autres sources :
rŽciprocitŽ entre les actants
association d'idŽe
l'ˆ dŽvelopper (vme = "W")
occasion de plaisanterie (vme $ "ejg´ax|")

sources motivationnelles des motifs rŽalisŽs ou mentionnŽs dans l'ŽnoncŽ (a)

sources motivationnelles des motifs rŽalisŽs ou mentionnŽs dans l'ŽnoncŽ

(partie a)

mˆj 04.03.2020


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Introduction

On appellera "source motivationnelle" ce qui fait qu'un Žtat de choses puisse tre reconnu par quelqu'un comme motif d'une rŽaction. L'observable Žtant les ŽnoncŽs attestŽs, les sources motivationnelles vont donc tre recherchŽes parmi les propriŽtŽs des ŽnoncŽs.

   On note d'abord qu'il y a des marques formelles dans les ŽnoncŽs qui font de ces ŽnoncŽs la rŽalisation ou la mention d'un motif ; en l'absence de telles marques explicites ce sont des implicites, conventionnels ou Žvaluatifs, liŽs au contenu d'un ŽnoncŽ, qui signalent un motif. Les ŽlŽments de relation articulant un acte et un Žtat de choses qui puisse en tre le motif sont Žgalement ˆ prendre en compte, mais ce sont des marques externes aux Žtats de choses (mentionnŽs ou rŽalisŽs dans le discours) alors que les marques de motifs explicites sont constitutives des Žtats de choses concernŽs.

   Les marques formelles signalant un motif ressortissent par dŽfinition ˆ des conventions de langue (conventions de sens). Lorsqu'un motif n'est pas marquŽ comme tel on en trouvera la source motivationnelle soit dans des conventions de discours, faisant de tel ŽnoncŽ le motif de telle rŽaction, ou dans des conventions "mondaines" (c'est-ˆ-dire ni linguistiques ni spŽcifiquement discursives), faisant de tel Žtat de choses mentionnŽ le motif de telle rŽaction, soit, en dehors de ces trois types de motivations par convention (motivations nomologiques), dans une Žvaluation, elle-mme marquŽe, explicite, ou implicite, de l'Žtat de choses motif : on parlera alors de motivation axiologique.

   Une autre dimension des sources motivationnelles n'est pas une propriŽtŽ formelle de l'ŽnoncŽ Ñ bien qu'elle ne concerne que certains types de phrase Ñ ni de son contenu, mais de son Žnonciation : il s'agit de la dimension interlocutoire, qui se divise en deux versants, l'un locutoire, qui concerne la responsabilitŽ du locuteur par rapport ˆ ce qu'il dit, et plus prŽcisŽment l'engagement qu'il contracte de faire ce qu'il dit qu'il fera, l'autre, allocutoire, qui concerne le rapport de force entre le locuteur et le destinataire vis-ˆ-vis de la programmation d'un acte, et plus prŽcisŽment, les deux extrmes que sont la position forte, autoritaire, dominante, et la position faible, soumise, comme l'ordre et la supplication, qui peuvent se rŽaliser sans marque formelle spŽcifique. Nous verrons comment la source interlocutoire peut se combiner avec les autres sources motivationnelles (v. ¤ 3).

N.B. Il faut bien voir que la question des sources motivationnelles est dŽlibŽrŽment abordŽe ici par le biais de l'observable discursif : dire que la motivation est conventionnelle (en particulier linguistique), Žvaluative, autoritaire, n'est pas une assertion sur la motivation comme Žtat mental puisque cette typologie ignore le dŽsir, lequel, lorsqu'il est verbalisŽ comme tel, va tre intŽgrŽ dans la catŽgorie des conventions de langue du seul fait qu'il s'exprime typiquement par un ŽlŽment lexical spŽcialisŽ comme marque de motivation (v. 5.2.).

   On distinguera entre motif explicite et motif implicite selon que l'Žtat de choses motif comporte ou non une marque formelle interne de motivation (les ŽlŽments de relation motif / rŽaction sont des marques externes), qu'elle soit morphosyntaxique ou lexicale. 

   Voir aussi la catŽgorisation des ŽnoncŽs de motifs dans Rapport de dŽpendance de l'Žtat de choses motif ˆ l'acte motivŽ. 


1.sources formelles : motifs explicites (par convention de langue) 

   1.1. marques internes ˆ l'Žtat de choses motif 

      1.1.1. motifs rŽalisŽs 

Ces motifs ont la fonction typique des motifs, la programmation : ils programment un acte, c'est-ˆ-dire qu'ils poussent celui ˆ qui ils sont adressŽs ˆ rŽaliser un acte. 

N.B. La notion de "motif" est conue comme un r™le d'Žtat de choses ; en discours, un motif peut prendre, outre la fonction typique de programmation, des fonctions telles que l'explication, la justification, la critique, la reprŽsentation indirecteÉ 

         1.1.1.A. phrasillons programmatifs 

            (1) rŽfŽrence ˆ l'acte motivŽ confondue avec la rŽalisation du motif 

      All™ ?, Chut !, Hep !, Ouste !, Pouce !, Psst !, Stop ! 

L'Žnonciation de All™ ? se prŽsente comme un motif pour que le dest. rŽponde, celle de Chut ! pour qu'il se taise, etc. 

            (2) l'acte motivŽ est juxtaposŽ 

      Allez !, Zou ! 

ne donnent pas en eux-mmes d'indication prŽcise sur la nature de l'acte programmŽ, qui est ˆ chercher dans le contexte, la situation. 

         1.1.1.B. impŽratifs vrais 

L'impŽratif vrai rŽalise par convention de langue un motif programmant l'acte dŽnommŽ par le verbe sur lequel porte cet impŽratif : 

      [Ferme la porte !] (*) 

(*) Nous mettons entre crochets les ŽnoncŽs non considŽrŽs comme "usuels" ainsi que les fragments non usuels d'ŽnoncŽs formulaires usuels. 

rŽalise un motif dŽnommant en termes concrets l'acte motivŽ "tu fermes la porte", qui peut se rapporter ainsi : "Il m'a demandŽ de fermer la porte, J'ai fermŽ la porte parce qu'il m'a demandŽ de le faire". La description de l'acte motivŽ est faite en termes abstraits dans : 

      Fais quelque chose ! (recours ˆ un hyperonyme) 

      Rends-toi utile ! (valeur de l'acte programmŽ) 

N.B. L'impŽratif n'est pas toujours la rŽalisation d'un motif. Penser par exemple ˆ

      Fous-toi te moi !, Rends-toi ridicule ! 

dont la fonction est de critiquer le dest. pour ce qu'il fait ou va faire (il se fout de moi, il va se rendre ridicule) et, consŽquemment, s'il est encore temps, de lui demander de ne pas ou ne plus le faire.


         1.1.1.C. questions vraies 

Une vraie question rŽalise un motif linguistique (par une convention de langue) programmant d'y rŽpondre : 

      - question totale 

      [Tu as fini tes devoirs ?] 

      - question partielle 

      [Comment tu t'appelles ?] 

   Ces questions rŽalisent un motif pour que tu me dises si tu as finis tes devoirs / comment tu t'appelles, ce qui peut se rapporter ainsi : "Il m'a demandŽ si j'avais fini mes devoirs / comment je m'appelais, Je lui ai dit que j'avais fini mes devoirs / Je lui ai dit mon nom parce qu'il me l'a demandŽ / parce qu'il m'a demandŽ de le lui dire." 

N.B. Toutes les questions ne demandent pas qu'on y rŽponde (v. types de phrases) :

      Est-ce que je sais, moi ?! 

      O tu te crois ? 


      1.1.2. motifs mentionnŽs et rŽalisŽs explicites : ŽnoncŽs performatifs explicites programmatifs 

Un ŽnoncŽ performatif rŽalise l'acte de parole qu'il dŽcrit. Lorsque le verbe est ˆ la 1re personne du prŽsent de l'indicatif, on parle de "performatif explicite". 

   Les ŽnoncŽs performatifs programmatifs explicites mentionnent et de surcro”t rŽalisent des motifs explicites pour l'acte qu'ils programment, objet du verbe performatif. 

      Je te conseille d'[y aller]. 

   La rŽalisation de l'acte programmŽ peut se rapporter ainsi : "J['y suis allŽ] parce qu'il me l'a conseillŽ." ou "parce qu'il m'a dit qu'il me le conseillait". 

   La description de l'acte motivŽ peut tre concrte ou abstraite : comparer 

      Je te conseille de partir / de ne pas t'en mler. 

N.B. Voir d'autres performatifs motifs aux ¤¤ 1.1.3.C.(4)>2.2.1.B.(1)

   Mentionnons ici les questions appelant en rŽponse un ŽnoncŽ performatif explicite :

- question totale

      Tu me conseilles d'[y aller] ?

- question partielle

      Qu'est-ce que tu me conseilles ?


      1.1.3. motifs mentionnŽs 

Les motifs mentionnŽs explicites sont constituŽs soit d'une mention de la rŽaction motivŽe complŽtŽe par une marque lexicale de la motivation de cette rŽaction (marque externe ˆ la mention de la rŽaction) Ñ motifs mentionnŽs explicites analytiques Ñ, soit de la seule mention de la rŽaction dans un cadre morphologique qui permet d'y voir une marque de motivation interne ˆ la mention de la rŽaction Ñ motifs mentionnŽs explicites synthŽtiques Ñ. 

   Les motifs mentionnŽs dans un type de phrase non assertif mais programmatif (question, impŽratif) sont constitutifs d'ŽnoncŽs ˆ source motivationnelle complexe, puisque le type de phrase est dŽjˆ un motif rŽalisŽ. Une Žtude systŽmatique des sources motivationnelles complexes est proposŽe au ¤ 3. 

         A. il y a un / il n'y a pas de (bon) motif 

Le fait qu'un acte a ou n'a pas un (bon) motif peut s'exprimer par un motif mentionnŽ explicite en termes de catŽgorie (la catŽgorie "motif"). 

      Il (n')y a (pas) lieu de [poursuivre]. 

      Il (n')y a (pas) motif ˆ [enquter]. 

      Il (n')y a (pas) matire ˆ [contestation]. 

      Il n'y a pas de raison (d'[insister]). 

N.B. Ce dernier ŽnoncŽ est employŽ au sens de "il y a un motif" dans une phrase comme J'y suis allŽ, il n'y a pas de raison. (entendre "il n'y a pas de raison pour ne pas y tre allŽ") 

   On a une formulation plus abstraite de l'effectivitŽ ou non d'un motif valable pour telle rŽaction avec 

      Il (n')y a (pas) de quoi. 

N.B. La fonction de la forme nŽgative dans cet ŽnoncŽ diffre selon que l'acte dont il s'agit est de val. pos. ou nŽg. (Ñ Pas de quoi. / De rien.

            pseudo-rŽactions purement Žvaluatives

Dans certaines de ces formulations la (non) motivation d'une rŽaction au motif de l'Žnonciations ne sert qu'ˆ Žvaluer ce dernier, c'est-ˆ-dire que la rŽaction ne vaut que pour l'Žvaluation qui est censŽe la motiver.

   Alors que

      Il y a de quoi se rŽvolter.

programme ou justifie de se rŽvolter, des ŽnoncŽs comme

      Il y a de quoi s'arracher les cheveux.

      Il y a de quoi se taper le cul par terre !

      Il y a de quoi se flinguer !

      Il y a de quoi se pendre !

      Il y a de quoi se la prendre et se la mordre !

ne s'emploient en aucun cas pour programmer ou justifier la rŽalisation de l'acte qu'ils motivent, mais signifient l'extrme valeur nŽgative du motif de l'Žnonciation que de telles rŽactions d'opposition extrmes Žvoquent.

   De mme, avec une valeur positive du motif de l'Žnonciation :

      Il y a de quoi se lŽcher les babines.

      Il y a de quoi se mettre ˆ genoux.

      Il y a de quoi se relever la nuit (pour en manger).

   Les ŽnoncŽs nŽgatifs

      Il n'y a pas de quoi [É].

servent ˆ signifier

   Ñ la valeur non nŽgative du motif de l'Žnonciation :

      Il n'y a pas de quoi en faire un drame.

      Il n'y a pas de quoi se prendre la tte.

   Ñ la valeur non positive du motif de l'Žnonciation :

      Il n'y a pas de quoi pavoiser.

      Il n'y a pas de quoi se rŽjouir.

      Il n'y a pas de quoi rire.

      Il n'y a pas de quoi Žcrire une thse.

      Il n'y a pas de quoi se vanter.

On trouvera d'autres formulations de pseudo-rŽactions purement Žvaluatives au ¤ 2.2.1.B.(7)


         B. (ne pas) tre un (bon) motif 

Un Žtat de choses est reconnu comme un motif valable, ou non, pour une certaine rŽaction Ñ ˆ rapprocher de "il y a / il n'y a pas de (bon) motif" ci-dessus. 

   Certaines expressions explicitement Žvaluatives d'un motif s'emploient nŽcessairement comme relateurs motif - rŽaction hypotaxiques, d'autres non. 

            (1) Žvaluatifs nŽcessairement relateurs motif - rŽaction 

      C'est le cas de le dire. 

      C'est un cas de [lŽgitime dŽfense]. 

      C'est un motif de [radiation]. 

      Ce n'est pas parce que [motif] qu'il faut [rŽaction]. 

            (2) Žvaluatifs non nŽcessairement relateurs motif - rŽaction 

      C'est un alibi (pourÉ). 

      C(e n)'est (pas) un argument (pourÉ). C(e n)'est (pas) une excuse (pourÉ). 

      C'est un prŽtexte (pourÉ). 

      C(e n')est (pas) une raison (pourÉ). 

      C'est une bonne raison (pourÉ). 

      C(e n)'est (pas) une raison (suffisante) (pourÉ). 

N.B. Certains emplois de la question Pourquoi ? ont le sens de "quel est ton mauvais motif ?" : 

      Pourquoi tu m'embtes avec a ? 


         C. ŽnoncŽs ˆ prŽdicat modal programmatif actif 

Les prŽdicats modaux comme devoir, falloir, vouloir, É sont dits "programmatifs actifs" dans le sens o ils impliquent nŽcessairement une perspective de rŽalisation, par un agent, de la rŽaction qu'ils programment, contrairement ˆ des prŽdicats comme espŽrer, souhaiter, qui n'impliquent pas nŽcessairement une telle rŽalisation et qui, de ce fait, seront dits "passifs" (v. ¤ 2.2.2.A.(1).) :

      J'espre qu'il fera beau. 

      J'attends les beaux jours. 

   Sauf prŽcision contraire, nous utilisons "programmatif" dans le sens de "programmatif actif". 

   Les programmes peuvent tre situationnels ou gnomiques (normatifs), selon qu'ils ne s'appliquent que dans une situation dŽterminŽe ou dans un ensemble de situations. 

N.B. Les rapports, du point de vue des sources motivationnelles, entre les programmatifs modaux et l'acte sur lesquels ils portent sont ŽtudiŽs au ¤ 3.2.1. 

            (1) origines des programmations actuelles 

Du point de vue formel, une programmation actuelle, en situation, peut tre rapportŽe ˆ un je, un tu, un il personnel (cas assimilable au prŽcŽdent) ou impersonnel. 

               a. je origine de la programmation 

Le je peut tre effectivement l'origine de la programmation, du moins avec une modalitŽ subjective : 

      Je veux entendre les mouches voler ! 

mais la programmation marquŽe par vouloir peut tre seconde ˆ une programmation faite par autrui. C'est cette secondaritŽ de la programmation que marque la forme vouloir bien (que son sujet soit je, tu, ou un il personnel) : 

      Ñ Tu viendras ? Ñ Je veux bien. 

N.B. Je veux bien Vinf. peut ne pas rŽpliquer ˆ une demande rŽelle mais tre utilisŽ pour "se porter volontaire" dans une situation qui appelle une rŽaction. L'expression n'en garde pas moins son caractre de secondaritŽ par rapport ˆ un motif. 

   Autres programmations subjectives du locuteur pour un acte du loc. ou du dest. : 

      dŽsirer, avoir envie, avoir l'intention de, tenir ˆ, É 

   L'origine de la programmation peut tre subjective ou objective, selon les contextes, par exemple avec avoir ˆ 

      J'ai quelque chose ˆ dire. ("quelque chose que je veux dire") 

      J'ai quelque chose ˆ faire. ("quelque chose que je veux faire / qu'on m'a donnŽ ˆ faire") 

   Le je origine rŽelle d'une programmation pour un acte du loc. ou du dest. peut tre masquŽ par un sujet grammatical tu ou il

      J'ai ˆ faire. 

