Index des énoncés usuels dans Proust (ALRDTP)
citations
Du côté de chez Swann A l'ombre des jeunes filles en fleurs Le côté de Guermantes Sodome et Gomorrhe La prisonnière
Albertine disparue Le temps
retrouvé
Le côté de Guermantes
Et ayant reconduit la princesse de Parme, M. de Guermantes
me dit en prenant mon pardessus : "Je vais vous aider à entrer
votre pelure." Il ne souriait même plus en employant cette expression,
car celles qui sont le plus vulgaires, étaient par cela même,
à cause de l'affectation de simplicité de Guermantes, devenues
aristocratiques.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p.
[…] Françoise, avec l'infidélité
des femmes, revint en disant qu'elle avait cru étouffer sur notre
ancien boulevard, que pour s'y rendre elle s'était trouvée
toute "déroutée", que jamais elle n'avait vu des escaliers
si mal commodes, qu'elle ne retournerait pas habiter là-bas "pour
un empire et lui donnât-on des millions […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 010
[…] mon père lui-même ne se fût pas
permis de les [=domestiques] sonner, sachant d'ailleurs qu'aucun ne se fût
pas plus dérangé au cinquième coup qu'au premier, et
qu'il eût ainsi commis cette inconvenance en pure perte, mais
non pas sans dommage pour lui…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 016
[Françoise : ] « Oh ! les beaux faisans
à la fenêtre de la cuisine, il n'y a pas besoin de demander
d'où qu'ils deviennent, le duc aura-t-été à la
chasse. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 016
Françoise, avec la fatigue de ses yeux de femme
déjà âgée et qui d'ailleurs voyaient tout de Combray,
dans un vague lointain, distingua non la plaisanterie qui était dans
ces mots, mais qu'il devait y en avoir une, car ils n'étaient pas
en rapport avec la suite du propos, et avaient été lancés
avec force par quelqu'un qu'elle savait farceur. Aussi sourit-elle d'un air
bienvaillant et ébloui et comme si elle disait : « Toujours
le même, ce Victor ! »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 021
« C'est lui qu'aurait pu m'en dire, mais c'est
un vrai seigneur, un grand pédant, on dirait qu'on lui a coupé
la langue ou qu'il a oublié d'apprendre à parler. Il ne
vous fait même pas réponse quand on lui cause », ajoutait
Françoise […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 022
[…] Françoise ajoutait : « Mais sûr
et certain que c'est à la duchesse qu'est le château de Guermantes.
Et c'est elle dans le pays qu'est madame la mairesse. C'est quelque chose.
— Je comprends que c'est quelque chose », disait avec conviction le
valet de pied, n'ayant pas démêlé l'ironie.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 023
[…] Françoise ajoutait : « Mais sûr
et certain que c'est à la duchesse qu'est le château de Guermantes.
Et c'est elle dans le pays qu'est madame la mairesse. C'est quelque chose.
— Je comprends que c'est quelque chose », disait avec conviction
le valet de pied, n'ayant pas démêlé l'ironie.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 023
Qu'est-ce qu'ils attendent pour prendre leur
retraite puisqu'ils ne manquent de rien… D'être morts ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 023
-Il paraît que Méséglise aussi c'est
bien joli, madame" interrompait le jeune valet […] "Oh ! Méséglise",
disait Françoise avec le large sourire qu'on amenait toujours sur
ses lèvres quand on prononçait ses noms de Méséglise,
de Combray […] "Oui, tu peux le dire, mon fils, c'est assez joli Méséglise,
reprenait-elle en riant finement […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 024
Elle était surtout exaspérée par
les biscottes de pain grillé que mangeait mon père. Elle était
persuadée qu'il en usait pour faire des manières et la faire
"valser". "Je peux dire, approuvait le jeune valet de pied, que j'ai jamais
vu ça!" Il le disait comme s'il avait tout vu et si en lui les
enseignements d'une expérience millénaire s'étendaient
à tous les pays et à leurs usages parmi lesquels ne figurait
nulle part celui du pain grillé.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 025
[…] ma mère, qui n'usait probablement pas des
mêmes mesures que Françoise pour apprécier la longueur
du déjeuner de celle-ci, disait : "Mais qu'est-ce qu'ils peuvent
bien faire, voilà plus de deux heures qu'ils sont à table."
