(partie b)
brouillon mˆj 03.03.2020
2.3. source motivationnelle autoritaire
La source motivationnelle autoritaire ne correspond ni ˆ une propriŽtŽ formelle de l'ŽnoncŽ qui en ferait un motif explicite ni ˆ une propriŽtŽ de son contenu qui en ferait un motif par Žvaluation (2.2.) ou un motif modŽlisant 2.4. Elle relve soit de l'autoritŽ de la norme admise Ñ et (ou !) assumŽe par le loc. qui la mentionne en la prenant en charge Ñ, soit de l'autoritŽ que le loc. exerce sur lui-mme ou sur le dest. par sa seule Žnonciation, qui rŽalise des motifs.
2.3.1.A. normes conventionnelles explicites
Les normes explicites mentionnent ce qu'il est convenu de faire ou ne pas faire. Elles motivent l'acte mentionnŽ, positif ou nŽgatif, en vertu de l'autoritŽ qui est un attribut constitutif de la convention.
Les normes, peuvent tre formulŽes par la mention d'un motif explicite en Il faut, comme dans
Il faut avoir le sens de la mesure. ;
les ŽnoncŽs de normes concernŽs ici sont ceux qui formulent un motif implicite dans certaines assertions littŽralement descriptives au prŽsent gŽnŽrique sans marque de motif explicite.
Le prŽsent normatif se signale par le caractre indŽfini de l'agent de l'acte dŽsignŽ par le verbe. Il s'agit pour l'essentiel de tours ayant On ou Qui pour sujet, ou construits ˆ la forme rŽflŽchie se.
a. tours personnels en On
La norme utilise comme sujet un on signifiant "tout le monde", "les autres". C'est ce qui explique la diffŽrence entre prŽsent rŽalisant un motif et prŽsent mentionnant un motif :
On se dŽpche !,
toujours programmatif, ne peut tre valablement glosŽ par
Ñ DŽpche-toi ! Ñ Pourquoi ? Ñ *Parce qu'on se dŽpche. (sauf si on signifiait nous autres)
ÊIl faut que tu te dŽpches, *parce que tu te dŽpches.,
Êce qui montre qu'il n'y a pas un motif mentionnŽ mais un motif rŽalisŽ dans On se dŽpche !, alors queÊ
On dit Ç Merci. È
se glose par
Ñ Dis merci ! Ñ Pourquoi ? Ñ Parce qu(e quand on est poli) on dit merci !
Il faut que tu dises merci, parce qu'on dit merci.
c'est-ˆ-dire "parce qu'il est d'usage de dire merci".ÊDe mme, avec une norme mondaine mentionnŽe :
On frappe avant d'entrer.
On a des normes nŽgatives dans les ŽnoncŽs
On ne parle pas la bouche pleine. (norme de discours)
On ne s'y prend pas comme a. (norme mondaine)
b. tours personnels en Qui
Certains tours en Qui ("celui qui") fonctionnent comme motifs pour l'acte principal mentionnŽ, ils Žnoncent des motifs implicites qui sont des normes explicites :
Qui aime bien ch‰tie bien. (motif pour ch‰tier)
Qui casse les verres les paie. (motif pour payer les verres cassŽs)
mais la fonction motivationnelle, ni mme l'Žvaluation positive du contenu, ne sont caractŽristiques de ce tour syntaxique. Comparer :
Qui trop embrasse mal Žtreint.
Qui sme le vent rŽcolte la tempte.,
implicitement ŽvaluŽs nŽgativement, motifs par Žvaluation, donc, pour respectivement ne pas embrasser trop, ne pas "semer le vent".
Il ne s'agit pas, dans ces deux derniers cas, de normes prescriptives explicites mais de normes descriptives explicites ŽvaluŽes, dont la source motivationnelle est prŽcisŽment l'Žvaluation (v. aussi ¤ 2.2.2.A.(9) infra).
c. tours impersonnelsʈ la forme rŽflŽchie
L'adjectif s'accorde avec le nom.
mentionne une norme de langue.
La vengeance est un plat qui se mange froid.,
mentionne une norme mondaine qui motive d'ajourner sa vengeance, ˆ ne pas confondre avec des ŽnoncŽs actuels (non gŽnŽriques) purement descriptifs comme
Les choses se compliquent.
Les grands esprits se rencontrent.
La question ne se pose pas. (comparer : Ce n'est pas une question qu'on peut poser.)
d. autres tours
Un (grand) garon (comme toi) ne pleure pas !
Une place pour chaque chose et chaque chose ˆ sa place.
Il y a des limites ( | ˆ tout / ˆ ne pas dŽpasser | ).
(2) paraphrases entre norme prescriptive et prŽdicat modal programmatif actif dans un motif explicite
Peu nombreux sont ceux des ŽnoncŽs gŽnŽriques en il (ne) faut (pas) (v. 1.1.3.C.) qui acceptent dans l'usage une formulation au prŽsent gŽnŽrique normatif :
| On dit / Il faut dire | {Merci} ({Papa}).
| On ne plaisante pas / Il ne faut pas | plaisanter avec a.
| On ne joue pas / Il ne faut pas jouer | avec le feu.
mais on ne dirait pas, par exemple,
*On appelle les choses par leur nom.
*On ne jure de rien., etc.
ÊÊ En revanche, les ŽnoncŽs en On (ne) É (pas) É ont plus souvent leur Žquivalent en il (ne) faut (pas) : on pourra dire
Il ne faut pas montrer avec son doigt.,
mais non
*Il ne faut pas attraper les mouches avec du vinaigre.,
car
On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.
est un ŽnoncŽ descriptif : il faudrait paraphraser dans ce cas : "Il ne faut pas essayer deÉ (parce que a ne marche pas)".
(3) mention de normes non respectŽes par le dest.
Par ironie, le locuteur fait l'hypothse que le dest. agit conformŽment ˆ une norme opposŽe ˆ une norme admise qui serait caduque :
On [entre sans frapper] (, maintenant) ?
On ne dit plus bonjour ?
On ne salue plus les amis ?
2.3.1.B. normes personnelles
2.3.1.B.(1) normes personnelles explicites
Le loc. peut agir en fonction de normes personnelles, de rgles de conduite positives ou nŽgatives assumŽes qui, de ce fait, exercent leur autoritŽ sur son agir. Les normes personnelles explicites sont celles qui mentionnent l'acte qu'elle rŽgissent (mais n'en sont pas moins des motifs implicites) :
Je fais ce qui me pla”t !, Je fais ce qu'on me dit.
justifiant de faire ce que je fais,en rŽponse par exemple ˆ la question Pourquoi tu as fait a ?Je ne rŽpte pas ce qu'on me dit.,
programmant de ne pas rŽpŽter ce que tu m'as dit (Tu peux te confier ˆ moi, Ñ), ou justifiant de ne pas te rŽpŽter ce qu'on m'a dit (rŽplique ˆ Ñ Qu'est-ce qu'il t'a dit ?).2.3.1.B.(2) normes personnelles implicites
On qualifiera de normes personnelles implicites des ŽnoncŽs qui ne mentionnent pas l'acte constitutif, plus ou moins dŽfini, d'une norme personnelle ˆ laquelle leur sens renvoie nŽcessairement :
Je suis un homme de parole., Je n'ai qu'une parole., synonymes de Je fais ce que je dis.
Je suis une tombe., synonyme de Je ne rŽpte pas ce qu'on me dit.
La difficultŽ est ici de dŽfinir une limite entre des qualitŽs d'agent qui sont des motifs et d'autres qui n'en sont pas. Par exemple,
Je suis bon prince.
Je ne suis pas le mauvais cheval.
sont des qualitŽs d'agent qui sont ŽvaluŽes positivement et de ce fait peuvent tre considŽrŽes comme des rgles de conduite assumŽes (motivant des actes gŽnŽreux), contrairement ˆ des qualitŽs d'agent ŽvaluŽes nŽgativement, et attribuŽes de prŽfŽrence ˆ autrui, comme tre avare, rancunier.
2.3.2.A. source motivationnelle locutoire, pour un acte du loc.
L'idŽe d'une source locutoire veut rendre compte de ce que le locuteur qui dit qu'il fera tel acte s'engage ˆ le rŽaliser. Cet engagement relve d'une convention Žnonciative.
Celui qui dit
Je vais te dire quelque chose.
s'engage ˆ me dire quelque chose, autrement dit cet ŽnoncŽ programme un acte du locuteur et l'Žnonciation de cet ŽnoncŽ rŽalise un motif pour que le locuteur rŽalise l'acte mentionnŽ. Or l'ŽnoncŽ ne se distingue pas formellement d'un ŽnoncŽ au futur prŽdictif, comme dans
Il va faire beau.,
o la rŽalisation de l'Žtat de choses mentionnŽ est indŽpendante de toute volontŽ humaine, ou comme dans
Je vais souffrir.
De mme, avec des ŽnoncŽs au futur simple,
Je ferai mon possible.,
est une programmation, alors que
Je ne m'en consolerai jamais.
est une prŽdiction.
On trouve Žgalement des ŽnoncŽs au prŽsent ayant un sens de futur :
Je te suis. (au sens de dŽplacement)
Je te couvre.
La programmation d'un acte du locuteur peut tre rŽalisŽe avec des ŽnoncŽs qui ne font que mentionner un Žtat de choses futur qui se comprend comme devant tre rŽalisŽ par un acte auquel s'engage le locuteur :
‚a se saura.
a un emploi programmatif mentionnant la consŽquence de l'acte auquel le locuteur s'engage : faire savoir quelque chose. Ce mme ŽnoncŽ peut avoir un emploi prŽdictif, mentionnant alors un motif pour, par exemple, ne pas entreprendre un acte de valeur nŽgative.
On ne va pas moisir ici.
prŽsente un motif qui est une mŽtonymie transparente de l'acte motivŽ : l'ŽnoncŽ reprŽsente une consŽquence d'un acte qui est, par convention d'usage de cet ŽnoncŽ, "on va s'en aller". Comparer :
On ne va pas s'Žtouffer !,
simple mention d'un motif par Žvaluation, non consŽquence qui reprŽsente indirectement sa non cause : on ne va pas manger grand-chose, parce qu'il n'y a pas grand-chose ˆ manger.
Tu n'entendras plus (jamais) parler de moi.
n'a que le sens programmatif d'un acte du locuteur ayant la consŽquence mentionnŽe.
On voit que la source motivationnelle locutoire ne peut rŽaliser un motif qu'avec des assertions portant sur (la consŽquence d')un acte non rŽalisŽ du locuteur.
2.3.2.B. source motivationnelle allocutoire, pour un acte du dest.
On appellera "modalitŽ allocutoire" la valeur que prend, dans l'Žnonciation du locuteur, une variable qui attribue la position dominante dans le rapport de force, instituŽ ou non, soit au locuteur soit au destinataire. Certains des ŽnoncŽs rŽalisant des motifs ˆ source motivationnelle allocutoire n'acceptent que la modalitŽ dominante, du type "ordre" :
Tu fais ce que je te dis.
La rŽcrŽation est terminŽe.,
d'autres ont plus de latitude :Tu viens ?
peut parcourir un axe de modalitŽ allocutoire dont les extrmes seraient l'ordre et la supplication.
La modalitŽ allocutoire peut se marquer par le choix des mots et des tournures de phrases (penser notamment aux formules de politesse).Elle peut concerner les assertions ou les questions totales, ainsi que les questions partielles en Quand É ? portant sur un acte futur du dest. Elle peut aussi se marquer au niveau prosodique.
a. au prŽsent
Certaines assertions au prŽsent mentionnant un acte du dest. sont programmatives pour cet acte en ce sens qu'elles rŽalisent un motif implicite pour cet acte avec une fonction comparable ˆ celle des impŽratifs vrais (qui, eux, sont des motifs rŽalisŽs explicites). L'Žnonciation de
Tu me suis.,
lorsque l'acte mentionnŽ est de val. pos., dans le sens de "suis-moi", rŽalise un motif pour que tu me suives, qui peut se rapporter ainsi : "Il m'a dit / demandŽ de le suivre, Je le suis parce qu'il me l'a dit / demandŽ" Ñ en explicitant la nature de l'acte performatif implicite Ñ, mais ne peut Žvidemment pas se rapporter par "Je le suis parce que je le suis", qui interprŽterait "tu me suis" comme un simple motif mentionnŽ (motif mentionnŽ que l'on a par exemple dans : Ñ Pourquoi tu t'arrtes [de marcher] ? Ñ (Parce que) tu me suis ! avec val. nŽg. de "tu me suis").
L'effet programmatif est dž Ñ malgrŽ le temps prŽsent du verbe Ñ ˆ la description anticipŽe par le locuteur de la rŽalisation de l'acte du dest. qui est en fait programmŽ : la rŽalisation de cet acte programmŽ Žtant considŽrŽe comme dŽjˆ acquise par le loc., le destinataire proagent n'a plus qu'ˆ faire en sorte de rendre la rŽalitŽ conforme ˆ sa reprŽsentation anticipŽe, de manire ˆ ne pas mettre la parole du locuteur en dŽfaut.
La motivation du dest. pour rŽaliser l'acte ainsi motivŽ peut aussi bien tre la reconnaissance d'une certaine autoritŽ du loc. qui le prive de la libertŽ de faire ou de ne pas faire, qu'une certaine sympathie qui pousse le dest. ˆ faire plaisir.
Certains ŽnoncŽs peuvent avoir l'emploi rŽalisant un motif ou l'emploi mentionnant un motif :
C'est moi qui dŽcide.
C'est moi qui pose les questions.
Je passe en premier. (*)
(*) Le phrasillon synonyme Prem's rŽalise un motif pour passer en premier : je passe en premier parce que j'ai dit Ç Prem's ! È avant les autres.
rappelle un usage (motif mentionnŽ) ou constitue une prise du pouvoir de faire tel acte (motif rŽalisŽ), alors que d'autres n'ont que l'emploi de "motif rŽalisŽ" :
C'est moi qui fais. (dans un jeu),
opposŽ au motif mentionnŽ explicite
C'est ˆ moi de faire.
Les sources locutoires et allocutoires peuvent se combiner, lorsque l'engagement du loc. ˆ faire un acte impose l'assentiment du dest.
Certaines assertions d'un acte n'ont, dans l'usage, que l'emploi programmatif :
Tu fais ce que je te dis !
a peu de chances d'tre identifiŽ comme fŽlicitation ou, encore moins, comme reproche ; d'autres peuvent avoir l'emploi programmatif et l'emploi reprŽsentatif, comme
Tu me suis !,
dŽjˆ citŽ ; d'autres n'ont que l'emploi reprŽsentatif :
Tu me marches sur les pieds !
ne sera pas spontanŽment identifiŽ comme une demande de faire, du fait que le loc. n'est pas censŽ demander qu'on le fasse souffrir.
Une assertion programmative peut ne mentionner que la phase de l'acte programmŽ :
C'est parti !