      Tu n'as qu'ˆ te taire. 

      Je dois dire que [É]. 

      Tu dois comprendre. 

      Il faut que je te parle. 

      Il faut que tu m'Žcoutes. 

               b. tu origine de la programmation 

La distinction entre une programmation primitive et une programmation secondaire prend plus d'ampleur lorsqu'il s'agit de programmations rŽfŽrŽes ˆ tu (ou ˆ un il personnel). Elle permet de rendre compte de la diffŽrence entre deux emplois d'un ŽnoncŽ comme 

      Tu veux que je t'aide ? 

(a) employŽ comme hypothse explicative du fait que le dest., occupŽ ˆ quelque besogne, m'appelle : programmation primitive ; 

(b) employŽ comme offre d'aide au dest. absorbŽ dans quelque besogne Ñ ou, ironiquement, comme menace adressŽe au dest. absorbŽ dans quelque action rŽprŽhensible : programmation secondaire. 

               c. il origine de la programmation 

Une formule avec un il impersonnel peut tre prise en charge par le locuteur, comme dans 

      Il faut espŽrer ! au sens de "j'espre" ; 

de mme, celui qui cite un ŽnoncŽ gnomique est censŽ l'assumer : 

      Il ne faut pas chercher midi ˆ quatorze heures

   Nous reviendrons au ¤ 3.2.1. sur ces distinctions ˆ propos du rapport entre Žvaluation de la programmation et Žvaluation de l'acte programmŽ. 

            (2) l'acte programmŽ 

L'ŽnoncŽ peut comporter une description de l'acte programmŽ ou une mŽtonymie de cet acte. 

               a. description de l'acte programmŽ 

      Il faut se dŽpcher. 

      Tu dois comprendre. 

      Je voulais te parler. 

N.B. Avec un verbe potentiellement performatif comme second prŽdicat, le motif assertŽ peut rŽaliser l'acte motivŽ, comme dans (v. ¤ (d) infra) : 

      Je voudrais te remercier. 

      Je voulais m'excuser. 

               b. mŽtonymie de l'acte programmŽ 

      Il ne faut pas me prendre pour un imbŽcile ! 

      Je ne veux pas t'ennuyer avec a. 

      Je ne veux pas me faire engueuler ! 

   Les Žtats de choses objets du prŽdicat programmatif ne sont pas ici l'acte programmŽ lui-mme mais, respectivement, une condition de succs de cet acte (Žtat de choses indŽpendant de la rŽalisation de l'acte motivŽ), une consŽquence de cet acte, une rŽaction ˆ cet acte (Žtats de choses dŽpendants de la rŽalisation de l'acte motivŽ). Dans les trois exemples citŽs l'ŽnoncŽ mentionne un motif pour ne pas faire un certain acte. 

            (3) modalitŽs d'ŽchŽance 

L'ŽchŽance, "date ˆ laquelle expire un dŽlai", est une modalitŽ de la modalitŽ programmative : elle dit quand un acte programmŽ doit tre rŽalisŽ : 

      C'est urgent. 

      ‚a ne presse pas. 

   On parlera d'ŽchŽance positive pour les ŽchŽances immŽdiates ou proches, et d'ŽchŽance nŽgative pour les ŽchŽances plus lointaines. 

            (4) actes de langage performatifs rŽalisŽs par leur programmation explicite 

Dans un ŽnoncŽ assertif programmatif positif, si l'acte programmŽ est un acte de langage potentiellement performatif du locuteur, si l'acte mentionnŽ est dŽcrit en suffisance, et si le dest. est bien le dest. Žventuellement dŽfini par ce dernier acte, alors tout se passe comme si cet acte Žtait rŽalisŽ performativement : 

      Je n'ai que des fŽlicitations ˆ te faire. 

      Je dois confesser que [p]. 

      J'ai envie de te le dire : [p]. 

      Je suis obligŽ d'avouer que [p]. 

      Je tiens ˆ te remercier. 

      Je veux bien l'admettre. 

      Je voudrais prŽciser que [p]. 

      Je voulais te dire que [p]. 

   Ne sont donc pas performatifs des ŽnoncŽs programmatifs ne remplissant pas toutes ces conditions : 

Ñ l'ŽnoncŽ n'est pas assertif : 

a

      Je dois te remercier ? 

Ñ l'acte programmŽ n'est pas un acte de langage : 

      Il faut que j'y aille. 

Ñ l'acte programmŽ n'est pas un acte de langage potentiellement performatif : 

      Il me faut conclure. 

Ñ l'acte programmŽ mentionnŽ n'est pas dŽcrit en suffisance : 

      Je voudrais te poser une question. 

Ñ le dest. n'est pas le dest. de l'acte programmŽ : 

      Il faut que je le remercie. 

            (5) motifs normatifs 

Contrairement aux programmes situationnels qui peuvent s'exprimer au passŽ, au prŽsent ou au futur, les programmes normatifs sont au prŽsent et ne prŽcisent pas l'agent de l'acte programmŽ, sinon en tant que classe d'agents. La programmation est inconditionnelle lorsqu'elle s'applique en toutes circonstances, et conditionnelles lorsqu'elle s'applique dans des circonstances qui, elles, sont rŽcurrentes. 

                  a. inconditionnels 

      Il faut appeler les choses par leur nom. 

      Il faut battre le fer quand il est chaud. 

      Il faut tre honnte. 

      Il faut tre de son ‰ge. 

      Ë l'impossible nul n'est tenu. 

                  b. conditionnels 

      Quand on n'a rien ˆ dire, il faut se taire. 

      Il faut faire contre mauvaise fortune bon cÏur. 

      Il faut battre le fer quand il est chaud. 

N.B. Ce sont en fait les expressions de motifs conditionnels qui apparaissent le plus clairement normatives, du fait que les conditions situationnelles de validitŽ sont dŽfinies, car pour les expressions de motifs inconditionnels on peut toujours se demander s'ils s'appliquent en toutes circonstances o s'ils ne concernent que la situation d'Žnonciation : on peut se demander en effet, par exemple, si 

      Il faut dire la vŽritŽ. 

doit s'entendre "il faut dire la vŽritŽ en toutes circonstances", ou si cette programmation concerne Ñ exclusivement ou non Ñ la situation prŽsente. 

         D. ŽnoncŽs dont le premier prŽdicat est un performatif programmatif rapportŽ 

   On va trouver ici des prŽdicats programmatifs potentiellement performatifs, mais en discours rapportŽ, ce qui en fait des motifs mentionnŽs, et ce qui est mentionnŽ au temps t0 Žtait un motif rŽalisŽ explicite programmatif au temps t0-x

   Avec un programmatif positif, ces ŽnoncŽs gardent la performativitŽ qu'ils rapportent tant que l'acte programmŽ n'est pas rŽalisŽ, du moins s'il est encore temps  : 

      Je t'ai demandŽ quelque chose ! ("que tu n'as pas fait : fais-le !") 

      Je ne t'ai pas demandŽ quelque chose ? ("si, fais-le") 

      Je t'ai posŽ une question ! ("rŽponds !"), 

mais ils la perdent Žvidemment dans le cas contraire, si bien que 

      Je t'avais dit d'attendre ! (impliquant "tu n'as pas attendu") 

n'est qu'une critique. 

   Au contraire, les programmatifs nŽgatifs sont utilisŽs pour signifier l'absence de motif pour l'acte accompli du dest., et le critiquer : 

      Je ne t'ai rien demandŽ. ("mais tu as agi") 

ou pour justifier un non acte du loc. : 

      Tu ne m'as rien demandŽ. ("donc je n'ai rien fait") 

 N.B. Il en va de mme pour les programmatifs modaux positifs :

      [Maman veut que | j'aille / tu ailles | au pain.]

   Quant aux nŽgatifs, ils marquent la contre-programmation

      [Maman ne veut pas que | j'aille / tu ailles | au match.]

signifiant "veut que tu ne É pas" (montŽe de la nŽgation).

         E. expressions programmatives nominales

La mention du motif peut faire explicitement rŽfŽrence ˆ sa source en la nommant comme telle : la source peut tre une convention :

      La norme, c'est de [partager].

      La norme | exige / veut | que l'on partage. 

      L'usage, | c'est de / consiste ˆ | [partager].

      L'usage | exige / veut | que l'on partage. ;

elle peut aussi tre le devoir :

      | Mon / Ton | devoir c'est de [partager].

   Voir aussi ¤ 5.1. lexique des motifs comme tels.


   1.2. marques externes ˆ l'Žtat de choses motif : relateurs motif - rŽaction 

Qu'un Žtat de choses comporte ou non des marques internes qui le signalent comme motif rŽalisŽ ou mentionnŽ, des marques qui lui sont extŽrieures peuvent par ailleurs le signaler comme motif, pour peu qu'elles soient spŽcialisŽes dans cette fonction. 

   En fait, peu nombreux sont les relateurs concernŽs qui soient spŽcifiques de la relation motif - rŽaction. 

   Les relateurs ne font pas partie intŽgrante de la prŽsente Žtude, ˆ moins qu'ils ne soient constitutifs d'ŽnoncŽs ou de syntagmes usuels : 

      Ñ phrases identifiant un motif 

   Un Žtat de choses donnŽ est dŽsignŽ comme (n')Žtant (pas) le motif de telle rŽaction : 

      C(e n)'est (pas) ˆ cause de a (que [É]). 

      C(e n)'est (pas) pour a (que [É]). 

      C'est pourquoi [É]. 

      C'est la raison pour laquelle [É]. 

      C'est ce qui [m']a poussŽ ˆ [É]. 

      Ñ propositions subordonnŽes de motivation 

      Comme si j'allais te croire ! 

      Si c'est exprs pour me contrarier ! 

      Ñ syntagmes prŽpositionnels de motivation 

      Pour faire parler les curieux. 

      On n'est pas lˆ pour rigoler ! 

      [Mange ma part], puisque tu y es ! 

      [On me fait des critiques] pour la moindre chose / des peccadilles / trois fois rien. 

      [Il a renoncŽ] sans motif. 

      [Il a acceptŽ] contre toute raison. 

      Ñ verbes de motivation 

      C'est tout ce que a t'inspire ? 

      ‚a ne mŽrite pas attention. 

      ‚a ne me tente pas. 

Pour le reste, on se contentera ici de rappeler les diffŽrentes catŽgories grammaticales de ces relateurs en renvoyant, pour un inventaire partiel et provisoire, ˆ 

Martins-Baltar, M. (1994), Analyse motivationnelle du discours, Paris, Didier, 

o l'on distingue au chapitre 7 : 

- suffixes 

 - en -able, -ible de certains adjectifs dŽverbaux, indiquant l'acte motivŽ 

une mŽthode recommandable

 - en -oire, -if, de certains substantifs dŽverbaux, indiquant le but : 

cŽrŽmonie expiatoire, stratŽgie dŽfensive, 

Ñ adjectifs 

      Toute infraction sera passible d'une amende

- verbes et locutions verbales d'incitation 

      Ces directives appellent toute votre attention

- adverbes et locutions adverbiales 

      Je n'ai pas compris, d'o mes questions

- prŽpositions et locutions prŽpositives 

      une tte ˆ claques, un nom ˆ coucher dehors, 

      ˆ propos de, au sujet de, 

- conjonctions de subordination (temporelles, causales, consŽcutives, conditionnelles) 

      Comme il pleuvait, je ne suis pas sorti.

- conjonctions de coordination 

      On a sonnŽ, donc j'ai ouvert

N.B. Certaines de ces marques sont reprises ici.

 

2. sources non formelles : motifs implicites

On peut distinguer, pour un Žtat de choses, quatre voies par lesquelles il acquiert implicitement un r™le de motif :

Ñ une convention qui le lie ˆ une certaine rŽaction,

Ñ une Žvaluation explicite ou implicite de cet Žtat de choses,

Ñ un rapport d'autoritŽ, celle de la norme qui Žnonce ce qui se fait ou ne se fait pas, ou qui est celle que le locuteur exerce, par son Žnonciation, sur lui-mme en tant qu'agent (source locutoire), ou sur le destinataire (source allocutoire),

Ñ la possibilitŽ, pour un Žtat de choses, de servir de modle ˆ une rŽaction qui va l'imiter, comme dans le phŽnomne de la rime.

  2.1. source conventionnelle

Dans le discours un motif implicite par convention peut tre rŽalisŽ ou mentionnŽ. Dans un cas comme dans l'autre, outre qu'il ne porte pas de marque de son r™le de motif, il est Žgalement implicite quant ˆ la nature de la rŽaction ˆ laquelle il est conventionnellement liŽ.

    2.1.1. motifs rŽalisŽs

      2.1.1.A. conventions de langue

Cette catŽgorie de motifs implicites est vide dans la mesure o nous considŽrons les motifs rŽalisŽs motifs par convention de langue comme des motifs explicites : un impŽratif vrai rŽalise par convention de langue un motif pour faire l'acte mentionnŽ, une question vraie rŽalise un motif pour qu'on y rŽponde ; de mme pour les phrasillons programmatifs.

      2.1.1.B. conventions de discours

Certains ŽnoncŽs (qui peuvent tre Žventuellement, par convention de langue, des motifs programmatifs, tels les impŽratifs et questions vrais) rŽalisent par convention, en plus de leur fonction essentielle, un motif programmatif pour une certaine rŽaction discursive.

Prenons un ŽnoncŽ dont la fonction essentielle, par convention de langue, ne soit pas programmative. L'acte de salutation, qui ne se rŽalise que par quelques ŽnoncŽs spŽcialisŽs, motive de la part de celui qui est saluŽ, qu'il salue en retour : on a typiquement une sŽquence motif Ñ rŽaction du type :Ê

     A : Ñ Bonjour ! B : Ñ Bonjour !

De mme, il est conventionnel de rŽagir ˆ un remerciement, ˆ une demande de se faire excuser, en minimisant le motif de ces actes :Ê

     A : Ñ Merci. / Pardon. B : Ñ Pas de quoi. / De rien.

N.B. On pourrait aussi bien considŽrer que la source motivationnelle est ici axiologique (v. ¤ 2.2.) et que si on rŽpond comme ci-dessus ˆ un Bonjour, ˆ un Merci, ˆ un Pardon c'est que l'on accorde une valeur positive ˆ ces actes, mais en dernire analyse ces rŽactions restent conventionnelles. Le caractre conventionnel est particulirement net dans la sŽquence

     A : Ñ Atchoum ! Ñ B : Ñ Ë tes souhaits !

o la valeur nŽgative de l'Žtat de choses motif (l'Žternuement) ne saurait expliquer la rŽaction, qui applique une norme Žthique discursive spŽcifique pour ce motif : Ç quand qqn Žternue, on rŽplique "Ë tes / vos souhaits !" È.

La rŽplique conventionnelle familire

     Ñ Je suis ŽmuÉ Ñ Vive ZŽmu !

tient de la motivation conventionnelle et de la motivation modŽlisante (¤ 2.4.) : ce n'est pas ce que l'ŽnoncŽ mentionne intentionnellement, l'Žmotion du locuteur, qui motive la rŽplique, mais la mention qu'il rŽalise par homophonie ("je m'appelle ZŽmu").

Les motifs par convention de discours sont implicites en tant que motifs et implicites quant ˆ la convention dont ils font l'objet.

      2.1.1.C. conventions mondaines

On peut penser ici ˆ l'acte consistant ˆ prŽsenter deux interlocuteurs l'un ˆ l'autre. Il est alors de convention que chacune de ces deux personnes se dŽclare EnchantŽ(e) (convention de discours liŽe ˆ l'acte de prŽsentation), mais aussi qu'elles se serrent la main (convention mondaine). De mme, il est conventionnel de saluer une connaissance (on vise ici l'acte de parole) lorsqu'on se rencontre.

    2.1.2. mention d'un motif par convention implicite (circonstance normative)

On appellera "motif par convention implicite" ou "circonstance normative" un Žtat de choses dans lequel une certaine norme prescriptive positive ou nŽgative s'applique, sans que l'acte motivŽ soit mentionnŽ, et sans qu'une Žvaluation de cet Žtat de choses soit constitutive de ce type de motivation (*).Ê

(*) Il existe nŽanmoins des conventions de rŽaction ˆ de nombreux Žtats de choses qui sont motifs du fait de leur Žvaluation, telle la convention de dire Merci en rŽaction ˆ certains actes de valeur positive dont on nous fait bŽnŽficier, mais non ˆ d'autres actes ayant les mmes qualitŽs.