Et elle sonnait timidement trois ou quatre fois. Françoise, son valet
de pied, le maître d'hôtel entendaient les coups de sonnette
non, comme un appel et sans songer à venir […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 026
[le] duc d'Aumale, à qui une dame invisible
criait: "Que monseigneur me permettre de lui ôter son pardessus", cependant
que le prince répondait: "Mais voyons, comment donc, madame
d'Ambresac." Elle le faisait malgré cette vague défense et
était enviée par tous à cause d'un pareil honneur.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 037
"C'est la princesse de Guermantes", dit ma voisine au
monsieur qui était avec elle […] Elle n'a pas économisé
ses perles. Il me semble que si j'en avais autant, je n'en ferais pas un
pareil étalage ; je ne trouve pas que cela ait l'air comme il faut."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 039
À ce moment la petite dame qui était près
de moi s'écria : "Pas un applaudissement ! Et comme elle [=l'actrice
Berma] est ficelée ! Mais elle est trop vieille, elle ne peut plus,
on renonce dans ces cas-là."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 043
Mon impression [=à revoir jouer l'actrice Berma],
à vrai dire, plus agréable que celle d'autrefois, n'était
pas différente…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 046
Si alors passait la princesse de Guermantes […] M. de
Beausergent s'absorbait dans une conversation avec sa voisine, ne répondait
au sourire amical et éblouissant de la princesse que contraint
et forcé et avec la réserve bien élevée et
la charitable froideur de quelqu'un dont l'amabilité peut être
devenue momentanément gênante.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 052
Mais malgré tout cela, dès qu'elle [=Françoise]
était entrée à Paris à notre service, elle avait
partagé — et à plus forte raison toute autre l'eût
fait à sa place — les idées, les jurisprudences d'interprétation
des domestiques des autres étages […]…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 060
Mais malgré tout cela, dès qu'elle [=Françoise]
était entrée à Paris à notre service, elle avait
partagé — et à plus forte raison toute autre l'eût fait
à sa place — les idées, les jurisprudences d'interprétation
des domestiques des autres étages […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 060
"Ça fait assez vieille demeure historique…"
Saint-Loup employait à tout propos ce mot de faire pour
avoir l'air, parce que la langue parlée, comme la langue écrite,
éprouve de temps en temps le besoin de ces altérations du sens
des mots, de ces raffinements d'expression…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 066
Saint-Loup arriva, remuant dans tous les sens, laissant
voler son monocle devant lui; je n'avais pas fait dire mon nom, j'étais
impatient de jouir de sa surprise et de sa joie. — Ah! quel ennui,
s'écria-t-il en m'apercevant tout à coup et en devenant rouge
jusqu'aux oreilles, je viens de prendre la semaine et je ne pourrai pas sortir
avant huit jours !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 066
« Cours donc faire du feu dans ma chambre, dit-il
à un soldat qui passait. Allons, plus vite que ça, grouille-toi.
»
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 067
« Cours donc faire du feu dans ma chambre, dit-il
à un soldat qui passait. Allons, plus vite que ça, grouille-toi.
»
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 067
Je ne peux pas en croire mes yeux.Puis de nouveau,
il se détournait vers moi et le monocle et le regard myope faisaient
allusion à notre grande amitié — Non! vous ici, dans ce quartier
où j'ai tant pensé à vous, je ne peux pas en croire
mes yeux, je crois que je rêve.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 067
Puis de nouveau, il se détournait vers moi et
le monocle et le regard myope faisaient allusion à notre grande amitié
— Non! vous ici, dans ce quartier où j'ai tant pensé à
vous, je ne peux pas en croire mes yeux, je crois que je rêve.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 067
Je lui demandais de les laisser rester. — « Mais
non, ils vous assommeraient : ce sont des êtres tout à
fait incultes, qui ne peuvent parler que courses, si ce n'est pansage. […]»
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 073
"J'espère que vous ne m'en voulez pas de vous
avoir dérangé ; j'ai quelque chose qui me tourmente, vous avez
dû le deviner. — Mais non, j'ai pensé simplement que vous aviez
envie de me voir et j'ai trouvé ça très gentil… J'étais
enchanté que vous m'ayez fait demander… mais quoi ? ça ne va
pas, alors ? Qu'est-ce qu'il y a pour votre service ?"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 083
« J'espère que vous ne m'en voulez pas
de vous avoir dérangé ; j'ai quelque chose qui me tourmente,
vous avez dû le deviner. — Mais non, j'ai pensé simplement que
vous aviez envie de me voir et j'ai trouvé ça très gentil.
J'étais enchanté que vous m'ayez fait demander. Mais quoi ?
ça ne va pas, alors ? Qu'est-ce qu'il y a pour votre service
? »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 083
— Je vais vous quitter, car on part en marche dans trois
quarts d'heure et on a besoin de moi. — Alors ça vous a beaucoup gêné
de venir [=de quitter votre caserne pour venir me voir] ? — Non, ça
ne m'a pas gêné, le capitaine a été très
gentil, il a dit que du moment que c'était pour vous il fallait que
je vienne, mais enfin je ne veux pas avoir l'air d'abuser…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 083
Il n'avait pas à sa suffisance à la cantine…
Voilà mon de Saint-Loup qui s'est amené et le cuistot en a
entendu : "Je veux qu'il soit bien nourri, ça coûtera ce
que ça coûtera."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 087
Le café du matin dans la chambrée, ou
le repos sur les lits pendant l'après-midi, paraissaient meilleurs,
quand quelque ancien servait à l'escouade gourmande et paresseuse
quelque savoureux détail sur un képi qu'avait Saint-Loup. —
Aussi haut comme mon paquetage — Voyons, vieux, tu veux nous la faire