C'est fini !, TerminŽ !
donnent le signal du dŽbut ou de la fin d'une action(*). On pourrait paraphraser ici par "j'ai commencŽ / arrtŽ parce qu'il a donnŽ le signal du dŽbut / de la fin" Ñ et non par "j'ai arrtŽ parce [qu'il a constatŽ] que c'Žtait fini", mais les deux emplois, programmatif et constatif, sont usuels.
(*) Dans C'est fini entre nous, C'est fini nous deux, la fin de la relation amoureuse est rŽalisŽe performativement par le locuteur, de manire indirecte, le rŽsultat accompli de l'acte performatif valant pour la rŽalisation de cet acte.
Il y a de mme un emploi constatif et un emploi programmatif de l'ŽnoncŽ
La rŽcrŽation est terminŽe.
Dans l'emploi constatif, le locuteur constate, par exemple, que c'est l'heure de la fin de la rŽcrŽation et il en infre que la rŽcrŽation est terminŽe. Son ŽnoncŽ mentionne un motif implicite par convention mondaine (¤ 2.1.2.C.) pour cesser de se rŽcrŽer et pour rentrer en classe. On peut dire en effet : "les Žlves sont rentrŽs en classe parce que (on leur a signalŽ que) la rŽcrŽation Žtait terminŽe".
Dans l'emploi performatif, mŽtaphorique, le locuteur met fin de sa propre autoritŽ ˆ la "rŽcrŽation" (l'action en cours, que cette mŽtaphore dŽvalorise) et rŽalise le mme motif par convention que celui mentionnŽ dans l'emploi constatif, si ce n'est qu'il ne s'agit plus de "rentrer en classe" mais de passer ˆ une action "sŽrieuse", voire pŽnible pour le dest. (dans une variante menaante de cet emploi). Une paraphrase serait ici "nous avons arrtŽ parce qu'il a mis fin ˆ l'action en cours" ou, dans une paraphrase usuelle, "parce qu'il a sifflŽ la fin de la rŽcrŽation" (siffler marquant mŽtaphoriquement qu'il s'agit bien d'un ŽnoncŽ performatif).
Dans
On se dŽpche !
On ne tra”ne pas !
l'acte programmŽ est reprŽsentŽ par son mode d'action. Par contre,
On ferme !
mentionne usuellement un motif implicite par convention pour quitter les lieux, et non un order adressŽ au dest. de fermer.
On s'Žcarte !
est davantage usitŽ pour reprocher une digression que pour demander de s'Žcarter.
b. au futur
L'anticipation de la rŽalisation de l'acte mentionnŽ appara”t plus nettement dans une assertion au futur programmatif marquant une demande de faire l'acte mentionnŽ. Comparer :
Tu vas m'expliquer, seulement programmatif,
Tu le rŽpŽteras, programmatif ou prŽdictif
Tu n'oseras pas, seulement prŽdictif,
Programmatifs au futur simple :
Tu me diras stop.
Tu boiras ˆ ma santŽ.
Tu m'en rendras compte.
Tu ne viendras pas te plaindre !
Tu parleras au dessert !
Tu repasseras !
Programmatifs au futur proche :
Tu vas faire ce que je te dis !
Tu vas me dire ce que tu en penses.
N.B. On ne s'attend pas ˆ ce qu'un Žtat de choses de val. nŽg. aux yeux du loc. puisse tre programmŽ par une mŽtonymie :
Tu vas me rendre malade,
sauf situation trs particulire, ne rŽalise pas un motif pour que tu me rendes malade mais mentionne un motif pour que tu ne fasses pas ce que tu fais ou veux faire. Autrement dit les Žtats de choses mentionnŽs entrant dans cette catŽgorie de motifs rŽalisŽs sont en gŽnŽral Ñ mais pas nŽcessairement Ñ de val. pos. aux yeux du locuteur.
On rencontre Žgalement des questions totales qui sont programmatives pour l'acte qu'elles mentionnent et pour la rŽalisation duquel elles rŽalisent un motif implicite.
Il y a deux emplois ˆ contraster, selon que le loc. prŽjuge ou non de la rŽponse du dest. Il y a un emploi de
On danse ?
qui, s'il implique l'espoir d'une rŽponse positive, ne l'impose pas. Par contre,
Tu viens ?
peut tre une vraie question ou une vraie demande de venir, de mme que la forme nŽgative
Tu ne viens pas ?
lorsqu'elle attend la rŽponse Si.
Les questions totales programmatives de l'acte qu'elles mentionnent peuvent voir leur fonction explicitŽe par l'adjonction de oui, non, oui ou non, et autres merde :
Tu viens, | oui / non / oui ou non / merde | ?
Certaines questions totales n'ont gure que l'emploi programmatif :
Tu te dŽpches ?
Tu as fini de dire des btises ?
Tu dŽjeuneras avec nous ?
Tu fais les prŽsentations ?
Tu m'emmnes ?
Tu m'en sers un autre ?
Tu jures de ne le dire ˆ personne ?
Tu me le promets ?
mais
Tu boudes ?
Tu essaies de me faire peur ?
Tu me donnes des leons ?
Tu m'espionnes ?
ne sont que des hypothses, l'acte mentionnŽ Žtant de valeur nŽgative ; dans
Tu supportes ?
c'est l'objet de l'acte mentionnŽ qui est de valeur nŽgative.
Mentionnons ici l'objurgation, entendue comme question totale nŽgative exclamative au futur proche, attendant une rŽponse nŽgative et contre-programmant l'acte qu'elle mentionne, acte qui est dŽjˆ plus ou moins en cours :
Tu ne vas pas en faire une maladie ?!
Tu ne vas pas faire un caprice ?!
Tu ne vas pas me faire la morale ?!
La mŽtonymie reste opaque quant ˆ l'acte motivŽ avec des consŽquences telles que
Tu ne vas pas te laisser mourir ?!
Tu ne vas pas me g‰cher mon plaisir ?!
mais n'en sert pas moins ˆ rŽaliser des motifs pour des actes Žvitant de telles consŽquences. Comparer avec les assertions
Tu ne vas pas tenir le coup.
Tu ne vas pas me croire !,
qui sont des ŽnoncŽs purement prŽdictifs.
Avec une question partielle programmative de l'acte mentionnŽ la rŽponse n'est pas anticipŽe et c'est la rŽponse effective qui va faire autoritŽ, comme dans
Qu'est-ce que je te sers ?
La question partielle elle-mme est un motif explicite rŽalisŽ programmant qu'on y rŽponde, mais son usage implique que la rŽponse sera un motif rŽalisŽ implicite pour que le locuteur rŽalise l'acte mentionnŽ, dans la mesure du possible.
Noter l'emploi programmatif de certaines questions partielles au futur en Quand É ? mentionnant une rŽaction du dest. ˆ un acte de val. nŽg. du dest. :
Quand est-ce que tu vas arrter (de faire l'imbŽcile) ? "arrte"
mais aussi mentionnant un acte de val. pos. futur du dest. :
Quand te dŽcideras-tu (ˆ la fin) ? "dŽcide-toi"
Quand comprendras-tu que [j'en ai assez] ? "comprends"
(4) phrases averbales programmatives
Dans la mesure o les phrases averbales en tant que structures morphosyntaxiques ne sont pas spŽcifiquement programmatives, on ne considŽrera pas comme Žtant formellement marquŽs leurs emplois programmatifs et on relvera les cas d'espce o la fonction de la phrase averbale est effectivement programmative dans l'usage, avec une source motivationnelle allocutoire.
a. phrases pronominales et nominales
La porte ! ("ferme Ñ ")
comparer : La Cour ! (motif par convention pour se lever)
Du calme ! / Du silence ! "faites Ñ " ou "je veux Ñ " ?
comparer : Du flan !, Du pipeau !
Des noms !
comparer : Des clous !
Ta gueule ! ("ferme Ñ ")
comparer : Ta mre. (en passant le tŽlŽphone), Ta cravate ! ("É est de travers")
Un ton plus bas ! ("parlez Ñ ")
Lumire ! ("allumez / Žteignez la Ñ ")
comparer avec un emploi purement nominatif dŽsignant un interrupteur.
Prudence ! ("faites preuve de Ñ ")
comparer : Catastrophe !, DŽception !, Trahison !, Mensonge !
Bouche cousue ! ("ayez la Ñ ")
comparer : Mauvaise nouvelle.
Pas de a (, Lisette) !
comparer : Pas de pain. ("l'Žpicerie ne vend pas de pain")
Pas d'histoires ! ("ne faites Ñ ")
Pas de sous-entendus ! ("ne faites Ñ ")
comparer : Pas de chance !, Pas de problme !, Pas de rŽponse., Pas de courrier.
Pas de messe basse sans curŽ !
comparer : Pas de fumŽe sans feu !
b. phrases adjectivales
Assis !
Gentil ! ("sois Ñ ")
comparer : MŽchant !, Radin !, Jaloux !, de val. nŽg.
Relax, Max ! ("sois Ñ "), et autres Cool, Raoul !
comparer : Morte, la bte.
c. phrases adverbiales et prŽpositionnelles
Cette structure de phrase averbale semble davantage spŽcialisŽe dans la programmation.
Ë la guerre comme ˆ la guerre !
Ë la queue ! (" allez Ñ ")
Debout ! ("mets-toi Ñ")
Debout, les morts !
Doucement !
Plus fort !
Haut les mains !
Plus vite que a !
Sans les mains ! (programmatif ou non)
comparer : Les doigts dans le nez !, Les mains dans les poches.
La locution phrastique ‚a n'a ni rime ni raison. indique que la rime peut Žventuellement tenir lieu de motif. Dans la versification rimŽe la convention veut que si je termine un vers pas la syllabe x, je dois terminer un des trois vers suivants Ñ selon que la rime est plate, croisŽe ou embrassŽe Ñ par une syllabe qui se termine entirement ou partiellement, de droite ˆ gauche, comme la syllabe x. La rime est une contrainte discursive conventionnelle qui s'appuie sur des possibilitŽs offertes par la langue (triomphe n'a pas de rime).
La rime a une variante non conventionnelle qui est l'Žcholalie, qu'elle soit ludique ou pathologique. La variante ludique s'illustre dans le formulaire familier Poil ˆ/au [nom], comme dans
[Ñ Je ne te le dirai pas deux fois !] Ñ Poil au [foie] !
ou dans l'ŽnoncŽ Y a pas d'arte dans le bifteck ! par lequel un enfant, ˆ table, va rŽpliquer insolemment ˆ un Arrte ! parental : il feint d'avoir compris que le parent rŽpressif dŽclarait avoir trouvŽ une arte dans son bifteck.
D'autres jeux de ou avec les mots Ñ calembours, contrepets, anagrammes, anaphones, Žquivoque Ñ relvent de cette mme motivation modŽlisante phonologique., mais alors que le motif d'une rime Ñ l'autre rime Ñ est rŽalisŽ dans le discours, le motif des jeux de ou avec les mots est une autre distribution phonologique autorisŽe par la langue ou une Žquivoque.
La motivation par homophonie peut motiver des rŽactions non verbales. En Angleterre on offre le jour de l'An hŽbreu du raisin et du cŽleri (raisin, celery) pour souhaiter un raising salary. En mandarin, dans un contexte o il convient d'avoir, ou de para”tre avoir, de l'abondance, et en particulier des restes alimentaires (yœ), on va prŽsenter sur la table des jours de fte du poisson, "parce que" poisson se prononce aussi (yœ) (ces deux mots Žtant par ailleurs totalement hŽtŽrographes). Mais lorsque le poisson est rare, ˆ l'intŽrieur des terres, ce que l'on met sur la table, c'est un poisson en bois. De mme, on fait et mange, la nuit du Nouvel An, des raviolis (ji‰ozi), homophones des pices d'argent ; on met le caractre "bonheur" ˆ l'envers, parce que dire fœ dˆo le s'entend aussi bien "le [caractre] 'bonheur' est ˆ l'envers" que "le bonheur arrive", gr‰ce ˆ la confusion entre mention et usage de fœ et ˆ l'homonymie de d‡o.
N.B. Ce qu'on appelle la "motivation du signe" peut se comprendre dans le cadre de la thŽorie de l'action motivŽe par un modle : pour nommer un signifiŽ, le "donneur de noms" peut vouloir choisir, si la possibilitŽ en existe, un signifiant oral qui ait quelque ressemblance avec le signifiŽ, qui en soit la mŽtaphore phonŽtique, acoustique ou articulatoire. Autrement dit, un usager d'une langue peut reconna”tre dans un signifiant oral certains traits sŽmantiques du signifiŽ auquel il est conventionnellement associŽ : il y a par exemple quelque chose d'aigu et de tendu dans le mot cri, quelque chose de pesant dans le mot lourd. On trouve Žgalement des motivations par ressemblance dans l'Žcriture pictographique. C'est ici la rŽalitŽ extra-linguistique qui, par certains de ses attributs, peut motiver le choix d'un signifiant pour la dŽnommer.
Ce qui est en jeu, comme dans la motivation phonologique, c'est la rŽaction d'imitation d'un modle. La motivation modŽlisante a des liens avec la motivation par Žvaluation positive et avec la motivation conventionnelle mais elle transcende ces deux catŽgories. L'abondance, le bonheur, l'augmentation de salaire ont des valeurs positives, la rime a un caractre conventionnel ; en revanche, rŽpliquer Y a pas d'arte dans le bifteck ! ˆ Arrte ! procde d'une Žvaluation nŽgative du motif et d'un dŽtournement moqueur de l'intention de signification du parent. Enfin on n'oubliera pas que le mimŽtisme est un moteur du comportement animal.
3. sources motivationnelles internes complexes
La notion de source motivationnelle complexe est utilisŽe pour rendre compte de faits motivationnels disparates : additions de sources motivationnelles, motifs antiphrastiques, encha”nements automatiques ou conditionnels de motifs, substitutions automatiques ou conditionnelles de motifs.
On distinguera, par commoditŽ, entre motifs rŽalisŽs et motifs mentionnŽs assertŽs et, pour les motifs rŽalisŽs, entre motifs "programmatifs" au sens large, programmant un acte a priori quelconque, et motifs interrogatifs, programmant de rŽpondre ˆ une question.
3.1.1. type programmatif au sens large
3.1.1.A. addition de sources d'un motif : Žvaluation du contenu d'un motif rŽalisŽ
Ë un motif rŽalisŽ explicite ou implicite peut s'ajouter l'Žvaluation du contenu de l'ŽnoncŽ.
En principe, un programme positif porte sur un acte de val. pos. aux yeux du loc. et inversement pour un programme nŽgatif :
On ne va pas moisir ici.
nŽgation d'un Žtat de choses de val. nŽg.
motif rŽalisŽ implicite (source locutoire) pour s'en aller, acte qui Žvitera la consŽquence de ne pas s'en aller, qui serait : "moisir ici"
comparer : On ne va pas s'Žtouffer, prŽdiction ˆ valeur d'Žvaluation nŽgative du peu qu'il y a ˆ manger
C'est moi qui dŽcide !
comparer : C'est moi qui paie les pots cassŽs, constatif.
