif (Il faut
aviser) ou sur le mode factif (Voilˆ une bonne chose de faite).
Ce qui donne valeur ˆ un acte peut le
faire par convention, c'est le cas du feu rouge par rapport ˆ l'acte
stopper le vŽhicule, c'est le cas d'un verbe ˆ l'impŽratif par rapport
ˆ la rŽalisation de l'acte dŽnommŽ par le verbe. La valeur d'un acte
peut aussi lui tre donnŽe par une entitŽ en tant qu'elle est elle-mme
ŽvaluŽe.
“Il y a trop de bruit dehors”, de valeur
nŽgative, peut motiver (donner une valeur programmative positive ˆ)
fermer la fentre, acte de valeur nŽgative pour le bruit entendu ˆ
l'intŽrieur, du fait qu'il le diminue.
Les valeurs, tant celles des motifs que
des actes motivŽs, se situent essentiellement sur les axes hŽdonique
(l'agrŽable, le dŽsagrŽable), Žthique (le bien, le mal), technique
(l'utile, l'inutile), mais aussi sur l'axe ŽpistŽmique.
De manire gŽnŽrale, un Žtat de choses
ou un tre de valeur positive donnent une valeur positive ˆ un acte
ayant une valeur positive par rapport ˆ cet Žtat de choses ou cet tre,
et inversement pour les entitŽs de valeur nŽgative. Quant ˆ la
rŽalisation de ce qui fonctionne comme motif, elle peut tre
indŽpendante ou dŽpendante de celle de l'acte motivŽ : on oppose alors
les motifs du type “cause” d'un c™tŽ (J'ai fermŽ la fentre, il y
avait trop de bruit) et, de l'autre, les motifs du type
“but” (J'ai fermŽ la
fentre pour Žcouter la radio) ou “consŽquence” (Ferme la fentre, ça fera moins
de bruit).
La notion gŽnŽrale de motif recouvre les
motifs pour faire et les motifs pour ne pas faire, lesquels produisent
des relations concessives (Il
a fermŽ la fentre malgrŽ les protestations, on Žtouffe).
On observe, trs schŽmatiquement, deux grands
types de rŽaction : l'Žvaluation, qui laisse les choses en l'Žtat, et
l'intervention, qui apporte un changement (4). Les rŽactions peuvent
tre dites cognitives lorsqu'elles portent sur la connaissance du
motif, et objectives lorsqu'elles portent sur l'objet motif lui-mme.
On va donc dŽfinir l'Žnonciation d'un
ŽnoncŽ comme la rŽalisation d'une fonction rŽactive sur le motif
d'Žnonciation de cet ŽnoncŽ :
ŽnoncŽ
= rŽaction (motif d'Žnonciation)
Ce modle est utilisŽ pour apprŽcier le caractre
usuel des ŽnoncŽs au niveau du motif de leur Žnonciation mais aussi,
pour certains d'entre eux, au niveau de leur contenu.
3. Le motif d'Žnonciation
3.1. Motif d'Žnonciation
et contenu de l'ŽnoncŽ : ŽnoncŽs libres / liŽs
On dŽfinit d'abord la
notion de motif d'Žnonciation par dŽfaut d'un ŽnoncŽ en partant de la
dŽfinition des actes illocutoires littŽraux (5), rŽalisŽs par des
moyens morphosyntaxiques. Le motif d'Žnonciation par dŽfaut est une
attitude propositionnelle, donnŽe par l'illocutoire de la phrase, ou
“modalitŽ de phrase”, appliquŽe au contenu propositionnel. Le motif
d'Žnonciation par dŽfaut d'une assertion est que le locuteur croit que
le contenu propositionnel de l'assertion est vrai. Ainsi, l'ŽnoncŽ Il pleut, c'est ce
qu'on peut dire lorsqu'on croit qu'il pleut — et a fortiori quand il
pleut. Des dŽfinitions de ce genre dans un dictionnaire
n'aurait aucune utilitŽ. Similairement le motif d'Žnonciation par
dŽfaut d'une question est que le locuteur dŽsire que l'allocutaire
rŽponde ˆ la question, et pour un impŽratif, qu'il fasse ce qu'on lui
demande (6).
On dŽfinit ensuite le motif d'Žnonciation
nŽcessaire d'un ŽnoncŽ comme Žtant le motif d'Žnonciation commun ˆ tous
ses emplois possibles, c'est-ˆ-dire ˆ tous ses motifs d'Žnonciation
actuels. Le motif d'Žnonciation nŽcessaire du Rien ne va plus du
croupier peut tre dŽfini comme le fait qu'il est temps que les joueurs
cessent de miser, contrairement au motif d'Žnonciation par dŽfaut qui
serait que le croupier croit que rien ne va plus.