à l'oseille, il ne pouvait pas être aussi haut que ton paquetage,
interrompait un jeune licencié ès lettres qui cherchait en
usant de ce dialecte à ne pas avoir l'air d'un bleu et en osant cette
contradiction à se faire confirmer un fait qui l'enchantait.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 087
— Tu parles qu'en voilà un qui ne doit pas être
malheureux ! — Je comprends ! Il a plus de braise [=argent] que moi,
pour sûr !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 087
[…] avant qu'on se mît à table, j'entraînai
Saint-Loup dans un coin de la salle à manger, et devant tous les autres,
mais qui ne nous entendaient pas, je lui dis : "Robert, le moment et l'endroit
sont mal choisis pour vous dire cela, mais cela ne durera qu'une seconde
[…] Est-ce que ce n'est pas Mme de Guermantes dont vous avez la photographie
sur la table ?"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 092
[…] car d'homme plus intelligent, meilleur, plus fin,
tranchons le mot, plus exquis que ce Luxembourg-Nassau, je n'en ai
jamais rencontré.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 092
Je ne peux pas vous dire comme cela m'amuse que
ce soit sa photographie [=de Mme de Guermantes, sur la table de Saint-Loup],
parce que nous habitons maintenant dans sa maison et j'ai appris sur elle
des choses inouïes […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 092
[…] Mme de Guermantes ne se doute pas que je vous [=Saint-Loup]
connais, n'est-ce pas ? — Je n'en sais rien ; je ne l'ai pas vue depuis
l'été dernier […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093
[…] si vous pouviez lui [=Mme de Guermantes] faire savoir
[…] ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir. — Mais très
volontiers, si vous n'avez que cela à me demander, ce n'est pas trop
difficile, mais quelle importance cela peut-il avoir, ce qu'elle peut
penser de vous ? Je suppose que vous vous en moquez bien ; […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093
[…] si vous pouviez lui [=Mme de Guermantes] faire savoir
[…] ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir. —
Mais très volontiers, si vous n'avez que cela à me demander,
ce n'est pas trop difficile, mais quelle importance cela peut-il avoir, ce
qu'elle peut penser de vous ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093
[…] si vous pouviez lui [=Mme de Guermantes] faire savoir
[…] ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir. — Mais très
volontiers, si vous n'avez que cela à me demander, ce n'est
pas trop difficile, mais quelle importance cela peut-il avoir, ce qu'elle
peut penser de vous ? […] en tout cas si ce n'est que cela, nous pourrons
en parler devant tout le monde ou quand nous serons seuls […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093
[…] si vous pouviez lui [=Mme de Guermantes] faire savoir
[…] ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir. — Mais très
volontiers, si vous n'avez que cela à me demander, ce n'est pas trop
difficile, mais quelle importance cela peut-il avoir, ce qu'elle peut penser
de vous ? […] en tout cas si ce n'est que cela, nous pourrons en parler
devant tout le monde ou quand nous serons seuls […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093
Mais pour Mme de Guermantes si vous pouviez lui faire
savoir, même avec un peu d'exagération, ce que vous pensez de
moi, vous me feriez un grand plaisir. — Mais très volontiers, si
vous n'avez pas que cela à me demander, ce n'est pas trop difficile,
mais quelle importance cela peut-il avoir ce qu'elle peut penser de
vous? Je suppose que vous vous en moquez bien; en tout cas si ce n'est que
cela, nous pourrons en parler devant tout le monde ou quand nous serons seuls,
car j'ai peur que vous vous fatiguiez à parler debout et d'une façon
si incommode, quand nous avons tant d'occasion d'être en tête
à tête.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093
- Non seulement je l'aurais fait, mais je le ferai.
— Quand cela? — Dès que je viendrai à Paris, dans trois semaines,
sans doute. — Nous verrons, d'ailleurs elle ne voudra pas. Je ne peux pas
vous dire comme je vous remercie. — Mais non, ce n'est rien. — Ne me
dites pas cela, c'est énorme, parce que maintenant je vois l'ami
que vous êtes ; […] Un ami bête eût discuté.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 094
- Non seulement je l'aurais fait, mais je le ferai.
— Quand cela? — Dès que je viendrai à Paris, dans trois semaines,
sans doute. — Nous verrons, d'ailleurs elle ne voudra pas. Je ne peux
pas vous dire comme je vous remercie. — Mais non, ce n'est rien. —
Ne me dites pas cela, c'est énorme, parce que maintenant je vois l'ami
que vous êtes ; […] Un ami bête eût discuté.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 094
[…] je ne tiens pas à connaître Mme de
Guermantes ; mais j'aurais dû, pour vous éprouver, vous dire
que je désirerais dîner avec Mme de Guermantes et je sais que
vous ne l'auriez pas fait. — Non seulement je l'aurais fait, mais je le ferai.
— Quand cela ? — Dès que je viendrai à Paris, dans trois semaines,
sans doute. —Nous verrons, d'ailleurs elle ne voudra pas. Je ne peux pas
vous dire comme je vous remercie. — Mais non, ce n'est rien.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 094
Mais voilà qu'il faut rejoindre les autres et
je ne vous ai demandé que l'une des deux choses, la moins importante,
l'autre l'est plus pour moi, mais je crains que vous ne me la refusiez ;
cela vous ennuierait-il que nous nous tutoyions ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 094
Quand je parlais, l'approbation des autres semblait
encore de trop à Saint-Loup, il exigeait le silence. Et comme un chef
d'orchestre interrompt ses musiciens en frappant avec son archet parce que
quelqu'un a fait du bruit, il réprimanda le perturbateur : "Gibergue,
dit-il, il faut vous taire quand on parle. Vous direz ça après.
Allez, continuez", me dit-il.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 098
"Gibergue, dit-il, il faut vous taire quand on parle.