Tu me raconteras, Tu vas m'expliquer.
comparer : Tu t'en mordras les doigts, prŽdictif.
Ces actes peuvent tre de val. nŽg. pour autrui, proagent ou patient :
Tu vas te taire ! (source allocutoire ; le dest. est visŽ comme proagent de "se taire")
Je me vengerai ! (source locutoire ; autrui est patient de "me venger"),
voire pour le loc. lui-mme :
Je me sacrifierai.
3.1.1.B. motifs rŽalisŽs antiphrastiques
Les actes positifs programmŽs de val. nŽg. aux yeux du loc. donnent lieu ˆ des motifs rŽalisŽs explicites antiphrastiques Ñ ce sont des impŽratifs rectificatifs Ñ, ou ˆ fonction uniquement critique si l'acte de val. nŽg. ne peut pas tre arrtŽ. L'assertion positive correspondant ˆ l'impŽratif positif reprŽsente le motif de l'Žnonciation :
Rends-toi ridicule ! ("tu te rends ridicule")
Fais l'innocent !
Moque-toi de moi !
C'est a, marche-moi sur les pieds !
C'est a, casse tout !
Plains-toi !
et, de mme, le motif de l'Žnonciation est reprŽsentŽ par l'assertion nŽgative correspondant ˆ un impŽratif positif :
(Surtout,) ne te fatigue pas ! ("tu ne te fatigues pas")
(Surtout,) ne (me) dis pas merci !
3.1.1.C. encha”nement automatique de motifs
Motif rŽalisŽ de type programmatif pour un acte (premier temps) dont la rŽalisation (deuxime temps) sera un motif rŽalisŽ pour un autre acte mentionnŽ :
Tu me diras stop.
premier temps : motif rŽalisŽ implicite pour que tu me dises stop
deuxime temps : tu me dis stop : motif rŽalisŽ pour que je stoppe ;
Tu me feras signe.
Tu me prŽviendras.
Notons Žgalement le cas particulier d'ŽnoncŽs comme
Veuillez me suivre.
Veuillez ne pas quitter.
o l'on a un motif rŽalisŽ explicite (Veuillez me suivre.) pour rŽaliser un motif explicite ("vous voulez me suivre") pour rŽaliser l'acte positif de val. pos. mentionnŽ ("vous me suivez", "vous ne quittez pas").
3.1.1.D. encha”nement conditionnel de motifs : impŽratifs suppositifs
Motifs rŽalisŽs explicites de type programmatif pour un acte (premier temps) dont la (non) rŽalisation de valeur nŽgative (deuxime temps) motiverait le cas ŽchŽant, un autre acte.
(1) en cas de non rŽalisation de l'acte programmŽ
Que je n'aie plus ˆ te le dire !
premier temps : motif rŽalisŽ explicite pour que tu fasses en sorte que je n'aie plus ˆ te le dire
deuxime temps : la non rŽalisation (tu ne fais pas en sorte queÉ) de cet acte serait un motif de sanction ; de mme :
Retire ce que tu viens de dire ! ("sinon...") ;
mais l'encha”nement n'est pas systŽmatique dans des ŽnoncŽs comme
Surveille ton langage !
Fais attention ˆ ce que tu fais / dis !
qui n'impliquent pas nŽcessairement une menace de sanction.
(2) en cas de rŽalisation de l'acte programmŽ
Viens me le dire en face !
motif rŽalisŽ pour que tu viennes me le (= qch. de val. nŽg. pour moi) dire en face : le dest. est mis au dŽfi de rŽaliser l'acte programmŽ
la rŽalisation de cet acte serait un motif pour une rŽaction du loc. de type vengeance ; il n'en va pas de mme avec
Essaie un peu !
Recommence, tiens !
Ose dire le contraire !
Que je t'y reprenne !
o, contrairement au cas prŽcŽdant, le loc. veut que le dest. ne rŽalise pas l'acte programmŽ, mais la rŽalisation de l'acte programmŽ serait lˆ aussi motif pour une rŽaction du loc. de type vengeance.
On a une formulation explicite de cet encha”nement motif + rŽaction dans
Recommence et t'as une gifle !
o l'impŽratif a valeur de supposition : "si tu recommences", d'o l'appellation d' Ç impŽratif suppositif È.
3.1.1.E. substitution ˆ un motif rŽalisŽ de type programmatif de l'assertion du motif implicite de l'acte programmŽ (acte qui, du fait de cette substitution, n'est pas programmŽ)
Va te cacher ! (hom.)
se cacher est une rŽaction ˆ la honte que l'on ressent (ou devrait ressentir) ˆ cause de ce qu'on a fait : l'ŽnoncŽ signifie Tu devrais avoir honte !
Va te faire soigner ! (hom.)
se faire soigner est une rŽaction au fait qu'on est "malade" (ici, au sens psychologique) : l'ŽnoncŽ signifie Tu es malade !
Va te faire voir / foutre.
que tu ailles te faire voir s'entend conventionnellement comme une rŽaction au fait que je ne m'intŽresse pas ˆ toi ou que tu m'insupportes.
Chatouille-moi ! (hom.)
chatouiller quelqu'un vise ˆ le faire rire, ce qui implique qu'il n'y a pas de quoi rire par ailleurs (plus prŽcisŽment, ce qui est impliquŽ est une non cause de rire, non un non motif) : l'ŽnoncŽ signifie Je ne trouve pas a dr™le. (un blague)
3.1.2.A. addition de sources d'un motif
Il n'y a pas de relation a priori entre la question et l'Žvaluation du contenu de cette question, autrement dit une question n'implique pas en tant que telle une Žvaluation de son contenu (une question vraie implique que le locuteur n'en conna”t pas la rŽponse).
3.1.2.B. encha”nement conditionnel d'un motif rŽalisŽ de type interrogatif ˆ sa rŽponse effective, pouvant mentionner un motif
La question motive dans un premier temps qu'on y rŽponde, et la rŽponse peut, dans un deuxime temps, mentionner un motif pour un certain acte.
(1) questions totales
a. sous condition de rŽponse positive
. question sur un acte
Je t'offre un verre ?
si oui : motif rŽalisŽ implicite pour t'offrir un verre
l'acte programmŽ est de val. pos. pour le dest.
Tu viens avec moi ?
si oui : motif rŽalisŽ implicite pour que tu viennes avec moi
l'acte programmŽ est de val. pos. pour le loc. et/ou le dest.
. question sur un motif explicite
Tu veux que je t'aide ?
si oui : motif mentionnŽ explicite pour que je t'aide (cet ŽnoncŽ a aussi un emploi de menace)
Tu ne veux pas m'aider ?
si si : motif mentionnŽ explicite pour que tu m'aides
. question sur un motif implicite
Tu as faim ?
si oui, motif, par exemple, pour qu'on aille manger
b. sous condition de rŽponse nŽgative
. question sur un acte
Tu ne vas pas le rŽpŽter ?
si non : motif mentionnŽ implicite pour te faire une confidence
. question sur un motif explicite
Tu ne veux pas me parler ?
si non, motif expliquant que tu m'ignores
. question sur un motif implicite
‚a ne te pla”t pas ?
si non, motif expliquant que tu fasses la fine bouche
(2) questions partielles, sous condition de rŽponse dŽfinie
a. question sur un acte
Qu'est-ce que je te sers ?
si la rŽponse est "un jus de fruit", motif rŽalisŽ implicite pour que je te serve un jus de fruit
b. question sur un motif explicite
Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?
si la rŽponse est "la vaisselle", motif mentionnŽ explicite pour que je fasse la vaisselle
c. question sur un motif implicite
Qu'est-ce qui t'arrange ?
si la rŽponse est "midi", motif mentionnŽ pour que l'acte en question soit fait ˆ midi
3.1.2.C. substitution automatique ˆ un motif rŽalisŽ de type interrogatif de sa rŽponse implicite conventionnelle, rŽalisant un motif
La question implique conventionnellement une rŽponse Ñ elle ne cherche pas ˆ motiver le dest. ˆ rŽpondre Ñ et cette rŽponse, elle, rŽalise un motif.
(1) motif pour l'acte positif mentionnŽ dans la question
a. questions totales via une rŽponse implicite positive
Tu m'aides ?
oui : motif rŽalisŽ implicite pour que tu m'aides (acte de val. pos.)
Tu ne m'embrasses pas ?
si : motif rŽalisŽ implicite pour que tu m'embrasses (acte de val. pos.)
Tu ne vas pas te taire ?!
si : motif rŽalisŽ implicite pour que tu te taises (acte de val. pos.)
b. questions partielles : via une rŽponse implicite dŽfinie
Quand te dŽcideras-tu ?
tout de suite : motif rŽalisŽ implicite pour que tu te dŽcides sans dŽlai (acte de val. pos.)
Quand auras-tu fini de faire l'imbŽcile ?
tout de suite : motif rŽalisŽ implicite pour que cesses sans dŽlai de faire l'imbŽcile
(2) motif pour l'acte nŽgatif mentionnŽ dans la question totale, via une rŽponse implicite nŽgative
Tu n'oublieras pas ?
non : motif rŽalisŽ implicite pour ne pas oublier
Avec un acte mentionnŽ de val. nŽg. dŽjˆ entrepris, l'acte de parole du loc. est une objurgation :Tu ne vas pas commencer ?!
non : motif rŽalisŽ implicite pour ne pas commencer Ñ ou plut™t pour ne pas continuer
Tu ne vas pas me faire la morale ?!
non : motif rŽalisŽ implicite pour que tu ne me fasses pas la morale
3.1.2.D. substitution automatique ˆ un motif rŽalisŽ de type interrogatif de sa rŽponse implicite conventionnelle, mentionnant un motif
(1) questions totales
a. via une rŽponse implicite positive
. question sur un motif explicite
Veux-tu te taire !, Vous voulez bien me suivre ?
oui : motif mentionnŽ explicite pour l'acte mentionnŽ (l'acte positif est de val. pos.)
Tu veux que je te dise ? [J'en ai assez.]
oui : motif mentionnŽ explicite pour que je te dise qch.
Tu veux un conseil ? [N'y va pas.]
oui: motif mentionnŽ explicite pour que je te donne un conseil
Tu veux bien m'excuser ?
oui : motif mentionnŽ explicite pour que tu m'excuses
le loc. se considre conventionnellement comme excusŽ par le dest. ; cette question constitue en fait un acte d'excuse formelle.
N.B. L'excuse formelle se distingue de l'excuse sŽmantique, qui "donne une excuse", une explication, comme Je n'ai pas eu le temps, excuse sŽmantique pour ne pas avoir fait ce qu'on devait faire.
Tu ne veux pas me faire plaisir ?
si, alors fais-moi plaisir
On ne dit plus bonjour ?
si : motif mentionnŽ explicite pour que le dest. dise bonjour (l'acte nŽgatif est de val. nŽg.)
Y a pas de quoi se marrer ?
si, motif mentionnŽ explicite pour que je me marre (l'Žnonciation de l'ŽnoncŽ tient lieu de la rŽalisation de l'acte mentionnŽ).
. question sur un motif implicite
Tu n'as jamais fait d'erreur ?
si : motif par convention pour que le dest. s'abstienne de critiquer une erreur du loc.
Tu entends ce que je te dis ?
oui : motif par convention pour que tu fasses ce que je te dis (il s'agit, plus exactement, d'une condition de faisabilitŽ)
b. via une rŽponse implicite positive par hypothse
. question sur un motif explicite
Tu veux m'effrayer ?
oui, on dirait : motif de val. nŽg. pour un acte de val. nŽg. pour le loc.
Il faut te faire un dessin ?
Il faut que je te tienne la main ?
Tu veux que je pleure ˆ ta place ?
si oui : motif pour un acte humiliant pour le dest.
Il faut te supplier ?
oui, sans doute : motif pour acte un acte inenvisageable pour le loc.
. question sur un motif implicite
Tu en as dŽjˆ marre ?
oui, on dirait : motif par Žvaluation pour l'acte motif de l'Žnonciation (qui est, par exemple, que tu t'arrtes)
c. via une rŽponse implicite positive par hypothse : explicative feinte
. question sur un motif explicite
Tu veux faire mon portrait ?
oui, on dirait : motif pour me regarder, acte de val. nŽg. aux yeux du loc.
Tu veux m'apprendre mon mŽtier ?
oui, on dirait : motif de valeur nŽgative expliquant tu me donnes des leons, alors que j'en sais plus que toi
. question sur un motif implicite
Tu as le feu au cul ? (hom.)
oui, on dirait : non pas motif mais, pire : cause expliquant ta h‰te
d. via une rŽponse implicite nŽgative
. question sur un motif explicite
Tu veux une gifle ?
non, alors ne fais pas a
Tu veux mes doigts ? (dans ton nez)
non, alors enlve tes doigts de ton nez
. question sur un motif implicite non effectif
Y a le feu ?
non, alors inutile de se presser
‚a t'Žcorcherait la langue de dire merci ?
non, alors dis merci
On t'a sonnŽ ?
non, alors ne prends pas d'initiative
Est-ce que je [me plains] (,moi) ?
non : alors abstiens-toi de [te plaindre]
e. via une rŽponse implicite nŽgative complexe
question sur un motif implicite
Tu t'es regardŽ ?
non, mais si tu t'Žtais regardŽ tu aurais vu que (pour simplifier) tu es de val. nŽg. : alors abstiens-toi de m'adresser de tels actes de parole
(2) questions partielles
a. via une rŽponse dŽfinie
. question sur un motif explicite
Qu'est-ce que tu veux me faire dire ?
rŽponse impliquŽe : qch. qui est ˆ mes yeux faux ou de val. nŽg.
motif critiquant le motif de l'Žnonciation
. question sur un motif implicite
O est-ce que tu te crois ?
rŽponse implicite : "tu te crois ˆ tort, imaginairement, dans un autre lieu (Žventuellement mal famŽ) o ce que tu fais / dis serait, par convention, permis"
motif par Žvaluation du motif de l'Žnonciation ;
Qui est-ce qui commande ici ?
rŽponse impliquŽe : c'est moi
motif par convention pour que tu m'obŽisses, au lieu de jouer au chef
b. via une absence de rŽponse dŽfinie valable
. question sur un motif explicite
Qui t'a dit d'[entrer] ?
rŽponse implicite : personne
absence de motif explicite pour l'acte mentionnŽ
. question sur un motif implicite
Quoi de plus naturel ?
rŽponse impliquŽe : rien
motif par Žvaluation pour l'acte dont il s'agit dans le motif de l'Žnonciation
Pourquoi c'est toujours moi qui prends ?
rŽponse impliquŽe : il n'y a pas de motif valable
absence de motif pour l'acte mentionnŽ ;
De quoi tu te plains ?
rŽponse impliquŽe : de qch. qui n'est pas un motif valable pour l'acte mentionnŽ
Ë quoi cela peut-il te mener ?
rŽponse impliquŽe : ˆ rien de bon
absence de motif par Žvaluation pour faire l'acte dont il s'agit dans le motif de l'Žnonciation
3.2.1. valeur de la programmation et valeur de l'acte programmŽ dans les ŽnoncŽs ˆ prŽdicat modal programmatif actif
La valeur qui est ici ŽtudiŽe dans les ŽnoncŽs ˆ prŽdicat modal programmatif actif (v. ¤ 1.1.3.C.) est celle aux yeux du locuteur, tant pour la valeur de la programmation que pour la valeur de l'acte programmŽ. La valeur aux yeux du dest., en tant qu'ŽlŽment interprŽtatif de l'ŽnoncŽ par le dest., constitue un second temps de l'analyse (v. ¤ 3.2.1.D.).