On propose alors une interprŽtation —
partielle, cf. 5 infra —
de la notion d'ŽnoncŽ liŽ chez F—nagy en posant qu'un ŽnoncŽ est liŽ ˆ
son motif d'Žnonciation nŽcessaire si celui-ci est distinct de son
motif d'Žnonciation par dŽfaut.
Le motif d'Žnonciation par dŽfaut d'un
ŽnoncŽ est le rŽsultat d'une analyse linguistique de la littŽralitŽ de
l'ŽnoncŽ ; le motif d'Žnonciation nŽcessaire d'un ŽnoncŽ peut avoir
diffŽrents types de marques linguistiques, mais il peut n'en avoir
aucune. C'est en ce sens que F—nagy parle du caractre “secret” de la
compŽtence pragmatique (op.
cit. p. 109).
3.1.1.ÉnoncŽs sans
contenu propositionnel
Le modle Motif
<-> RŽaction interprte dans un premier temps l'ŽnoncŽ
comme une rŽaction ˆ un motif d'Žnonciation ; dans un deuxime temps il
s'applique au contenu des ŽnoncŽs pour distinguer ceux qui reprŽsentent
un motif pour un acte, acte dont on prŽcisera plus loin le rapport avec
le motif d'Žnonciation. Nous ne retenons pour l'instant cette
distinction que pour la mettre en rapport avec la facultŽ, pour un
ŽnoncŽ, de reprŽsenter Žventuellement son motif d'Žnonciation
nŽcessaire.
Faute de contenu propositionnel un motif
d'Žnonciation par dŽfaut ne peut tre dŽfini pour des ŽnoncŽs tels que Oui, Merci, Bonjour, Eh ben dis
donc !, Eh oui…, qui ont des motifs d'Žnonciation
nŽcessaires nullement reprŽsentŽs prŽcis et des fonctions prŽcises. Ils
sont donc liŽs.
3.1.2. ƒnoncŽs ne
reprŽsentant pas un motif
Il y a des ŽnoncŽs qui ont
un contenu propositionnel mais qui ne semblent pas s'utiliser comme
reprŽsentations d'un motif. C'est le cas des assertions C'est la vie, Ça dit bien ce que
‚a veut dire, Ça ne s'invente pas, qui sont liŽes du fait
qu'elles ne reprŽsentent pas explicitement leur motif d'Žnonciation
nŽcessaire.
Il pleut reprŽsente un phŽnomne climatique. Le
locuteur peut employer cet ŽnoncŽ lorsqu'il croit qu'il pleut. Certes
cet ŽnoncŽ a des emplois qui excdent sa motivation par dŽfaut : on
peut l'employer lorsqu'on va sortir sous la pluie, pour signifier
“prends ton parapluie” ou lorsqu'on roule sous la pluie, pour signifier
“ne roule pas si vite”, etc. Mais un motif d'Žnonciation commun ˆ tous
les emplois ne peut tre dŽfini au-delˆ de ce que l'ŽnoncŽ reprŽsente,
c'est-ˆ-dire au-delˆ de son motif d'Žnonciation par dŽfaut. C'est un
ŽnoncŽ libre.
Je
suis mort, par contre, ne peut tre prononcŽ qu'en dŽpit
de son motif d'Žnonciation par dŽfaut, et signifie par hyperbole que je
suis trs fatiguŽ. On pourrait tre tentŽ de dire que cet ŽnoncŽ a pour
motif d'Žnonciation nŽcessaire que le locuteur se sent trs fatiguŽ.
Mais quelle serait la fonction de l'ŽnoncŽ par rapport ˆ ce motif
d'Žnonciation ? Ce serait une simple reprŽsentation, si bien que, par
dŽfinition, l'ŽnoncŽ ne serait pas liŽ ˆ l'Žtat de fatigue. Un ŽnoncŽ
figurŽ n'a d'autre lien ˆ un motif d'Žnonciation nŽcessaire que celui
de ce qu'il reprŽsente, et il se trouve que Je suis fatiguŽ
n'est gure plus liŽ que Il
pleut.
De mme une question comme Quelle heure est-il ?,
un impŽratif comme Ferme
la porte ne sont pas des ŽnoncŽs qui reprŽsentent un
motif dans tous leurs emplois.
3.1.3. ƒnoncŽs
reprŽsentant un motif
Les ŽnoncŽs qui
reprŽsentent un motif pour un acte dŽfinissable vont reprŽsenter leur
motif d'Žnonciation nŽcessaire de manire explicite (totale ou
partielle), ou implicite. L'explicite utilise la dŽnomination ou la
prŽsupposition et peut donner des ŽnoncŽs libres ou plus ou moins liŽs.