Vous direz ça après. Allez, continuez", me dit-il. […] "Dites
donc, ça vous en bouche un coin, mes enfants, s'exclama après
que j'eus fini de parler Saint-Loup […] Qu'est-ce que vous vouliez dire,
Gibergue ? — Je disais que Monsieur me rappelait beaucoup le commandant
Duroc. Je croyais l'entendre."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 099
[…] tout ce que vous lisez […] dans le récit
d'un narrateur militaire, les plus petits faits, les plus petits événements,
ne sont que les signes d'une idée qu'il faut dégager et qui
souvent en recouvre d'autres, comme dans un palimpseste. De sorte que vous
avez un ensemble aussi intellectuel que n'importe quelle science ou n'importe
quel art et qui est satisfaisant pour l'esprit. — Exemples, si je n'abuse
pas. — C'est difficile à te dire comme cela, interrompit Saint-Loup.
[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 101
[…] tout ce que vous lisez […] dans le récit
d'un narrateur militaire, les plus petits faits, les plus petits événements,
ne sont que les signes d'une idée qu'il faut dégager et qui
souvent en recouvre d'autres, comme dans un palimpseste. De sorte que vous
avez un ensemble aussi intellectuel que n'importe quelle science ou n'importe
quel art et qui est satisfaisant pour l'esprit. — Exemples, si je n'abuse
pas. — C'est difficile à te dire comme cela, interrompit Saint-Loup.
[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 101
[…] tout ce que vous lisez […] dans le récit
d'un narrateur militaire, les plus petits faits, les plus petits événements,
ne sont que les signes d'une idée qu'il faut dégager et qui
souvent en recouvre d'autres, comme dans un palimpseste. De sorte que vous
avez un ensemble aussi intellectuel que n'importe quelle science ou n'importe
quel art et qui est satisfaisant pour l'esprit. — Exemples, si je
n'abuse pas. — C'est difficile à te dire comme cela, interrompit Saint-Loup.
[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 101
- Vous m'intéressez, pardon, tu m'intéresses
beaucoup, dis-je à Saint-Loup, mais dis-moi, il y a un point
qui m'inquiète. Je sens que je pourrais me passionner pour l'art militaire,
mais pour cela, il faudrait que je ne le crusse pas différent à
tel point des autres arts, que la règle apprise n'y fût pas
tout.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 104
Je sens que je pourrais me passionner pour l'art militaire,
mais pour cela il faudrait que je ne le crusse pas différent à
tel point des autres arts, que la règle apprise n'y fût pas
tout. Tu me dis qu'on calque des batailles. Je trouve cela en effet esthétique,
comme tu disais, de voir sous une bataille moderne une plus ancienne, je
ne peux pas te dire comme cette idée me plaît.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 104
« Je suis jaloux, je suis furieux », me
dit Saint-Loup, moitié en riant, moitié sérieusement,
faisant allusion aux interminables conversations à part que j'avais
avec son ami. « Est-ce que vous le trouvez plus intelligent que moi
? Est-ce que vous l'aimez mieux que moi ? Alors, comme ça, il n'y
en a que pour lui ? »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 109
Car elle était de mauvaise humeur, trépignait,
pleurait, pour des raisons aussi incompréhensibles que les enfants
qui s'enferment dans un cabinet noir, ne viennent pas dîner, refusant
toute explication, et ne font que redoubler de sanglots quand, à
bout de raisons, on leur donne des claques…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 112
Ce fut donc en somme sincèrement que le soir
où Saint-Loup m'avait annoncé le voyage de son amie à
Bruges je pus, pendant le dîner, devant ses amis, lui jeter à
l'improviste : "Écoute, tu permets ? Dernière conversation
au sujet de la dame dont nous avons parlé. Tu te rappelles Elstir,
le peintre que j'ai connu à Balbec ? — Mais voyons, naturellement.
[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 116
Ce fut donc en somme sincèrement que le soir
où Saint-Loup m'avait annoncé le voyage de son amie à
Bruges je pus, pendant le dîner, devant ses amis, lui jeter à
l'improviste : "Écoute, tu permets ? Dernière conversation
au sujet de la dame dont nous avons parlé. Tu te rappelles
Elstir, le peintre que j'ai connu à Balbec ? — Mais voyons, natrurellement.
[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 116
Je ne sais si vous êtes en termes assez intimes
avec votre tante : ne pourriez-vous, en me faisant assez habilement valoir
à ses yeux pour qu'elle ne refuse pas, lui demander de me laisser
aller voir le tableau [d'Elstir, chez elle] sans vous, puisque vous ne serez
pas là ? — C'est entendu, je réponds pour elle, j'en fais
mon affaire…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 117
Je ne sais si vous êtes en termes assez intimes
avec votre tante : ne pourriez-vous, en me faisant assez habilement valoir
à ses yeux pour qu'elle ne refuse pas, lui demander de me laisser
aller voir le tableau [d'Elstir, chez elle] sans vous, puisque vous ne serez
pas là ? — C'est entendu, je réponds pour elle, j'en
fais mon affaire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 117
Et à propos des relations bourgeoises que le
prince avait à Doncières, il convient de dire ceci […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 122
Nous n'avons, pour que ce miracle s'accomplisse, qu'à
rapprocher nos lèvres de la planchette magique et à appeler
— quelquefois un peu trop longtemps, je le veux bien — les Vierges
Vigilantes dont nous entendons chaque jour la voix sans jamais connaître
le visage […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 123
[…] quelqu'un causait [dans le téléphone]
qui ne savait pas sans doute qu'il n'y avait personne pour lui répondre
car, quand j'amenai à moi le récepteur, ce morceau de bois
se mit à parler comme Polichinelle ; je le fis taire, ainsi qu'au
guignol, en le remettant à sa place, mais, comme Polichinelle, dès
que je le ramenais près de moi, il recommençait son bavardage.