C'est donc un motif implicite auquel on peut associer par convention un motif mentionnŽ explicite. Le motif implicite par convention s'explicite dans une formule comme :

     | Lorsque / Quand / Si | [motif implicite], il (ne) faut (pas) [acte motivŽ].

La difficultŽ est ici dans l'explicitation de la norme prescriptive ˆ laquelle l'ŽnoncŽ se rŽfre implicitement par convention, lorsque cette norme ne fait pas elle-mme par ailleurs l'objet d'un ŽnoncŽ usuel permettant d'apprŽcier si l'on est en prŽsence d'un cas o la norme s'applique ou d'un cas o elle ne s'applique pas.

Les normes de langue et les normes de discours sont spŽcifiques en ce sens qu'elles prescrivent des rŽactions respectivement de langue ou de discours ˆ certains Žtats de choses. On appellera normes "mondaines" les normes qui s'appliquent ˆ des actes non verbaux mais aussi, le cas ŽchŽant et de manire non spŽcifique, ˆ des actes discursifs.

Parmi les normes discursives et mondaines implicites que les motifs par convention permettent de restituer, on s'en tiendra ˆ tenter une distinction entre normes praxŽologiques et normes Žthiques.

Les normes praxŽologiques portent sur la nŽcessitŽ de faire ce qui est indispensable ou simplement utile, la nŽcessitŽ de ne pas faire ce qui est inutile ou nuisible, le caractre loisible de faire ce qui n'est pas nuisible : elles rŽgissent l'action efficace.Ê

Les normes Žthiques portent sur des obligations, des interdictions, des permissions, des dispenses de faire, ayant une origine discursive faisant autoritŽ : elles rŽgissent l'action convenable (*).

(*) au sens I.D. retenu par le TLFi : Ç Qui est conforme aux normes sociales, aux rgles, aux mÏurs acceptŽes dans un groupe social. È

        2.1.2.A. conventions de langue

ReprŽsenter une circonstance dans laquelle s'applique telle norme (rgle) grammaticale revient ˆ mentionner un motif implicite par convention pour appliquer cette rgle, qui est de nature praxŽologiqueÊ :

     Dans cette phrase, le c.o.d. est placŽ avant l'auxiliaire "avoir".

motive l'application de la rgle "le participe passŽ s'accorde avec le c.o.d.".

On peut Žvoquer ˆ ce propos les ŽnoncŽs emblŽmatiques et mnŽmotechniques de l'application d'une rgle dans les grammaires grecques ou latines traditionnelles : Ta zoa trekei (un sujet neutre au pluriel commande un verbe au singulier), Doceo pueros grammaticam (le verbe doceo rŽgit un double accusatif, pour son "c.o.d." et pour son "c.o.i."), É

Le corpus des ŽnoncŽs usuels permet d'illustrer cette catŽgorie de motifs mentionnŽs avec l'ŽnoncŽ

     Si ma tante en avait on l'appellerait mon oncle.

        2.1.2.B. conventions de discours

D'autres ŽnoncŽs peuvent reprŽsenter une circonstance dans laquelle, par convention, il faut, ou ne faut pas, faire un certain acte discursif. Relevons quelques ŽnoncŽs usuels implicitement associŽs ˆ des normes spŽcifiquement discursives.

"Il faut se (faire) prŽsenter ˆ autrui quand on ne se conna”t pas" :

     | Je crois / Il me semble | que vous ne vous connaissez pas.

"Il ne faut pas critiquer qqn si l'on tombe soi-mme (potentiellement) sous le coup de la mme critique" :

     J'aurais fait comme toi.

Dans les ŽnoncŽs suivants, la norme discursive ˆ laquelle renvoie l'ŽnoncŽ n'est pas respectŽe par l'acte de l'interlocuteur motif de l'Žnonciation :

"Il ne faut pas donner d'informations inutiles, superflues" :

     ‚a va, on a compris !

"Il ne faut pas se rŽpŽter" :Ê

     Tu l'as dit cent fois !Ê

"Il ne faut pas critiquer qqn si l'on tombe soi-mme (potentiellement) sous le coup de la mme critique" :Ê

     Tu aurais fait pareil.

Les ŽnoncŽs qui indiquent explicitement le respect ou la violation d'une norme sont de ce fait ŽvaluŽs et fonctionnent comme motifs par Žvaluation positive ou nŽgative (v. ¤ 2.2.2.B.(1))

        2.1.2.C. conventions mondaines

Les ŽnoncŽs usuels relevŽs dans cette catŽgorie font rŽfŽrence ˆ des normes mondaines ayant une rŽalitŽ sociale ("normes rŽelles") mais aussi ˆ des pseudo-normes mondaines qui, en fait, n'existent que dans le discours qui y fait allusion, et o elles ne sont utilisŽes, avec un caractre plus ou moins burlesque, que pour critiquer autrui.

Certaines normes mondaines peuvent s'appliquer au discours sans en tre pour autant spŽcifiques.Ê

          a. motifs se rŽfŽrant ˆ une norme mondaine rŽelle

Au lieu de dire ce qu'il convient de (ne pas) faire, l'ŽnoncŽ reprŽsente un Žtat de choses qui est conventionnellement motif pour un certain acte. L'Žtat de choses mentionnŽ reprŽsente une circonstance ˆ laquelle s'applique une norme prescriptive.

Les ŽnoncŽs rencontrŽs permettent de distinguer, d'une part, entre plusieurs types d'Žtats de choses, distinguŽs au regard de la variable d'effectivitŽ, et, d'autre part, entre normes partagŽes par une communautŽ, et normes arbitraires, prises en charge par le locuteur, qui tend autoritairement ˆ les imposer.Ê

Les Žtats de choses motifs dont il s'agit ici ne comportent pas de mention de l'acte motivŽ et sont indŽpendants de la rŽalisation de cet acte.Ê

            a.1. l'ŽnoncŽ mentionne un Žtat de choses effectif

"Il faut agir en fonction de ce qui convient au lieu" :Ê

     Je suis chez moi.Ê

"Il ne faut pas agresser autrui, sauf pour se dŽfendre" :Ê

     C'est lui qui a commencŽ !Ê

Ñ normes non respectŽes par l'acte motif de l'Žnonciation :

"Il faut agir ˆ propos, avec un motif valable" :Ê

     [Tu vas y retourner], aprs ce qu[i s'est passŽ] ? ! 2Ê

"Il faut respecter autrui" :Ê

     Il y en a qui dorment. ("il ne faut pas faire de bruit")Ê

"Il faut faire preuve de gratitude" :Ê

     Aprs tout ce que j'ai fait pour toi !

              Ñ application au discours

La norme mondaine "il faut agir ˆ propos, avec un motif valable" se spŽcifie en :Ê

"Il ne faut pas demander au dest. de faire ce qu'il est en train de faire ou ce qu'il a dŽjˆ fait" :Ê

     Qu'est-ce que je fais, ˆ ton avis ? ("ce que tu me demandes de faire")Ê

"Il ne faut pas reprocher ˆ autrui d'avoir fait ce que nous lui avons demandŽ" :Ê

     Tu me demandes [ce que j'aime], je te le dis ! ("tu m'as demandŽ ce que j'aime, je te l'ai dit, alors ne me fais pas le reproche de te l'avoir dit")

"Il ne faut pas parler hors de propos" :Ê

     C'est en dehors de la question.

"Il ne faut pas poser de vraies questions dont on conna”t la rŽponse" :Ê

     Puisque tu le sais !É

La norme "il faut respecter l'autoritŽ" se spŽcifie en :Ê

"Il ne faut pas poser de questions sans en avoir le droit" :Ê

     C'est moi qui interroge !

"Il faut rŽpondre aux questions autoritaires" :Ê

     Je t'ai posŽ une question !

Dans ces exemples, la norme n'est pas respectŽe.

            a.2. l'ŽnoncŽ mentionne un Žtat de choses Žvidemment effectif, convention partagŽe

L'Žtat de choses mentionnŽ est une Žvidence, gŽnŽrale ou situationnelle, qui est rappelŽe au dest. parce qu'il n'en tient pas compte :Ê

"Il ne faut pas tre Žgo•ste, il faut tenir compte des autres" :Ê

     J'existe ! ("tu ne tiens pas compte de moi, tu fais comme si je n'existais pas")

"Il faut agir en fonction de ce qui convient ˆ son ‰ge" :Ê

     Ë ton ‰ge ! (cet ŽnoncŽ a ici une fonction critique, mais peut aussi s'employer comme louange)

            a.3. l'ŽnoncŽ mentionne un Žtat de choses non effectif, norme partagŽe

norme non respectŽe :

"Il ne faut pas s'occuper de ce qui ne nous concerne pas" :Ê

     ‚e ne te regarde pas !

"Il faut tre modeste" :Ê

     Tu n'as aucun mŽrite !

"Il faut faire comme les autres" :Ê

     Personne ne fait a !

"Il ne faut pas agresser autrui, sauf pour se dŽfendre" :Ê

     Je ne t'ai rien fait !

              Ñ application au discours

La norme mondaine "il faut agir avec un motif valable" se spŽcifie en :Ê

"Il ne faut pas demander au dest. de rŽpŽter s'il n'a rien dit" :Ê

     Je n'ai rien dit !

La norme mondaine "il ne faut pas usurper l'autoritŽ" se spŽcifie en :Ê

"Il ne faut pas ordonner sans en avoir le pouvoir" :Ê

     Je ne suis pas ˆ tes ordres !

     C'est pas toi qui commandes !

            a.4. l'ŽnoncŽ mentionne un Žtat de choses Žvidemment non effectif

              . associŽs ˆ une norme partagŽe

"Il faut agir en fonction de ce qui convient au moment" :Ê

     On n'est pas Mardi-Gras.

              . associŽs ˆ une norme arbitraire

On trouve ici des Žtats de choses dont la non effectivitŽ est Žvidente dans la situation :Ê

"Il ne faut pas prendre d'initiatives, mais attendre les ordres" :Ê

     On t'a sonnŽ ?

"Il faut qu'une rŽaction soit appropriŽe et proportionnŽe ˆ son motif" :Ê

     Il n'y a pas le feu !

On conviendra, pour ce dernier exemple, que la condition invoquŽe n'est pas reconnue comme une condition sine qua non : il n'est ni nŽcessaire ni suffisant qu'il n'y ait pas le feu pour ne pas se presser.Ê

          b.motifs par pseudo-norme mondaine

Il s'agit de certains ŽnoncŽs usuels ˆ la forme nŽgative mentionnant un Žtat de choses niŽ, ou de questions de la forme "Tu crois que [p] ?" impliquant, de la part du loc., la nŽgation "non p". Un Žtat de choses Žtant niŽ il s'ensuit que la norme Žventuellement associŽe ˆ l'Žtat de choses positif correspondant ne s'applique pas. Si l'on parle ici de "pseudo-normes" c'est parce qu'il n'existe pas, en fait, de norme liŽe ˆ l'Žtat de choses ˆ la forme positive :Ê

"Il faut agir en fonction de ce qui convient au lieu, ˆ la situation" :Ê

     On n'est pas chez les sauvages.

signifie qu'il n'y a pas de motif pour ne pas respecter les bonnes manires, mais il n'existe pas d'ŽnoncŽ usuel ˆ la forme positiveÊ

     *On est chez les sauvages.

qui signifierait "faisons fi des bonnes manires" (penser par contre ˆ des ŽnoncŽs quasi-synonymes commeÊ

     Ë la guerre comme ˆ la guerre !

     Pas de manires entre nous ! )

De mme,ÊÊ

     On n'est pas au cirque.,

qu'il faut entendre comme "au cirque en tant qu'artistes", signifie qu'il n'y a pas "lieu" que tu fasses le clown comme tu le fais, mais il n'y a pas d'ŽnoncŽ usuel ˆ la forme positiveÊ

     *On est au cirque.,

qui signifierait quelque chose comme "tu peux faire le clown"Ê

(penser par exemple ˆÊ

     Personne ne nous voit., Il n'y a personne.

invitant ˆ se laisser aller, contrairement ˆÊ

     On peut nous voir !

     On nous regarde !)

Contraster avecÊ

     Tu n'es pas chez toi !,

se rŽfŽrant ˆ la mme norme "il faut agir en fonction de ce qui convient au lieu, ˆ la situation", dans le sens "tu ne peux pas faire comme chez toi", qui a effectivement pour correspondantÊ

     Tu es chez toi !

signifiant l'inverse, et qui s'emploie aussi bien lorsque le dest. est chez lui que lorsqu'il est chez moi (Fais comme chez toi.

"Il ne faut pas tre trop familier si l'on n'est pas intimes" :Ê

     On n'a pas ŽlevŽ les cochons ensemble.

"tu ne pourrais avoir des familiaritŽs avec moi que si Ñ supposition absurde Ñ nous avions ŽlevŽ les cochons ensemble". Il n'y a pas d'ŽnoncŽ usuelÊ

     *On a ŽlevŽ les cochons ensemble.

qui serait synonyme de Tu peux me tutoyer.Ê

"Il faut respecter autrui", en particulier "il ne faut pas marcher sur les pieds des gens" :ÊÊ

     Mes pieds, c'est pas des boulevards !

Cet ŽnoncŽ n'a pas pour correspondantÊ

     *Mes pieds, c'est des boulevards.

invitant, imaginons, un petit enfant ˆ monter sur mes pieds pour que nous marchions d'un mme pas.Ê

Des ŽnoncŽs commeÊ

     Je suis le loup !

     Je vais te manger !,

dont la forme nŽgative (se rŽfŽrant ˆ la norme "il ne faut pas craindre de faire ce qui n'a pas de consŽquence de val. nŽg., ce qui ne cožte rien") est usuelle, ont, eux, peu de chances d'tre attestŽs ˆ la forme positive, hors discours de fiction Ñ ou Žrotique Ñ, maisÊ

     Je n'ai pas la gale.,

voireÊ

     Je n'ai pas la peste.,

auraient, ˆ la forme positive, la fonction contraire de celle de leur forme nŽgative.Ê

Il en irait de mme de la forme positive deÊ

"Il faut qu'une rŽaction soit appropriŽe et proportionnŽe ˆ son motif" :Ê

     Il n'y a pas mort d'homme.,

mais la forme positive ne semble pas usitŽe dans le simple sens de "la situation est grave" sans qu'il y ait effectivement dŽcs. Quant ˆÊ

"Il ne faut pas exiger d'autrui ce qu'il n'est pas payŽ pour faire" :Ê

     Je ne suis pas le facteur !,

sa forme positive ne saurait s'utiliser pour accepter ce que la forme nŽgative refuse, ˆ savoir servir d'intermŽdiaire, de messager, ˆ l'oral, entre le dest. et un tiers, sans tre rŽellement le facteur.


   2.2. source Žvaluative


De toute Žvidence, la motivation axiologique, c'est-ˆ-dire par Žvaluation, prŽcde phylogŽnŽtiquement et ontologiquement la motivation nomologique, par convention. L'Žvaluation constitue la base naturelle de la motivation. Il est notamment naturel de favoriser ce qui nous fait du bien, nous cause du plaisir, et de lutter contre ce qui nous fait du mal, nous cause du dŽplaisir. C'est par commoditŽ d'exposition que la motivation axiologique est prŽsentŽe ici aprs la motivation nomologique : l'Žvaluation peut en effet concerner les normes elles-mmes, qu'il s'agisse de normes explicites ou d'Žtats de choses conventionnellement motifs, ou la conformitŽ ou non des actes rŽalisŽs aux normes reconnues par le locuteur qui Žvalue. 

   Un Žtat de choses peut tre ŽvaluŽ par une expression Žvaluative en langue, de par son sens : on parlera alors d'Žvaluation explicite. Un Žtat de choses peut tre ŽvaluŽ implicitement, c'est-ˆ-dire par des moyens que nous allons essayer d'inventorier, sans qu'intervienne une expression formellement Žvaluative. 

   Il va donc s'agir de donner un aperu des diffŽrents types d'expressions Žvaluatives, d'une part, et des diffŽrentes sources des Žvaluations implicites, d'autre part. 


