maj : 17.07.2016

Pragmatique linguistique motivationnelle

Des "phrases usuelles"


-- analyse partielle et provisoire --


Plan

1. Introduction

   1.1. Phrase et ƒnoncŽ

   1.2. La notion de "phrase usuelle"

   1.3. AntŽcŽdents

2. Modles d'analyse pragmatique des ŽnoncŽs

3. Constitution d'une nomenclature de phrases usuelles

   3.1. Le motif de l'Žnonciation nŽcessaire

   3.2. Le mode de rŽalisation de la fonction

      3.2.1. Dimension lexicale

         3.2.1.a. - les phrasillons ("mots-phrases")

         3.2.1.b. - certains des pronoms formant phrase

         3.2.1.c. - le lexique Žvaluatif

         3.2.1.d. - le lexique programmatif

         3.2.1.e. - le lexique performatif

      3.2.2. Dimension conventionnelle

         3.2.2.a. - conventions de substitution de fonction littŽrale

            3.2.2.a.(i). - substitution de polaritŽ de l'Žtat de choses mentionnŽ

            3.2.2.a.(ii). - substitution de nature de l'illocutoire

            3.2.2.a.(iii) - substitution de l'illocutoire et de la nature de l'Žtat de choses mentionnŽ

         3.2.2.b. - conventions d'Žvaluation d'un Žtat de choses mentionnŽ

            3.2.2.b.(i). - Žvaluations motivŽes dans l'extralinguistique

            3.2.2.b.(ii). - Žvaluations linguistiques arbitraires

                  3.2.2.c. - conventions de r™le actanciel d'un Žtat de choses mentionnŽ

            3.2.2.c.(i). - r™les rŽtrospectifs, vis-ˆ-vis du motif de l'Žnonciation

            3.2.2.c.(ii) - r™le de rŽaction du motif du motif de l'Žnonciation

            3.2.2.c.(iii) - r™les prospectifs, vis-ˆ-vis d'une rŽaction au motif de l'Žnonciation

         3.2.2.d. - conventions de rŽsolution de certaines ellipses

            3.2.2.d.(i) - subordonnŽes hypothŽtiques Si pâÉ elliptiques de leur proposition principale

            3.2.2.d.(ii) - ellipses diverses

      3.3. Parapragmie, homopragmie, dysphrasie

      3.4. Dimension aphoristique

      3.5. Phrases formulaires

      3.6. Syntagmes usuels

RŽfŽrences bibliographiques






1. Introduction


1.1. Phrase et ŽnoncŽ


Les objets de ce dictionnaire sont des "phrases". La notion de phrase est difficile ˆ dŽfinir de manire prŽcise mais on peut dire grossirement qu'elle est l'unitŽ minimale (le plus souvent dŽcomposable en mots) de l'acte de communication. Ë l'oral, dans le dialogue, une phrase est ce qui suffit ˆ constituer un tour de parole.

Le TLFi donne, pour l'une des acceptions du mot "phrase", cette dŽfinition assez traditionnelle (sens B) :

« Assemblage de mots, grammaticalement cohŽrent, marquŽ par une intonation ou une mŽlodie spŽcifique, encadrŽ de pauses (ˆ l'Žcrit, de signes de ponctuation forte: point, point d'interrogation, point d'exclamation), que le locuteur considre comme produisant un sens complet (assertif, interrogatif ou injonctif). »

En linguistique il est d'usage courant de distinguer entre "phrase", considŽrŽe comme une unitŽ abstraite, et "ŽnoncŽ", qui en est la concrŽtisation :

« On distinguera dŽsormais, de la faon suivante, les notions de phrase et d'ŽnoncŽ: la phrase relve de la compŽtence, et l'ŽnoncŽ de la performance. C'est ainsi que «j'ai faim» prononcŽ par Dupont le 5 janvier 1966 ˆ midi, est un ŽnoncŽ diffŽrent de «j'ai faim», prononcŽ par Durand le 15 aožt ˆ 8 heures, mais ces deux ŽnoncŽs sont des occurrences distinctes d'une mme phrase. La notion de phrase est donc plus abstraite que celle d'ŽnoncŽ. » (N. Ruwet, Introduction ˆ la grammaire gŽnŽrative, 1967, p. 368, note 10)

Si l'on s'en tient ˆ cette distinction, on voit que si l'on peut concevoir un dictionnaire de ce que nous avons appelŽ les unitŽs minimales de l'acte de communication, ce sera un dictionnaire de phrases et non un dictionnaire d'ŽnoncŽs, qui serait un dictionnaire d'ŽnoncŽs de phrases, puisque chaque phrase est susceptible de se rŽaliser en une infinitŽ d'ŽnoncŽs tant soit peu diffŽrents les uns des autres.


1.2. La notion de "phrase usuelle"

Contrairement au lexique, l'ensemble des phrases attestŽes et attestables (sans parler de l'ensemble des ŽnoncŽs) est un infini en expansion. Toutefois il s'en faut de beaucoup, notamment dans la conversation familire, mais aussi dans d'autres situations de discours orales et Žcrites, que toutes les phrases produites soient des crŽations originales. C'est d'ailleurs ˆ tout ce qui, dans la parole, constitue des assemblages de mots "tout faits", "prts ˆ parler", "figŽs" que fait rŽfŽrence l'une des acceptions du mot "phrase" et la notions de "phrasŽologie", qui traite des "expressions" et "locutions", que ces assemblages constituent des unitŽs phrastiques ou intŽrieures ˆ la phrase (syntagmes).