Je finis en désespoir de cause, en raccrochant définitivement
le récepteur, par étouffer les convulsions de ce tronçon
sonore qui jacassa jusqu'à la dernière seconde […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 124
Je me décidai à quitter la poste, à
aller retrouver Robert à son restaurant pour lui dire que, allant
peut-être recevoir une dépêche qui m'obligerait à
revenir, je voudrais savoirà tout hasard l'horaire des trains…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 125
— Tu ne l'as pas vu, dit l'ancien […], tu n'as pas vu
notre fameux Saint-Loup, ce qu'il dégotte avec son nouveau falzar
! Quand le capiston va voir ça, du drap d'officier. — Ah ! tu en
as de bonnes, du drap d'officier", dit le jeune bachelier qui […] s'essayait
non sans une certaine inquiétude à être hardi avec les
anciens. "Ce drap d'officier, c'est du drap comme ça. — Monsieur ?"
demanda avec colère l'"ancien" qui avait parlé du falzar.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 128
Nous répondons aisément des autres quand,
disposant dans notre pensée les petites images qui les figurent, nous
faisons manœuvrer celles-ci à notre guise.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 130
Je reçus des marques de froideur de la part d'une
autre personne de la maison. Ce fut de Jupien. […] Ma mère me dit
[…] qu'il ne fallait pas s'étonner. Françoise lui avait dit
qu'il était ainsi, sujet à de brusques mauvaises humeurs, sans
raison. Cela se dissipait toujours au bout de peu de temps.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 131
Cette robe me semblait la matérialisation autour
d'elle des rayons écarlates d'un cœur que je ne lui connaissais pas
et que j'aurais peut-être pu consoler ; réfugiée dans
la lumière mystique de l'étoffe aux flots adoucis elle me faisait
penser à quelque sainte des premiers âges chrétiens.
Alors j'avais honte d'affliger par ma vue cette martyre. "Mais après
tout, la rue est à tout le monde." ./. "La rue est à tout
le monde", reprenais-je en donnant à ces mots un sens différent
et en admirant qu'en effet dans la rue populeuse […] la duchesse de Guermantes
mêlât à la vie publique des moments de sa vie secrète,
se montrant ainsi à chacun, mystérieuse, coudoyée de
tous […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 133
Cette robe me semblait la matérialisation autour
d'elle des rayons écarlates d'un cœur que je ne lui connaissais pas
et que j'aurais peut-être pu consoler ; réfugiée dans
la lumière mystique de l'étoffe aux flots adoucis elle me faisait
penser à quelque sainte des premiers âges chrétiens.
Alors j'avais honte d'affliger par ma vue cette martyre. "Mais après
tout, la rue est à tout le monde." "La rue est à tout
le monde", reprenais-je en donnant à ces mots un sens différent
et en admirant qu'en effet dans la rue populeuse […] la duchesse de Guermantes
mêlât à la vie publique des moments de sa vie secrète,
se montrant ainsi à chacun, mystérieuse, coudoyée de
tous […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 133
Tout en m'assurant qu'il n'avait pas eu l'occasion de
parler de moi à sa cousine : "Elle n'est pas gentille du tout, Oriane,
me dit-il, en se trahissant naïvement, ce n'est plus mon Oriane d'autrefois,
on me l'a changée. Je t'assure qu'elle ne vaut pas la peine que
tu t'occupes d'elle. Tu lui fais beaucoup trop d'honneur. Tu ne veux pas
que je te présente à ma cousine Poictiers ?" ajouta-t-il sans
se rendre compte que cela ne pourrait me faire aucun plaisir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 135
Tout en m'assurant qu'il n'avait pas eu l'occasion de
parler de moi à sa cousine : "Elle n'est pas gentille du tout, Oriane,
me dit-il, en se trahissant naïvement, ce n'est plus mon Oriane d'autrefois,
on me l'a changée… Je t'assure qu'elle ne vaut pas la peine que tu
t'occupes d'elle. Tu lui fais beaucoup trop d'honneur. Tu ne veux
pas que je te présente à ma cousine Poictiers ?" ajouta-t-il
sans se rendre compte que cela ne pourrait me faire aucun plaisir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 135
Tout en m'assurant qu'il n'avait pas eu l'occasion de
parler de moi à sa cousine : "Elle n'est pas gentille du tout, Oriane,
me dit-il, en se trahissant naïvement, ce n'est plus mon Oriane d'autrefois,
on me l'a changée. Je t'assure qu'elle ne vaut pas la peine que tu
t'occupes d'elle. Tu lui fais beaucoup trop d'honneur. Tu ne veux pas
que je te présente à ma cousine Poictiers ?" ajouta-t-il
sans se rendre compte que cela ne pourrait me faire aucun plaisir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 135
[…] Françoise, traditionnaliste, souriait pourtant
avec complaisance à l'esprit d'innovation qu'incarnait la nouvelle
"parisienne" quand elle disait : "Eh bien, mère, si tu n'as pas ton