      2.2.1. Žvaluation explicite

Lorsque le motif de l'Žnonciation de l'ŽnoncŽ explicitement Žvaluatif Ñ autrement dit l'objet de l'Žvaluation Ñ est mentionnŽ dans cet ŽnoncŽ, ou simplement anaphorisŽ (par exemple ce dans C'est pas juste !), on peut dire que l'ŽnoncŽ "mentionne" un motif d'Žnonciation (ici C') explicitement ŽvaluŽ. Dans les autres cas le motif de l'Žnonciation est juxtaposŽ ˆ l'ŽnoncŽ et peut a priori tre rŽalisŽ hors (acte ou non) ou en discours (acte de parole), ou mentionnŽ.

    Toute Žvaluation peut tre considŽrŽe "subjective" dans la mesure o elle est faite par un sujet, mais on peut nŽanmoins classer ˆ part les formulations Žvaluatives qui sont explicitement rŽfŽrŽes ˆ un sujet, je, tu ou il. Les autres Žvaluations sont objectives.

         A. Žvaluation objective

            (1) phrasillons Žvaluatifs

Le motif de l'Žnonciation, que le phrasillon Žvalue est juxtaposŽ.

               a. phrasillons Žvaluatifs positifs

      Ouah !, Ouf !

   Ce ˆ propos de quoi on s'exclame Ouah ! peut motiver par exemple qu'on s'y intŽresse de prs (je contemple le cadeau qu'on vient de m'offrir) ; ce ˆ propos de quoi je m'exclame Ouf ! peut motiver par exemple que je m'asseye pour me remettre de mes Žmotions. Ce qui motive l'exclamation peut tre un motif rŽalisŽ hors ou en discours, ou mentionnŽ, et c'est ce mme motif qui motive, le cas ŽchŽant, une rŽaction autre que l'exclamation.

   Miam miam ! semble tre le seul phrasillon Žvaluatif et descriptif en synthse de l'acte motivŽ dans la mesure o il signifie "c'est bon ˆ manger".

Dans un dialogue comme

      A : Ñ Miam miam ! B : Ñ On va partagerÉ

o A rŽagit ˆ la nourriture dont B dispose, B annonce une rŽaction de participation de B et A motivŽe par l'Žvaluation positive faite par A de cette nourriture.

               b. phrasillons Žvaluatifs nŽgatifs

      A•e ! Berk ! Bordel !, Merde !, Pouah ! 

      Allons bon !, Ben alors !, Et allez donc ! 

               c. phrasillons Žvaluatifs neutres

      BahÉ, Bof ! 

               d. phrasillons Žvaluatifs positifs ou nŽgatifs

      Ah !, Bravo !, Ha !, Ho !, Oh la la !, Putain !, Zut !

N.B. On ferait appara”tre le r™le motivationnel d'un phrasillon Žvaluatif pour une certaine rŽaction en le rŽŽcrivant en termes d'expression d'un Žtat mental ou physique : "j'ai arrtŽ parce qu'il a exprimŽ sa souffrance (en disant A•e !)", "je ne lui ai pas montrŽ mes photos parce qu'il a exprimŽ son indiffŽrence (en disant Bof !) quand je le lui ai proposŽ), etc.

            (2) lexmes Žvaluatifs

               a. verbes 

      - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      Tu abuses !, Tu exagres ! 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      ‚a va !

      ‚a suffit !

               b. noms 

      - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      Tu as fait une btise.

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      C'est un avantage. 

      ‚a a de l'importance. 

               c. adjectifs 

      - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      Super !

      Qu'est-ce qu'il y a d'extraordinaire ? (critique une Žval. pos. ou une Žval. nŽg.) 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      C'est honteux !

      Ce n'est pas juste. 

      C'est malin ! 

               d. adverbes 

      - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      Assez ! (val. pos. ou nŽg.)

      Tu ferais mieux de te taire ! 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      ‚a va mal finir. 


            (3) locutions intraphrastiques (verbales) Žvaluatives 

               a. Žvaluation positive 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      ‚a vaut le coup. 

               b. Žvaluation non positive 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      ‚a ne vaut pas grand-chose. 

               c. Žvaluation nŽgative 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      Ce n'est pas trs catholique. 

            (4) tours morphosyntaxiques Žvaluatifs 

Il s'agit de tours morphosyntaxiques qui, dans tous leurs emplois, ou dans certains seulement, Žvaluent un Žtat de choses figurant dans un paradigme, ouvert ou fermŽ selon les tours syntaxiques concernŽs.

               a. tours Žvaluatifs nŽgatifs 

      Ñ Ce n'est pas [art.indŽf.] [nom]

       - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      Ce n'est pas du boulot ! 

      Ce n'est pas une excuse ! 

      Ñ Ce(tte) [nom] ! 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      Cette idŽe ! Cette blague ! 

      Ñ C'est a, pour toi, [SN] ? 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      C'est a pour toi, [une casserole propre] ? 

      Ñ (Ne me dis pas que) c'est pour [Vinf.] que tu [V] : 

      - motif de l'Žnonciation mentionnŽ

      (Ne me dis pas que) c'est pour [acheter ce vieux timbre] que tu [as fait des dettes] ! 

      Ñ C'est tout ce que [p] ?! 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      C'est tout ce que a te fait ? 

      C'est tout ce que tu as trouvŽ ?! 

 N.B. C'est tout ? a lui-mme un emploi de locution Žvaluative nŽgative (v. ¤ 2.2.1.B.(5))



      Ñ Comme si [p] ! Žvalue [p] comme faux, irrŽel ou infaisable, immotivŽ :

         - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      Comme si j'allais te croire ! 

         - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      Comme si je n'avais que a ˆ faire ! 

      Ñ En voilˆ [{un(e), des}] [nom] !

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      En voilˆ, une idŽe / un langage !

      En voilˆ, des faons / des manires ! 

      Ñ Tu finiras comme [Nom] ! 

      - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      Tu finiras comme [ton pre] ! 

      - On n'a pas idŽe de [Vinf.] / A-t-on idŽe de [Vinf.] ? 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      On n'a pas idŽe de faire a ! 

      Ñ Pourquoi [Vinf.] ? 

      - motif de l'Žnonciation mentionnŽ

      Pourquoi [recommencer] ? 

      Ñ Qu'est-ce que c'est que [{ce(tte), ces}] [nom] ? 

      - motif de l'Žnonciation mentionnŽ

      Qu'est-ce que c'est que ce travail ? 

      Qu'est-ce que c'est que ces faons de parler ? 

      Ñ Qu'est-ce que tu as ˆ [Vinf.] ? 

      - motif de l'Žnonciation mentionnŽ

      Qu'est-ce que tu as ˆ [rire] ? 

      Ñ Si c'est exprs pour que [p] ! 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      Si c'est exprs pour que [je revienne] ! 

      Ñ Si tu crois que [p]É 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      Si tu crois que [a m'impressionne]É 

      Ñ Voilˆ ce que c'est que de [Vinf.] ! 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

      Voilˆ ce que c'est que d'tre trop bon ! 

      Voilˆ ce que c'est que de [tŽlŽphoner en conduisant] ! 

               b. tours Žvaluatifs ni positifs ni nŽgatifs 

      Ñ Qu'est-ce que c'est que [SN] ? 

      - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      Qu'est-ce que c'est que [cinq minutes de retard] ? 

      Qu'est-ce que c'est qu'[une promesse] ? 

      Ñ [SNa] ou [SNb]É 

      - motif de l'Žnonciation mentionnŽ ou anaphorisŽ

      ‚a ou autre choseÉ 

      [Lundi] ou [mardi]É 

            c. tours Žvaluatifs soit positifs soit nŽgatifs 

      Ñ C(e n)'est (pas) [art.indŽf.] [nom] ! 

Ce tour Žvalue positivement ou nŽgativement "[nom]" selon la nature du nom qui, lui-mme, ne comporte pas de sme Žvaluatif :

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

         - Žvaluation positive 

      C'est un(e) argument / idŽe ! 

      C'est du boulot / du travail ! 

         - Žvaluation nŽgative 

      C'est un abonnement (fig.) / un comble / une faon de voir / une autre histoire (fig.) / une autre paire de manches (fig.) / un monde / une opinion / un rve (fig.)

      C'est des histoires (fig.) / des salades (fig.)

      C'est pas une affaire / un argument / une preuve / une rŽponse / une vie ! 

      C'est pas du boulot / du travail ! 

      C'est pas des faons / des manires / des mŽthodes ! 

   On peut entendre "C(e n)'est (pas) un bon [nom], un [nom] valable, typique". 

      Ñ Tu vas finir par [Vinf.] ! 

      - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      Tu vas finir par y arriver ! 

      Tu vas finir par [me convaincre / tomber] ! 

      Ñ Quel(le) [nom] ! 

      - motif de l'Žnonciation anaphorisŽ

         - Žvaluation positive ou nŽgative 

      Quelle audace / histoire / langage / programme / travail ! 

         - Žvaluation nŽgative 

      Quel(le) Žpoque / exigence / existence / idŽe / ingŽnuitŽ / mentalitŽ / question /supposition / vie ! 

            (5) phrasmes Žvaluatifs 

On relve ici quelques phrasmes Žvaluatifs situationnels.

          Ñ Žvaluation neutre, indiffŽrence : 

      - motif de l'Žnonciation mentionnŽ

      Qu'est-ce qu'il y a (lˆ) d'extraordinaire ? ("rien")

          Ñ Žvaluation positive ou nŽgative : 

      - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      Comme tu y vas ! 

donnant ˆ l'acte de l'interlocuteur valeur de motif pour continuer ou pour arrter, selon la polaritŽ de l'Žvaluation. 

      - motif de l'Žnonciation mentionnŽ

      Et voilˆ le travail ! 

      C'est quelque chose !

          Ñ Žvaluation positive : 

      - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      ‚a baigne ! (fig.) 

      - motif de l'Žnonciation mentionnŽ

      C'est le mot ! 

      Ce n'est pas des mots. 

      C'est | dŽjˆ / toujours | a de fait ! 

      C'est dŽjˆ a.

      Ce n'est pas rien ! 

      ‚a le fait ! 

          Ñ Žvaluation nŽgative : 

      - motif de l'Žnonciation juxtaposŽ

      Grand bien vous fasse ! 

      Je te demande un peu ! 

      La coupe est pleine ! 

      - motif de l'Žnonciation mentionnŽ

      Ce n'est ni fait ni ˆ faire. 

      C'est plus fort que du roquefort ! 

      ‚a casse rien. (fig.) 

      ‚a ne rime ˆ rien. 

      C'est tout ? 

            (6) normes Žvaluatives 

Signalons quelques phrasmes Žvaluatifs motivationnels qui ont la gŽnŽralitŽ d'une norme. Les motifs d'Žnonciation de ces phrasmes sont juxtaposŽs, mais ces phrasmes eux-mmes sont des motifs mentionnŽs explicitement ŽvaluŽs.

               a. noms 

      Le mieux est l'ennemi du bien., 

avec sens Žvaluatif mŽtaphorique de ennemi

motif pour ne pas rechercher la perfection ˆ tout prix. 

      La parole est d'argent, le silence est d'or., 

sens Žvaluatif mŽtaphorique de or

motif pour se taire. 

      Tout ce qui brille n'est pas or. 

motif pour se mŽfier des apparences. 

               b. adjectifs 

      Les bons comptes font les bons amis., 

motif pour faire des comptes Žquitables mme avec ses amis. 

      La rancune est mauvaise conseillre., 

motif pour ne pas cŽder ˆ ce que pourrait nous dicter la rancune. 

      Les apparences sont trompeuses., 

motif pour se mŽfier des apparences. 

               c. adverbes 

      On n'est jamais si bien servi que par soi-mme., 

motif pour se servir soi-mme. 

      Mieux vaut prŽvenir que guŽrir., 

      Deux prŽcautions valent mieux qu'une., 

      On n'est jamais trop prudent, 

motif pour prŽvenir les Žtats de choses de valeur nŽgative. 

      Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras., 

      Mieux vaut tenir que courir, 

motif pour profiter de ce qui se prŽsente, plut™t que d'attendre quelque chose d'incertain. 

               d. verbes 

      Quand on demande quelque chose on aime bien que ce soit fait. 

motif pour satisfaire la demande du loc. 


Toutes les normes Žvaluatives ne sont pas des motifs en rapport direct avec ce qu'elles Žvaluent explicitement :

      Mieux vaut tard que jamais. 

mentionne un motif non pas pour agir en retard mais pour ne pas reprocher qu'une action soit rŽalisŽe tardivement. 


         B. Žvaluation subjective

            (1) verbes performatifs Žvaluatifs

Le motif de l'Žnonciation est juxtaposŽ ou mentionnŽ.

   On citera ici des rŽactions performatives purement Žvaluatives qui font Žventuellement de l'Žtat de choses ŽvaluŽ le motif d'une autre rŽaction :  

      J'approuve / dŽsapprouve | ton comportement / ta dŽcision |. 

      Je t'approuve / te dŽsapprouve. 

motivant le dest. ˆ par exemple persŽvŽrer dans sa dŽcision / pouvant le motiver ˆ y renoncer. 

Noter que l'Žvaluation du motif de l'Žnonciation est pragmatiquement prŽsupposŽe par d'autres rŽactions performatives. C'est par exemple ce qui explique l'emploi ironique de 

      Je te remercie ! 

comme rŽalisation d'une Žvaluation nŽgative de son motif d'Žnonciation.

            (2) autres lexmes Žvaluatifs

               a. absence de valeur

      ‚a m'est Žgal !

      ‚a m'indiffre.

               b. intŽrt

      ‚a m'intŽresse.

      J'attache de l'importance ˆ [la finition].

               c. valeur positive

      - l'objet ŽvaluŽ est non dŽterminŽ

      J'aime mieux a !

      J'aime autant te prŽvenir.

      J'apprŽcie.

      J'en suis fou.

      Je prŽfre.

      - l'objet ŽvaluŽ est une personne

      Je t'admire.

      J'ai de l'estime pour toi.

      Tu m'intŽresses.

      Je respecte ton opinion.

      - Žvaluation a priori de l'action d'autrui

      Je te fais confiance.

               d. valeur nŽgative

      - l'objet ŽvaluŽ est non dŽterminŽ

      ‚a me dŽpla”t.

      Je dŽteste a.

      J'ai horreur de a.

      - l'objet ŽvaluŽ est une personne

      Je n'ai que dŽdain pour [ce genre d'individu].

      Je te mŽprise.

      - l'objet ŽvaluŽ est un acte

      Je n'accepte pas que tu [É].

      Je n'admets pas que tu [É].

      Je ne tolre pas que tu [É].

      - Žvaluation a priori de l'action d'autrui

      Je me mŽfie de toi.

               e. valeur non nŽgative

      J'accepte que tu [ne sois pas d'accord], mais au moins [sois poli] !

      J'admets que tu [ne sois pas d'accord], mais au moins [sois poli] !

      Je tolre que tu [ne sois pas d'accord], mais au moins [sois poli] !

Le motif de l'Žnonciation mentionnŽ, objet de l'Žvaluation, est de valeur nŽgative, mais pas au point de motiver, de la part du locuteur, une rŽaction d'opposition.


            (3) locutions intraphrastiques

      - l'objet est une personne

      Je t'ai ˆ la bonne.

      Je t'ai dans la peau.

      Je l'ai dans le nez.


            (4) tours morphosyntaxiques

      Si tu crois que a m'impressionneÉ


            (5) phrasmes

      ‚a ou autre choseÉ

      ‚a ou peigner la girafeÉ

      ‚a me sort par les trous de nez.


            (6) subjectivisation d'Žvaluations objectives

Une Žvaluation objective peut tre subjectivisŽe par des tours tels que

      Je trouve que [c'est ennuyeux].

      ‚a me para”t [honnte].

      ‚a me semble [intŽressant].

      Pour moi, c'est [valable].

      Ë mon sens, c'est [inutile].


            (7) pseudo-rŽactions purement Žvaluatives 

En dehors des Žvaluations purement formelles on relve un ensemble d'ŽnoncŽs qui se prŽsentent comme des descriptions ou des rŽalisations performatives d'une rŽaction du locuteur, mais qui ne correspondent en fait ˆ aucune rŽaction rŽelle et qui n'ont d'autre fonction que d'Žvaluer l'Žtat de choses motif auquel elles rŽagissent. Ces formulations fonctionnent comme les Žvaluations explicites subjectives formelles ci-dessus. (Voir aussi au ¤ 1.1.3.A.)