L'implicite donne des ŽnoncŽs liŽs, lorsque le motif d'Žnonciation
nŽcessaire est reprŽsentŽ par une mŽtonymie fonctionnant sur des
relations motif / acte praxŽologiques fondŽes dans l'extralinguistique,
ou par des relations motif / acte pragmatiques fondŽes sur des
conventions linguistiques.
3.1.3.1. ReprŽsentation
explicite du motif d'Žnonciation nŽcessaire
— dŽnomination :
Il faut appeler les choses par leur nom
reprŽsente un motif pour appeler les choses par leur nom, et s'emploie
lorsque que le locuteur “appelle”, dŽnomme qch. d'une manire frappante
: l'ŽnoncŽ ne reprŽsente que partiellement son motif d'Žnonciation,
qu'il sert ˆ justifier. Il
faut que j'y aille, qui reprŽsente un motif pour que j'y
aille, ne s'emploie pas nŽcessairement lorsqu'il faut que j'aille ˆ un
endroit dŽterminŽ mais simplement lorsque je veux quitter mon
interlocuteur, lorsque je veux m'en aller. Il faut que je te fasse un aveu
semble reprŽsenter assez compltement son motif d'Žnonciation
nŽcessaire, qui est l'intention du locuteur de faire un aveu, ˆ cela
prs que le locuteur est disposŽ ˆ faire l'aveu dans l'instant qui
suit. Ces ŽnoncŽs sont donc relativement liŽs, alors que Il faut acheter du pain
est un ŽnoncŽ tout ˆ fait libre.
— prŽsupposition :
Il faut savoir s'arrter
ne se dit qu'ˆ propos d'un acte duratif, mais la valeur nŽgative que
prendrait le motif d'Žnonciation nŽcessaire si l'on n'arrtait pas
n'est pas marquŽe. Je
n'ai rien ˆ ajouter ne se dit qu'ˆ propos d'un acte dŽjˆ
entrepris, mais rien ne marque qu'il s'agit nŽcessairement d'un acte de
reprŽsentation. Ces ŽnoncŽs sont liŽs. Par contre J'ai fini,
prŽsupposant que je faisais quelque chose, est entirement libre.
3.1.3.2. ReprŽsentation
du motif d'Žnonciation nŽcessaire par implicite praxŽologique
On parlera d'implicite
praxŽologique pour des relations motif d'Žnonciation / ŽnoncŽ qui sont
fondŽes dans la rŽalitŽ extralinguistique.
Je ne suis pas sourd a un emploi liŽ qui
consiste ˆ reprocher ˆ mon interlocuteur de parler trop fort et donc ˆ
lui demander de parler moins fort en lui reprŽsentant qu'il n'y a pas
de motif pour parler fort. Cet emploi maintient le motif d'Žnonciation
par dŽfaut de l'ŽnoncŽ qui est que je prŽtends ne pas tre sourd, mais
il y ajoute quelque chose qui est le vŽritable motif d'Žnonciation de
l'ŽnoncŽ, le fait que “tu parles trop fort”. Il y a un rapport
extralinguistique technique de motivation entre le fait que quelqu'un
soit sourd et le fait de lui parler fort. La fonction de l'ŽnoncŽ n'est
pas simplement de reprŽsenter par mŽtonymie son motif d'Žnonciation,
elle consiste surtout ˆ l'Žvaluer (7). On a un rapport de motivation
conventionnelle dans J'Žtais
lˆ avant vous, qui s'emploie dans la queue lorsque
quelqu'un, arrivŽ aprs vous, vous passe devant, au mŽpris de la
convention extralinguistique qui veut que l'on passe dans l'ordre
d'arrivŽe.
3.1.3.3. ReprŽsentation
du motif d'Žnonciation nŽcessaire par implicite pragmatique
On parlera d'implicite
pragmatique, en contraste avec l'implicite praxŽologique, lorsque la
reprŽsentation du motif d'Žnonciation fait appel ˆ des conventions
linguistiques. Certaines de ces conventions sont quelque peu fondŽes au
niveau praxŽologique. Les autres constituent les implicites les plus
secrets. Prenons quelques cas de figure.