Les critres gŽnŽralement utilisŽs pour reconna”re le caractre locutionnel d'un assemblage de mots sont le figement syntaxique, c'est-ˆ-dire la limitation totale ou partielle de substitution, d'ajout ou de suppression d'ŽlŽments dans le groupe de mots considŽrŽ, et la non-compositionnalitŽ sŽmantique, lorsque le sens de la locution ne se rŽduit pas au sens que donne l'analyse de ses constituants.

Ce type d'analyse peut tre pertinent pour certaines phrases. Ainsi la J'ai d'autres chats ˆ fouetter se rŽvle relativement figŽe : on peut y remplacer je par tu ou il, mme si la forme avec je para” la plus frŽquente, on peut changer le temps du verbe, mais parler de petits chats ou de chats gris, ajouter l'adverbe sŽvrement constitueraient des dŽfigements qui ne sauraient maintenir le "sens" de la phrase figŽe. Quant au point de vue sŽmantique, il est clair que le "sens" de cette phrase n'a rien ˆ voir avec des chats ni avec l'acte de fouetter : cette phrase n'est pas compositionnelle.

Nous mettons "sens" entre guillemets lorsqu'il s'agit d'une phrase car si les mots se caractŽrisent par le sens qu'ils vŽhiculent, les phrases se caractŽrisent, certes par le sens, compositionnel ou non, des mots qui la composent, mais, essentiellement, par ce ˆ quoi elles servent, par leur emploi, leur fonction. Si l'on veut dŽfinir la phrase J'ai d'autres chats ˆ fouetter on mentionnera des emplois tels que "Justifier un non acte du locuteur", "Refuser de faire un acte programmŽ par le destinataire". Et c'est par l'analyse des emplois des phrases que nous allons essayer de constituer un ensemble de "phrases usuelles".

L'analyse de l'emploi des phrases va constituer une branche de la pragmatique linguistique, qui a pour objet l'utilisation du langage par les locuteurs.

L'analyse des fonctions des phrases fait appara”re qu'il existe un ensemble de phrases qui contiennent des informations pragmatiques explicites sur leur emploi, ou auxquelles sont associŽes en langue, en compŽtence, des informations pragmatiques implicites.

Ce sont ces propriŽtŽs pragmatiques qui vont nous permettre de constituer un ensemble de "phrases usuelles".

Cette approche analytique s'Žcarte donc de celles des dictionnaires de phrases constituŽs autour de la notion de "thme de conversation", tels qu'il en existe pour l'apprentissage des langues Žtrangres, et telle qu'elle organisait le "Livre des deux mille phrases" d'Henri Frei (1953).

1.3. AntŽcŽdents

On trouve de premiers recueils de phrases ds l'AntiquitŽ. Une motivation pratique essentielle ˆ l'Žtablissement de ces recueils est l'approche contrastive : c'est en effet un trait caractŽristique de certaines phrases de ne pas pouvoir se traduire directement d'une langue ˆ l'autre.

On s'en tiendra ici ˆ mentionner des travaux contemporains :

Les Structures figŽes de la conversation de Franoise Bidaud (2002), comportent 1057 ŽnoncŽs franais n'acceptant pas de traduction directe en italien.

Nous devons faire une mention toute particulire pour les "dictionnaires de la communication" et les "guides de la communication" bilingues d'Andrei Gancz (1999, 2001), portant sur le roumain, le hongrois et le franais. Nous avons utilisŽ pour partie sa nomenclature de phrases franaises. A. Gancz a conu ses dictionnaires et ses guides dans la perspective des thmes de conversation, comme il l'explique dans sa prŽsentation des actes de parole en perspective bilingue :

« L'idŽe de ce type de guide s'inspire du guide de conversation. Celui-ci contient surtout des lexiques thŽmatiques de divers domaines de la vie quotidienne, tels les courses, l'alimentation, les sports... mais aussi ce qu'on y appelle des "expressions usuelles", groupŽes sous des titres tels que "PrŽsentation", "Demande", "ƒtonnement", etc. Le guide des actes de parole reprend les ŽnoncŽs de ces sections, en y ajoutant un trs grand nombre d'autres ŽnoncŽs, tous rŽalisant quelque 300 actes de parole. »

En perspective monolingue, c'est la notion d'actes de parole (Austin, Searle) qui a donnŽ lieu ˆ l'Žlaboration de listes de type onomasiologique dans les Niveaux-Seuils de diverses langues europŽennes, ˆ la suite du Threshold Level (van Ek, 1975).

L'intŽgration des ŽnoncŽs dans les dictionnaires de langue fait une avancŽe remarquable avec le Dictionnaire des faons de parler du XVIe sicle de Pierre Enckell (2000), qui comprend une proportion inusitŽe de "locutions phrastiques", absentes des dictionnaires consultŽs et dŽfinies par leur emploi, en termes d'actes de parole, telles que Que faites-vous de bon ? "pour s'enquŽrir des nouvelles de quelqu'un", C'est la vieille chanson "pour signifier que quelque chose se rŽpte de faon lassante", etc.

 

2. Modles d'analyse pragmatique des ŽnoncŽs

Pour situer la dŽmarche qui aboutit ˆ la notion de phrase usuelle il est utile de la situer rapidement dans la problŽmatique des actes de parole.