   La prŽsupposition pragmatique d'une Žvaluation de l'Žtat de choses qui les motive, ou d'une norme associŽe ˆ un Žtat de choses, est en effet caractŽristique des rŽactions. 


               a. pseudo-rŽactions impliquant l'indiffŽrence 

On relve tout une sŽrie, dans le langage familier ou vulgaire, de pseudo-rŽactions qui ne font que tŽmoigner de l'indiffŽrence du locuteur vis-ˆ-vis d'un Žtat de choses anaphorisŽ, et qui lui dŽnient ainsi, pour le locuteur en tant qu'agent potentiel, tout r™le de motif.

      Je m'en balance. 

      Je m'en bats l'Ïil. 

      Je m'en fiche. 

      J'en ai rien ˆ fiche. 

      Je m'en fous.

      Je m'en tape !

      Je m'en torche.

ou encore :

      J'en parlerai ˆ | mon cheval / mes lapins | ! (lesquels s'en fichent)


               b. pseudo-rŽactions impliquant l'intŽrt 

Parmi les expressions ci-dessus, seules les nŽgations 

      Je ne m'en fiche pas. 

      Je ne m'en fous pas. 

semblent usitŽes, et signifient l'intŽrt du loc. pour l'Žtat de choses auquel il se rŽfre. 

   On trouve aussi des pseudo-rŽactions rŽalisŽes sous forme de performatifs explicites, Žvaluant positivement ou (non) nŽgativement leur motif d'Žnonciation : 


               c. pseudo-rŽactions impliquant la valeur positive 

      J'applaudis des deux mains ! 

      Chapeau bas ! 

      J'en mets ma main au feu ! (valeur de vŽritŽ positive, par rŽfŽrence ˆ l'ordalie) 


               d. pseudo-rŽactions impliquant la valeur non nŽgative 

      Je ne te jette pas la pierre ! 

("Je te jette la pierre" n'est pas usitŽ) 


               e. pseudo-rŽactions impliquant la valeur nŽgative 

      Je bats ma coulpe ! 

      Je m'en mords les doigts. 

      Je me couvre de cendres ! 

                  - valeur nŽgative du dest., aux yeux du loc. 

      Je t'emmerde ! 

      Je te pisse au cul ! 


   On ne confondra pas les pseudo-rŽactions ainsi dŽfinies avec des rŽactions qui ne sont "pseudo", non effectives, que dans la littŽralitŽ de la mŽtaphore qui les formule, mais qui rŽalisent effectivement une rŽaction spŽcifique, non essentiellement Žvaluative :  

      Je rends les armes.  

      Je touche du bois !  

      Je te garde un chien de ma chienne.  

      Je croise les doigts.  

      Je jette l'Žponge.  

      Je passe l'Žponge.  

      Je donne ma langue au chat.  

      Je m'en lave les mains.  

      Je rends mon tablier.

(v. aussi les pseudo-rŽactions signifiant leur motif, ¤ 3.2.4.A.)


      2.2.2. Žvaluation implicite

Parmi les diffŽrents moyens d'Žvaluation implicite d'un Žtat de choses on oppose (a) les Žvaluations qui s'appuient sur un sme Žvaluatif, (b) diverses catŽgories d'Žvaluations sans sme Žvaluatif.

Ñ (a) Žvaluations qui s'appuient sur un sme Žvaluatif (¤ 2.2.2.A.).

Ce sme Žvaluatif peut 

   - tre portŽ par un lexme, ce lexme Žtant constitutif d'ŽnoncŽs, locutionnels ou non ; la polaritŽ de l'Žvaluation du contenu de l'ŽnoncŽ est compositionnelle, c'est-ˆ-dire fonction du contexte morphosyntaxique, voire sŽmantique, du lexme dans l'ŽnoncŽ ; 

   - ou tre globalement attribuŽ en langue au contenu d'un ŽnoncŽ locutionnel (tour morphosyntaxique, locution intraphrastique ou phrasme), la polaritŽ de l'Žvaluation Žtant alors non compositionnelle ;

   Pour rŽduire le disparate sŽmantique des expressions comportant un sme Žvaluatif nous essayons de les classer selon leur appartenance ou non au champ sŽmantique gŽnŽral de la causalitŽ, dont la relation motif - rŽaction constitue la sous-catŽgorie du volontaire. Soit les dix catŽgories suivantes : 

- expression descriptive hors relation de causation : 

      conna”tre, 

- expression non descriptive hors relation de causation : 

      aubaine, (Žvaluation positive) 

- expression rŽsultative descriptive : 

      amuser, 

- expression rŽsultative non descriptive : 

      aider,  (on aide en faisant qch., mais quoi ?) 

- expression descriptive de consŽquence : 

      comprendre, 

- expression non descriptive de consŽquence : 

      embtements, 

- expression descriptive de rŽaction : 

      fter, 

- expression non descriptive de rŽaction : 

      sport (dans Il va y avoir du sport !), 

- expression descriptive de consŽquence de rŽaction : 

      saigner (dans ‚a va saigner !), 

- expression de norme descriptive motivationnelle : 

      La vie est courte. 

   En ce qui concerne le segment porteur d'un sme Žvaluatif, on essaie de distinguer, comme prŽcŽdemment, entre lexique, tour morphosyntaxique, locution intraphrastique et phrasme (au sens de locution phrastique). La diffŽrence entre locution intraphrastique et phrastique tient ˆ la possibilitŽ de certaines variations dans la phrase contenant une locution intraphrastique, opposŽe au figement du phrasme. Par exemple 

      ‚a me laisse froid. 

accepte une variation du "datif" (‚a | me / te / le | É) et du temps du verbe, alors que 

      Peu m'en chaut. 

ne semble pas susceptible de variation (? Peu lui en chaut, ?? Peu m'en chalait). En dehors des proverbes, qui sont des phrasmes, la dŽtermination de l'empan de la locution n'est pas toujours aisŽe. 

Ñ (b) diverses catŽgories d'Žvaluations sans sme Žvaluatif : 

   - l'Žtat de choses mentionnŽ s'analyse comme un cas de (non) respect d'une norme prescriptive (¤ 2.2.2.B.(1)). 

   - l'Žvaluation implicite se fait par rŽfŽrence au motif de l'Žnonciation, qui est ŽvaluŽ (¤ 2.2.2.B.(2)) : 

      Tu en aurais fait autant ! 

(homonyme, du fait que le motif de l'Žnonciation est soit de val. pos., soit de val. nŽg.) 

      ‚a t'arrive, ˆ toi aussi ! ("de faire des erreurs") 

   - Žvaluations implicites plus difficiles ˆ saisir : certaines semblent tŽmoigner d'une attitude Žvaluative du locuteur par rapport ˆ lui-mme et par rapport ˆ autrui (¤ 2.2.2.B.(3)) : 

      - narcissisme 

      Il ne me croit pas !, ("alors que je dis la vŽritŽ")

      - antipathie 

      Qu'est-ce que tu cherches ? (hom.) ("tu as de mauvaises intentions") 

   - d'autres Žvaluations implicites portent sur l'objet de certaines expressions programmatives (v. ¤ 3.2.1.).

   PrioritŽ est donnŽe, dans la catŽgorisation, aux procŽdŽs ayant une dimension formelle. Ainsi, 

      Tu tra”nes. 

peut s'entendre comme le non respect d'une norme qui peut s'Žnoncer "il faut se dŽpcher, il ne faut pas perdre son temps", mais tra”ner (au sens actif et intransitif) est, en tout Žtat de cause, un verbe descriptif (un mode d'action) comportant en langue un sme d'Žvaluation nŽgative de son contenu descriptif ("faire un acte duratif"), et c'est cette catŽgorisation qui sera retenue prioritairement pour cet ŽnoncŽ. 

   A fortiori, un ŽnoncŽ comme 

      Ce n'est pas juste. 

sera classŽ comme expression explicitement Žvaluative (v. ¤ 2.2.1.A.(2), adjectifs), mais il indique Žvidemment un cas de non respect de la norme "il faut tre juste".

   Les relevŽs ci-dessous ne constituent que quelques exemples. 


         2.2.2.A. Žvaluations implicites par sme Žvaluatif 

            (1) sme Žvaluatif dans une expression descriptive hors relation de causation 

               a. Žvaluation positive 

      lexique (y compris dans des locutions) 

      ami, cadeau, comprendre, conna”tre, savoir, se souvenir :

      Les amis de nos amis sont nos amis. 

      Les petits cadeaux entretiennent l'amitiŽ. 

      J'ai compris. 

      C'est connu ! (a des emplois Žvaluatifs nŽgatifs) 

      Je sais lire ! (Žvaluant nŽgativement son motif d'Žnonciation) 

      Tout le monde sait a ! 

      phrasmes 

      Les absents ont toujours tort. (val. pos. pour les prŽsents) 

      Je suis au-dessus de a ! 

      C'est une chose faite. 

      On s'habitue ˆ tout. 

      Demain il fera jour. 

      Tout est lˆ ! 

      L'occasion fait le larron. (val. pos. pour le larron) 

      La rue est ˆ tout le monde. 

      Je tiens ˆ la vie ! 

      J'en ai vu d'autres ! 

               b. valeur positive d'un Žtat de choses prŽcaire 

      phrasmes 

      On n'a pas tous les jours vingt ans ! (val. pos. pour qui a vingt ans) 

               c. Žvaluation non positive 

      pronom 

      Qui ne tente rien n'a rien. 

      phrasmes 

      On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. 

      On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. 

      Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. 

      Une hirondelle ne fait pas le printemps. 

      On ne peut pas tout savoir. 

               d. Žvaluation nŽgative 

      lexique 

   outre certains ŽlŽments ˆ sme Žvaluatif positif dans un contexte nŽgatif : 

      dormir ("au lieu d'tre attentif"), ingŽnuitŽ, lambiner, odeur ("mauvaise odeur" dans Il y a une odeurÉ) , oublier, retard, sourd, tra”ner, É 

      locutions intraphrastiques 

      Je suis dans le brouillard. 

      Je suis dans le cirage. 

      Je suis dans le creux de la vague. 

      ‚a ne me dit pas (grand-chose). 

      J'ai bon dos ! 

      C'est une vue de l'esprit. 

      C'est se ficher du monde ! 

      Tu n'en manques pas une ! 

      Tu mŽlanges tout ! 

      Tu remets a ?! 

      phrasmes 

      Qu'est-ce que tu attends ?! 

      Chaud devant ! 

      Ils ne savent plus quoi inventer ! 

      ‚a recommence ! 

      Tu te mets le doigt dans l'Ïil ! 

      Vous tes tous pareils ! 

      Tu ne fais rien comme personne. 

      Les murs ont des oreilles. 

      On ne fait pas d'omelette sans casser des Ïufs. 

               e. Žvaluation non nŽgative 

      phrasmes 

      Je n'attends pas aprs. (polaritŽ nŽgative d'attendre (impatiemment), par convention d'usage de cet ŽnoncŽ) 

      Les petites btes ne mangent pas les grosses ! 

      Chien qui aboie ne mord pas. 

      Les chiens aboient, la caravane passe. 

               f. Žvaluation positive ou nŽgative 

      lexique 

Certaines expressions descriptives comportent un sme Žvaluatif non polarisŽ a priori, qui reoit sa polaritŽ du contexte ou de la situation, par exemple : 

      attendre :

- val. pos. de J'attends. en rŽponse ˆ quelqu'un qui dit s'absenter un instant,

- val. nŽg. de J'attends ! pour celui qu'on fait attendre.

               g. cas des ŽnoncŽs ˆ prŽdicat modal programmatif passif

Les modalitŽs programmatives passives programment (attendre, espŽrer, souhaiter) ou contre-programment (craindre, redouter) un Žtat de choses, actif ou non, sans impliquer Ñ du moins dans la littŽralitŽ des ŽnoncŽs Ñ l'intervention d'un proagent pour cette rŽalisation ou cet Žvitement. Ces modalitŽs programmatives passives ne peuvent donc tre constitutives d'un motif que si leur objet est un acte (ou un rŽsultat d'acte) et que si le proagent est informŽ de cette programmation Ñ mais, dans le dŽtail, les choses ne sont pas si simples. 

      J'espre venir. 

ne mentionne pas un motif pour que je vienne, l'envie de venir semble au contraire impliquŽe, et c'est en fait la rŽalisation d'une condition de faisabilitŽ, ou d'une permission, qui est espŽrŽe (J'espre pouvoir [avoir la capacitŽ / la permission] de venir.) 

      J'espre que tu viendras. 

mentionne un motif pour que tu viennes, alors que 

      J'espre qu'il viendra. 

ne peut motiver directement ˆ venir un tiers qui serait absent et dans l'ignorance de ce que j'espre. 

      Je crains de m'emporter. 

ne fait qu'envisager un acte involontaire de valeur nŽgative du locuteur : avec un acte normalement volontaire, comme 

      Je crains de lui tŽlŽphoner., 

on pensera ˆ d'Žventuelles consŽquences de valeur nŽgative de cet acte, plut™t qu'ˆ, comme pour "m'emporter", une rŽalisation compulsive de l'acte mentionnŽ. 

      Je crains que tu ne lui tŽlŽphones. 

s'entend facilement au sens ŽpistŽmique : "je pense que tu vas lui tŽlŽphoner, acte qui est ˆ mes yeux de val. nŽg." et ne semble pas constituer un motif pour que tu ne tŽlŽphones pas, alors que 

      Je crains que tu ne t'emportes. 

mentionnerait un motif pour que tu essaies de te ma”triser. 

   Alors qu'espŽrer, souhaiter, sont des Žtats de choses de val. pos., et craindre, redouter, de val. nŽg., attendre peut avoir l'une ou l'autre des polaritŽs Žvaluatives. Ainsi 

      Je t'attends. 

peut tre, selon la valeur attribuŽe par le loc. au fait qu'il attend, un motif pour que tu prennes ton temps, ou pour que tu te dŽpches, alors que dans les deux cas, l'acte attendu, "que tu viennes", est de valeur positive. 

   Ce que le loc. attend est de valeur positive ˆ ses yeux Ñ mais peut tre de val. nŽg. pour le dest. : 

      J'attends que [tu te casses la figure]. (dans ton entreprise) 

   Ce que le loc. imagine que le dest. attend peut tre de val. pos. ou nŽg. aux yeux du loc., l'attente du dest. aux yeux du loc. ayant la mme polaritŽ que son objet : 

      Tu m'attends ? 

      Tu attends le dŽgel ? 

   Dans ce dernier exemple l'attente qui est celle du dest. est de val. nŽg. aux yeux du loc. et elle est donnŽe par le loc. comme le mauvais motif de l'inaction du dest.

   Finalement il semble possible de considŽrer les ŽnoncŽs ˆ prŽdicat modal programmatif passif comme mentionnant des motifs par Žvaluation implicite (donc, ici, par sme Žvaluatif dans une expression descriptive hors relation de causation), plut™t que comme des motifs mentionnŽs explicites, c'est-ˆ-dire formellement marquŽs, comme le sont les prŽdicats modaux programmatifs actifs (avoir l'intention de, avoir envie de, tenir ˆ ce queÉ).


            (2) sme Žvaluatif dans une expression non descriptive hors relation de causation 

On trouve des expressions qui Žvaluent des Žtats de choses et tiennent lieu, en quelque sorte, de description de ces Žtats de choses, alors que ce qu'elles dŽcrivent n'est pas plus prŽcis que "Žtat de choses". Par exemple, on peut rŽpondre ˆ la question 

      Ñ Qu'est-ce qui t'est arrivŽ ? 

qui appelle la description d'un ŽvŽnement, par : 

      Ñ Une tuile !, 

qui ne donne que l'Žvaluation nŽgative d'un Žtat de choses peu dŽterminŽ (qch. survenu brutalement, comme la chute d'une tuile). 