— praxŽologie fantaisiste
:
L'analyse praxŽologique ne
peut pas faire l'hypothse que l'ŽnoncŽ Il va pleuvoir est
utilisŽ pour s'adresser ˆ quelqu'un qui chante faux. Mme la valeur
nŽgative de la pluie est conventionnelle dans cet ŽnoncŽ. Mais si
chanter faux provoquait la pluie — une pluie de valeur nŽgative
s'entend — il y aurait lˆ un motif pour s'abstenir. De mme, la
praxŽologie ne peut pas faire l'hypothse que l'ŽnoncŽ Un ange passe soit
utilisŽ pour expliquer un blanc dans la conversation (8), mais si un
ange passait, il y aurait lˆ un motif, et mme une cause, pour rester
bouche bŽe. On n'a pas
ŽlevŽ les cochons ensemble se rŽfre ˆ une
pseudo-convention selon laquelle une telle expŽrience partagŽe
(conventionnellement de valeur nŽgative) permettrait de se tutoyer.
— convention d'usage d'un
terme vague :
Soit le verbe arriver avec un
Žtat de choses pour sujet. Il peut arriver n'importe quoi, mais c'est
par convention d'usage que Tu
sais ce qui m'arrive ? renvoie essentiellement ˆ une
situation nouvelle et surprenante, que Ça ne m'arrivera plus
renvoie ˆ une faute que j'ai commise, que Tu crois que c'est arrivŽ
construit un allocutaire qui prend ses dŽsirs pour la rŽalitŽ, ou
encore que Ça n'arrive
pas qu'aux autres se dit d'une Žpreuve telle qu'une
maladie, un accident, et que Si
jamais il m'arrive quelque chose… envisage un accident ou
un dŽcs.
— figures de modalitŽ de
phrase :
Les ŽnoncŽs qui ne
respectent pas leur modalitŽ de phrase, notamment les questions
rhŽtoriques, ne respectent pas leur motif d'Žnonciation par dŽfaut. Ils
sont donc liŽs ˆ un autre motif d'Žnonciation.
La question Y
a le feu ? a pour motif d'Žnonciation nŽcessaire, dans son
emploi liŽ, non pas “le locuteur dŽsire que l'allocutaire lui dise s'il
y a le feu”, ni “le locuteur pense qu'il n'y a pas le feu”, mais
“l'allocutaire est, aux yeux du locuteur, inutilement pressŽ”, avec un
fondement praxŽologique (9).
— autres cas :
L'implicite pragmatique se
rencontre dans d'autres cas de figures, tels que les ŽnoncŽs
elliptiques (Si tu veux
mon avis…, Ce serait ˆ refaire…), les ŽnoncŽs “dŽmotivŽs”
par rapport ˆ leur contenu littŽral (Tu parles !, Tu penses !),
etc.
3.1.4. ƒnoncŽs homonymes
quant ˆ leur motif d'Žnonciation nŽcessaire
O tu te crois ? ne s'emploie gure pour
demander de satisfaire mon dŽsir de savoir o tu te crois. Cette phrase
n'a qu'un emploi liŽ ˆ un acte inconvenant de l'allocutaire. Il va pleuvoir
peut donner deux ŽnoncŽs, l'un liŽ, l'autre pas. On a deux emplois liŽs
pour Tu veux que je
t'aide ?, qui est soit une proposition soit une menace
(par ironie), mais ne s'emploie gure simplement pour savoir si
l'allocutaire veut que je l'aide.
Je ne suis pas sourd a un emploi libre et deux emplois
liŽs : celui, mentionnŽ, o l'allocutaire parle trop fort, un autre o
il se rŽpte.
3.2. GŽnŽricitŽ et
spŽcificitŽ du motif d'Žnonciation nŽcessaire
Les ŽnoncŽs peuvent tre
plus ou moins liŽs selon la plus ou moins grande quantitŽ d'information
explicite qu'ils contiennent sur leur motif d'Žnonciation nŽcessaire.
Ils sont par ailleurs plus ou moins spŽcifiques selon que leur motif
d'Žnonciation nŽcessaire peut tre dŽfini en termes gŽnŽraux ou en
termes prŽcis. Quelques exemples (voir aussi 4.5.) : C'est mon affaire
(situation non-dŽterminŽe), Ça
ne m'arrivera plus (acte fautif non dŽterminŽ), Rien ne va plus
(acte matŽriel prŽcis),
Je ne suis pas sourd (acte de langage non dŽterminŽ), Un ange passe (trou
dans la conversation), Je
n'ai rien ˆ ajouter (acte de reprŽsentation), (acte de
dŽnomination).
4. Application du modle
au niveau Žnoncif : reprŽsentation de motifs, ŽnoncŽs liants
4.1. Motifs rŽtrospectifs
et motifs prospectifs
Nous avons dŽjˆ vu comment
un ŽnoncŽ peut donner des informations sur son motif d'Žnonciation
nŽcessaire lorsque l'ŽnoncŽ reprŽsente un motif pour un acte
dŽfinissable. Un motif reprŽsentŽ peut en fait s'articuler de deux
manires avec le motif d'Žnonciation de l'ŽnoncŽ.