On peut distinguer deux perspectives d'analyse de l'ŽnoncŽ : l'une interne, l'autre externe. La thŽorie des actes illocutoires du philosophe John Austin (1962) propose une analyse interne des ŽnoncŽs. Austin remarque au dŽpart qu'un ŽnoncŽ comme

Je baptise ce vaisseau Machin Truc

est une assertion qui (sous certaines conditions extralinguistiques), rŽalise ce qu'elle asserte : elle rŽalise le baptme du bateau. Mais il en va de mme avec des ŽnoncŽs ordinaires : dans

Tu travailles bien, Est-ce que tu travailles bien ?, Travaille bien.

il y a un mme "contenu propositionnel", la proposition " | que tu travailles bien | ", qui est l'objet commun des actes que ces ŽnoncŽs rŽalisent, respectivement une assertion, une interrogation, une demande de faire.

Certains ŽlŽments lexicaux vont Žgalement expliquer la valeur d'acte d'un ŽnoncŽ, ainsi pouvoir rendrait compte de ce que Peux-tu me passer le sel ? soit, en fait, une demande de passer le sel.

Ë ce niveau d'analyse la force d'acte des ŽnoncŽs sur leur contenu tient ˆ une convention, que cette convention soit purement linguistique (types de phrases : assertif, interrogatif, impŽratif, lexique), ou qu'il s'y ajoute une convention extralinguistique, une institution, comme dans l'acte de baptiser.

L'analyse externe, ou relative, va considŽrer l'acte qu'un ŽnoncŽ rŽalise par rapport ˆ autre chose que son contenu propositionnel. L'analyse du dialogue Žtudie l'ŽnoncŽ dans sa fonction de rŽplique. Ivan F—nagy (1982), dans une perspective plus large que celle du dialogue, fait le constat empirique de l'existence d'un "lien" entre certaines "situations" et certains ŽnoncŽs. Il relve par exemple des ŽnoncŽs spŽcifiques du tŽlŽphone :

Qui est ˆ l'appareil ?, C'est de la part de qui ?, Qui demandez-vous ?

Ne quittez pas, Un instant, Je vous le passe.

Il retient Žgalement des ŽnoncŽs spŽcifiques d'un article scientifique, des mŽta-ŽnoncŽs usuels dans le discours familier, etc. De mme les formules de politesses varient selon les paramtres sociologiques de leur situation de production.

Chez F—nagy, la notion de "situation" appara” ainsi multiforme : elle prend en compte le statut relatif des interlocuteurs, les circonstances de l'Žchange, aussi bien que ce qui, dans une situation, caractŽrisŽe de manire abstraite, appelle tel ou tel ŽnoncŽ en tant qu'il rŽalise une rŽaction appropriŽe ˆ cette situation : c'est par exemple un ŽvŽnement inattendu face auquel on exprime sa surprise (‚a alors, je n'en reviens pas ! C'est la meilleure ! On cro” rver !, etc.)

Finalement, pour F—nagy tout ŽnoncŽ est soit un "ŽnoncŽ liŽ", rŽgulirement produit dans une situation dŽfinie, soit, dans le cas contraire, un "ŽnoncŽ libre". Les "ŽnoncŽs liŽs" vont constituer une part importante de l'ensemble des Ç ŽnoncŽs usuels È.

On peut essayer de systŽmatiser la nature du lien fonctionnel entre ŽnoncŽ et "situation" en partant de l'idŽe que tout acte, supposŽ volontaire par dŽfinition, qu'il soit acte de parole ou autre, est une rŽaction ˆ un motif, non seulement au motif en tant que tel (qui, par dŽfinition, ne motive que de le satisfaire, c'est-ˆ-dire de faire ce qu'il motive), mais au motif en tant qu'il est tel Žtat de choses, rŽel ou virtuel. L'ŽnoncŽ sera alors caractŽrisŽ par un motif d'Žnonciation, une fonction rŽactive par rapport ˆ ce motif d'Žnonciation, et un mode de rŽalisation de cette fonction, faisant intervenir des propriŽtŽs formelles de l'ŽnoncŽ mais aussi, le cas ŽchŽant, des implicites partagŽs liŽs ˆ son contenu.

Sans entrer ici dans les dŽtails d'une catŽgorisation on peut dire qu'un Žtat de choses est

- soit essentiellement motif, lorsqu'il se prŽsente comme un dŽsir, une obligation, une question, une demande de faire,

- soit accidentellement motif, lorsqu'il tient sa fonction de motif

   - d'une convention linguistique ou extralinguistique,

      - arbitraire (emploi typique de l'impŽratif),

      - ou motivŽe (le fait de rencontrer une connaissance motive minimalement une salutation),

   - d'une Žvaluation (penser par exemple aux motifs des rŽcompenses et des punitions).

Les fonctions rŽactives consistent ˆ satisfaire le motif en tant que tel, mais vis-ˆ-vis de l'Žtat de choses motif lui-mme elles peuvent tre transformatives (le fait d'arrter un processus, par exemple), rŽtributives, ou intransformatives de la rŽalitŽ d'un Žtat de fait, comme les fonctions de reprŽsentation ou d'Žvaluation, qui ne modifient pas leur objet.

C'est ˆ partir de ces quelques ŽlŽments que nous allons voir comment peut se constituer une nomenclature de phrases usuelles.