   C'est dans la mesure o elles peuvent tenir lieu de description que ces expressions ne sont pas considŽrŽes comme purement Žvaluatives au sens des Žvaluations explicites. 

               a. valeur positive 

      lexique 

      aubaine 

   - modalitŽ d'action, d'Žnonciation (v. ¤ 2.2.5.C..) : 

      franchise, sŽrieux, sincre, vŽritŽ 

      jouer (Je ne joue pas.) 

      locutions intraphrastiques 

   - modalitŽ d'action, d'Žnonciation : 

      ˆ vrai dire 

      pour de bon 

      pour de vrai 

      pour dire la vŽritŽ 

      pour dire les choses telles qu'elles sont 

      sans blague 

      sans dŽconner 

               b. valeur nŽgative 

      lexique 

      s'embter, s'emmerder, s'ennuyer (au sens de "sentiment de vide") 

      malheur, pŽpin, problme (Il y a un/une Ñ), tuile 

   - modalitŽ d'action, d'Žnonciation (v. ¤ 2.2.5.C.) : 

      blague, cacher qch., dŽconner, se ficher de, se foutre de, mentir, se moquer, plaisanterie, rigoler, rire, semblant (faire -) 

du moins lorsque ces modalitŽs sont rŽfŽrŽes ˆ autrui, alors que dŽconner, se ficher de, se foutre de, se moquer, plaisanterie, rigoler, rire, semblant (faire -) (mais non mentir), rŽfŽrŽes au loc., sont ˆ ses yeux de valeur positive.

   - modalitŽ d'interaction (v. ¤ 2.2.5.D.

      taquiner, faire marcher (mme remarque) 

      locutions intraphrastiques 

      Je suis dans les choux. 

      phrasmes 

      Il y a un os. 

               c. valeur non nŽgative 

      lexique 

      Pas de problme. 

      phrasmes 

      On n'est jamais si malheureux qu'on croit. 

               d. valeur positive ou nŽgative 

      ‚a va loin ! 

            (3) sme Žvaluatif dans une expression rŽsultative descriptive 

On appelle expression "rŽsultative" une expression qui dŽcrit un processus de causation jusqu'ˆ son aboutissement, ainsi fatiguer, par rapport ˆ des expressions purement causatives comme provoquer (par ex. dans provoquer de la fatigue) qui, par dŽfinition, ne comportent pas de sme Žvaluatif, et par rapport ˆ des expressions de consŽquence, comme tre fatiguŽ, qui implique une cause, mais ne la marque pas formellement. 

    Nous n'essayons pas de prŽciser ici les domaines sŽmantiques auxquels appartiennent, littŽralement, ces rŽsultats. 

               a. valeur positive 

      lexique 

      amusant, apprendre, convaincant, s'enrichir, expliquer, hilarant, inspirer, faire plaisir, faire rire :

      ‚a m'inspire ! 

      ‚a me fait plaisir. 

      Qui paie ses dettes s'enrichit. 

Tu m'amuses !, Tu me fais rire ! peuvent aussi avoir une fonction de critique

      locutions intraphrastiques 

      ‚a fait du bien. 

      phrasmes 

      Tu me mets aux anges. 

      Tu | m'enlves / m'™tes | les mots de la bouche ! 

      Tu vas faire des ravages ! 

               b. valeur nŽgative 

      lexique 

         adjectifs 

      agaant, assommant, chiant, crispant, dŽgožtant, rendre dingue, ŽcÏurant, Žnervant, Žpuisant, exaspŽrant, fatigant, rendre fou, horripilant, rendre malade, rendre malheureux, rendre sourd :  

      C'est (trs) agaant ! 

      Tu es assommant ! 

      (Qu'est-)ce que tu peux tre chiant ! 

      C'est crispant ! 

      Tu es dŽgožtant ! 

      ‚a me rend dingue ! 

      C'est ˆ en devenir dingue ! 

      Si c'est pas ŽcÏurant ! 

      Tu es Žnervant ! 

      Tu es Žpuisant / exaspŽrant / fatigant ! 

      C'est exaspŽrant ! 

      ‚a me rend fou ! 

      C'est horripilant ! 

      ‚a me rend malade. 

      Tu me rends malheureux. 

      ‚a rend sourd ! 

      ‚a me tue ! 

         noms (dans des expressions verbales) 

      faire des histoires, faire honte, faire (du) mal, donner la nausŽe, se donner de la peine, faire de la peine, faire peur, faire plaisir, causer des soucis, donner des sueurs froides : 

      Tu me fais honte ! 

      ‚a (me) donne la nausŽe ! 

      Tu me fais de la peine ! 

      Tu me fais peur ! 

      ‚a me donne des sueurs froides ! 

         verbes 

      agacer, affliger, assommer, barber, les briser, casser la tte etc., faire chier, choquer, crisper, dŽbecter, dŽcevoir, dŽgožter, dŽranger, dŽgoûter, dŽmolir qqn, dŽsespŽrer, dŽtruire, ŽcÏurer, effrayer, embter, emmerder, empoisonner, Žnerver, ennuyer, Žpuiser, enquiquiner, exaspŽrer, fatiguer, se fouler, faire gerber, gonfler, inquiŽter, navrer, offenser, plumer, prŽoccuper, raser, rŽpugner, rŽvolter, faire rougir, ruiner, scandaliser, soûler, faire suer, tuer (‚a me tue !), faire vomir 

      locutions intraphrastiques 

      Tu me pompes l'air ! 

      Tu m'as mis dans le bain ! 

      Tu me fous les boules ! 

      ‚a me soulve le cÏur ! 

      Tu commences ˆ me courir (sur le haricot). 

      ‚a ne te cožte rien de [faire des promesses]. 

      Tu me mets dans de beaux draps ! 

      ‚a me retourne l'estomac ! 

      Tu me fous les glandes ! 

      Tu me mets hors de moi ! 

      Tu me tapes sur les nerfs ! 

      Tu commences ˆ me chauffer les oreilles. 

      Je te fais perdre ton temps. 

      Tu perds ta salive ! 

      Tu scies la branche sur laquelle tu es assis ! 

      Tu me tapes sur le systme ! 

      Tu me prends la tte ! 

      Tu me fais perdre mon temps. 

      Tu m'en fais voir (de toutes les couleurs) ! 

      phrasmes 

      Un train peut en cacher un autre ! 

      C'est tout l'effet que a te fait ? 

      ‚a met de l'huile sur le feu. 

               c. valeur non nŽgative 

      locutions intraphrastiques 

      Je ne me casse pas le cul ! 

      Je ne me fais pas chier ! 

      Je ne me fatigue pas ! 

      Je ne me suis pas fatiguŽ ! 

(noter que ces locutions, rŽfŽrŽes au dest., ont fonction de critique : Tu ne t'es pas fatiguŽ !, etc.

               d. valeur positive ou nŽgative 

      locutions intraphrastiques 

      ‚a te mnera loin. 

            (4) sme Žvaluatif dans une expression rŽsultative non descriptive 

On regroupe ici les expressions rŽsultatives qui ne donnent qu'une Žvaluation d'un rŽsultat, qui n'est pas autrement dŽcrit ; certaines mentionnent l'objet affectŽ. 

               a. valeur neutre 

      lexique 

      ‚a ne m'impressionne pas. 

      ‚a ne me touche pas. 

      locutions intraphrastiques 

      ‚a me laisse froid / de glace / de marbre. 

      ‚a ne me fait ni chaud ni froid. 

      ‚a ne me fait rien. 

      Je ne m'en fais pas. 

      ‚a ne fait rien ˆ l'affaire. 

      phrasmes 

      Peu m'en chaut. 

      Qu'est-ce que a peut me faire ? 

      Que veux-tu que a me fasse ? 

      Qu'est-ce que tu veux que a me foute ? 

      Qu'est-ce que a peut me foutre ? ! 

      Qu'est-ce que a peut te faire ? ! 

               b. valeur positive 

      lexique 

      aider, amŽliorer, apporter qch., arranger, faire du bien, faciliter : 

      ‚a aide. 

      ‚a m'arrange. 

      ‚a fait du bien. 

      ‚a facilite les choses. 

      locutions intraphrastiques 

      ‚a change les idŽes. 

      phrasmes 

      ‚a met du beurre dans les Žpinards. 

      ‚a met de l'huile dans les rouages. 

               c. valeur non positive 

      lexique 

      ‚a n'avance ˆ rien. 

      ‚a ne donne rien (du tout). 

               d. valeur non nŽgative 

      ‚a ne fait rien. ("rien de mal") 

      ‚a ne fait pas de mal. 

               e. valeur nŽgative 

      lexique 

      aggraver, compliquer, contrarier, faire des dŽg‰ts, dŽsavantager, embrouiller, g‰cher, g‰ter, gner, faire du tort, faire du vilain : 

      Tu aggraves ton cas. 

      Je te complique la vie. 

      Tu me contraries. 

      ‚a va faire des dŽg‰ts. 

      Cela te dŽsavantage. 

      Tu as tout embrouillŽ ! 

      Tu as tout g‰chŽ ! 

      Tu ne vas pas me g‰ter mon plaisir ! 

      Tu me gnes ! 

      locutions intraphrastiques 

      ‚a va faire du joli ! 

      ‚a fout tout en l'air ! 

               f. valeur positive ou nŽgative 

      locutions intraphrastiques 

      ‚a me fait quelque chose. 

      Qu'est-ce que a peut te faire ? 

          (5) sme Žvaluatif dans une expression descriptive de consŽquence 

Ici l'expression est reconnue sŽmantiquement comme une consŽquence, sans qu'elle fasse mention d'un processus de causation ni d'une cause. 

               a. valeur neutre 

      phrasme 

      J'en suis bien aise. (a des emplois ironiques) 

               b. valeur positive 

      lexique 

      comprendre, content, enchantement, enchantŽ, fier, heureux, joie, plaire, ravi : 

      Tu vas comprendre. 

      Qu'est-ce que je suis content ! 

      Je suis enchantŽ ! 

      J'en suis fier ! 

      Je suis heureux. 

      Quelle joie ! 

      Je suis ravi ! 

      locutions intraphrastiques 

      Je suis aux anges ! 

               c. valeur nŽgative 

      lexique 

      dŽu, dŽgožtŽ, ŽcÏurŽ, ŽdifiŽ, f‰chŽ, haut-le-cÏur, honte, avoir peur, scandalisŽ, souffrir, ne pas supporter, terrifiŽ, vomir : 

      Je suis dŽu de toi. 

      J'ai honte. 

      Quel dŽgožt ! 

      Je suis ŽdifiŽ. 

      Je serais f‰chŽ. 

      J'ai peur ! 

      Je suis scandalisŽ ! 

      Tu vas souffrir ! 

      Je ne supporte pas !

      Je suis terrifiŽ ! 

      J'ai envie de vomir. 

      locutions intraphrastiques 

      Tu vas te bržler les ailes ! 

      Je me fais de la bile. 

      Je perds patience ! 

      Tu vas y laisser des plumes. 

      Tu as tout ˆ perdre. 

      Tu cours ˆ ta perte. 

      J'en ai des sueurs froides. 

      Je me fais du mauvais sang. 

      Tu perds ton temps. 

      Tu me prends la tte ! 

      On ne s'en fait pas ! (Je ne m'en fais pas ! est ŽvaluŽ positivement) 

      phrasmes 

      On n'est pas couchŽs ! 

      On aura tout entendu ! 

      On ne va pas s'Žtouffer ! 

      On ne ferait jamais rien. 

      Ma patience est ˆ bout. 

      On aura tout vu ! 

               d. valeur non nŽgative

      Je supporte. 

marque une consŽquence de qch. de valeur nŽgative qui n'est pas elle-mme d'une intensitŽ telle qu'elle motiverait de la part du locuteur une rŽaction d'opposition.

               e. valeur positive ou nŽgative 

      locutions intraphrastiques 

      Tu vas avoir des surprises ! 

          (6) sme Žvaluatif dans une expression non descriptive de consŽquence 

L'expression dŽsigne, en termes gŽnŽriques, une consŽquence ŽvaluŽe, involontaire. 

               a. valeur positive 

      lexique 

      s'amŽliorer, s'arranger : 

      ‚a s'amŽliore. 

      ‚a s'arrange. 

               b. valeur non positive 

      lexique 

      avancer : 

      Je ne suis pas plus avancŽ. 

      ‚a n'avance ˆ rien. 

               c. valeur nŽgative 

      lexique 

      embtements, emmerdes, ennuis, malheur, problmes, soucis : 

      Tu peux avoir des embtements / des emmerdes / des ennuis / des problmes. 

      Il va arriver un malheur. 

      J'ai des soucis. 

      locutions intraphrastiques 

      Je suis dans l'embarras / la mŽlasse / la merde / la mouise / la panade / le pŽtrin, É 

      Je suis dans de |beaux / sales | draps ! 

      phrasmes 

      ‚a peut avoir des consŽquences ! 

      ‚a ne pardonne pas. 

               d. valeur positive ou nŽgative 

      lexique 

      J'en ai assez ! 

      phrasmes 

      Et voilˆ le rŽsultat ! 

      Tu as vu le rŽsultat (?) 

      RŽsultat ! 

          (7) sme Žvaluatif dans une expression descriptive de rŽaction 

Outre qu'elles ont une fonction de participation ou d'opposition ˆ leur motif, les rŽactions sont ŽvaluŽes selon qu'elles sont agrŽables ou non, utiles ou non, convenables ou non. Dans la plupart des ŽnoncŽs citŽs ici la rŽaction mentionnŽe est l'objet d'une expression programmative, ce qui donne ˆ ces ŽnoncŽs une source motivationnelle complexe (v. ¤ 3.2.1.). 

               a. valeur positive 

      lexique 

      Il faut espŽrer ! 

      Il faut se rendre ˆ l'Žvidence. 

      Il faut fter a ! 

      Il n'y a pas de quoi se marrer. 

      Il faut te rŽveiller ! 

      locutions intraphrastiques 

      Tu ne veux pas voir la rŽalitŽ en face ! 

      phrasmes 

      Il faut te mettre du plomb dans la tte. 

      Je te dois une fire chandelle ! 

               b. valeur non nŽgative 

      lexique 

      Je n'attends pas aprs. 

      phrasmes 

      Il n'y a pas de quoi en faire | une histoire / un plat / un drame | ! 

      Il n'y a pas de quoi se frapper. 

               c. valeur nŽgative 

      lexique 

      Tu veux une gifle ? 

      Il faut que je te gronde ! 

      On ne peut rien te reprocher. 

      Je dois te remercier ? (iron.) 

      phrasmes 

      Tu veux ma photo ? 

      Il faut te le chanter ? 

      Il faut te faire soigner ! 

      Il faut se | le / la / les | | faire / farcir | ! 

      Il faut tout te dire ! 

          (8) sme Žvaluatif dans une expression non descriptive de rŽaction 

               a. valeur positive 

      lexique 

      Tu veux bien m'aider ? 

               b. valeur nŽgative 

C'est essentiellement l'intensitŽ de la rŽaction d'opposition qui est exprimŽe. 

      lexique 

      Il va y avoir du grabuge ! 

      ‚a va | barder / chier / chauffer / cogner / pŽter | ! 

      phrasmes 

      Il peut y avoir des rŽactions ! 

      Il va y avoir du sport ! 

          (9) sme Žvaluatif dans une expression descriptive de consŽquence de rŽaction 

               a. valeur nŽgative 

      lexique 

      ‚a va faire | des histoires / un scandale | ! 

      locutions intraphrastiques 

      Tu vas comprendre ta douleur ! 

      phrasmes 

      ‚a va saigner ! 

      Il va y avoir du sang ! 

      Il va y avoir du vilain ! 

                  . acte programmŽ non mentionnŽ

D'autres ŽnoncŽs au prŽsent gŽnŽrique descriptif mentionnent un Žtat de choses implicitement ŽvaluŽ positivement, et motivent une rŽaction de participation ˆ cet Žtat de choses non mentionnŽ dans l'ŽnoncŽ.

      Les amis de nos amis sont nos amis., 

valeur positive par dŽfaut de ami

motif pour traiter en amis les amis de nos amis. 

      Les petits cadeaux entretiennent l'amitiŽ., 

valeur positive par dŽfaut de amitiŽ, 

motif pour faire des petits cadeaux ˆ ses amis. 

      La nuit porte conseil., 

valeur positive par dŽfaut de conseil, 

motif pour remettre une dŽcision au lendemain. 

      On n'a que le plaisir qu'on se donne., 

valeur positive par dŽfaut de plaisir, 

motif pour se donner du plaisir 

      On finit par s'habituer ˆ tout., 

valeur positive de l'Žtat de choses mentionnŽ portŽe par le phrasme, 

motif pour supporter les situations de valeur nŽgatives durables ou rŽpŽtitives. 

      Les absents ont toujours tort., 

valeur positive de l'Žtat de choses mentionnŽ portŽe par le phrasme, 

motif pour profiter de l'absence de certains pour faire ce que leur prŽsence ne permettrait pas. 