Au dŽpart on pourrait penser que la valeur d'un acte se propage ˆ la programmation de cet acte, c'est-ˆ-dire que l'acte programmŽ serait le "foyer Žvaluatif" de la programmation de cet acte. Par exemple, dans
Il faut que je te dise quelque chose.,
la programmation serait agrŽable ou dŽsagrŽable pour le locuteur / le destinataire selon que ce qu'il a ˆ dire est plaisant ou dŽplaisant.
En fait les rapports entre Žvaluation de l'acte programmŽ et Žvaluation de la programmation de cet acte sont plus complexes et mettent en jeu diffŽrentes variables :
Ñ la nature de l'expression programmative : certaines imposent une valeur ˆ l'acte programmŽ, comme vouloir bien, qui porte sur un acte de valeur positive aux yeux du loc. (ŽnoncŽs en tu) ou du dest. (ŽnoncŽs en je),
- l'origine de la programmatrice : le locuteur, le destinataire, ou une instance objective,
Ñ caractre primitif ou secondaire d'une programmation, la programmation secondaire Žtant, contrairement ˆ la primitive, une rŽaction ˆ une programmation (vouloir bien),
Ñ identitŽ du proagent (agent de l'acte programmŽ), car il n'en va pas nŽcessairement de mme pour la valeur de tes actes programmŽs et celle de mes actes programmŽs,
Ñ en rapport avec la question de l'identitŽ du proagent, le type de phrase, assertif ou interrogatif, de la programmation,
Ñ pour une assertion, son caractre Žventuellement autoritaire, lorsque le locuteur prŽtend imposer la rŽalitŽ de la programmation d'un acte de lui-mme ou d'autrui, quelle que soit l'origine de la programmation ; cette "autoritŽ" est une valeur de la variable interlocutoire ;
Ñ la fonction de l'ŽnoncŽ : programmative (indirecte), mais aussi explicative ou critique.
Nous explorons dans un premier temps les cas de figure de foyer Žvaluatif en proposant trois classements de quelques expressions programmatives :
- par ordre alphabŽtique,
- par origine de la programmation,
- selon que le foyer Žvaluatif est la programmation ou l'acte programmŽ.
Le deuxime temps est constituŽ par la prise en compte de l'Žvaluation a priori de l'acte programmŽ aux yeux du loc. et aux yeux du dest.
3.2.1.A. prŽdicats modaux programmatifs classŽs par ordre alphabŽtique
appartenir ˆ qqn de, avoir ˆ, y avoir de quoi, avoir besoin de, tre chargŽ de, compter faire, dŽsirer, devoir, dire de faire, avoir envie de, falloir, falloir bien, incomber ˆ qqn de, avoir l'intention de, tre obligŽ de, pouvoir, revenir ˆ qqn de, souhaiter, tenir ˆ ce que, tre tenu de, vouloir, vouloir bien
appartenir ˆ qqn de
La valeur de ce qu'il m'appartient de faire est celle de l'acte programmŽ ; la valeur de ce qu'il ne m' ou ne t'appartient pas de faire est la valeur contraire de celle de l'acte programmŽ. Ce que j'estime t'appartenir de faire est de ce fait de val. pos.
- origine : loc. (assertion autoritaire) :
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Il m'appartient de Vinf.
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Il ne | m' / t' | appartient pas de Vinf.
- programmation de val. pos. propageant la valeur positive ˆ l'acte programmŽ
Il t'appartient de Vinf.
avoir ˆ
La valeur du fait que j'ai ou que tu as ˆ faire telle chose dŽpend de la valeur de ce qu'il y a ˆ faire, mais si je suis ˆ l'origine de la programmation d'un acte du dest., l'acte programmŽ est de ce fait de val. pos. ˆ mes yeux. Ce que je n'ai ou tu n'as pas ˆ faire est de val. non pos. ou nŽg. ˆ mes yeux.
- acte programmŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
- acte de val.pos. ou nŽg. :
- origine : loc.
J'ai quelque chose ˆ te dire.
- acte de val. pos. :
- origine : dest.
Tu as quelque chose ˆ ajouter ? ("si oui, fais-le")
- acte de val. nŽg. :
- origine : dest.
Tu as toujours quelque chose ˆ dire !
Tu as un train ˆ prendre ?
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
- origine : loc. : assertion autoritaire :
Tu as ˆ Vinf.
Tu n'as pas ˆ Vinf ? ("si, alors fais-le")
- programmation nŽgative de val. pos. confŽrant la val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
- origine : loc. : assertions autoritaires :
Je n'ai pas ˆ me justifier.
Tu n'as pas ˆ discuter !
Tu n'as pas ˆ t'inquiŽter.
Il n'y a pas ˆ choisir.
Il n'y a pas ˆ revenir lˆ-dessus !
y avoir de quoi
Le fait qu'il y a de quoi (au sens de "il y a motif ˆ") faire tel acte a la valeur de l'acte programmŽ, et inversement pour le fait qu'il n'y a pas ˆ faire tel acte.
- origine : loc.
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Il y a de quoi Vinf.
- acte de val. pos. :
Il y a de quoi se mettre ˆ genoux !
- acte de val. nŽg. :
Il y a de quoi s'arracher les cheveux !
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
- acte de val. pos. :
Il n'y a pas de quoi jubiler !
- acte de val. nŽg. :
Il n'y a pas de quoi fouetter un chat !
avoir besoin de
Lorsque le besoin est objectif, la valeur du besoin de faire tel acte est celle de la valeur de l'acte programmŽ, et l'absence de besoin de faire est de valeur positive. Dans une assertion autoritaire le besoin confre la valeur positive ˆ l'acte programmŽ et l'absence de besoin, une valeur nŽgative.
- origine : obj.
- acte ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
J'ai besoin d'un coup de main.
Tu as besoin de sommeil.
Tu as besoin de [faire autant de bruit] ? ("non", critique)
- programmation nŽgative de val. pos.
Je n'ai pas besoin d'aide.
Tu n'as pas besoin de [refaire un dossier].
- origine : loc. (assertion autoritaire) :
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
J'ai besoin [de ton soutien].
Tu as besoin [de retourner ˆ l'Žcole].
- programmation nŽgative de val. pos. confŽrant une valeur nŽgative ˆ l'acte programmŽ
Je n'ai pas besoin de tes conseils.
Tu n'as pas besoin [de me suivre].
tre chargŽ de
Dans une programmation objective, c'est l'acte qui donne sa valeur ˆ la programmation ; dans une programmation autoritaire, c'est la programmation qui donne sa valeur ˆ l'acte programmŽ.
- origine : obj.
- acte ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Je suis chargŽ de [vous remettre ce chque]. (val. pos. pour le dest.)
Je suis chargŽ de [vŽrifier vos comptes]. (val. nŽg. pour le dest.)
- origine : loc. (assertion autoritaire) :
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Tu es chargŽ de [l'organisation].
- programmation nŽgative de val. pos. propageant sa valeur nŽgative ˆ l'acte programmŽ
Je ne suis pas chargŽ de [faire tes commissions].
Tu n'es pas chargŽ de [me suivre].
compter faire
La valeur du fait que je compte ou non faire tel acte est, en dernire analyse, indŽpendante de la valeur de cet acte ; la valeur du fait que tu comptes ou non faire tel acte est celle de la valeur de cet acte.
- origine : loc. :
- absence de propagation de valeur : programmation positive ou nŽgative de val. pos. ne confŽrant pas de valeur ˆ l'acte programmŽ
Je (ne) compte (pas) [tre candidat] / [dŽmissionner].
- programmation secondaire
J'y compte (bien). / Je n'y compte pas.
- origine : dest. :
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
- acte de val. pos. :
Tu comptes [te prŽsenter] ?
- acte de val. nŽg. :
Tu comptes passer la nuit ici ? ("on dirait", critique)
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Tu ne comptes pas [te prŽsenter] ? ("on dirait que non", critique)
Tu ne comptes pas [dŽmissionner] (,j'espre) ?
dŽsirer
Le fait que je dŽsire telle chose lui confre une valeur positive, alors que c'est ce que tu dŽsires qui confre ˆ mes yeux sa valeur ˆ ton dŽsir.
- origine : loc. :
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Je dŽsire [te parler] / que tu [t'en ailles] .
- programmation nŽgative de val. pos. propageant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je ne dŽsire pas [m'Žtendre] / [t'entendre].
- programmation secondaire
Je ne le dŽsire pas.
- origine : dest. :
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Tu dŽsires boire quelque chose / [que je renonce] ?
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant la valeur nŽgative ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Tu ne dŽsires pas [que je t'aide] / [coopŽrer] ? (explication)
devoir
Le devoir faire a la valeur de l'acte programmŽ lorsque ce devoir vient de l'extŽrieur ; il est de valeur positive et confre sa valeur ˆ l'acte programmŽ lorsqu'il s'agit d'un devoir que j'impose (assertion autoritaire).
- origine : objective
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Je dois y aller.
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Je ne dois pas [parler].
- origine : loc. (assertion autoritaire) :
- programmation positive de val. pos. propageant la val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Tu dois m'Žcouter.
- programmation nŽgative de val. pos. propageant la val. nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Tu ne dois pas [en parler].
qch. dire ˆ qqn de faire
Ce qui me dit est de val. pos. et inversement ; ce qui te dit donne sa valeur ˆ mes yeux au fait que a te dise.
- origine : loc. : programmation primitive ou secondaire
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
‚a me di(rai)t (bien) ( | de Vinf. / que tu V. | ).
- programmation nŽgative de val. pos. propageant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
‚a ne me dit rien ( | de Vinf. / que tu V. | ).
- origine : dest. :
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
‚a te dit de Vinf. ? (explication)
- acte programmŽ de val. pos. propageant la valeur positive ˆ la programmation positive de cet acte
- programmation secondaire
‚a (ne) te di(rai)t (pas) de Vinf. ? ("si oui, ce que j'espre, fais-le")
- acte programmŽ de val. pos. confŽrant la valeur nŽgative ˆ la programmation nŽgative de cet acte
‚a (ne) te dit (pas) de Vinf. ? (explication)
avoir envie de 1 ("dŽsir")
Le fait que j'aie envie de telle chose lui confre une valeur positive, alors que c'est ce dont tu as envie qui confre ˆ mes yeux sa valeur ˆ ton envie.
- origine : loc. :
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
J'ai envie | de Vinf. / que tu V. |.
- programmation nŽgative de val. pos. propageant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
- programmation primitive ou secondaire
Je n'ai pas envie ( | de Vinf. / que tu V. | ).
- origine : dest. :
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Tu as envie | de Vinf. / que je V. | ? explication
Tu as envie de tout g‰cher ? ("on dirait", critique)
- acte programmŽ de val. pos. propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
- programmation secondaire
Tu (n')as (pas) envie | de Vinf. / que je V. | ? ("("si oui, ce que j'espre, fais-le")
- acte programmŽ de val. pos. confŽrant la valeur nŽgative ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Tu n'as pas envie | de Vinf. / que je V. | ? explication
avoir envie de 2 (subie)
L'envie subie a la valeur de l'acte qu'elle programme ; l'absence d'envie, la valeur opposŽe.
- origine : obj.
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
- acte de val. pos. :
J'ai envie de manger.
- acte de val. nŽg. :
J'ai envie de vomir.
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
- acte de val. pos. ou nŽg. :
Je n'ai pas envie de dormir.
Je n'ai pas envie. (programmation secondaire)
Tu n'as pas envie de Vinf. ?
- acte de val. nŽg. :
Tu n'as pas envie de faire pipi ?
falloir
Les programmations exprimŽes par falloir ont la valeur de l'acte programmŽ lorsqu'elles sont objectives ; elles donnent leur valeur ˆ l'acte programmŽ lorsqu'il s'agit d'une assertion autoritaire ou gnomique.
- origine objective
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
- acte de val. pos. :
Il faut avancer.
- acte de val. nŽg. :
Il faut te le dire en chinois ?
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
- acte de val. pos. :
Il ne faut pas [que je me dore au soleil].
- acte de val. nŽg. :
Il ne faut pas [que je me fatigue].
- origine le loc. (assertions autoritaires)
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
- acte de val. pos. :
Il faut [que je te voie].
- acte de val. nŽg. :
Il faut [que tu te sacrifies].
- programmation nŽgative de val. pos. propageant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
- acte de val. pos. :
Il ne faut pas [que tu m'aides].
- acte de val. nŽg. :
Il ne faut pas [que tu m'interrompes].
- ŽnoncŽs gnomiques
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Il faut appeler les choses par leur nom.
Il faut hurler avec les loups.
- programmation nŽgative de val. pos. propageant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Il ne faut pas demander la lune.
falloir bien
- expression programmative spŽcialisŽe : programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Il faut bien rire un peu.
Il faut bien gagner sa vie.
Le moyen de rŽaliser l'acte programmŽ est de valeur nŽgative mais se trouve "anti-ŽvaluŽ" du fait que la fin justifie les moyens.
incomber ˆ qqn de
La valeur de ce qu'il m'incombe de faire est celle de l'acte programmŽ ; la valeur de ce qu'il ne me ou ne t'incombe pas de faire est la contraire de celle de l'acte programmŽ. Ce que j'estime t'incomber de faire est de ce fait de val. pos.
- origine : loc. (assertion autoritaire) :
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Il m'incombe de Vinf.
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Il ne | m' / t' | incombe pas de Vinf.
- programmation de val. pos. propageant la valeur positive ˆ l'acte programmŽ
Il t'incombe de Vinf.
avoir l'intention de
La valeur du fait que j'ai l'intention de faire ou pas tel acte est indŽpendante de la valeur de cet acte ; la valeur du fait que tu aies l'intention de faire ou pas tel acte est celle de la valeur de cet acte.
- origine : loc.
- absence de propagation de valeur : programmation positive de val. pos. ne confŽrant pas de valeur ˆ l'acte programmŽ
J'ai (bien) l'intention de Vinf.
- programmation secondaire
J'en ai (bien) l'intention.
- absence de propagation de valeur : programmation nŽgative de val. pos. ne confŽrant pas de valeur ˆ l'acte programmŽ
Je n'ai pas l'intention de Vinf.