 

3. Constitution d'une nomenclature de phrases usuelles

3.1. Le motif d'Žnonciation nŽcessaire

Voici quelques exemples de phrases auxquelles est attachŽ un implicite pragmatique concernant la nature de leur motif d'Žnonciation nŽcessaire, lequel est plus ou moins prŽcis selon les cas (nous ne donnons qu'une caractŽrisation succincte de ce motif d'Žnonciation nŽcessaire, du moins prŽcis au plus prŽcis) :

- Žtat de fait non dŽterminŽ : C'est amusant, O allons-nous ?, Me voilˆ bien avancŽ !, Tu as vu a ?

- Žtat de fait dŽterminŽ

    - douleur ponctuelle : A•e !

- acte non dŽterminŽ : Tu abuses, Tu es un ange.

- acte dŽterminŽ

    - offense : Je suis au-dessus de a.

    - acte de parole

        - silence des interlocuteurs : Un ange passe.

        - critique du loc. faite par le dest. : J'en connais d'autres.

        - reprŽsentation faite par le loc. : Je ne t'apprends rien.

        - conseil donnŽ par le dest. : Tu veux m'apprendre mon mŽtier.

    - acte corporel, physique

        - quelqu'un se fait mal en bricolant : C'est le mŽtier qui rentre.

        - on prend quelqu'un en photo : Le petit oiseau va sortir.

        - manger, boire (divers) :

            manger sa soupe : ‚a fait grandir.

            manger des carottes : ‚a rend aimable.

            manger des Žpinards : ‚a donne des forces.

            boire en mangeant : ‚a fait glisser.

    - acte social

        - rencontre : Bonjour, Quoi de neuf ?, Le monde est petit.

Par contraste avec de telles phrases, la plupart des phrases attestŽes ou attestables, du type

Il pleut, Quelle heure est-il ?, Ferme la porte,

n'ont d'autre motif d'Žnonciation nŽcessaire que ce qu'implique banalement une assertion, une question, un impŽratif, soit, dans les cas les plus simples :

Il pleut : il pleut rŽellement,

Quelle heure est-il ? : le locuteur veut savoir quelle heure il est,

Ferme la porte : le locuteur veut que le destinataire ferme la porte.

3.2. Le mode de rŽalisation de la fonction

Il va s'agir ici de retenir aussi bien les ŽnoncŽs dont la fonction est due ˆ un lexique spŽcialisŽ, ˆ l'intŽrieur d'une certain type de phrase, que ceux dont la fonction est due ˆ des conventions linguistiques non marquŽes portant sur la fonction littŽrale de l'ŽnoncŽ, sur la nature de son contenu (dans le cas des ŽnoncŽs elliptiques) ou sur ses propriŽtŽs sŽmantiques.

3.2.1. Dimension lexicale

Ne sont concernŽs ici que les ŽlŽments lexicaux pleinement constitutifs des ŽnoncŽs.

3.2.1.a - les phrasillons ("mots-phrases")

- prophrases

Oui, Non, Si et les adverbes qui peuvent avoir les mmes fonctions : Absolument (pas), Certainement (pas), Tout ˆ fait, Parfaitement,

- fonction expressive - Žvaluative

    positive : Ah (la la) , Bravo !, Miam miam !, Ouf !,

    nŽgative : Ah !, A•e !, Brr !, HŽlas !, Merde !, Zut !, Allons bon !,

- salutation : Bonjour, Au revoir, Adieu,

- transformation magique (seul cas, en dehors de paroles qui seraient miraculeuses, une phrase modifie directement la rŽalitŽ physique)  Ñ dans la fiction : Abracadabra !

- programmation d'une rŽaction du destinataire : All™ ?, Chiche !, Chut !, Psst !, Stop !

b - certains des pronoms formant ŽnoncŽ : pronoms formant une question partielle (demander de prŽciser) :

Qui ?, Quoi ?,O ?, Quand ?, Comment ?, Pourquoi ?, Et alors ?

Les lexiques Žvaluatif, programmatif, performatif sont constitutifs (de demandes) d'Žvaluations ou de programmations, de rŽalisations d'actes divers.

c - le lexique Žvaluatif – trs volumineux – parce que l'Žvaluation est une fonction essentielle et qu'elle est la premire source de la motivation :

aberrant, abominable, absurde, abuser, adorer, affreux, aimer, aller (a va), anormal,âÉ

ainsi que le lexique des consŽquences indirectement Žvaluatives de leur "cause" :

affliger, agacer, aggraver, agrŽable, aider, aimable, amuser, angoisser, arranger,âÉ

Seraient alors candidates ˆ entrer dans la nomenclature une trs grande quantitŽs de phrases qui n'auraient d'autre particularitŽ que le champ sŽmantique dans lequel s'inscrit leur lexique, avec l'inconvŽnient que le dictionnaire de phrases ainsi constituŽ soit pour une large part redondant sur un dictionnaire traditionnel, et que cette partie "lexicale" fasse ombrage aux phrases retenues en raison de spŽcificitŽs plus originales. Aussi n'avons-nous retenu qu'un nombre restreint de phrases Žvaluatives en raison de leur seul matŽriel lexical.

3.2.1.d - le lexique programmatif :

appartenir ˆ qqn de, avoir ˆ, y avoir de quoi (homonyme du sens "il y a ce qu'il faut pour"), n'y avoir qu'ˆ, avoir besoin de, devoir, avoir envie de, falloir, pouvoir, s'agir de, vouloir

qui fournit des assertions de motifs explicites, formant des "formulaires" comme Je veux [essayer]. (cf. 3.5).