      La rue est ˆ tout le monde., 

valeur positive de l'Žtat de choses mentionnŽ portŽe par le phrasme, 

motif pour aller librement dans la rue. 


               b. valeur positive d'un Žtat de choses prŽcaire 

motivant de profiter de cet Žtat de choses pendant qu'il est temps : 

      On ne vit qu'une fois. 

      On n'a pas tous les jours vingt ans. 

valeur positive de la vie, de la jeunesse, tant qu'elle dure. 


               c. valeur non positive d'un Žtat de choses 

motivant une rŽaction de non participation ˆ cet Žtat de choses :

      Les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

valeur positive par dŽfaut de payeur lorsque ce n'est pas moi, 

motif pour ne pas suivre aveuglŽment des conseils qui nous occasionneraient des frais. 

      On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre., 

valeur non positive (inefficacitŽ) d'un procŽdŽ auquel on pourrait penser, 

motif pour ne pas s'y prendre ainsi. 

      L'habit ne fait pas le moine., 

valeur non positive de ce que les apparences ne soient pas fiables, 

motif pour ne pas se fier aux apparences. 

      Une hirondelle ne fait pas le printemps., 

valeur non positive de ce que le printemps ne soit pas dŽjˆ arrivŽ, 

la prŽsence d'une hirondelle est un motif insuffisant pour croire que le printemps est arrivŽ, motif pour ne pas agir en consŽquence de cette erreur.


               d. valeur non nŽgative d'un Žtat de choses 

motivant une rŽaction de participation ou de non opposition ˆ cet Žtat de choses : 

      L'argent n'a pas d'odeur. 

odeur est pris ici au sens de "mauvaise odeur" ou de "odeur indice d'une Žventuelle origine malhonnte", 

motif pour ne pas refuser de l'argent, d'o qu'il vienne. 

      Chien qui aboie ne mord pas., 

valeur nŽgative de se faire mordre, 

motif pour ne pas avoir peur d'un chien qui aboie. 

      Les petites btes ne mangent pas les grosse btes ! 

valeur nŽgative de te faire manger, toi la grosse bte, 

motif pour ne pas avoir peur des petites btes. 

      On n'est jamais si malheureux qu'on croit., 

valeur non nŽgative relativement ˆ ce qui serait pire,  

motif pour ne pas se plaindre. 

      Une fois n'est pas coutume.

valeur non nŽgative d'une infraction isolŽe, 

motif pour ne pas tenir rigueur d'une infraction isolŽe. 

(ou absence de motif pour croire qu'une bonne ou mauvaise action puisse se rŽpŽter)


               e. valeur nŽgative d'un Žtat de choses 

                  . motivant une rŽaction d'opposition ˆ cet Žtat de choses

      Un accident / malheur est vite arrivŽ

      Un train peut en cacher un autre. (SNCF) 

valeur nŽgative par dŽfaut de accident, malheur, cacher (dans certains emplois), 

motifs pour prŽvenir un accident. 

      Qui s'y frotte s'y pique. (devise de Louis XI), 

valeur nŽgative par dŽfaut d'tre piquŽ par qch., 

motif pour ne pas s'attaquer ˆ quelqu'un. 

      Les murs ont des oreilles., 

valeur nŽgative du fait de pouvoir tre entendu par des tiers, 

motif pour ne pas risquer d'tre entendu par des tiers. 

      Qui ne risque rien n'a rien. 

valeur nŽgative par dŽfaut de ne rien avoir (ne rien obtenir), 

motif pour ne pas rester passif. 


                  . motivant une rŽaction de non participation ˆ cet Žtat de choses

      On ne se refait pas. 

      On ne refait pas le monde. 

      On ne peut pas faire l'impossible. 

      On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. 

      On ne peut pas tout avoir., 

valeur nŽgative par dŽfaut de la non faisabilitŽ de quelque chose de valeur positive, 

motifs pour ne pas essayer d'obtenir quelque chose d'impossible. 

                  . motivant une rŽaction d'indiffŽrence ˆ cet Žtat de choses

      Les chiens aboient, la caravane passe., 

valeur nŽgative par dŽfaut de aboyer pour qui les aboiements menace, 

motif pour ne pas tenir compte des critiques. 

                  . motivant une rŽaction de participation ˆ cet Žtat de choses

      On ne fait pas d'omelette sans casser des Ïufs. 

valeur nŽgative de casser des Ïufs dans ce phrasme, 

motif pour faire des actes de valeur positive en dŽpit des "dommages collatŽraux".

      Les faits sont ttus., 

valeur nŽgative des faits qui ne sont pas tels qu'on aimerait qu'ils soient, 

motif pour tenir compte de la rŽalitŽ, aussi dŽplaisante soit-elle. 


               f. normes descriptives motivationnelles ou non

Tous les ŽnoncŽs de normes descriptives ne sont pas pour autant motivationnels lorsque l'Žtat de choses mentionnŽ est ŽvaluŽ.

                  . Žvaluations positives 

      Les grandes douleurs sont muettes. (Lamartine) 

peut servir de motif pour cacher sa douleur. 

      On n'arrte pas le progrs. 

n'est pas un motif pour s'efforcer de faire des progrs. 

      On en apprend tous les jours ! 

n'est pas un motif pour apprendre tous les jours. De mme, 

                  . Žvaluations nŽgatives 

      On n'a plus les enfants qu'on avait. 

n'est qu'une constatation. 

      On ne peut pas penser ˆ tout. 

n'est d'aucune manire un motif pour dŽlaisser certains objets potentiels de pensŽe. 

      Un malheur ne vient jamais seul. 

ne semble pas usitŽ comme motif pour prŽvenir un nouveau malheur. 

      On ne peut pas plaire ˆ tout le monde. 

pourrait servir de motif pour un acte qui dŽplairait ˆ certains mais plairait ˆ d'autres. 

      On ne peut pas tre ˆ la fois au four et au moulin. 

pourrait motiver de choisir d'tre ˆ tel endroit plut™t qu'ˆ tel autre o l'on est Žgalement requis. 


         2.2.2.B. Žvaluation implicite sans sme Žvaluatif

Dans cette section, les ŽnoncŽs considŽrŽs sont dŽpourvus de marque formelle d'Žvaluation ( pas d'expression Žvaluative explicite) et ne comportent pas de sme Žvaluatif de leur contenu.

   La source de l'Žvaluation implicite peut tre trouvŽe, dans certains cas, dans le fait que l'Žtat de choses constitue un cas de (non) respect d'une norme prescriptive. 

   L'Žvaluation du contenu d'un ŽnoncŽ peut aussi se faire par rŽfŽrence ˆ un motif de l'Žnonciation dont l'Žvaluation est une donnŽe. 

   La dissymŽtrie entre les sentiments que le locuteur peut Žprouver vis-ˆ-vis de lui-mme et vis-ˆ-vis d'autrui peut tre utilisŽe pour rendre compte d'autres cas d'Žvaluations implicites. 

   Un reliquat d'Žvaluations implicites semble tre le fait de la subjectivitŽ du locuteur, qui apprŽcie ˆ sa guise la valeur pour lui-mme ou pour autrui des Žtats de choses . 

            (1) Žvaluation au titre du (non) respect de normes prescriptives 

Rappelons qu'on ne retient ici que les expressions qui Žchappent aux catŽgories vues prŽcŽdemment, qui sont prioritaires dans l'analyse parce qu'elle relvent de la morphosyntaxe  ou de la sŽmantique. 

               a. normes linguistiques non respectŽes 

Nous ne relevons pas d'ŽnoncŽ usuel dans cette catŽgorie. 

      Ce n'est pas franais. 

est par principe prioritairement rangŽ dans les adjectifs Žvaluatifs (v. ¤ 2.2.1.A.(2)), mais penser par exemple ˆ des ŽnoncŽs comme 

      [Tu as dit "des-z-haricots"]

consistant ˆ relever une faute de franais. 

               b. normes discursives non respectŽes 

Nous ne trouvons pas d'ŽnoncŽs concernant le non respect de normes spŽcifiquement discursives, mais voir ci-aprs les normes mondaines appliquŽes au discours. 

               c. normes mondaines non respectŽes 

Nous indiquons dans les ¤¤ c. (non respect) et d. (respect) la norme (non) respectŽe puis l'ŽnoncŽ usuel qui mentionne un acte (ne) respectant (pas) cette norme.

                  . normes praxŽologiques 

"il faut agir avec discernement" : 

      Tu mŽlanges tout ! 

"il faut se dŽpcher, il ne faut pas perdre son temps" : 

      Tu en as mis, du temps ! 

                     Ñ appliquŽes au discours 

"il ne faut pas faire des choses inutiles" : 

      Tu parles pour ne rien dire. 

                  . normes Žthiques 

"il faut faire comme les autres" : 

      Tu t'es encore fait remarquer ! 

"il faut tre modeste" : 

      Tu demandes la lune ! 

"il faut agir avec modŽration, retenue" : 

      On n'entend que toi ! (le dest. fait du bruit, v. plus bas) 

"il faut tenir compte des autres" : 

      Tu ne penses qu'ˆ toi / pas aux autres ! 

"il faut respecter l'autoritŽ" : 

      Tu ne m'as pas demandŽ mon avis ! 

"il faut respecter autrui" : 

      Tu me prends pour un idiot ? 

"il faut tre juste" : 

      Pourquoi c'est toujours moi qui prends ? 

"il faut prendre des initiatives, s'occuper" : 

      Tu attends qu'on vienne te chercher ? 

"il ne faut pas s'occuper des affaires d'autrui" : 

      De quoi tu te mles ? 

"il faut faire preuve d'un certain bagage de connaissances, d'expŽriences, d'une certaine intelligence" : 

      Tu n'as jamais rien vu ? 

"il ne faut pas se laisser aller ˆ la facilitŽ" : 

      Y en a qui s'embtent pas ! 

                     Ñ appliquŽes au discours 

La norme mondaine "il faut agir avec un motif valable" se spŽcifie en : 

"il ne faut pas parler hors de propos" : 

      Je te parle [sentiments], tu me rŽponds [physique] ! 

      Tu es ˆ c™tŽ de la question ! 

"il faut agir avec modŽration, retenue" : 

      On n'entend que toi ! (le dest. monopolise la parole, v. plus haut) 

"il faut tre sincre" : 

      Tu mens ! 

      Tu me caches quelque chose ! 

"il faut respecter les conventions de rŽaction" : 

      Je ne t'ai pas dit merci / bonjour ! 

               d. normes mondaines respectŽes 

"il faut faire comme les autres" : 

      Je fais comme tout le monde. 

"il ne faut pas s'occuper des affaires d'autrui" : 

      Je ne me mle pas de tes histoires. 


            (2) Žvaluation implicite par rŽfŽrence au motif de l'Žnonciation 

Un ŽnoncŽ peut se rŽfŽrer par deixis ˆ un Žtat de choses hors discours ou en discours qui est le motif de l'Žnonciation et qui est, lui, ŽvaluŽ explicitement ou implicitement, et en recevoir implicitement son Žvaluation. 

      Tu aurais fait la mme chose., 

renvoyant ˆ un acte de val. nŽg. du loc. critiquŽ par le dest., acquiert implicitement pour l'Žtat de choses mentionnŽ cette mme val. nŽg. (tout en invalidant la critique du loc. par le dest.), alors que 

      Je m'y serais pris autrement., 

renvoyant ˆ un acte de val. nŽg. du dest. acquiert implicitement pour l'Žtat de choses mentionnŽ la valeur de polaritŽ opposŽe. 

            (3) narcissisme, antipathie 

Le fait d'avoir Ñ de prendre Ñ la parole peut permettre au narcissisme et ˆ la dŽvalorisation d'autrui de s'exprimer. Le locuteur peut ainsi fonctionner sous le rŽgime du "ˆ moi la val. pos., ˆ toi la val. nŽg.". C'est du moins ainsi que l'on peut rendre compte de certaines Žvaluations implicites. 

               a. narcissisme du locuteur 

Certains Žtats de choses sont ŽvaluŽs selon qu'ils flattent ou blessent le narcissisme du locuteur. 

         - valeur positive 

            . du dŽtachement, de l'impassibilitŽ 

      J'en ai vu d'autres. 

      Je suis au-dessus de a. 

         - valeur nŽgative 

            . de ne pas tre considŽrŽ par autrui 

      Je n'existe pas ! 

            . de ne pas tre cru 

      Il ne me croit pas ! 

      Tu te mŽfies de moi ! 

            . d'tre l'objet de plaisanteries, de moqueries, de ruses 

      Tu te fous de moi ?! (hom.) 

      C'est se ficher du monde ! 

            . d'tre l'objet de reproches 

      C'est toujours de ma faute ! (reprŽsentation imputŽe ˆ autrui) 

N.B. Il y aurait sans doute avantage ˆ prendre Žgalement en compte un narcissisme du destinataire flattŽ par le loc., ou pour le dire plus simplement, une sympathie du loc. ˆ l'Žgard du dest., pour rendre compte de l'Žvaluation implicite dans des ŽnoncŽs tels que 
      Je veux bien te croire. (val. pos. de "te croire" pour le dest.)

 
               b. antipathie du locuteur pour le destinataire 

Les Žtats mentaux (entre autres) du dest. sont de valeur nŽgative : 

         Ñ ses motivations 

      Je ne vois pas pourquoi tu [fais a]. 

         Ñ plus prŽcisŽment, ses intentions 

      Qu'est-ce que tu cherches ? (hom.) 

      Qu'est-ce que tu veux me faire dire ? 

      Tu veux tout savoir ! 

         Ñ ses croyances 

      Qu'est-ce que tu crois ? 

      Qu'est-ce que tu (t')imagines ? 

   Cette hostilitŽ s'inscrit par ailleurs dans des ŽnoncŽs mentionnant des conditions d'action qui ne sont pas des motifs, mais, particulirement, des causes (par ex. : Tu es malade ?) qui dŽtermineraient l'action d'autrui et lui dŽnieraient l'exercice du libre-arbitre. Elle est Žgalement ˆ la sources de l'anti-Žvaluation implicite (¤¤ $2.2.5.B.(2) ˆ (5)). 

            (4) autres Žvaluations subjectives 

Un certain nombre d'Žvaluations semblent Žchapper aux catŽgories prŽcŽdentes. On peut les considŽrer comme des Žvaluations subjectives dans la mesure o l'Žvaluation y est simplement le fait du point de vue du locuteur (valeur "aux yeux du" loc.) ou fait intervenir les notions de bŽnŽfice ou de dommage pour le loc. ou pour le dest. (valeur "pour" le loc., le dest.). 

     - valeur positive 

         . aux yeux du loc. 

      J'attends. (hom. de la val. nŽg.) 

         . pour le loc. 

      Tu ne veux pas cŽder ? (val. pos. pour le loc. que le dest. lui cde) 

         . pour le dest. 

      Je veux bien te croire. 

      - valeur nŽgative 

         . aux yeux du loc. 

      Qu'est-ce qu'on attend ? (hom. de la question vraie) 

         . pour le loc. 

      Je t'attends ! 

   On trouvera d'autres exemples de ces "Žvaluations subjectives" ˆ propos des actes objets d'une expression programmative (¤ 3.2.1.). 


      2.2.3. Žvaluation et normes de rŽaction praxŽologique 

Les motifs par Žvaluation sont des motifs implicites de rŽaction, mais le lien entre l'Žtat de choses ŽvaluŽ et la rŽaction n'est pas Ñ en premire instance Ñ un lien conventionnel : c'est un lien praxŽologique naturel. L'idŽe gŽnŽrale Ñ qui comporte des exceptions Ñ est en effet que les Žtats de choses ŽvaluŽs positivement sont des motifs de participation, et les Žtats de choses ŽvaluŽs nŽgativement des motifs d'opposition. 

   On peut ici apporter quelques prŽcisions. 

         2.2.3.A. Žtats de choses de valeur positive 

      - Žtat de choses en projet ou potentiel, motivant de le favoriser, de le rŽaliser : 

      La nuit porte conseil. 

      ‚a peut te faire du bien. 

      - Žtats de choses prŽcaires en cours, motivant d'en profiter pendant qu'il est temps : 

      On ne vit qu'une fois. 

      - acte en cours, 

         . motivant de ne pas demander ˆ l'agent de le rŽaliser : 

      [Ñ Tu penses ˆ prŽparer la rŽunion ?] 

         Ñ Je ne fais que a ! 

         Ñ Qu'est-ce (tu crois) que je suis en train de faire ? 

         . motivant d'en tirer profit : 

      [Essuie la table], puisque tu y es. 