Ça pousse pas s'emploie usuellement pour se
moquer plaisamment de quelqu'un qui laisse tomber de la monnaie.
L'ŽnoncŽ nie un Žtat de choses qui, s'il Žtait vŽrifiŽ, justifierait,
motiverait de “semer” de l'argent. Le motif reprŽsentŽ se situe comme
motif de l'acte motif d'Žnonciation de l'ŽnoncŽ. On dira que c'est un
motif rŽtrospectif.
Il
faut te faire un dessin ? s'adresse usuellement ˆ
quelqu'un qui ne comprend pas une information implicite. Dans cet
exemple le motif d'Žnonciation n'est pas un acte et ce que reprŽsente
l'ŽnoncŽ ne saurait en tre le motif. “Te faire un dessin” serait, par
contre, un acte motivŽ par ton incomprŽhension, ayant pour fonction de
te faire comprendre. Le motif reprŽsentŽ est prospectif.
4.2. ReprŽsenter ou non
un motif
Nous avons dŽjˆ mentionnŽ
le cas o l'ŽnoncŽ n'a pas de contenu propositionnel et, donc, ne
reprŽsente pas un motif (Bonjour),
celui o l'ŽnoncŽ a bien un contenu propositionnel mais n'est pas
utilisŽ comme motif (C'est
la vie), celui o l'ŽnoncŽ peut reprŽsenter un motif, mais
qui n'est pas dŽfinissable (Il
pleut). Deux autres cas de figure se rencontrent :
— l'ŽnoncŽ, ou plut™t la phrase, entitŽ linguistique considŽrŽe hors
emploi, donne lieu ˆ deux ŽnoncŽs pragmatiquement homonymes, l'un qui
ne reprŽsente pas de motif, l'autre si, comme Je ne suis pas sourd, Il va
pleuvoir, ou
Quel ‰ge tu as ? demandant soit simplement de dire son
âge, soit ne demandant rien mais critiquant un acte de l'allocutaire
jugŽ rŽgressif en reprŽsentant un motif pour ne pas le faire (10) ;
— l'ŽnoncŽ reprŽsente un motif dŽfinissable dans tous ses emplois : Affaire classŽe,
toujours motif pour ne pas y revenir, Il faut que j'y aille,
toujours motif pour s'en aller, O
tu te crois ?, toujours motif (de valeur nŽgative) pour
ton comportement inconvenant.
Le champ de Dicomotus comprend
les ŽnoncŽs des deux derniers types (11), mais un dictionnaire gŽnŽral
des ŽnoncŽs usuels comprendrait Žgalement les ŽnoncŽs liŽs des deux
premiers types.
4.3. Mode de rŽfŽrence ˆ
l'acte motivŽ dans l'ŽnoncŽ
De mme qu'un ŽnoncŽ ne
peut tre considŽrŽ comme liŽ ˆ un motif d'Žnonciation que si le
contenu de l'ŽnoncŽ et le motif d'Žnonciation de l'ŽnoncŽ font deux, on
dira qu'un ŽnoncŽ est liant s'il reprŽsente un motif pour un acte qui
n'est pas explicitŽ dans l'ŽnoncŽ.
On dira explicites les ŽnoncŽs de motif
qui contiennent une dŽnomination de l'acte motivŽ, et implicites les
autres, en se mŽfiant des ŽnoncŽs de motif faussement explicites, comme
Tu peux dire (tout) ce
que tu veux, qui, lorsqu'il ne consiste pas ˆ donner la
permission de dire ce qu'on veut, reprŽsente — implicitement — un non
motif pour que je tienne compte de ce que tu dis.
Exemples d'ŽnoncŽs non liants
reprŽsentant un motif explicite :
a) rŽtrospectif : Il
faut que j'y aille, Il faut appeler les choses par leur nom,
b) prospectif : Il ne
faut pas se laisser abattre, Je n'ai rien ˆ ajouter.
Exemples d'ŽnoncŽs liants
reprŽsentant un motif implicite :
a) rŽtrospectif : Tu ne
m'apprends rien (acte de reprŽsentation), On est en quelle annŽe ? (comportement
archa•que), Il n'y a
pas de quoi (acte rŽtributif : remerciement, excuse),
b) prospectif : Affaire
classŽe (ne plus y revenir), Rien ne va plus
(cesser les mises), Tu
peux dire tout ce que tu veux (ne pas en tenir compte).