3.2.1.e - le lexique performatif c'est-ˆ-dire les verbes pouvant tre employŽs dans une assertion performative explicite, au moins pour les actes qui ne font appel qu'ˆ des conventions linguistiques (plut™t qu'ˆ des institutions extra-linguistiques) :

abonder (J'abonde dans votre sens), accepter, accorder, admettre, annoncer, applaudir, approuver, assurer, attirer l'attention, avertir, avouer,âÉ

mais non

baptiser, dŽcrŽter, nommer (qqn sur un poste), etc.

3.2.2. Dimension conventionnelle

Cette dimension concerne les ŽnoncŽs faisant l'objet d'une convention linguistique

- opŽrant une substitution de fonction littŽrale,

- ajoutant ˆ un Žtat de choses mentionnŽ une Žvaluation ou un r™le actanciel,

- donnant la rŽsolution de certains ŽnoncŽs elliptiques.

3.2.2.a. - conventions de substitution de fonction littŽrale

Nous essayons de ne prendre ici que des exemples de phrases qui ne sont jamais employŽes dans leur sens littŽral (phrases dysphrasiques, 3.3) :

3.2.2.a.(i) - substitution de polaritŽ de l'Žtat de choses mentionnŽ

La belle affaire ! ("ce n'est pas une belle affaire"), La bonne blague !, C'est du propre !, C'est du joli !

3.2.2.a.(ii) - substitution de nature de l'illocutoire

    - questions partielles d'emploi reprŽsentatif

De quel droit ? ("aucun")

De quoi j'aurais l'air ? ("d'un imbŽcile")

Ë qui la faute ? (ˆ toi)

Qui sait ? (personne).

    - certains reprŽsentatifs d'emploi programmatif, retenus en raison de leur motif d'Žnonciation nŽcessaire et de l'appartenance de leur contenu au champ praxŽologique gŽnŽral

 Tu fais ce que je te dis ! ("fais ce que je te dis !")

Tu viendras pas te plaindre !

Tu prends tes responsabilitŽs.

Tu m'arrtes si je me trompe.

Tu m'excuseras ("Excuse-moi" vs Tu me remercieras, prŽdictif)

Tu m'appelles (lors d'une sŽparation)

On se calme !

mais non Tu bois, Tu manges, Tu fermes la porte, etc.

        - et certains reprŽsentatifs, retenus en raison de leur motif d'Žnonciation nŽcessaire, programmant d'agir en feignant de tenir pour vrai vis-ˆ-vis d'un tiers leur contenu clairement contre-factuel :

Je ne suis pas lˆ, Tu n'as rien entendu, Tu ne m'as pas vu,

mais non Je suis malade, J'ai trois enfants, etc.

3.2.2.a.(iii) - substitution de l'illocutoire et de la nature de l'Žtat de choses mentionnŽ

        - reprŽsentatif employŽ comme Žvaluatif positif ou nŽgatif

Tu penses !, Tu parles !

        - reprŽsentatif employŽ comme Žvaluatif positif

Je pense bien ! (Žvalue ce que tu dis)

        - programmatif employŽ comme Žvaluatif nŽgatif

Je vous demande un peu !

Va savoir !, Va lui faire comprendre !

Et allez donc !, Allons donc !

        - interrogatif employŽ comme Žvaluatif positif ou nŽgatif

Tu te rends compte ?

        - interrogatif employŽ comme Žvaluatif nŽgatif

Penses-tu !

3.2.2.b - conventions sur l'Žvaluation d'un Žtat de choses mentionnŽ

3.2.2.b.(i) - Žvaluations motivŽes dans l'extralinguistique

    - par un postulat de dissymŽtrie entre "je" et "tu", telle que l'exprime avec un certain bonheur d'expression le fameux Moi c'est moi et toi tais-toi :

        - "ˆ moi la valeur positive, ˆ toi la valeur nŽgative"

On a de ce point de vue des sortes de "paires minimales" axiologiques o la substitution de la 2me ˆ la 1re personne inverse la polaritŽ de la valeur implicite de l'Žtat de choses mentionnŽ :

C'est moi qui te le dis / C'est toi qui le dis.

Il faut tout me dire / Il faut tout te dire.

‚a m'arrange / ‚a t'arrange.

J'aimerais bien / Tu aimerais bien.

        - aspects de la valeur nŽgative de l'allocutaire

            - ses intentions sont mauvaises (procs d'intention)

Qu'est-ce que tu veux me faire dire ?

C'est pour moi que tu dis a ?

            - ce qu'il dit et fait est de valeur nŽgative

Tu dis a ! ("mais tu ne le penses pas")

Tu vois comment tu es !

            - ses opinions sont erronŽes

Tu crois a !, C'est ce que tu crois !

            - ses actes sont sans valeur : ils ne motivent pas de rŽaction de la part du locuteur

Tu peux croire ce que tu veux, Tu peux me regarder comme a.

            - mme ses qualitŽs sont de valeur nŽgative

Tu ne manques pas d'audace !

            - il est responsable des infirmitŽs qui lui sont prtŽes

Tu es sourd ?, Tu ne vois pas clair ?, Tu es aveugle ?

Tu n'as pas de sang dans les veines !

            - il prend trop de place

On n'entend que toi !