      - acte accompli suite ˆ une demande du dest., ne motivant pas un reproche de la part du dest. : 

      [Ñ Tu dis des horreurs !] Ñ Tu me demandes [ce que j'en pense], je te le dis ! 

      - Žtats de choses "parfaits", ne motivant pas de participation : 

      (‚a va,) j'ai compris. ("inutile de m'expliquer davantage")

      Je sais. ("inutile de me le dire")

         2.2.3.B. Žtats de choses de valeur non positive 

     - caractre non "transparent" de l'apparence, motivant la mŽfiance : 

      L'habit ne fait pas le moine. 

      - acte infaisable, motivant de ne pas essayer de le faire : 

      On ne refait pas le monde. 

      - acte sans utilitŽ, motivant de ne pas de le rŽaliser : 

      Le jeu n'en vaut pas la chandelle. 

         2.2.3.C. Žtats de choses de valeur non nŽgative 

      - acte de valeur nŽgative sans potentialitŽ, motivant d'agir sans craindre la rŽalisation de la rŽaction positive mentionnŽe : 

      Je ne vais pas te manger ! ("tu peux approcher sans crainte")

      Je ne vais pas l'ab”mer ! ("tu peux me le prter sans crainte")

      Je ne le rŽpŽterai pas. ("tu peux me faire des confidences sans crainte")

         2.2.3.D. Žtats de choses de valeur nŽgative 

      - Žtat de choses potentiel motivant de le prŽvenir : 

      ‚a n'arrive pas qu'aux autres. 

      Tu peux te faire mal. 

      - acte en cours motivant d'y mettre fin 

      Assez de tergiversations ! 

      - acte coupable accompli motivant Žventuellement une sanction 

      Tu as failli tre ˆ l'heure ! 

         2.2.3.E. Žtats de choses de valeur incertaine 

      - motivant de (ne pas) prendre des risques : 

      On ne sait jamais ! 

   Dans un deuxime temps, le choix de telle ou telle rŽaction "naturelle" peut faire l'objet d'une convention (cas o l'on est bŽnŽficiaire d'un acte du dest. et o l'on doit remercier ou pas, sanctions adaptŽes aux diffŽrents crimes et dŽlits dans le Code pŽnal, É). 

      2.2.4. questions sur le motif et sa source motivationnelle Žvaluative 

Signalons celles des vraies questions partielles sur la nature du motif d'une rŽaction donnŽe qui prŽsupposent une Žvaluation comme source motivationnelle : 

      Ñ Žvaluation explicite 

      Qu'est-ce qu'il y a de [dr™le] ? ("qu'est-ce qui est [dr™le] et en cela motive ta rŽaction ?") 

      Qu'est-ce qu'il y a (lˆ) d'extraordinaire ? 

      Ñ Žvaluation implicite 

      Qu'est-ce que j'ai dit (comme btise) ? 

      Qu'est-ce que j'ai fait (de mal) ? 

   Ces questions demandent l'explication motivationnelle d'une rŽaction, ou la critiquent en implicitant que la rŽponse est Ñ aux yeux du loc. Ñ est "rien (qui justifie ta rŽaction)". 

   Il ne semble pas possible de prŽsupposer de cette manire une source motivationnelle spŽcifiquement conventionnelle. 

   Notons Žgalement les questions partielles gŽnŽrales 

      Et aprs ? 

      Et alors ? 

      Qu'est-ce que a fait ? 

rŽpliquant ˆ une information pour demander ce qui s'ensuit Ñ motivation ou autre Ñ de l'Žtat de choses assertŽ : 

      Ñ [Il pleut.] Ñ Et alors ?  Ñ [On va sa faire mouiller !] (consŽquence) 

      Ñ [Il pleut.] Ñ Et alors ?  Ñ [Il faut prendre un parapluie !] (motif pour une rŽaction) 

   Ces mmes questions s'emploient aussi pour rŽfuter la valeur motivationnelle d'un Žtat de choses. 

      Pourquoi ?, 

au sens motivationnel, a Žgalement les deux emplois, vraie question ou critique ("il n'y a pas de motif valable"), alors que 

      Pourquoi pas ? 

signifie uniquement (toujours au sens motivationnel) "il n'y a pas de motif pour ne pas", la vraie question portant sur un acte nŽgatif restant Pourquoi ? (Pourquoi tu ne dis rien ?) et non Pourquoi pas ? 


      2.2.5. sur-Žvaluation : pro- et anti-Žvaluation 

On appellera sur-Žvaluation l'Žvaluation que fait le locuteur d'une Žvaluation, explicite ou implicite, faite par ou imputŽe ˆ autrui. Comme toute rŽaction, la sur-Žvaluation prend une orientation positive ("participation") ou nŽgative ("opposition") par rapport ˆ son motif. On parlera ici de pro-Žvaluation (Žvaluation positive d'une Žvaluation) et d'anti-Žvaluation (Žvaluation nŽgative d'une Žvaluation). 

   Sur-Žvaluer une Žvaluation explicite c'est aussi Žvaluer ce qu'elle Žvalue, et Žvaluer ce qui est implicitement ŽvaluŽ c'est aussi sur-Žvaluer cette Žvaluation implicite. 

   Il semble que la langue soit beaucoup plus riche en ŽnoncŽs usuels anti-Žvaluatifs que pro-Žvaluatifs, ce qui peut tre mis au compte du principe d'"antipathie" du loc. pour le dest. (v. ¤ 2.2.2.B.(3)).

         2.2.5.A. sur-Žvaluations explicites 

La sur-Žvaluation explicite peut se faire par un ŽnoncŽ Žvaluatif positif ou nŽgatif qui prend fonction de sur-Žvaluation du seul fait que cette Žvaluation porte sur une Žvaluation explicite ou implicite. 

      Ñ expression Žvaluatives ou sur-Žvaluatives 

         - Žvaluation positive ou bien pro-Žvaluation 

      Heureusement !, Tant mieux ! 

      Super ! et autres GŽnial !, Mortel !, selon la mode du moment. 

      Encore une chance ! (val. pos. d'un ŽlŽment extrait d'un ensemble de val. nŽg. : il y a une panne d'ŽlectricitŽ dans la nuit mais j'ai des bougies) 

         - Žvaluation nŽgative ou anti-Žvaluation 

      Pas de chance !, Dommage !, HŽlas !, Malheureusement !, Tant pis ! 

      Ñ expressions anti-Žvaluatives 

      Bien fait !, Žvaluatif positif de qch. de val. nŽg. pour autrui 

      Toujours les mmes !, Žvaluatif nŽgatif de qch. de val. pos. pour autrui, exprimant la jalousie du loc. 

   Dans 

      Tu me prends pour un imbŽcile ! 

      Tu me prends pour qui ?! 

le tour morphosyntaxique "prendre qqn pour un [nom]" exprime une anti-Žvaluation explicite d'une Žvaluation nŽgative du loc. faite par ou imputŽe au dest. 

         2.2.5.B. sur-Žvaluations implicites 

Les Žvaluations positives explicites et implicites peuvent faire l'objet d'une anti-Žvaluation implicite. Dans les ŽnoncŽs suivants l'anti-Žvaluation fait partie du sens de l'ŽnoncŽ (dans tous ses emplois, ou dans certains de ses emplois seulement, avec, dans ce dernier cas, homonymie). 

            (1) Žvaluations implicites de l'Žvaluation d'un tre 

Les motifs Žtant des Žtats de choses, l'Žvaluation explicite d'un tre peut constituer en elle-mme un motif en considŽrant l'Žtat de choses que constitue l'Žvaluation d'un tre. 

   Le fait qu'un tre soit de valeur positive ou nŽgative est par dŽfaut de valeur respectivement positive ou nŽgative aux yeux du locuteur qui Žvalue autrui : 

      Tu es gentil. 

      Tu es pŽnible ! 

   Il en va de mme si le locuteur s'auto-Žvalue : 

      Je suis sympa. 

      Je suis un type bien. 

      Je suis bte. 

   Les Žvaluations nŽgatives du locuteur par autrui peuvent faire l'objet d'une anti-Žvaluation de la part du locuteur. Ë c™tŽ de l'anti-Žvaluation explicite que l'on vient de noter dans 

      Tu me prends pour un imbŽcile !, 

penser ˆ des ŽnoncŽs comme 

      Je suis idiot, c'est a ? 

      C'est a, dis que je suis bte ! 

o le locuteur accuse le dest. de le prendre pour un idiot, de le trouver bte. 

            (2) anti-Žvaluations implicites d'Žvaluations positives 

   Ñ sans homonymie : anti-Žvaluation toujours prŽsente 

      Il n'y a que a qui t'intŽresse. (mauvais motif pour t'intŽresser ˆ a) 

   Ñ avec homonymie : anti-Žvaluation prŽsente ou non 

      ‚a fait ton affaire ! (bon ou mauvais motif) 

      Tu aimes a ? (si oui, bon ou mauvais motif) 

            (3) anti-Žvaluations implicites d'Žvaluations positives ou non nŽgatives 

      Ñ sans homonymie 

      Tu ne t'embtes pas ! 

      Tu ne perds pas ton temps ! 

      Tu ne te fatigues pas ! 

      Tu ne t'es pas cassŽ la tte ! 

      Tu ne t'es pas ruinŽ ! 

   L'Žvitement de consŽquences de valeur nŽgative de son acte par autrui est ŽvaluŽe nŽgativement par le loc., alors qu'en ce qui le concerne, cet Žvitement serait de valeur positive : 

      Je ne m'embte pas, etc. 

      Ñ avec homonymie 

      ‚a t'amuse ? (bon ou mauvais motif) 

      Qu'est-ce que tu lui trouves (, ˆ [Luc]) ? 

            (4) anti-Žvaluations implicites d'Žvaluations nŽgatives 

   Ñ sans homonymie 

      Tu en as dŽjˆ assez ?! 

      Tu en as dŽjˆ marre ? 

      Tu n'en as jamais assez ! 

      Tu n'es jamais content ! 

      Tu es f‰chŽ avec [ton peigne] ? 

      Qu'est-ce que tu as contre [les autoroutes] ? 

            (5) anti-Žvaluations implicites d'Žvaluations neutres 

   Ñ sans homonymie : mauvais motifs 

      ‚a t'est Žgal ! 

   Ñ avec homonymie (critique ou conseil

      Tu t'en balances ! 

      Tu t'en fiches ! 

N.B. Les anti-Žvaluations sont ˆ distinguer d'ŽnoncŽs Žvaluatifs antiphrastiques en langue : 
      Tu as bonne mine ! (avec homonymie) 
a un emploi qui signifie simplement "tu as mauvaise mine", et en aucun cas "je trouve de valeur nŽgative que tu aies bonne mine", alors qu'on a effectivement une anti-Žvaluation nŽgative (implicite) d'une Žvaluation positive dans
      Tu as beau jeu ! 


            (6) pro-Žvaluation d'une Žvaluation nŽgative d'autrui 

C'est la sur-Žvaluation que l'on aurait dans un ŽnoncŽ comme : 

      [Il est na•f, profitons-en.] 

o l'Žvaluation nŽgative du tiers est ŽvaluŽe positivement pour le loc. 


       2.2.5.C. Žvaluation des modalitŽs d'action 

L'action d'un agent, et en particulier l'Žnonciation d'un locuteur, se rŽalise selon une modalitŽ d'action positive Ñ le sŽrieux, le pour de vrai Ñ ou une modalitŽ nŽgative Ñ la plaisanterie, le pour de rire, dit aussi pour de faux Ñ qui dŽtermine l'intentionnalitŽ de l'accomplissement de l'acte. (N.B. On peut rŽserver le terme de "modalitŽ d'Žnonciation" pour les actes de parole, et "modalitŽ d'action" pour les modalitŽs qui s'appliquent aussi bien aux actes de parole qu'aux autres actes.) Cette modalitŽ s'exprime par des expressions mŽtapratiques (portant sur l'action, en gŽnŽral) ou mŽtadiscursives (portant sur le discours, en particulier) : 

      Ñ modalitŽ d'action positive : 

      Je suis sŽrieux. 

      Je ne plaisante pas. 

      Je ne rigole pas. 

      Ce n'est pas une blague. 

      Sans dŽconner ! 

      Ñ modalitŽ d'action nŽgative : 

      C'Žtait une blague ! 

      C'Žtait pour plaisanter ! 

      J'ai dit a pour rigoler ! 

N.B. Je dŽconne ! exprime soit une modalitŽ d'action nŽgative ("je plaisante"), soit une Žvaluation nŽgative explicite d'un acte du locuteur ("je reconnais que j'ai dit / fait des btises, des conneries"). 

   La modalitŽ revendiquŽe par le locuteur, positive ou nŽgative, est de valeur positive ˆ ses yeux (selon le principe du narcissisme, v. ¤ 2.2.2.B.(3)).

   En fait, ce qui est accompli pour de rire est gŽnŽralement un acte de valeur nŽgative pour le dest. Par exemple j'informe quelqu'un qu'il a ŽchouŽ ˆ son examen alors que c'est faux, puis je lui avoue que c'Žtait une blague. La rŽvŽlation de la modalitŽ nŽgative (le pour de rire) prend alors une valeur positive pour le dest., en ce qu'elle lui Žpargne l'information de val. nŽg. L'usage inverse consiste ˆ faire croire au dest., par exemple, qu'il a rŽussi puis ˆ lui avouer que c'Žtait une blague : c'est alors une mauvaise plaisanterie, une plaisanterie de mauvais gožt

   Du point de vue d'un locuteur confrontŽ aux actes, aux Žnonciations du dest., la modalitŽ de ces actes aura la valeur des actes sur lesquels elle porte : 

 Ñ valeur pos. ou nŽg. de la modalitŽ d'action du dest. : 

      Ñ [Tu as rŽussi]. (val. pos. pour le dest.) 

         Ñ Tu es sŽrieux ? (si oui, val. pos. de cette modalitŽ) 

         Ñ Tu plaisantes ? (si oui, val. nŽg. de cette modalitŽ) 

      Ñ [Tu as ŽchouŽ]. (val. nŽg. pour le dest.) 

         Ñ Tu es sŽrieux ? (si oui, val. nŽg. de cette modalitŽ) 

         Ñ Tu plaisantes ? (si oui, val. pos. de cette modalitŽ) 

   L'ambigu•tŽ de la valeur de la modalitŽ d'action du dest. est levŽe par le contexte phrastique dans : 

      (J'espre que) tu plaisantes ! (val. pos.) 

      (Non mais,) tu plaisantes ! (val. nŽg.) 

 Ñ val. pos. de la modalitŽ pos. du dest. 

      Pour de bon ? 

 - val. nŽg. de la modalitŽ nŽg. du dest. 

      Tu rigoles ! 

      Tu veux rire ! 

   Une autre dimension de la modalitŽ d'action est la distinction entre sincŽritŽ d'une part et hypocrisie, mensonge d'autre part. Ë la diffŽrence de ce qui prŽcde, on ne voit pas le locuteur revendiquer comme de valeur positive une modalitŽ nŽgative comme il revendiquait le pour de rire : la valeur de la modalitŽ du loc. ou du dest. est identique ˆ celle de sa polaritŽ. 

       2.2.5.D. Žvaluation des modalitŽs d'interaction 

On peut dŽfinir comme modalitŽ d'interaction l'attitude d'un agent vis-ˆ-vis d'autrui consistant ˆ le traiter de manire Ñ au sens le plus large Ñ bienveillante ou malveillante. 

   La modalitŽ d'interaction n'est pas sans rapport avec la modalitŽ d'action : d'une part une modalitŽ d'interaction nŽgative peut se manifester par une modalitŽ d'action nŽgative (par exemple, faire semblant pour se moquer), d'autre part il y a une modalitŽ d'action de la modalitŽ d'interaction : on peut se moquer de quelqu'un "pour de bon", ou "pour de rire", ce qui semble tre le sens de "taquiner". 

   La modalitŽ d'interaction est par dŽfaut de valeur positive pour l'agent ; elle se caractŽrise par sa valeur pour celui qu'elle affecte. 

 - valeur nŽgative pour le loc. d'un acte du dest. 

      Tu te fiches / fous de moi ! (hom.) 

      Tu me fais marcher ! 

 - valeur non nŽgative pour le dest. aux yeux du loc. d'un acte du loc. 

      Je te taquine. 

 - valeur nŽgative ou non nŽgative pour le dest. aux yeux du loc. d'un acte d'un tiers 

      Il te fait marcher. 


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