Les motifs rŽtrospectifs renvoient ˆ un
motif d'Žnonciation actif de l'ŽnoncŽ par des procŽdŽs explicites ou
par implicite praxŽologique ou pragmatique (cf. 3.1.3) ; les motifs
prospectifs peuvent renvoyer avec les mmes procŽdŽs ˆ un acte motivŽ
par le motif d'Žnonciation nŽcessaire : dŽnomination de l'acte dans Tu veux que je t'aide ?,
implicite praxŽologique dans Tu
vas y arriver, motif pour persŽvŽrer, implicite plus
pragmatique que praxŽologique dans Les
amis de nos amis sont nos amis, motif pour traiter en amis
les amis de nos amis.
4.4. Formules et
formulaires
Si l'on retient Il faut appeler les choses par
leur nom, on ne souhaite pas enregistrer Il faut acheter du pain,
qui n'est ni liŽ (il reprŽsente son motif d'Žnonciation nŽcessaire) ni
liant (il explicite l'acte motivŽ par le motif qu'il reprŽsente).
Pourtant ces deux ŽnoncŽs sont construits sur le mme formulaire Il faut [faire tel acte de
valeur positive]. D'o l'idŽe d'enregistrer dans la
nomenclature des ŽnoncŽs formulaires dans lesquels une case ˆ remplir
est dŽfinie de manire abstraite, ici, “acte de valeur positive”. Ainsi
coexisteront dans la nomenclature le formulaire non rempli Il faut faire [tel acte de
valeur positive] et le formulaire rempli Il faut appeler les choses par
leur nom. Le formulaire non rempli est donc lˆ pour rendre
compte de tout ce qui pourrait le remplir mais n'est pas retenu dans la
nomenclature. Ë c™tŽ de ces formulaires explicites on aura des
formulaires implicites, comme Je
n'appelle pas ‚a [SN] o la case vide peut prendre
diverses valeurs (faire
le lit, une chambre propre, etc.). J'ai besoin de toi
(dans le sens amoureux) peut tre considŽrŽ comme un formulaire
implicite rempli par rapport ˆ J'ai
besoin de [SN].
Les ŽnoncŽs qui ne semblent pas
construits sur un formulaire productif sont appelŽs formules. Il y a
des formules explicites, comme C'est
dur ˆ avaler, Qui dois-je annoncer ?, et des formules
implicites, comme Tu
vas te faire avoir, Ça t'apprendra.
4.5. Motifs reprŽsentŽs
gŽnŽriques et spŽcifiques
On va considŽrer comme
usuels aussi bien les motifs reprŽsentŽs qui sont gŽnŽriques que ceux
qui sont spŽcifiques, qu'ils soient liants ou non (un ŽnoncŽ comme Il pleut n'est ni
liant ni non liant, faute de reprŽsenter un motif dŽfinissable). Les
ŽnoncŽs reprŽsentant des motifs pour des actes spŽcifiques mais
indŽterminŽs en langue (type Il
pleut) ne sont pas usuels.
Les ŽnoncŽs de motifs rŽtrospectifs ont
pour acte motivŽ l'acte qui en motive l'Žnonciation et leur degrŽ de
spŽcificitŽ est celui de leur motif d'Žnonciation nŽcessaire :
- ŽnoncŽs “+ liant + gŽnŽrique” : C'est
abusif (acte) ;
- ŽnoncŽs “+ liant + spŽcifique” : Je
ne suis pas sourd (acte de langage), Un ange passe (trou
dans la conversation), Il
n'y a pas de quoi (acte rŽtributilf) ;
- ŽnoncŽs “- liant + gŽnŽrique” : Je
n'aime pas que tu fasses [tel acte de valeur nŽgative]
(acte) ;
- ŽnoncŽs “- liant + spŽcifique” : Il
faut que j'y aille (acte matŽriel), Il faut appeler les choses par
leur nom (acte locutoire).
Les ŽnoncŽs de motif prospectifs sont
gŽnŽriques lorsqu'ils reprŽsentent un motif pour une classe de
rŽactions dŽfinie grossirement :
- ŽnoncŽs “+ liant + gŽnŽrique” : C'est
mon affaire (rŽaction indŽterminŽe), J'en ai assez
[“marre”], Il faut
s'attendre ˆ tout (rŽaction d'opposition indŽterminŽe) ;
- ŽnoncŽs “+ liant + spŽcifique” : Rien
ne va plus (cesser les mises), Ça ne m'arrivera plus
(ne pas tenir rigueur) ;
- ŽnoncŽs “- liant + gŽnŽrique” : Tu
veux que je t'aide ? [offre] (rŽaction d'opposition
indŽterminŽe) ;
- ŽnoncŽs “- liant + spŽcifique” : Je
n'ai rien ˆ ajouter, Il faut savoir s'arrter.
5. Formulations usuelles
hors du cadre Motif <-> RŽaction
Le modle Motif <->
RŽaction ne rend pas compte de toutes les expressions que F—nagy
considre comme liŽes. Il faut alors envisager des liens ˆ autre chose
que le motif d'Žnonciation.