Tu n'en fais qu'ˆ ta tte.

            - il motive des rŽactions de valeur nŽgative pour le locuteur, parce que pŽnibles

Il faut tout t'apprendre, te demander, te dire.

                - il motive des rŽactions qui l'humilient, le menacent

Il faut te faire un dessin ?

Tu veux que je te tienne la main ?

Tu veux mes doigts ?

   On a nŽanmoins une construction positive de l'image de l'allocutaire dans

Vos dŽsirs sont des ordres.

            - ˆ l'inverse, ce dont le locuteur est responsable est de valeur positive

Et voilˆ le travail !

Je l'ai toujours dit, Je n'ai jamais dit a.

Je n'ai jamais dit autre chose.

        - par rŽfŽrence ˆ une norme Žthique extralinguistique non respectŽe

On ne dit plus bonjour ?

        - par rŽfŽrence ˆ un stŽrŽotype d'Žvaluation

Ë l'Žvaluation nŽgative de la monotonie, de la rŽpŽtition :

C'est toujours pareil, C'est toujours la mme chose, C'est toujours la mme chanson, la mme histoire, la mme salade, C'est toujours comme a (vs C'est toujours a !), ‚a recommence !, On la conna”t ! Tu l'as dŽjˆ dit, Tu te rŽptes !

 correspond l'Žvaluation positive du changement :

‚a change (de l'ordinaire), C'est autre chose !

3.2.2.b.(ii) - Žvaluations linguistiques arbitraires

L'Žvaluation de l'Žtat de choses mentionnŽ dans l'ŽnoncŽ ne semble pas pouvoir s'expliquer par rŽfŽrence au seul contenu ou par une attitude du locuteur vis-ˆ-vis de l'allocutaire.

        - Žtats de choses de valeur nŽgative  :

‚a commence ˆ (bien [=beaucoup]) faire vs ‚a le fait, Žvaluatif positif apparu rŽcemment.

‚a n'arrive pas qu'aux autres.

La coupe est pleine.

C'est ici que les AthŽniens s'atteignirent.

On sait comment a finit, On sait o a mne.

            - le locuteur s'accuse

Qu'est-ce que tu vas penser de moi ? (vs Qu'est-ce que tu penses de moi ?)

Qu'est-ce que j'ai ŽtŽ imaginer ?

            - valeur nŽgative pour l'allocutaire :

Tu vas avoir de mes nouvelles (vs Je te donnerai de mes nouvelles)

Tu vas avoir affaire ˆ moi (vs C'est ˆ moi que tu auras affaire)

        - Žtats de choses de valeur positive :

Je ne t'apprends rien.

Ce sera pour une autre fois.

3.2.2.c. - conventions sur un r™le actanciel d'un Žtat de choses mentionnŽ

Les r™les actanciels des Žtats de choses mentionnŽs participant ˆ la fonction de l'ŽnoncŽ sont "rŽtrospectifs" lorsqu'ils se rapportent au motif de l'Žnonciation (ou son motif), et "prospectifs" lorsqu'ils se rapportent ˆ une rŽaction au motif de l'Žnonciation.

Si l'ŽnoncŽ (non "usuel") Il pleut peut fonctionner comme une demande de prendre un parapluie, c'est parce que le fait qu'il pleut lui-mme peut tre une motivation pour prendre un parapluie et que cette fonction "intellectuelle" de motivation de l'Žtat de choses extralinguistique se maintient dans la reprŽsentation de cet Žtat de choses, alors que la reprŽsentation d'un fait ne saurait maintenir les fonctions rŽelles, naturelles de ce fait : l'ŽnoncŽ Il pleut ne mouille pas.

Toujours est-il que cette propriŽtŽ de motiver de prendre un parapluie n'appartient nullement ˆ la dŽfinition en langue de l'ŽnoncŽ Il pleut. Par contre certains ŽnoncŽs ont un implicite linguistique de r™le actanciel qui fait partie de leur sens et rend compte de leur fonction rŽactive.

Les Žtats de choses concernŽs par ces implicites linguistiques peuvent tre fantaisistes, humoristiques, Žvidemment vrais ou Žvidemment faux, humiliants, menaants. Les r™les qui leur sont attribuŽs peuvent tre rŽels, fantaisistes, fondŽs dans la superstition et/ou la religion.

3.2.2.c.(i) - r™les rŽtrospectifs, vis-ˆ-vis du motif de l'Žnonciation

        - cause

Le marchand de sable est passŽ.

Tu as mangŽ du lion ?

Ton pre n'Žtait pas vitrier.

Tu t'es levŽ du pied gauche ?, Tu es mal lunŽ ?, Tu as tes nerfs ?

Quelle mouche te pique ?

        - motif

Un ange passe.

Qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu ?

Tu n'as jamais rien vu ?

‚a t'Žcorcherait la langue de dire merci, bonjourâÉ ?

        - habitus

Vous n'tes pas herbivore ?

        - consŽquence

Ton nez remue.

Sept ans de malheur !

        - condition de non faisabilitŽ

Tu as avalŽ, perdu ta langue ?

Tu es manchot ?, Tu es cul-de-jatte ?

3.2.2.c.(ii) - r™le de rŽaction du motif du motif de l'Žnonciation

C'est le bon Dieu qui t'a puni.

3.2.2.c.(iii) - r™les prospectifs, vis-ˆ-vis d'une rŽaction au motif de l'Žnonciation

        - motif explicite

Tu veux que je pleure ˆ ta place ?