- programmation secondaire
Je n'en ai pas l'intention.
- origine : dest.
- acte ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Tu as l'intention de Vinf. ? (explication)
- acte de val. nŽg. :
Tu as l'intention de [sortir en pyjama] ?
- acte programmŽ ŽvaluŽ positivement propageant la valeur positive ˆ la programmation positive de cet acte
Tu (n')as (pas) l'intention de Vinf. ? ("si oui, ce que j'espre, fais-le")
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Tu n'as pas l'intention de Vinf. ? (explication)
tre obligŽ de
L'obligation est de val. nŽg. lorsqu'elle m'est imposŽe, mais de val. pos. lorsque je l'impose. La non obligation est de val. pos.
- origine : obj.
- programmation positive de val. nŽg. propageant sa val. nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je suis obligŽ de Vinf.
- programmation nŽgative de val. pos. propageant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je ne suis pas obligŽ de Vinf.
- origine : loc. (assertion autoritaire) :
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Tu es obligŽ de Vinf.
- programmation nŽgative de val. pos. confŽrant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Tu n'es pas obligŽ de Vinf.
pouvoir
Les programmations exprimŽes par pouvoir ont la valeur de l'acte programmŽ.
- origine : loc. (assertion autoritaire)
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
- acte de val. pos. :
Tu peux me remercier !
- acte de val. nŽg. :
Tu peux en faire ton deuil !
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
- acte de val. pos. :
Je ne peux pas demander mieux !
- acte de val. nŽg.
Je ne peux pas me plaindre.
Tu ne peux pas dire le contraire.
revenir ˆ qqn de
La valeur de ce qu'il me revient de faire est celle de l'acte programmŽ ; la valeur de ce qu'il ne me ou ne te revient pas de faire est la contraire de celle de l'acte programmŽ. Ce que j'estime te revenir de faire est de ce fait de val. pos.
- origine : loc. (assertion autoritaire) :
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Il me revient de faire les constatations.
- acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Il ne | me / te | revient pas de te sacrifier.
- programmation de val. pos. propageant la valeur positive ˆ l'acte programmŽ
Il te revient de prŽsider.
souhaiter
Le fait que je souhaite telle chose lui confre une valeur positive, alors que c'est ce que tu souhaites qui confre ˆ mes yeux sa valeur ˆ ce dont tu as envie.
- origine : loc. :
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Je souhaite | venir / que tu viennes |.
- programmation nŽgative de val. pos. propageant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je ne souhaite pas | venir / que tu viennes |.
- programmation secondaire
Je ne le souhaite pas.
- origine : dest.
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Tu souhaites | Vinf. / que je V. | ? (explication)
- acte programmŽ de val. pos. propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Tu (ne) souhaites (pas) | Vinf. / que je V. | ? ("si oui / non, ce que j'espre, fais-le / ne le fais pas")
- acte programmŽ de val. pos. confŽrant la valeur nŽgative ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Tu ne souhaites pas | Vinf. / que je V. | ? (explication)
tenir ˆ ce que
Les programmations exprimŽes par tenir ˆ donnent leur valeur ˆ l'acte programmŽ lorsqu'il s'agit d'une assertion autoritaire ; les programmations du destinataire ont, aux yeux du locuteur, la valeur de l'acte programmŽ.
- origine : loc. :
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Je tiens ˆ | venir / ce que tu viennes |.
- programmation nŽgative de val. pos. propageant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je ne tiens pas (absolument) ˆ | Vinf. / ce que tu V. |.
- programmation secondaire
Je n'y tiens pas.
- origine : dest.
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Tu tiens ˆ | Vinf. / ce que je V. | ? explication
tre tenu de
La programmation exprimŽe par tre tenu de est de val. nŽg. lorsqu'elle est objective, elle propage sa valeur ˆ l'acte programmŽ ; elle est de valeur positive lorsqu'elle procde d'une assertion autoritaire et propage sa valeur ˆ l'acte programmŽ.
- origine : obj.
- programmation positive de val. nŽg. propageant sa val. nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je suis tenu de Vinf.
- programmation nŽgative de val. pos. confŽrant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je ne suis pas tenu de Vinf.
Tu n'es pas tenu de Vinf.
- origine loc. (assertion autoritaire) :
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Tu es tenu de Vinf.
vouloir
Le fait que je veuille faire telle chose lui confre une valeur positive, alors que c'est ce que tu veux faire qui confre ˆ mes yeux sa valeur ˆ ton vouloir faire.
- origine : loc.
- programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Je veux | Vinf. / que tu V.|.
- programmation nŽgative de val. pos. confŽrant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je ne veux pas | Vinf. / que tu V. |.
- programmation secondaire
Je ne veux pas.
- origine : dest.
- acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
- acte de val. nŽg. :
Tu veux jouer au plus malin ? (explication)
- acte programmŽ de val. pos. propageant sa valeur pos. ˆ la programmation positive de cet acte
| Tu (ne) veux (pas) / Veux-tu | | Vinf. / que je V. | ? (directif)
Tu veux parier ? ("si oui, ce que je crois, fais-le")
Tu veux tre gentil ? ("si oui, ce que j'espre, fais-le")
Tu veux me parler autrement ! ("je le veux, fais-le")
| Tu veux / Veux-tu | te taire ?
- acte programmŽ de val. pos. confŽrant la valeur nŽgative ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Tu ne veux pas | Vinf. / que je V. | ? (explication)
Tu ne veux pas voir la rŽalitŽ en face !
- acte programmŽ de val. nŽg. propageant sa valeur nŽg. ˆ la programmation positive de cet acte
Tu veux une gifle ? (menace)
N.B. Pour certains ŽnoncŽs, l'interprŽtation comme modalitŽ subjective primitive ou secondaire pourrait poser problme : Tu veux une gifle ? pourrait s'entendre soit comme "tu agis ainsi parce que tu veux une gifle" (modalitŽ subjective primitive, explication), soit, ironiquement, "acceptes-tu que je te donne une gifle en raison de ce que tu fais ?" (modalitŽ subjective secondaire, menace). Cette dernire interprŽtation, agressive, semble plus usuelle que la premire, qui impliquerait une interprŽtation du comportement du dest. en termes de masochisme.
vouloir bien
- expression spŽcialisŽe dans la programmation secondaire, propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
- origine le loc.
Je veux bien ( | Vinf. / que tu V. | ).
- origine le dest.
| Tu veux / Veux-tu | bien Vinf. ?
Tu veux bien que je V. ?
3.2.1.B. prŽdicats modaux programmatifs classŽs par origine de programmation
L'origine de programmation est "objective" si elle appara”t formellement et/ou sŽmantiquement comme extŽrieure au locuteur et au destinataire. Les programmations gnomiques (Il faut hurler avec les loups) sont typiquement des programmations objectives. Dans d'autres cas, le locuteur soit rapporte une programmation objective, soit la prend ˆ son compte, comme dans Il m'appartient de Vinf. Des programmations telles que le dŽsir sont, elles, rapportŽes soit au locuteur soit au destinataire.
Le deuxime niveau de classement des ŽnoncŽs est fait sur les types de propagation de la valeur entre la programmation et l'acte programmŽ, le troisime sur l'identitŽ du proagent, le quatrime sur les expressions programmatives. Les programmations secondaires sont signalŽes, ainsi que,lorsqu'elle pourrait porter ˆ ambiguïtŽ, la fonction de l'ŽnoncŽ.
Dans les programmations objectives, conues en dehors des sujets locuteur et destinataire, c'est l'acte programmŽ qui donne sa valeur ˆ la programmation, sauf s'il s'agit d'une programmation impŽrieuse (tre obligŽ de, tre tenu de, certains empois de avoir besoin de).
Les assertions autoritaires du locuteur peuvent donner des programmations indiffŽrentes ˆ la valeur de l'acte programmŽ (compter faire, avoir l'intention), des programmations ŽvaluŽes par l'acte programmŽ ou, ˆ l'inverse, des programmations Žvaluant l'acte qu'elles programment. Ce dernier cas rend Žgalement compte des programmations du locuteur non autoritaires.
Les programmations du destinataire sont ŽvaluŽes, aux yeux du locuteur, par la valeur qu'il attribue ˆ l'acte programmŽ.
(1) origine objective
a. acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
| Je / Tu | dois Vinf. ?
J'ai besoin | de Vinf. / que tu V. |.
Je suis chargŽ de Vinf.
Je dois Vinf.
J'ai envie [2] de Vinf.
Tu as besoin | de Vinf. / que je V. |.
Tu as besoin de Vinf. ? (explication)
Tu as envie [2] de Vinf. ? (explication)
Il faut que | je / tu | V.
a1. acte programmŽ de val. pos. propageant une valeur positive ˆ la programmation positive de cet acte
J'ai envie [2] de manger.
Tu (n')as (pas) besoin | de Vinf. / que je V. | ? (directif)
a2. acte programmŽ de val. nŽg. propageant une valeur nŽgative ˆ la programmation positive de cet acte
J'ai envie [2] de vomir.
Il faut te le dire en chinois ?
b. acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Je ne dois pas Vinf.
Je n'ai pas envie [2] de Vinf.
Je n'ai pas envie [2] de dormir. (val. pos. ou nŽg.)
Tu ne dois pas Vinf. ? ("si") (explication)
Tu n'as pas envie [2] de Vinf. ?
- acte programmŽ de val. nŽg. :
Tu n'as pas envie [2] de faire pipi ?
Il (ne) faut (pas) que | je / tu | V.
- programmation secondaire
Je n'ai pas envie [2].
c. programmation positive de val. pos. propageant la val. pos. ˆ l'acte programmŽ : ŽnoncŽs gnomiques
Il faut hurler avec les loups.
d. programmation positive de val. nŽg. propageant sa val. nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je suis obligŽ de Vinf.
Je suis tenu de Vinf.
e. programmation nŽgative de val. pos. ne confŽrant pas de valeur ˆ l'acte programmŽ
Tu n'as pas besoin | de Vinf. / que je V. | ? (explication)
f. programmation nŽgative de val. pos. confŽrant la val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je ne suis pas obligŽ de Vinf.
Je ne suis pas tenu de Vinf.
Tu n'es pas tenu de Vinf.
- ŽnoncŽs gnomiques
Il ne faut pas demander la lune.
(2) origine le locuteur : assertions autoritaires
a. absence de propagation de valeur : programmation nŽgative de val. pos. ne confŽrant pas de valeur ˆ l'acte programmŽ
Je n'ai pas l'intention de Vinf.
- programmation secondaire
Je n'en ai pas l'intention.
b. absence de propagation de valeur : programmation positive de val. pos. ne confŽrant pas de valeur ˆ l'acte programmŽ
Je compte Vinf.
- programmation secondaire
J'y compte (bien). ;
J'ai (bien) l'intention de Vinf.
- programmation secondaire
J'en ai (bien) l'intention.
c. acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Il m'appartient de Vinf.
Il m'incombe de Vinf.
Je peux Vinf.
Il me revient de Vinf.
Tu peux Vinf.
- acte programmŽ de val. pos. :
Tu peux me remercier !
- acte programmŽ de val. nŽg. :
Tu peux en faire ton deuil ! ;
Il y a de quoi Vinf.
- acte programmŽ de val. pos. :
Il y a de quoi se mettre ˆ genoux !
- acte programmŽ de val. nŽg. :
Il y a de quoi s'arracher les cheveux !
d. acte programmŽ ŽvaluŽ confŽrant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
Il ne | m' / t' | appartient pas de Vinf.
Il ne | m' / t' | incombe pas de Vinf.
Il ne | me / te | revient pas de Vinf.
Je ne peux pas Vinf.
- acte programmŽ de val. pos. :
Je ne peux pas demander mieux !
- acte programmŽ de val. nŽg. :
Je ne peux pas me plaindre.
Tu ne peux pas Vinf.
Il n'y a pas de quoi Vinf.
- acte programmŽ de val. pos. :
Il n'y a pas de quoi jubiler !
- acte programmŽ de val. nŽg. :
Il n'y a pas de quoi fouetter un chat !
e. programmation positive de val. pos. propageant la val. pos. ˆ l'acte programmŽ
J'ai besoin | de Vinf. / que tu V. |.
Tu as ˆ Vinf.
Tu n'as pas ˆ Vinf ? ("si")
Tu as besoin | de Vinf. / que je V. |.
Tu es chargŽ de Vinf.
Tu dois Vinf.
Tu es obligŽ de Vinf.
Tu es tenu de Vinf.
Il faut que | je / tu | V.
f. programmation nŽgative de val. pos. confŽrant la val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je n'ai pas ˆ Vinf.
Je n'ai pas besoin | de Vinf. / que tu V. |.
Je ne suis pas chargŽ de Vinf.
Tu n'as pas ˆ Vinf.
Tu n'as pas ˆ discuter !
Tu n'as pas ˆ t'inquiŽter.
Tu n'as pas besoin | de Vinf. / que je V. |.
Tu n'es pas chargŽ de Vinf.
Tu ne dois pas Vinf.
Tu n'es pas obligŽ de Vinf.
Il n'y a pas ˆ Vinf.
Il n'y a pas ˆ choisir.
Il n'y a pas ˆ revenir lˆ-dessus !
Il ne faut pas que | je / tu | V.
(3) origine le locuteur : assertions non autoritaires
a. acte programmŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
J'ai quelque chose ˆ te dire.
b. programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Je dŽsire | Vinf. / que tu V. |.
‚a me di(rai)t (bien) ( | de Vinf. / que tu V. | ).
J'ai envie [1]| de Vinf. / que tu V. |.
Je souhaite | Vinf. / que tu V. |.
Je tiens ˆ | Vinf. / ce que tu V. |.
Je veux | Vinf. / que tu V.|.
c. programmation nŽgative de val. pos. confŽrant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
Je ne dŽsire pas | Vinf. / que tu V. |.
‚a ne me dit rien | de Vinf. / que tu V. |.
Je n'ai pas envie [1] | de Vinf. / que tu V. |.
Je ne souhaite pas | Vinf. / que tu V. |.
Je ne tiens pas (absolument) ˆ | Vinf. / ce que tu V. |.
Je ne veux pas | Vinf. / que tu V. |.
- programmation secondaire
Je ne le dŽsire pas.
‚a ne me dit rien.
Je n'ai pas envie [1].
Je ne le souhaite pas.
Je n'y tiens pas.
Je ne veux pas.
(4) origine le destinataire
a. acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
ŽnoncŽs explicatifs
Tu comptes Vinf. ?
Tu dŽsires | Vinf. / que je V. | ?
‚a te dit de Vinf. ?
Tu as envie [1] | de Vinf. / que je V. | ?
Tu as l'intention de Vinf. ?
Tu souhaites | Vinf. / que je V. | ?
Tu tiens ˆ | Vinf. / ce que je V. | ?
Tu veux | Vinf. / que je V. | ?
a1. acte programmŽ de val. pos. propageant la valeur positive ˆ la programmation positive de cet acte
ŽnoncŽs directifs
Tu as quelque chose ˆ ajouter ?