5.1. ƒnoncŽs liŽs au
niveau diasystŽmatique
Je suis mort est
une formulation figurŽe familire d'un contenu dont la formulation
neutre est Je suis
fatiguŽ. On pourrait parler, plus gŽnŽralement, de liens
diasystŽmatiques. Ces liens rendraient compte, bien qu'il ne s'agisse
pas d'ŽnoncŽs, de certaines dŽnominations relevŽes
par F—nagy (1982 : 19, 98 ; 1997 : 149-150) dans le discours
des mŽdias, o l'agentif se marque par proposŽ par, avec la complicitŽ
de, o l'existenciel se dit tre ˆ l'honneur, tre au
rendez-vous et que F—nagy considre comme des expressions
liŽes.
5.2. ƒnoncŽs liŽs ˆ des
circonstances d'Žnonciation
Si l'on compare les deux
ŽnoncŽs Ne quittez pas
et J'arrive,
on peut dire qu'ils sont tous deux motivŽs par le fait que le locuteur
doit faire face ˆ une tâche prioritaire et qu'ils ont tous deux pour
fonction d'inciter l'allocutaire ˆ patienter pendant un temps
relativement court ; Ne
quittez pas s'utilise exclusivement au tŽlŽphone, J'arrive, en face ˆ
face (12). On ne considŽrera pas que la variable de canal de
communication fait partie du motif d'Žnonciation, du fait que les
ŽnoncŽs que cette variable sŽlectionne n'ont aucune fonction rŽactive
particulire sur ce canal. De mme les salutations Bonjour et Bonsoir, motivŽes
par la rencontre de quelqu'un, ne sont distinguŽes que par la
localisation temporelle de la salutation, sans qu'il y ait l'idŽe d'une
rŽaction de ces ŽnoncŽs par rapport au moment de la journŽe.
5.3. Formulations liŽes ˆ
une langue
On peut encore qualifier de
liŽe toute formulation qui ne peut pas tre transplantŽe dans une autre
langue par traduction littŽrale mme linguistiquement acceptable,
prŽservant le contenu sŽmantique. Lˆ o le fran‚ais dit, ou plut™t
Žcrit Attention ˆ la
marche, l'anglais Žcrit “attention ˆ votre pas” (Watch your step),
mais ces ŽnoncŽs ne sont ni liŽs ni liants dans le modle Motif
<-> RŽaction. Des ŽnoncŽs comme Il va pleuvoir et
son Žquivalent corŽen “Le cochon va venir” (13) seraient alors
doublement liŽs : dans chaque langue, liŽs au mme motif d'Žnonciation
nŽcessaire, et dans chaque langue relativement ˆ l'autre, liŽs comme
choix d'un contenu sŽmantique pour formuler un motif (dans les deux
langues pseudo-praxŽologique) pour arrter de chanter faux.
6. Conclusion
AppliquŽ ˆ la lexicographie pragmatique,
le modle Motif <-> RŽaction permet de mettre en place
des variables par rapport auxquelles les ŽnoncŽs vont tre dŽclarŽs
plus ou moins usuels, ou non usuels.
Ë l'intŽrieur de ce modle, les notions
d'ŽnoncŽ liŽ et d'ŽnoncŽ liant sont Žtablies sur un critre d'altŽritŽ
privilŽgiant l'absence de certaines marques linguistiques : un ŽnoncŽ
est liŽ ˆ son motif d'Žnonciation nŽcessaire s'il ne le reprŽsente pas
explicitement (14), un ŽnoncŽ est liant s'il reprŽsente un motif qui ne
reprŽsente pas explicitement l'acte qu'il motive. Par ailleurs un
ŽnoncŽ est gŽnŽrique ou spŽcifique selon qu'il est liŽ ˆ ou liant pour
quelque chose qui se dŽfinit en termes gŽnŽraux ou spŽcifiques (15).
Les liens manifestŽs dans le discours peuvent tre nouŽs dans la
praxŽologie extralinguistique mais aussi, et il faut leur porter un
intŽrt tout particulier, dans la convention linguistique pragmatique.
Le modle proposŽ n'a vocation ˆ prendre
en compte que certains types de liens. Quant au dictionnaire Dicomotus, il ne
retient que les ŽnoncŽs qui reprŽsentent un motif (16), en s'effor‚ant
de ma”triser les conditions d'Žtablissement de sa nomenclature.
Notes
(1)
PrŽsentŽ dans Martins-Baltar (1997).
(2) Voir Martins-Baltar (1994).
(3) Sur les sources de la notion de
motivation dans la philosophie de l'action, voir Ricoeur (1977).