Il faut te le dire en chinois ?

Il faut te faire un dessin ?

            - motif implicite

Le petit oiseau va sortir.

3.2.2.c.(iv) - rŽaction

           - rŽalisŽe directement

Ë bon entendeur, salut.

Et ta sÏur ?

Mme pas mal !

Premire nouvelle !

            - programmŽe

Va voir ailleurs si j'y suis.

            - reprŽsentŽe

On en mangerait.

Le bon Dieu te le rendra.

 

3.2.2.d. - conventions de rŽsolution de certaines ellipses

3.2.2.d.(i) - subordonnŽes hypothŽtiques Si pâÉ elliptiques de leur proposition principale

La rŽsolution de l'ellipse se fait par le biais de conventions sŽmantiques implicites.

    - Žvaluation implicite de l'Žtat de choses mentionnŽ

        - motivŽe par la dissymŽtrie "je" / "tu" (3.2.2.b.(i))

Si je m'y metsâÉ / Si tu t'y metsâÉ

Si tu m'ŽcoutaisâÉ / Si je t'Žcoutais  âÉ

Si tu me laissais faireâÉ / Si je te laissais faireâÉ

        - arbitraire

Si ce n'est que aâÉ

Si tu le prends sur ce tonâÉ

Si tu te voyaisâÉ, Si tu voyais ta tteâÉ

    - r™le actanciel implicite de l'Žtat de choses mentionnŽ dans l'hypothŽtique (3.2.2.c), dŽpendant de l'Žvaluation Žventuelle de cet Žtat de choses :

Si tu y tiensâÉ

Si tu insistesâÉ

Si tu continuesâÉ

3.2.2.d.(ii) - ellipses diverses

Ë mon avisâÉ (avis nŽgatif)

Avec la chance que j'aiâÉ ("a ne marchera pas")

DŽcidŽmentâÉ ("c'est la sŽrie noire")

Il y a des fois, franchementâÉ ("il y aurait de quoi s'Žnerver")

Je te demande aâÉ ("je n'y attache pas beaucoup d'importance")

Maintenant que tu le disâÉ ("a me revient")

Puisque tu insistesâÉ ("j'accepte")

Puisque tu le saisâÉ ("inutile de me le demander")

Sur ceâÉ ("je prends congŽ")

Tant qu'on a la santŽâÉ ("c'est l'essentiel")

Toi, quand tu as dŽcidŽ quelque choseâÉ ("tu n'en dŽmords pas").

3.3. Parapragmie, homopragmie, dysphrasie

La parapragmie rend compte de ce que la fonction de certains ŽnoncŽs varie avec certaines modifications du motif d'Žnonciation n'affectant ni sa nature ni sa valeur : Il fait froid (non "usuel") peut demander de fermer la fentre si elle est ouverte, expliquer et Žvaluer positivement qu'on la ferme, reprocher de l'avoir ouverte.

L'homopragmie concerne les ŽnoncŽs qui peuvent avoir des emplois incompatibles. Elle est externe lorsqu'elle oppose un emploi "libre" et un emploi "liŽ", spŽcialisŽ (Ferme-la !) (rŽplique ˆ quelqu'un qui dit Ñ La porte est restŽe ouverte. / rŽplique ˆ quelqu'un qui parle), et "interne" lorsqu'elle oppose plusieurs emplois liŽs (Allez !) (En avant !, Ne refuse pas !).

Il y a dysphrasie lorsqu'un ŽnoncŽ n'est jamais employŽ conformŽment ˆ sa littŽralitŽ (C'est du joli !).

On recherchera prioritairement les facteurs d'homopragmie dans l'analyse des ŽnoncŽs eux-mmes.

- anaphore conventionnelle ou non

Ferme-la ! ("ta gueule", ou n'importe quoi de fŽminin et qui peut se fermer : "la porte" etc.),

- polysŽmie lexicale

Ne bouge pas ("attends" / "ne te dŽrange pas" / "pas un geste !" : menace),

Je te connais : ton identitŽ / ton habitus rŽactionnel (courage, timiditŽ,É)

- sens plein ou usure sŽmantique

C'est gŽnial !, C'est mortel !, Tu es fou !

- avec ou sans substitution de fonction littŽrale

    - polaritŽ du contenu propositionnel

Tu m'Žtonnes ! (fonction d'approbation, apparue rŽcemment)

C'est la meilleure !

‚a commence ˆ me plaire.

‚a va (Žvaluation positive ou nŽgative)

    - illocutoire

        - inversion ou non de polaritŽ (ironie) d'une Žvaluation

Bravo !, FŽlicitations !, Merci !

Tu as bonne mine !, Tu peux tre fier !

        - substitution ou non de la nature de l'illocutoire

            . reprŽsentatif ou programmatif

‚a ne se reproduira pas, Tu t'en fous !

            . question ou offre

Qu'est-ce que tu bois ?

            . impŽratif ou Žvaluatif nŽgatif :

Parlons-en !

            . interrogatif ou Žvaluatif positif :

Qu'est-ce que je disais ?

            . salutation ou Žvaluation nŽgative

Bonjour ! (Bonjour les dŽg‰ts !)