Tu (ne) comptes (pas) Vinf. ?
‚a (ne) te di(rai)t (pas) de Vinf. ?
Tu (n')as (pas) l'intention de Vinf. ?
- programmation secondaire
Tu (n')as (pas) envie [1] | de Vinf. / que je V. | ?
Tu (ne) souhaites (pas) | Vinf. / que je V. | ?
| Tu (ne) veux (pas) / Veux-tu | | Vinf. / que je V. | ?
Tu veux parier ?
Tu veux me parler autrement !
| Tu veux / Veux-tu | te taire ?
a2. acte programmŽ de val. nŽg. propageant la valeur nŽgative ˆ la programmation positive de cet acte
ŽnoncŽs critiques
Tu as toujours quelque chose ˆ dire !
Tu as un train ˆ prendre ?
Tu comptes passer la nuit ici ?
Tu as l'intention de [sortir en pyjama] ?
Tu veux jouer au plus malin ?
b. acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
ŽnoncŽs explicatifs
Tu ne comptes pas Vinf. ? ("non")
Tu n'as pas l'intention de Vinf. ? ("non")
c. acte programmŽ de val. pos. confŽrant la valeur nŽgative ˆ la programmation nŽgative de cet acte
ŽnoncŽs explicatifs
Tu ne dŽsires pas | Vinf. / que je V. | ?
‚a (ne) te dit (pas) de Vinf. ?
Tu n'as pas envie [1] | de Vinf. / que je V. | ?
Tu ne souhaites pas | Vinf. / que je V. | ?
Tu ne veux pas | Vinf. / que je V. | ?
Tu ne veux pas voir la rŽalitŽ en face !
d. acte programmŽ de val. nŽg. propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
Tu veux une gifle ? (menace)
(5) expressions programmatives spŽcialisŽes : programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
Il faut bien | Vinf. / que je V. / que tu V. |.
- programmation secondaire
Je veux bien ( | Vinf. / que tu V. | ).
| Tu veux / Veux-tu | bien Vinf. ?
Tu veux bien que je V. ?
3.2.1.C. prŽdicats modaux programmatifs classŽs selon le foyer Žvaluatif
Certaines programmations sont indiffŽrentes ˆ la valeur de l'acte programmŽ (essentiellement compter, avoir l'intention).
On observe des cas o l'acte programmŽ propage sa valeur ˆ la programmation dans toutes les origines de programmation.
Les cas o c'est la programmation qui donne sa valeur ˆ l'acte programmŽ excluent les programmations d'origine le destinataire.
(1) programmation ne confŽrant pas de valeur ˆ l'acte programmŽ
a. programmation positive de val. pos. ne confŽrant pas de valeur ˆ l'acte programmŽ
- origine le locuteur
Je compte Vinf.
J'ai (bien) l'intention de Vinf.
- programmation secondaire
Je n'y compte pas.
J'en ai (bien) l'intention.
b. programmation nŽgative de val. pos. ne confŽrant pas de valeur ˆ l'acte programmŽ
- origine objective
Tu n'as pas besoin | de Vinf. / que je V. | ? (explication)
- origine le locuteur
Je ne compte pas Vinf.
Je n'ai pas l'intention de Vinf.
- programmation secondaire
Je n'y compte pas.
Je n'en ai pas l'intention.
(2) acte programmŽ propageant sa valeur ˆ la programmation
a. acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
- origine objective
| Je / Tu | dois Vinf. ?
Il faut | Vinf. / que je V. / que tu V. |.
J'ai besoin | de Vinf. / que tu V. |.
Je suis chargŽ de Vinf.
Je dois Vinf.
J'ai envie [2] de Vinf.
- acte programmŽ de val. pos. :
J'ai envie [2] de manger.
- acte programmŽ de val. nŽg. :
J'ai envie [2] de vomir.
Tu as besoin | de Vinf. / que je V. |.
Tu as besoin de Vinf. ? (explication)
Tu as envie [2] de Vinf. ? explication
- origine le locuteur autoritaire
Il m'appartient de Vinf.
Il m'incombe de Vinf.
Je peux Vinf.
Il me revient de Vinf.
Tu peux Vinf.
- origine le locuteur non autoritaire
J'ai quelque chose ˆ te dire.
Il y a de quoi Vinf.
- acte de val. pos. :
Il y a de quoi se mettre ˆ genoux !
- acte de val. nŽg. :
Il y a de quoi s'arracher les cheveux !
- origine le destinataire
ŽnoncŽs explicatifs
Tu comptes Vinf. ?
Tu dŽsires | Vinf. / que je V. | ?
‚a te dit de Vinf. ?
Tu as envie [1] | de Vinf. / que je V. | ?
Tu as l'intention de Vinf. ?
Tu souhaites | Vinf. / que je V. | ?
Tu tiens ˆ | Vinf. / ce que je V. | ?
Tu veux | Vinf. / que je V. | ?
a1. acte programmŽ de val. pos. propageant la valeur positive ˆ la programmation positive de cet acte
- origine objective
Tu (n')as (pas) besoin | de Vinf. / que je V. | ? (directif)
- origine le locuteur autoritaire
Tu peux me remercier !
- origine le destinataire
- ŽnoncŽs directifs
Tu as quelque chose ˆ ajouter ?
Tu (ne) comptes (pas) Vinf. ?
‚a (ne) te di(rai)t (pas) de Vinf. ?
Tu (n')as (pas) l'intention de Vinf. ?
- programmation secondaire
Tu (ne) dŽsires (pas) | Vinf. / que je V. | ? ("si")
Tu (n')as (pas) envie [1] | de Vinf. / que je V. | ?
Tu (ne) souhaites (pas) | Vinf. / que je V. | ?
| Tu (ne) veux (pas) / Veux-tu | | Vinf. / que je V. | ?
Tu veux parier ?
Tu veux me parler autrement !
| Tu veux / Veux-tu | te taire ?
a2. acte programmŽ de val. nŽg. propageant sa valeur ˆ la programmation positive de cet acte
- origine objective
Il faut te le dire en chinois ?
- origine le locuteur autoritaire
Tu peux en faire ton deuil !
- origine le destinataire
- ŽnoncŽs critiques
Tu as toujours quelque chose ˆ dire !
Tu as un train ˆ prendre ?
Tu comptes passer la nuit ici ?
Tu as l'intention de [sortir en pyjama] ?
Tu veux jouer au plus malin ?
- menaces
Tu veux une gifle ?
b. acte programmŽ ŽvaluŽ propageant sa valeur opposŽe ˆ la programmation nŽgative de cet acte
- origine objective
Il (ne) faut (pas) que | je / tu | V.
Je ne dois pas Vinf.
Je n'ai pas envie [2] de Vinf.
- acte programmŽ de val. pos. ou nŽg. :
Je n'ai pas envie [2] de dormir.
Tu ne dois pas Vinf. ? ("si") (explication)
Tu n'as pas envie [2] de Vinf. ?
- acte programmŽ de val. nŽg. :
Tu n'as pas envie [2] de faire pipi ?
- programmation secondaire
Je n'ai pas envie [2].
- origine le locuteur autoritaire
Il ne | m' / t' | appartient pas de Vinf.
Il ne | m' / t' | incombe pas de Vinf.
Il ne | me / te | revient pas de Vinf.
Je ne peux pas Vinf.
- acte de val. pos. :
Je ne peux pas demander mieux !
- acte de val. nŽg. :
Je ne peux pas me plaindre.
Tu ne peux pas Vinf.
- origine le loc.
Il n'y a pas de quoi Vinf.
- acte de val. pos. :
Il n'y a pas de quoi jubiler !
- acte de val. nŽg. :
Il n'y a pas de quoi fouetter un chat !
- origine le destinataire
- ŽnoncŽs explicatifs
Tu ne comptes pas Vinf. ? ("non")
Tu n'as pas l'intention de Vinf. ?
b1. acte programmŽ de val. pos. confŽrant la valeur nŽgative ˆ la programmation nŽgative de cet acte
- origine le destinataire
- ŽnoncŽs explicatifs
Tu ne dŽsires pas | Vinf. / que je V. | ?
‚a (ne) te dit (pas) de Vinf. ?
Tu n'as pas envie [1] | de Vinf. / que je V. | ?
Tu ne souhaites pas | Vinf. / que je V. | ?
Tu ne veux pas | Vinf. / que je V. | ?
Tu ne veux pas voir la rŽalitŽ en face !
(3) programmation confŽrant une valeur ˆ l'acte programmŽ
a. programmation positive de val. pos. propageant sa val. pos. ˆ l'acte programmŽ
- origine objective
Il faut | Vinf. / que je V. / que tu V. |.
- ŽnoncŽs gnomiques
Il faut hurler avec les loups.
- origine le locuteur autoritaire
Il faut | Vinf. / que je V. / que tu V. |.
J'ai besoin | de Vinf. / que tu V. |.
Tu as ˆ Vinf.
Tu n'as pas ˆ Vinf ? ("si")
Il t'appartient de Vinf.
Tu as besoin | de Vinf. / que je V. |.
Tu es chargŽ de Vinf.
Tu dois Vinf.
Il t'incombe de Vinf.
Tu es obligŽ de Vinf.
Il te revient de Vinf.
Tu es tenu de Vinf.
- origine le locuteur
Je dŽsire | Vinf. / que tu V. |.
‚a me di(rai)t (bien) ( | de Vinf. / que tu V. | ).
J'ai envie [1]| de Vinf. / que tu V. |.
Je souhaite | Vinf. / que tu V. |.
Je tiens ˆ | Vinf. / ce que tu V. |.
Je veux | Vinf. / que tu V.|.
- programmation secondaire
J'y compte (bien).
J'en ai (bien) l'intention.
- expressions programmatives spŽcialisŽes
Il faut bien | Vinf. / que je V. / que tu V. |.
- programmation secondaire
Je veux bien ( | Vinf. / que tu V. | ).
| Tu veux / Veux-tu | bien Vinf. ?
Tu veux bien que je V. ?
b. programmation nŽgative de val. pos. propageant une val. non pos. ou nŽg. ˆ l'acte programmŽ
- origine objective
Il ne faut pas | Vinf. / que je V. / que tu V. |.
Je ne suis pas obligŽ de Vinf.
Je ne suis pas tenu de Vinf.
Tu n'es pas tenu de Vinf.
- ŽnoncŽ gnomique
Il ne faut pas demander la lune.
- origine le locuteur autoritaire
Il ne faut pas | Vinf. / que je V. / que tu V. |.
Je n'ai pas ˆ Vinf.
Je n'ai pas besoin | de Vinf. / que tu V. |.
Je ne suis pas chargŽ de Vinf.
Tu n'as pas besoin | de Vinf. / que je V. |.
Tu n'as pas ˆ Vinf.
Tu n'as pas ˆ discuter !
Tu n'as pas ˆ t'inquiŽter.
Tu n'es pas chargŽ de Vinf.
Tu ne dois pas Vinf.
Tu n'es pas obligŽ de Vinf.
Il n'y a pas ˆ Vinf.
Il n'y a pas ˆ choisir.
Il n'y a pas ˆ revenir lˆ-dessus !
- origine le locuteur non autoritaire
Je ne dŽsire pas | Vinf. / que tu V. |.
‚a ne me dit rien | de Vinf. / que tu V. |.
Je n'ai pas envie [1] | de Vinf. / que tu V. |.
Je ne souhaite pas | Vinf. / que tu V. |.
Je ne tiens pas (absolument) ˆ | Vinf. / ce que tu V. |.
Je ne veux pas | Vinf. / que tu V. |.
- programmation secondaire
Je ne le dŽsire pas.
‚a ne me dit rien.
Je n'ai pas envie [1].
Je ne le souhaite pas.
Je n'y tiens pas.
Je ne veux pas.
c. programmation positive de val. nŽg. propageant sa val. nŽg. ˆ l'acte programmŽ
- origine objective
expressions programmatives ŽvaluŽes nŽgativement du fait de leur caractre contraignant :
Je suis obligŽ de Vinf.
Je suis tenu de Vinf.
3.2.1.D. Žvaluation a priori de l'acte programmŽ et conflit d'Žvaluations
Les actes programmŽs (objet d'une expression programmative) sont a priori
Ñ explicitement ŽvaluŽs :
Veux-tu tre gentil ?
Je ne veux pas abuser.
Ñ implicitement ŽvaluŽs par un sme Žvaluatif :
Veux-tu te dŽbarrasser ?
Ñ sans Žvaluation autre que subjective (v. ¤ B.(5))2.2.2.(B).4
- valeur positive pour le loc.
Je voulais te demander quelque chose.
- valeur positive pour le dest.
Je veux bien te croire.
- valeur nŽgative pour le dest.
Veux-tu te taire !
Il s'ensuit que s'il y a contradiction entre la valeur imposŽe ˆ l'acte qu'elle programme par une expression programmative et la valeur a priori de l'acte programmŽ aux yeux du loc., c'est la premire qui l'emporte :
Je voudrais tre ˆ cent pieds sous terre !
Tu n'as pas ˆ me remercier. :
valeur "paradoxale" positive de "tre ˆ cent pieds sous terre", valeur "paradoxale" nŽgative de "me remercier".
Lorsque l'acte programmŽ reoit de la programmation une valeur aux yeux du dest. et que cet acte a aux yeux du dest. la valeur opposŽe, les deux points de vue Žvaluatifs entrent en conflit. Dans
Veux-tu te taire !
je programme un acte ˆ mes yeux de val. pos. et de val. nŽg. pour le dest. Le dest. a alors le choix entre rŽagir en participant ˆ la val. pos. ou en s'opposant ˆ la val. nŽg., c'est-ˆ-dire, dans ce cas, le choix entre obŽir et dŽsobŽir.
Ces motifs font l'objet, d'une part, du ¤ 1.1.3.C.(5). : motifs mentionnŽs explicites analytiques : ŽnoncŽs assertifs ˆ prŽdicat modal programmatif actif : motifs normatifs, ex. :
Il ne faut pas abuser des bonnes choses.
et, d'autre part, des normes descriptives explicites motivationnelles ci-aprs, ex. :
On frappe avant d'entrer.
On notera que, de manire rŽgulire, les normes positives (Il fautÉ, OnÉ) portent sur des actes de val. pos., et inversement pour les normes nŽgatives (Il ne faut pasÉ, On É ne É pas).
3.2.2.A. quelques ŽnoncŽs usuels en Il (ne) faut (pas)
a. normes discursives Žthiques
Ñ applications au discours de normes mondaines
"il faut tre sincre" :
Il ne faut pas raconter d'histoires !
Ñ normes spŽcifiquement discursives
"il faut se prŽsenter ˆ autrui (dans certaines circonstances)" :
Il faut que je te prŽsente. (norme actualisŽe)
b. normes mondaines
- praxŽologiques : gŽnŽralitŽs
"il ne faut pas faire des choses absurdes" :
Il ne faut pas mettre la charrue avant les bÏufs.