jour de sortie, tu n'as qu'à m'envoyer un pneu…"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 136
Elle ne pouvait se décider à retourner
à Méséglise où "le monde est si bête",
où, au marché, les commères, les "pétrousses"
se découvriraient un cousinage avec elle et diraient : "Tiens, mais
c'est-il pas la fille au défunt Bazireau ?" Elle aimerait mieux
mourir que de retourner se fixer là-bas, "maintenant qu'elle avait
goûté à la vie de Paris" […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 136
Le temps était redevenu froid… "Sortir ? Pourquoi
? Pour prendre la crève", disait Françoise qui aimait mieux
rester à la maison […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 136
Je n'étais que l'instrument d'habitudes de ne
pas travailler, de ne pas me coucher, de ne pas dormir, qui devaient se réaliser
coûte que coûte […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 138
"Écoute, mon ami, je vais te demander un grand
sacrifice, va faire une petite visite à Mme Sazerat. Tu sais que je
n'aime pas t'ennuyer, mais ce serait si gentil de ta part."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 139
- Ah! vous voilà, me dit-il, homme chic, et
en redingote encore! Voilà une livrée dont mon indépendance
ne s'accommoderait pas. Il est vrai que vous devez être un mondain,
faire des visites! Pour aller rêver comme je le fais devant quelque
tombe à demi détruite, ma lavallière et mon veston ne
sont pas déplacés. Vous savez que j'estime la jolie qualité
de votre âme; c'est vous dire combien je regrette que vous alliez la
renier parmi les Gentils. En étant capable de rester un instant dans
l'atmosphère nauséabonde, irrespirable pour moi des salons,
vous rendez contre votre avenir la condamnation, la damnation du Prophète.
Je vois cela d'ici, vous fréquentez les "cœurs légers", la
société des châteaux; tel est le vice de la bourgeoisie
contemporaine. Ah! les aristocrates, la Terreur a été bien
coupable de ne pas leur couper le cou à tous. Ce sont tous de sinistres
crapules quand ce ne sont pas tout simplement de sombres idiots. Enfin,
mon pauvre enfant, si cela vous amuse! Pendant que vous irez à
quelque five o'clock votre vieil ami sera plus heureux que vous, car
seul dans un faubourg, il regardera monter dans le ciel violet la lune rose.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 142
- Ah! si tu pouvais vivre un an avec moi on verrait,
je te ferais boire de l'eau et tu serais bien mieux. — C'est entendu, partons.
— Mais tu sais bien que j'ai beaucoup à travailler (car elle prenait
au sérieux l'art dramatique). D'ailleurs que dirait ta famille
?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 151
- Ah! si tu pouvais vivre un an avec moi on verrait,
je te ferais boire de l'eau et tu serais bien mieux. — C'est entendu,
partons. — Mais tu sais bien que j'ai beaucoup à travailler (car
elle prenait au sérieux l'art dramatique). D'ailleurs que dirait ta
famille ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 151
- Le pauvre martyr, dit-elle en retenant un sanglot,
ils le feront mourir là-bas. — Tranquillise-toi, Zézette, il
reviendra, il sera acquitté, l'erreur sera reconnue. — Mais avant
cela, il sera mort! Enfin au moins ses enfants porteront un nom sans tache.
Mais penser à ce qu'il doit souffrir c'est ce qui me tue !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 151
"Ce maître d'hôtel est très intéressant,
Zézette ?" demanda-t-il à sa maîtresse après avoir
renvoyé Aimé assez brusquement. "On dirait que tu veux faire
une étude d'après lui. — Voilà que ça commence,
j'en étais sûre ! — Mais qu'est-ce qui commence, mon petit ?
Si j'ai eu tort, je n'ai rien dit, je veux bien. Mais j'ai tout de
même le droit de te mettre en garde contre ce larbin que je connais
de Balbec (sans cela je m'en ficherais pas mal) et qui est une des plus grandes
fripouilles que la terre ait jamais portées."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 153
"Ce maître d'hôtel est très intéressant,
Zézette ?" demanda-t-il à sa maîtresse après avoir
renvoyé Aimé assez brusquement… "On dirait que tu veux faire
une étude d'après lui. — Voilà que ça commence,
j'en étais sûre ! — Mais qu'est-ce qui commence, mon petit ?
Si j'ai eu tort, je n'ai rien dit, je veux bien. Mais j'ai tout de
même le droit de te mettre en garde contre ce larbin que je connais
de Balbec (sans cela je m'en ficherais pas mal) et qui est une des plus grandes
fripouilles que la terre ait jamais portées…"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 153
"Ce maître d'hôtel est très intéressant,
Zézette ?" demanda-t-il à sa maîtresse après avoir
renvoyé Aimé assez brusquement. "On dirait que tu veux faire
une étude d'après lui. — Voilà que ça commence,
j'en étais sûre ! — Mais qu'est-ce qui commence, mon petit ?