(4)
Une typologie des actes illocutoires ˆ la Searle (1976) n'est
pas
utilisable du fait qu'elle ne situe pas les actes de langage dans une
vision de l'action motivŽe en gŽnŽral.
(5) Austin (1962).
(6)
Le motif d'Žnonciation par dŽfaut ainsi dŽfini correspond ˆ
la notion
de “condition de sincŽritŽ” des actes illocutoires chez Searle (1969).
(7)
On peut rŽpliquer ˆ — Tu
peux me donner un coup de main ? par — Non,
je suis mort, mais on ne peut pas rŽpliquer ˆ — Tiens, pourquoi est-ce
que le bŽbŽ pleure ? par — Parce que je ne suis pas sourd.
(8) B‡rdosi (1989) a donnŽ l'explication
savante de cette expression.
(9)
On trouvera une analyse dŽtaillŽe des ŽnoncŽs de motif
prŽsentant des
figures de modalitŽ de phrase dans Martins-Baltar (1995).
(10) On voit que la notion de
reprŽsentation ˆ prendre compte ne se limite pas aux ŽnoncŽs
formellement assertifs.
(11) Dicomotus
comprend des ŽnoncŽs reprŽsentant d'autres types de
conditions d'action, notamment des conditions de faisabilitŽ, qui
concernent le pouvoir faire matŽriel (technique), ou Žthique, ainsi que
des expressions qui reprŽsentent des conditions d'action, mais qui sont
d'un niveau infŽrieur ˆ celui de la phrase.
(12) Il y a un
J'arrive
qui s'utilise au tŽlŽphone, mais il signifie “raccroche et
attends-moi” (le rendez-vous pouvant tre ˆ un endroit convenu).
(13) Je dois cette information ˆ Song
Eui-Jeong.
(14)
La reprŽsentation par figure (Je suis mort
reprŽsentant Je suis
fatiguŽ) doit alors tre considŽrŽe comme une
reprŽsentation
“explicite” lorsque le sens figurŽ reprŽsente explicitement son motif
d'Žnonciation.
(15) Ce modle permet Žgalement de mettre
en place
d'autres critres pour l'Žchelle de gŽnŽricitŽ / spŽcificitŽ des
ŽnoncŽs sur trois variables concernant le motif d'Žnonciation :
prŽsence ou reprŽsentation, localisation (situation, rŽplique), niveau
de motivation (illocutoire, locutoire, contenu, vŽritŽ), ainsi que sur
la variable de fonction rŽactive, selon qu'elle est stable ou qu'elle
varie en fonction des emplois de l'ŽnoncŽ.
(16) Voir cependant la note 11.
RŽfŽrences bibliographiques
Austin, J. L. (1962) : How
to Do Things with Words. Oxford, Clarendon Press, trad.
f‚se : Quand dire,
c'est faire, Paris, Seuil, 1970.
B‡rdosi, V. (1989) : “Un ange passe : contribution ˆ l'Žtymologie d'une
locution.” Dans G. GrŽciano (Žd.), Europhras
88, PhrasŽologie contrastive, Collection Recherches
germaniques 2, 7-16. Strasbourg, UniversitŽ des Sciences humaines,
DŽpartement d'ƒtudes Allemandes.
F—nagy, I. (1982) : Situation
et signification. Amsterdam, Benjamins.
F—nagy, I. (1997) : “Figement et changement sŽmantiques.” Dans M.
Martins-Baltar (textes rŽunis par), La locution entre langue et
usages, 131-164. Paris, ENS-ƒditions Fontenay/Saint-Cloud.
Martins-Baltar, M. (1994) : Analyse
motivationnelle du discours. Paris, Hatier-Didier.
Martins-Baltar, M. (1995) : “ƒnoncŽs de motif usuels : figures de
phrase et procs en dŽraison.” Dans Cahiers du fran‚ais contemporain
2 : 87-118.
Martins-Baltar, M. (1997) : “De l'
‘ŽnoncŽ liŽ' ˆ l'ŽnoncŽ de motif usuel : le projet de dictionnaire
Dicomotus.” Dans J. Perrot. (dir.), Polyphonie pour Ivan F—nagy,
323-341. Paris, L'Harmattan.
Ricoeur, P. (1977) : “Le discours de l'action.” Dans D. Tiffeneau
(dir.), La sŽmantique
de l'action, 3-137. Paris, CNRS.
Searle, J. R. (1969) : Speech
Acts. Cambridge, CUP ; trad. f‚se : Les actes de langage.
Paris, Hermann, 1972.
Searle, J. R. (1976) : “A Classification of Illocutionnary Acts.” Dans Language in Society
5-1, 1-23.