Il ne faut pas se cacher derrire le petit doigt.
Il ne faut pas faire l'autruche.
"il faut faire les choses dans l'ordre logique, au moment opportun" :
Il faut battre le fer quand il est chaud.
Il ne faut pas remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour-mme.
Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tuŽ.
"il faut agir avec discernement" :
Il ne faut pas tout mŽlanger !
Il ne faut pas mŽlanger les serviettes et les torchons.
"il faut agir avec circonspection" :
Il ne faut pas se faire un idŽe ˆ premire vue.
Il ne faut pas se fier aux apparences.
"il faut Žviter les complications inutiles" :
Il ne faut pas chercher midi ˆ quatorze heures !
"il faut Žviter de faire ce qui peut avoir des consŽquences de val. nŽg." :
Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.
Il ne faut jurer de rien.
Il ne faut pas jouer avec le feu.
- Žthiques
. gŽnŽralitŽs
"il faut faire comme les autres" :
Il faut hurler avec les loups.
"il faut agir en fonction de ce qui convient au moment" :
Il faut tre de son temps.
"il faut rŽagir positivement aux situations de val. nŽg." :
Il faut prendre les choses du bon c™tŽ.
Il faut faire contre mauvaise fortune bon cÏur.
"il faut tre modeste" :
Il faut se contenter de ce qu'on a.
Il ne faut pas demander la lune.
"il faut agir avec modŽration, retenue" :
Il faut avoir le sens de la mesure.
Il faut savoir raison garder.
Il ne faut pas abuser des bonnes choses.
"il faut tre rŽaliste" :
Il faut regarder la vŽritŽ en face.
Il faut prendre la vie comme elle est.
Il faut appeler les choses par leur nom.
Il ne faut pas avoir peur des mots.
"il faut assumer les consŽquences de ses actes" :
C'est bien joli de [faire la fte], mais aprs il faut [nettoyer] !
"il faut respecter autrui" :
Faut pas me prendre les gens pour des imbŽciles !
"il faut tre juste" :
Il faut tre honnte / juste.
"il faut prendre des initiatives, s'occuper" :
Il ne faut pas se croiser les bras.
"il ne faut pas se laisser aller ˆ la facilitŽ" :
Il ne faut pas se laisser aller.
. normes particulires
"il ne faut pas s'approprier le bien d'autrui" :
Il faut rendre ˆ CŽsar ce qui appartient ˆ CŽsar.
(2) programmant une rŽaction au non respect d'une norme
Reprenons ici des ŽnoncŽs en Il faut programmant une rŽaction d'opposition au non respect d'une certaine norme :
Ñ rŽaction au non respect de normes mondaines Žthiques
rŽaction au non respect de "il faut faire les choses selon les rgles" :
Il faut toujours tre derrire toi.
Il faut toujours tre sur ton dos.
rŽaction au non respect de "il faut faire preuve d'un certain bagage de connaissances, d'expŽriences, d'une certaine intelligence" :
Il faut te faire un dessin ?
Il faut tout t'apprendre / t'arracher / te m‰cher.
Il faut que tu apprennes ˆ [essuyer tes pieds] !
Il faut refaire ton Žducation !
rŽaction au non respect de "il faut tre rŽaliste" :
Il faut te rŽveiller !
Il faut te mettre du plomb dans la tte !
rŽaction au non respect de "il faut avoir un comportement normal" :
Il faut l'emmener !
Il faut te faire soigner !
Ces rŽactions programmŽes sont elles-mmes de val. pos. ou nŽg. (aux yeux du loc., pour le loc., pour le dest.), selon leur nature.
3.2.2.B. quelques normes descriptives motivationnelles
On peut essayer de classer ces normes mentionnŽes, selon leur domaine d'application, en normes de langue, normes de discours, normes mondaines praxŽologiques ou Žthiques, et cela ˆ partir d'ŽnoncŽs motivŽs par le non respect de ces normes.
(1) mention de normes de langue
On ne dit pas "[pallier ˆ qch.]", on dit "[pallier qch.]"
‚a ne se dit pas.
(2) mention de normes de discours
- praxŽologiques
"il faut qu'une rŽaction soit appropriŽe et proportionnŽe ˆ son motif" :
Quand on n'a rien ˆ dire, on se tait !
"il faut Žviter de faire ce qui peut avoir des consŽquences de val. nŽg." :
On ne parle pas la bouche pleine.
- Žthiques
"il faut respecter autrui" :
On ne parle pas comme a ˆ [sa mre] !
"il faut respecter les conventions de rŽaction" :
On dit Ç [Merci] (Papa) È !
"il ne faut pas critiquer quelqu'un en position de faiblesse" :
On ne tire pas sur une ambulance.
(3) mention de normes mondaines
Les normes Žthiques sont typiquement arbitraires : les actes qu'elles programment n'ont pas besoin d'autre motivation que d'tre obligatoires ou interdits.
"il faut faire les choses selon les rgles" :
On frappe avant d'entrer.
On ne s'y prend pas comme a.
On ne met pas ses coudes sur la table.
On ne montre pas avec le doigt.
Un grand garon ne pleure pas.
"il faut agir avec modŽration, retenue" :
On ne dit pas "[moi je]".
"il faut agir en fonction de ce qui convient au lieu, ˆ la situation" :
On n'est pas lˆ pour rigoler !
"il faut tre sŽrieux dans certaines situations" :
On ne plaisante pas avec a.
3.2.2.C. motifs explicites actuels se rŽfŽrant implicitement ˆ une norme
Nous avons signalŽ plus haut (¤ 1.1.3.C.(5)) la difficultŽ qu'il peut y avoir ˆ distinguer si un motif explicite inconditionnel s'applique en toutes circonstances o s'il concerne la situation d'Žnonciation sans impliquer une gŽnŽralisation. Les ŽnoncŽs proposŽs ci-dessous ne mentionnent certainement pas des motifs d'application universelle.
Un motif explicite programmatif actuel peut implicitement se rŽfŽrer ˆ une norme de rŽaction :
"il faut qu'une rŽaction soit appropriŽe et proportionnŽe ˆ son motif" :
Il y a de quoi se marrer !
Il n'y a pas de quoi en faire un drame.
"il ne faut pas s'occuper des affaires d'autrui":
Il fallait que tu t'en mles ! (antiphrase)
Je ne veux pas me mler de ce qui ne me regarde pas.
"il faut respecter autrui" :
Il ne faut pas me prendre pour un imbŽcile.
"il faut fter certains ŽvŽnements heureux" :
Il faut fter a !
Il faut arroser a !
"il faut psychiatriser les agents dont le comportement est dŽviant" :
Il faut l'emmener !
On peut hŽsiter quant ˆ la valeur universelle ou actuelle de
"il faut rŽagir positivement" :
Il ne faut pas se dŽcourager / dŽsespŽrer.
"il faut prendre des initiatives, s'occuper" :
Il ne faut pas | se croiser les bras / rester les bras croisŽs |.
3.2.3. addition de sources pour un motif implicite : Žvaluations et normes
3.2.3.A. motifs implicites par Žvaluation, se rŽfŽrant implicitement ˆ une norme
(1) motifs par Žvaluation explicite
Les Žvaluations explicites se reconnaissent ˆ partir de marques formelles. Certaines peuvent faire implicitement rŽfŽrence au (non) respect d'une norme, comme
Je n'aime pas qu'on piŽtine mes plates-bandes.,
qui Žvoque le non respect de la norme "il ne faut pas s'occuper des affaires d'autrui". De mme
Quand on demande quelque chose, on aime bien que ce soit fait.
Žvoque "il faut respecter l'autoritŽ".
(2) motifs par Žvaluation implicite
On pourrait voir dans
Tu me marches sur les pieds.
la violation d'une norme "il faut respecter une certaine distance physique avec autrui" (proxŽmie), spŽcifiant "il faut respecter autrui", mais marcher sur les pieds de qqn est en lui-mme porteur d'un sme d'Žvaluation nŽgative hŽdonique Ñ a fait mal Ñ qui ne rend pas indispensable la rŽfŽrence ˆ une norme comme source de l'Žvaluation.
Tu ne t'es pas fatiguŽ.
renvoie au non respect de la norme "il ne faut pas se laisser aller ˆ la facilitŽ".
La diffŽrence de traitement par le loc. entre lui-mme et le dest. (v. ¤ 2.2.2.B.(3)) se marque dans le fait que dans
Je ne me suis pas fatiguŽ.
la violation de la norme est revendiquŽe.
Tu as tout ˆ perdre.
Tu vas te bržler les ailes.
se rŽfrent ˆ "il faut Žviter de faire ce qui peut avoir des consŽquences de val. nŽg.", et inversement pour
‚a m'arrangerait.
‚a te ferait du bien.
3.2.3.B. motifs implicites par convention et Žvaluation de l'Žtat de choses motif
Certaines normes s'entendent comme des rŽactions ˆ des faits ŽvaluŽs.
(1) valeur positive
La norme qui peut s'Žnoncer "il faut faire comme les autres" suppose que ce que font les autres soit de val. pos. :
Les autres [me respectent].
L'ingratitude (infraction ˆ la norme Žthique "il faut faire preuve de gratitude") peut Žvoquer des faits de val. pos. motivant normalement des manifestations de gratitude :
Aprs tout ce que j'ai fait pour toi !
(2) valeur non positive, valeur nŽgative
La norme pratique "il ne faut pas agir inutilement" s'applique ˆ des actes sans valeur positive :
‚a ne ferait rien avancer.
Ce n'est pas a qui le fera revenir.
avec pour ce sens de revenir un sme Žvaluatif positif.
La norme Žthique qui peut se dire "il ne faut pas critiquer qqn pour qch. qui a pu nous arriver aussi" programme de ne pas rŽagir par la critique ˆ des motifs qui sont des Žtats de choses de val. nŽg. :
‚a t'arrive (ˆ toi aussi).,
mentionnant un Žtat de choses de val. nŽg. par rŽfŽrence au motif de l'Žnonciation, ou
Tu n'as jamais fait d'erreur ? ("si"),
avec une Žvaluation nŽgative explicite (erreur).
La norme discursive "il ne faut pas agresser autrui, sauf pour se dŽfendre" s'applique ˆ (l'absence de) certains faits de val. nŽg. :
Je ne t'ai rien fait ! "É qui soit de val. nŽg.", ou
C'est [lui] qui a commencŽ !,
mentionnant des Žtats de choses respectivement de val. non nŽg. et de val. nŽg. par convention.
"Il faut agir en fonction de ce qui convient au lieu" Žvoque ˆ l'occasion, pour expliquer des infractions ˆ cette norme, des lieux conventionnellement rŽputŽs de val. nŽg. :
On n'est pas chez les sauvages.
On n'est pas dans une porcherie.
"Il faut Žviter de faire ce qui peut avoir des consŽquence de val. nŽg." va Žvoquer des situations de val. nŽg. :
Un accident est vite arrivŽ.
Qui s'y frotte s'y pique.
avec un sme d'Žvaluation nŽgative (accident, se piquer ˆ qch.).
De mme pour "il ne faut pas craindre de faire ce qui n'a pas de consŽquence de val. nŽg. :
Je ne suis pas le loup ! ("je ne vais pas te manger")
Je n'ai pas la gale ! ("je ne vais pas te transmettre la gale")
‚a ne mord pas ! ("a ne va pas te mordre")
avec des smes d'Žvaluation nŽgative pour la victime du loup, de la gale, d'une morsure.
L'Žvaluation intervient Žvidemment dans le (non) respect de la norme "il faut agir ˆ propos, avec un motif valable". Ainsi l'absence de tel fait de val. nŽg. invalide-t-elle certaines rŽactions d'opposition :
Tu n'es pas mort !
Il n'y a pas mort d'homme !
critiquant une plainte, une critique.
Notons Žgalement les cas d'Žvaluation de motifs par convention, c'est-ˆ-dire d'Žvaluation d'un Žtat de choses au titre de ce dont il est motif par convention. Comparer, pour quelqu'un qui travaille le lundi mais pas le dimanche :
[C'est dimanche.] (val. pos.) / [C'est lundi.] (val. nŽg.) Ñ valeurs a priori.
3.2.3.C. motifs implicites par convention sans Žvaluation de l'Žtat de choses motif
L'Žvaluation des Žtats de choses motifs implicites par convention n'est Žvidemment pas nŽcessaire ˆ ce type de motivation. L'Žvaluation n'intervient pas dans le r™le de motif des Žtats de choses mentionnŽs suivants :
C'est pas toi qui commande.
La question ne se pose pas.
Nous n'en sommes pas lˆ.
Je ne parlais pas de a.
Je ne suis pas le facteur., etc.
3.2.3.D. motifs implicites par Žvaluation explicite
On peut considŽrer les ŽnoncŽs
C(e n)'est (pas) franais.
C(e n)'est (pas) correct.
ˆ la fois comme des Žvaluation explicites et comme l'assertion du (non) respect d'une norme linguistique ("il faut parler un franais correct").
L'adjectif (in)correct s'emploie d'ailleurs aussi bien pour le (non) respect d'une norme discursive que d'une norme mondaine. Penser aussi ˆ des adjectifs comme
biensŽant, conforme, convenable, dŽcent, juste, normal, pertinent, raisonnable, rŽgulier, É
anormal, dŽplacŽ, fautif, impertinent, impoli, inconvenant, indŽcent, injuste, irrŽgulier, mal ŽlevŽ, malsŽant, É
3.2.4. substitutions ˆ un motif mentionnŽ de type programmatif
3.2.4.A. substitution, ˆ un motif mentionnŽ de type programmatif, de l'assertion du motif implicite de l'acte programmŽ
De mme que pour les motifs rŽalisŽs de type programmatif (¤ 3.1.1.E.), le motif implicite d'un acte programmŽ peut se substituer, comme sens communiquŽ, ˆ un motif mentionnŽ de type programmatif :
Tu peux te rhabiller !, Tu peux retourner te coucher ! ("tu as ŽchouŽ")
Tu peux te l'accrocher !, Tu peux te les arrondir !, Tu peux te brosser !, Tu peux repasser !, ("tu n'en auras pas, tu n'y arriveras pas")
Tu peux dormir tranquille. ("tout se passera bien")
Tu peux numŽroter tes abattis ! ("a va barder !")
se paraphrasent, littŽralement, "tu peux te rhabiller, car (motif) tu as ŽchouŽ", etc.
On a ici quelque chose qui rappelle les pseudo-rŽactions purement Žvaluatives (¤ 2.2.1.B.(7)), mais il s'agit moins dans le cas prŽsent de pseudo-rŽactions que de pseudo-programmations.
3.2.4.B. substitution, ˆ un motif mentionnŽ de type programmatif, de l'Žvaluation du motif implicite de l'acte programmŽ
Il y a de quoi s'arracher les cheveux / se flinguer / se la prendre et se la mordre !
ne font qu'Žvaluer indirectement nŽgativement les situations associŽes comme motif ˆ de telles rŽactions qui, pour autant, ne sont pas rŽellement programmŽes.