Si j'ai eu tort, je n'ai rien dit, je veux bien. Mais j'ai tout de même
le droit de te mettre en garde contre ce larbin que je connais de Balbec
(sans cela je m'en ficherais pas mal) et qui est une des plus grandes fripouilles
que la terre ait jamais portées."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 153
- Tu vois, me dit-il à voix basse, ma famille
me fait traquer jusqu'ici. Je t'en prie, moi je ne peux pas, mais puisque
tu connais bien le maître d'hôtel qui va sûrement nous vendre,
demande-lui de ne pas aller à la voiture. Au moins que ce soit un
garçon qui ne me connaisse pas. Si on dit à mon oncle qu'on
ne me connaît pas, je sais comment il est, il ne viendra pas voir dans
le café, il déteste ces endroits-là. […] La voiture
repartit bientôt. Mais la maîtresse de Saint-Loup qui n'avait
pas entendu nos propos chuchotés à voix basse, et avait cru
qu'il s'agissait du jeune homme à qui Robert lui reprochait de faire
de l'œil, éclata en injures. — Allons bon! c'est ce jeune
homme maintenant ? tu fais bien de me prévenir; oh! c'est délicieux
de déjeuner dans ces conditions! Ne vous occupez pas de ce qu'il dit,
il est un peu piqué et surtout, ajouta-t-elle en se tournait vers
moi, il dit cela parce qu'il croit que ça fait élégant,
que ça fait grand seigneur d'avoir l'air jaloux.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 156
- Tu vois, me dit-il à voix basse, ma famille
me fait traquer jusqu'ici. Je t'en prie, moi je ne peux pas, mais puisque
tu connais bien le maître d'hôtel qui va sûrement nous vendre,
demande-lui de ne pas aller à la voiture. Au moins que ce soit un
garçon qui ne me connaisse pas. Si on dit à mon oncle qu'on
ne me connaît pas, je sais comment il est, il ne viendra pas voir dans
le café, il déteste ces endroits-là. […] La voiture
repartit bientôt. Mais la maîtresse de Saint-Loup qui n'avait
pas entendu nos propos chuchotés à voix basse, et avait cru
qu'il s'agissait du jeune homme à qui Robert lui reprochait de faire
de l'œil, éclata en injures. — Allons bon! c'est ce jeune
homme maintenant ? tu fais bien de me prévenir; oh! c'est délicieux
de déjeuner dans ces conditions! Ne vous occupez pas de ce qu'il dit,
il est un peu piqué et surtout, ajouta-t-elle en se tournait vers
moi, il dit cela parce qu'il croit que ça fait élégant,
que ça fait grand seigneur d'avoir l'air jaloux.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 156
N'est-ce pas tout de même dégoûtant
qu'un vieux coureur de femmes comme lui, qui n'a pas dételé,
me donne perpétuellement des leçons et vienne m'espionner !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 156
— Tais-toi au moins jusqu'à ce que je sois parti,
si tu es folle, s'écria Robert. Garçon, mes affaires." Je ne
savais si je devais le suivre. "Non, j'ai besoin d'être seul,"
me dit-il sur le même ton dont il venait de parler à sa maîtresse
et comme s'il était tout aussi fâché contre moi.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 156
- Voyons, ce monsieur que tu as rencontré ce
matin et qui mêle le snobisme et l'astronomie, raconte-le lui, je ne
me rappelle pas bien et il la regardait du coin de l'œil. — Mais, mon petit,
il n'y a rien à dire d'autre que ce que tu viens de dire. — Tu
es assommant. Alors raconte les choses de Françoise aux Champs-Elysées,
cela lui plaira tant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 158
- Tu sais, dis-je à Robert, que j'ai été
pour te dire adieu le jour de mon départ, nous n'avons jamais eu l'occasion
d'en causer. Je t'ai salué dans la rue. — Ne m'en parle pas,
me répondit-il, j'en ai été désolé; nous
nous sommes rencontrés tout près du quartier, mais je n'ai pas
pu m'arrêter parce que j'étais déjà très
en retard. Je t'assure que j'étais navré.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 162
- Je t'en supplie, mon petit, lui dit Saint-Loup d'une
voix désolée, ne te donne pas en spectacle comme cela, tu me
tues, je te jure que si tu dis un mot de plus, je ne t'accompagne pas à
ta loge, et je m'en vais; voyons, ne fais pas la méchante.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 164
[…] pour amuser la jeune femme […] il [un danseur] se
mit à refaire le mouvement de ses paumes, en se contrefaisant lui-même
avec une finesse de pasticheur et une bonne humeur d'enfant. "Oh ! c'est
trop gentil, ce coup de s'imiter soi-même, s'écria-t-elle
en battant des mains. — Je t'en supplie, mon petit, lui dit Saint-Loup d'une
voix désolée, ne te donne pas en spectacle comme cela, tu me
tues, je te jure que si tu dis un mot de plus, je ne t'accompagne pas à
ta loge, et je m'en vais […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 164
[…] pour amuser la jeune femme […] il [un danseur] se
mit à refaire le mouvement de ses paumes, en se contrefaisant lui-même
avec une finesse de pasticheur et une bonne humeur d'enfant. "Oh ! c'est
trop gentil, ce coup de s'imiter soi-même, s'écria-t-elle en
battant des mains. — Je t'en supplie, mon petit, lui dit Saint-Loup d'une
voix désolée, ne te donne pas en spectacle comme cela, tu
me tues, je te jure que si tu dis un mot de plus, je ne t'accompagne
pas à ta loge, et je m'en vais […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 164
[…] pour amuser la jeune femme […] il [un danseur] se
mit à refaire le mouvement de ses paumes, en se contrefaisant lui-même
avec une finesse de pasticheur et une bonne humeur d'enfant. "Oh ! c'est
trop gentil, ce coup de s'imiter soi-même, s'écria-t-elle en
battant des mais. — Je t'en supplie, mon petit, lui dit Saint-Loup
d'une voix désolée, ne te donne pas en spectacle comme cela,
tu me tues, je te jure que si tu dis un mot de plus, je ne t'accompagne pas
à ta loge, et je m'en vais […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 164
- Tu as mal compris ce que je t'ai dit pour le collier.