        - substitution ou non de sous-catŽgorie d'illocutoire programmatif (litotes)

 Je t'en prie ! (interdiction), C'est un conseil (menace)

 - avec ou sans implicite, ou avec implicites concurrents

    - Žvaluation positive ou nŽgative

Tu vas y arriver, Il ne faut pas tre difficile, Tu parles !

    - r™le actanciel

C'est compris ? , Tu entends ? (motifs pour que je rŽpte ou pour que tu obŽisses)

Il va pleuvoir. (sans r™le actanciel nŽcessaire ou consŽquence d'un motif d'Žnonciation qui est un acte de l'allocutaire, soit de valeur nŽgative - tu chantes faux - soit de valeur positive mais en cela trop exceptionnel).

3.4. Dimension aphoristique

Les adages, apophtegmes, maximes, prŽceptes, proverbes, sentences sont des ŽnoncŽs usuels recueillis de longue date. Dans une perspective pragmatique il convient d'en prŽciser les emplois en termes de motif d'Žnonciation nŽcessaire et de fonction rŽactive. Au premier abord, on peut les rŽpartir en normes prescriptives, descriptives et Žvaluatives.

- normes prescriptives

Il ne faut pas dire "FontaineâÉ"

- normes descriptives

    - causatives

L'appŽtit vient en mangeant.

    - motivationnelles

La faim fait sortir le loup du bois.

Les chiens aboient, la caravane passe. (motif inopŽrant)

    - chronologiques

Tel qui rit vendredi dimanche pleurera.

Aprs la pluie, le beau temps.

Jamais deux sans trois.

Un malheur ne vient jamais seul.

    - reprŽsentatives

Les arbres cachent la fort.

Chien qui aboie ne mord pas.

Qui ne dit mot consent.

- normes Žvaluatives

Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.

Le hasard fait bien les choses.

3.5. Formulaires

Les formulaires pronominaux sont des ŽnoncŽs ayant un pronom anaphorique plut™t qu'un syntagme de contenu quelconque qui les exclurait de la nomenclature : on retiendra les formulaires ‚a n'engage ˆ rien, Tu aimes a ?, Je veux bien (pronom zŽro) mais non les rŽalisations quelconques ([Demander une documentation] n'engage ˆ rien, Tu aimes [les navets] ?, Je veux bien [faire la vaisselle]).

On peut schŽmatiser les ŽnoncŽs qui contiennent la dŽnomination d'un acte ou autre Žtat de choses qui ne contribue ˆ la fonction de l'ŽnoncŽ que par son Žvaluation :

‚a t'amuserait de [faire tel acte de valeur positive pour moi] (ex. : aller Žtendre le linge) / [de valeur positive pour toi] (ex. : aller au cinŽma) / de valeur nŽgative pour toi (ex. : aller en prison) ?

Tu veux [faire tel acte de valeur positive pour moi] (ex. : faire la vaisselle) / [de valeur nŽgative pour moi] (ex. : tout salir) ?

On peut Žgalement schŽmatiser les ŽnoncŽs qui comportent un constituant (proposition, syntagme, groupe nominal) sur lequel ne semble (sous rŽserve d'examen) peser aucune restriction :

‚a ne veut pas dire que [p].

Ce n'est pas pour dire, mais [p].

Il faut ajouter / avouer / dire / reconna”re que [p].

Chacun son [SN].

Et tu te dis [SN] !

Il ne faut pas abuser de [SN].

Il n'y a pas que [SN] dans la vie.

3.6. Syntagmes usuels

L'attention portŽe aux r™les actanciels des Žtats de choses mentionnŽs dans les ŽnoncŽs incite ˆ annexer ˆ l'ensemble des ŽnoncŽs usuels les parties d'ŽnoncŽ (locutionnelles ou non) dont le contenu possde un r™le actanciel pertinent pour leur fonction.

- complŽments

par acquit de conscience, au bŽnŽfice de l'‰ge, en mon ‰me et conscience, la mort dans l'‰me, pour l'amour de l'art, en aucun cas, avec votre autorisation, jusqu'ˆ nouvel avis,âÉ

On pourrait hŽsiter quant ˆ l'opportunitŽ de retenir les nombreux "par + nom" concernŽs (par abnŽgation, accident, acharnement, admiration, affabulation, affection,âÉ) ; nous n'avons retenu que par commoditŽ de langage en raison de l'intŽrt de la fonction mŽtadiscursive.

- propositions dŽpendantes

si je n'abuse pas, comme si a allait de soi, quoi qu'il m'en cožte, ne t'en dŽplaise, pendant que j'y suis, puisqu'il le faut, lorsque le moment sera venu, quand on y pense, que je sache,âÉ

Certaines de ces parties d'ŽnoncŽs peuvent d'ailleurs devenir des ŽnoncŽs elliptiques ˆ rŽsolution conventionnelle (3.2.2.d).




Quelques rŽfŽrences bibliographiques


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Bidaud F., 2002, Structures figŽes de la conversation, Bern, Peter Lang.

van Eck J.A., 1975, The threshold Level, Strasbourg, Conseil de l'ƒurope.

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     bibliographie d'Ivan F—nagy

Frei H. ([1953], 1966), Le livre des deux mille phrases, Genve, Droz.

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Gancz A., 2001a, Ghid al comunicarii roman-maghiar [Guide roumain-hongrois de la communication], Cluj-Napoca, Dacia.

Gancz A., 2001b, Ghid al comunicarii maghiar-roman [Guide hongrois-roumain de la communication], Cluj-Napoca, Dacia.

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