C'est, au contraire, la valeur positive d'une situation qui est impliquŽe par
Il y a de quoi se mettre ˆ genoux !
qui Žvoque une "action de gr‰ces" ;
Tu peux me remercier !,
signifie prioritairement ce qui motiverait cette rŽaction : "j'ai fait qch. de val. pos. pour toi".
Noter un phŽnomne analogue d'Žvaluation indirecte du motif de l'Žnonciation dans des ŽnoncŽs o il ne s'agit plus d'une rŽaction ˆ un motif mais de la consŽquence d'une cause de valeur nŽgative :
Il y a de quoi devenir fou !
Il y a de quoi tomber ˆ la renverse !
Il y a de quoi vomir !
3.2.4.C. substitution, ˆ un motif mentionnŽ de type programmatif, de l'affirmation de son caractre inopŽrant
Dans les ŽnoncŽs suivants, les actes mentionnŽs sont implicitement qualifiŽs par le loc. d'inopŽrants pour motiver la rŽaction du loc. qu'ils visent ˆ motiver :
Tu peux bouder !
Tu peux faire ta mijaurŽe !
Tu peux me regarder !
Tu peux me supplier !
Tu peux te moquer !
"tu boudes pour me faire changer d'attitude ˆ ton Žgard, mais c'est sans effet sur moi", etc.
Plus gŽnŽralement les attitudes mentales de programmation passive ci-aprs seront sans suite :
Tu peux toujours attendre / espŽrer !,
de mme que cette participation active ˆ un but qui ne sera pas atteint :
Tu peux (toujours) courir !
N.B. Plus prŽcisŽment il faudrait dire que ces ŽnoncŽs mentionnent des conditions de succs explicites inopŽrantes en tant que motifs. Du caractre inopŽrant d'un motif on distinguera le caractre incertain de son efficacitŽ qui se marque dans
Tu peux toujours demander. ("demande, tu verras bien si tu obtiens satisfaction")
ou plus gŽnŽralement, le caractre incertain d'un moyen vis-ˆ-vis d'un but :
Tu peux toujours essayer. ("tu verras si a marche")
Ces deux derniers ŽnoncŽs ont d'ailleurs les deux emplois : dissuader de faire ("a ne marchera pas"), ou conseiller de faire ("a marchera peut-tre").
4. grille d'analyse pour la reconnaissance d'un ŽnoncŽ de motif
Les analyses qui prŽcdent devraient fournir une mŽthode analytique pour la reconnaissance des ŽnoncŽs de motifs. De ce point de vue, un ŽnoncŽ soit prŽsente des propriŽtŽs formelles, soit prŽsente des propriŽtŽs non formelles, soit ne prŽsente aucune propriŽtŽ qui lui donne nŽcessairement ou possiblement un r™le de motif rŽalisŽ ou mentionnŽ.
Paralllement ˆ la mŽthode analytique, une mŽthode globale consiste ˆ reconna”tre un ŽnoncŽ comme usuel, qu'il soit ou non une locution, en tant que la rŽalisation ou la mention d'un motif, et comme la rŽalisation de telle ou telle fonction qui fait partie intŽgrante de sa "dŽfinition" pragmatique. Cette reconnaissance globale est du plus grand intŽrt lorsque l'ŽnoncŽ ne prŽsente pas de critre formel analytique permettant ˆ lui seul de le reconna”tre comme ŽnoncŽ de motif.
Par ailleurs un motif peut tre repŽrŽ gr‰ce ˆ la prŽsence d'une marque externe (¤ 1.2.), pour autant que cette marque soit spŽcifique d'une relation motif - rŽaction.
On peut proposer un inventaire des critres analytiques en rŽorganisant quelque peu le plan du dŽveloppement ci-dessus (nous reprenons ci-dessous entre crochets la numŽrotation des ¤¤ [1] ˆ [3]) pour regrouper l'ensemble des critres formels, tant de programmation que d'Žvaluation.
4.1.1.A. [1.1.1.] motifs rŽalisŽs par convention de langue
[1.1.1.A.] phrasillons programmatifs
[1.1.1.B.] impŽratifs vrais
[1.1.1.C.] questions vraies
4.1.1.B. [1.1.2.] motifs mentionnŽs et rŽalisŽs explicites : ŽnoncŽs performatifs explicites programmatifs
4.1.1.C. [1.1.3.] motifs mentionnŽs
[1.1.3.A.] il y a un / il n'y a pas de (bon) motif
[1.1.3.B.] (ne pas) tre un (bon) motif
[1.1.3.C. ŽnoncŽs ˆ prŽdicat modal programmatif actif
[1.1.3.D.] ŽnoncŽs dont le premier prŽdicat est un performatif programmatif rapportŽ
[1.1.3.E.E.] expressions programmatives nominales
4.1.2. motifs implicites par Žvaluation : motifs mentionnŽs
[2.2.] motifs implicites par Žvaluation
[2.2.1. et 2.2.5.A.] expressions Žvaluatives explicites objectives et subjectives :
phrasillons, lexmes, locutions intraphrastiques, tours morphosyntaxiques, phrasmes Žvaluatifs ; normes Žvaluatives ; subjectivation d'Žvaluations objectives ; pseudo-rŽactions purement Žvaluatives
[2.2.2.A.] Žvaluation implicite par sme Žvaluatif du contenu d'une expression
[1.] dans une expression descriptive hors relation de causation
[2.] dans une expression non descriptive hors relation de causation
[3.] dans une expression rŽsultative descriptive
[4.] dans une expression rŽsultative non descriptive
[5.] dans une expression descriptive de consŽquence
[6.] dans une expression non descriptive de consŽquence
[7.] sme Žvaluatif dans une expression descriptive de rŽaction
[8.] sme Žvaluatif dans une expression non descriptive de rŽaction
[9.] sme Žvaluatif dans une expression descriptive de consŽquence de rŽaction
4.1.3. motifs implicites modŽlisants : motifs rŽalisŽs
[2.4.]Lorsque deux vers d'un pome riment, la syllabe finale du premier est le motif de la finale du second.
4.2.1. [2.1.] motifs par convention de langue, de discours, ou mondaines
4.2.2. motifs par Žvaluation implicite sans sme Žvaluatif
[2.2.2.B.(1)] Žvaluation au titre du (non) respect de normes prescriptives
[2.2.2.B.(2)] Žvaluation implicite par rŽfŽrence au motif de l'Žnonciation
[2.2.2.B.(3)] narcissisme du locuteur, antipathie du locuteur pour le destinataire
[2.2.5.C.] Žvaluation des modalitŽs d'action
[2.2.5.D.] Žvaluation des modalitŽs d'interaction
- certaines assertions au prŽsent portant sur un acte de quiconque [2.3.1.A.], ou sur un acte du locuteur [2.3.1.B.]
- certaines assertions au futur ou au prŽsent ˆ sens de futur portant sur un acte du loc. [2.3.2.A.], ou du dest. [2.3.2.B.1.]
- [2.3.2.B.(2)] certaines questions totales portant sur un acte du dest. au futur ou au prŽsent ˆ sens futur
- [2.3.2.B.(3)] certaines questions partielles au futur en Quand É ? portant sur un acte du dest.
Ñ [[2.3.2.B.(4)]phrases averbales programmatives
4.3. source motivationnelle non dŽterminŽe a priori
En dehors des ŽnoncŽs usuels on trouve des ŽnoncŽs qui peuvent avoir dans certaines circonstances un r™le de motif mais dont la source motivationnelle n'est pas dŽterminŽe a priori.
Soit l'ŽnoncŽ non usuel
[La porte est ouverte.]
Nos hypothses permettent de l'imaginer
Ñ comme un motif par convention, associŽ ˆ une norme locale :
Soit par exemple la norme "lorsque la porte est ouverte, il faut en avertir le gardien". L'ŽnoncŽ mentionne alors un motif implicite pour avertir le gardien.
Ñ comme un motif par Žvaluation implicite :
L'Žvaluation implicite pourrait tenir
- au nom respect d'une norme selon laquelle cette porte doit rester fermŽe : l'Žtat de choses mentionnŽ par cet ŽnoncŽ se trouve alors implicitement ŽvaluŽ nŽgativement ;
- au fait que l'Žtat de choses mentionnŽ est le rŽsultat d'efforts dans le but d'ouvrir cette porte : Žvaluation positive,
- au fait que l'Žtat de choses mentionnŽ a ou peut avoir des consŽquences (courant d'air, É) ou entra”ner des rŽactions (rŽprimandeÉ) de valeur nŽgative : Žvaluation nŽgative,
- ou simplement au fait que le loc. prŽfre, ou n'aime pas, que cette porte soit ouverte ("Žvaluation subjective").
ambivalences
Ë l'intŽrieur du champ des ŽnoncŽs considŽrŽs comme usuels on trouve des paires d'ŽnoncŽs homonymes (des homophrases) ambivalents, qui se distinguent par la polaritŽ d'Žvaluation de l'Žtat de choses mentionnŽ :
‚a ne se voit pas ?
(a) que j'ai une tache sur mon col de chemise ? (j'espre que non) : valeur positive
(b) tu me demandes si je me suis fait un bleu parce que a ne se voit pas, c'est-ˆ-dire parce que tu ne le vois pas alors que a crve les yeux ? : valeur nŽgative du fait que tu ne le vois pas, ce qui met en cause ta compŽtence perceptive
Il y en a qui dorment.
(a) "il ne faut pas faire de bruit" : valeur positive
(b) "ils dorment au lieu de m'Žcouter" : valeur nŽgative
Je t'attends.
(a) "prends ton temps" : valeur positive
(b) "dŽpche-toi" : valeur nŽgative
Des paires d'ŽnoncŽs portant sur (la consŽquence d')un acte du loc. ou du dest. (assertions, questions totales ou en Quand ?) peuvent aussi se distinguer par l'intervention ou non d'une source motivationnelle interlocutoire. Un ŽnoncŽ comme
‚a se saura.
peut tre une simple prŽdiction, ou un engagement ˆ informer un tiers, et dans ce dernier cas l'ŽnoncŽ rŽalise un motif de source motivationnelle autoritaire locutoire. De mme
Tu ne dis rien !
peut tre un reproche pouvant justifier l'initiative que j'ai prise en l'absence de dŽsaccord de ta part, ou rŽaliser un motif de source motivationnelle allocutoire (autoritaire) pour que tu te taises.
Les ŽnoncŽs usuels homophrases font l'objet de curiosa pragmatica, Petit dictionnaire de paires de phrases ˆ ne pas confondre.5.1. lexique des motifs dŽnommŽs comme tels
Voir aussi au ¤ 1.1.3.A.(5). : norme, usage, devoir (n.)
5.1.1. motifs de type causal (motifs a quo)
argument
C(e n)'est (pas) un argument !
cas
C'est un cas de [lŽgitime dŽfense].
[Je prends de l'argent], au cas o. ("s'il y a un motif [ˆ dŽpenser]")
Dans ce casÉ
cause
C'est ˆ cause d'[hier soir] ?
condition
Dans ces conditionsÉ
honneur
En quel honneur ?
lieu
S'il y a lieu, [j'interviendrai].
matire
Il n'y a pas matire ˆ [contestation].
mobile
le mobile du crime.
sujet
Ë ce sujet, [p]. (synonyme de Ë (ce) propos)
5.1.2. motifs de type final (motifs a posteriori)
but, dessein, fin, histoire de, intention (dans l'Ñ de), objet, objectif, visŽe
Ñ motif cachŽ
arrire-pensŽe (dans certains emplois)
5.1.3. motifs de type causal ou final
motif
motivation
propos
C'est ˆ quel propos ? (demandant le motif d'une initiative de conversation)
Ë (ce) propos, [p]. (motive l'assertion de [p] par le contenu du contexte en amont.)
pourquoi
On sait pourquoi !
Pourquoi pas toi ?
raison
Ñ motifs faux
alibi (dans certains emplois : Ce n'est qu'un alibi.)
prŽtexte
Tous les prŽtextes sont bons ! (avec anti-Žvaluation)
alibi, argument, arrire-pensŽe, but, cas, cause, condition, dessein, devoir (n.), fin, histoire de, honneur, intention, lieu, matire, mobile, motif, motivation, norme, objet, objectif, pourquoi, prŽtexte, propos, raison, sujet, usage, visŽe
5.2. note sur les motifs hors discours
Dans la phylogense et dans l'ontogense, le motif appara”t d'abord hors discours, mais notre observable est le discours, et c'est l'analyse dans le discours elle-mme des relations de type motif-rŽaction qui nous permet de proposer une catŽgorisation minimale des motifs hors discours Ñ que le discours peut mentionner. Pour plus de prŽcisions, voir la typologie des motifs d'Žnonciation.
5.2.1. motifs hors discours "explicites"
Il n'y a de motif, en dernire analyse, qu'aux yeux de quelqu'un. Les motifs hors discours que l'on peut dire "explicites" sont ceux qui se prŽsentent ˆ la conscience comme des programmes portant sur un acte dŽfini de manire concrte (dŽfinition prŽcise, au mieux en termes d'actes de base) ou abstraite (dŽfinition imprŽcise, en termes de fonction, de consŽquence d'acte, É).
5.2.1.A. motifs explicites internes
Ils naissent dans le corps Ñ besoins physiologiques Ñ ou dans l'esprit Ñ dŽsirs, intentions Ñ.
5.2.1.B. normes explicites intŽriorisŽes
Normes inconditionnelles et conditionnelles intŽriorisŽes, de nature Žthique ou pratique, crŽant des obligations et interdictions, et pouvant tre causes de motifs explicites internes de type "intention".
5.2.2. motifs hors discours implicites
5.2.2.A. motifs implicites par convention
Etats de choses reconnus comme motifs d'une rŽaction conventionnelle ("circonstances normatives"), par exemple : nature des actes dont on me fait bŽnŽficier motivant conventionnellement un remerciement.
5.2.2.B. motifs implicites par Žvaluation
Il peut s'agir d'Žvaluations conventionnelles intŽriorisŽes, que ces Žvaluations soient arbitraires ou motivŽes, comme d'Žvaluations strictement individuelles, portant sur des Žtats de choses internes ou externes au sujet.
5.2.2.C. motifs implicites modŽlisants
Nous avons vu (2.4.) que le comportement d'autrui peut motiver de l'imiter, outre que le mimŽtisme peut se retrouver dans certains jeux de langage.
En dehors des motifs linguistiquement explicites, on peut avancer que le seul type de source motivationnelle implicite qui soit spŽcifique du discours est la motivation purement autoritaire de type interlocutoire, qui rŽside dans l'autoritŽ exercŽe par le locuteur sur autrui et sa capacitŽ ˆ s'engager devant autrui sans le recours ˆ une forme linguistique spŽcialisŽe dans la formulation des motifs. (v. ¤ 2.3.).