Je ne te l'avais pas promis d'une façon formelle. Du moment que tu
fais tout ce qu'il faut pour que je te quitte, il est bien naturel, voyons,
que je ne te le donne pas, je ne comprends pas où tu vois de la traîtrise
là-dedans, ni que je suis intéressé.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165
Écoute, pour la dernière fois, je te jure
que tu auras beau faire, tu pourras avoir dans huit jours tous les
regrets du monde, je ne reviendrai pas, la coupe est pleine, fais attention,
c'est irrévocable, tu le regretteras un jour, il sera trop tard…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165
Écoute, pour la dernière fois, je te jure
que tu auras beau faire, tu pourras avoir dans huit jours tous les regrets
du monde, je ne reviendrai pas, la coupe est pleine, fais attention,
c'est irrévocable, tu le regretteras un jour, il sera trop tard.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165
Monsieur, est-ce que vous voudriez bien jeter
votre cigare, la fumée fait mal à mon ami…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165
On ne peut pas dire que je fais sonner mon argent, je
te dis toujours que je suis un pauvre bougre qui n'a pas le sou. Tu as tort
de le prendre comme ça, mon petit. En quoi suis-je intéressé
? Tu sais bien que mon seul intérêt, c'est toi. — Oui, oui,
tu peux continuer," lui dit-elle ironiquement, en esquissant le geste
de quelqu'un qui vous fait la barbe.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165
— Personne d'autre [que moi] ne pourra te le [un collier]
donner, car je l'ai retenu chez Boucheron et j'ai sa parole qu'il ne le vendra
qu'à moi. — C'est bien cela, tu as voulu me faire chanter, tu as pris
toutes tes précautions d'avance […] Mais tout n'es pas fini, sois-en
sûr. Une parole donnée dans ces conditions n'a aucune valeur.
Tu as agi par traîtrise avec moi. Boucheron le saura et on lui en donnera
le double, de son collier. Tu auras bientôt de mes nouvelles,
sois tranquille.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165
— Personne d'autre [que moi] ne pourra te le [un collier]
donner, car je l'ai retenu chez Boucheron et j'ai sa parole qu'il ne le vendra
qu'à moi. — C'est bien cela, tu as voulu me faire chanter, tu as pris
toutes tes précautions d'avance […] Mais tout n'es pas fini, sois-en
sûr. Une parole donnée dans ces conditions n'a aucune valeur.
Tu as agi par traîtrise avec moi. Boucheron le saura et on lui en donnera
le double, de son collier. Tu auras bientôt de mes nouvelles, sois
tranquille.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165
Tu as mal compris ce que je t'ai dit pour le collier.
Je ne te l'avais pas promis d'une façon formelle. Du moment que tu
fais tout ce qu'il faut pour que je te quitte, il est bien naturel,
voyons, que je ne te le donne pas […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165
Il toucha légérement son chapeau et dit
au journaliste : "Monsieur, est-ce que vous voudriez bien jeter votre cigare,
la fumée fait mal à mon ami" […] — Il n'est pas défendu
de fumer, que je sache ; quand on est malade, on n'a qu'à rester
chez soi" dit le journaliste.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 166
Il toucha légérement son chapeau et dit
au journaliste : "Monsieur, est-ce que vous voudriez bien jeter votre cigare,
la fumée fait mal à mon ami." […] — Il n'est pas défendu
de fumer, que je sache ; quand on est malade, on n'a quà rester
chez soi" dit le journaliste.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 166
Il toucha légérement son chapeau et dit
au journaliste : « Monsieur, est-ce que vous voudriez bien jeter votre
cigare, la fumée fait mal à mon ami. […] — Il n'est pas défendu
de fumer, que je sache ; quand on est malade, on n'a qu'à
rester chez soi », dit le journaliste.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 166
Il toucha légérement son chapeau et dit
au journaliste : "Monsieur, est-ce que vous voudriez bien jeter votre cigare,
la fumée fait mal à mon ami." […] — Il n'est pas défendu
de fumer, que je sache ; quand on est malade, on n'a qu'à rester chez
soi" ditle journaliste. […] — En tous cas, Monsieur, vous n'êtes
pas très aimable", dit Saint-Loup au journaliste, toujours sur
un ton poli et doux, avec l'air de quelqu'un qui vient de juger rétrospectivement
un incident terminé.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 166
Les amis du journaliste [il a reçu une gifle],
voyant que tout était terminé, revinrent auprès de lui,
encore tremblants. Mais honteux de l'avoir abandonné, ils tenaient
absolument à ce qu'il crût qu'ils ne s'étaient rendu
compte de rien. Aussi s'étendaient-ils l'un sur sa poussière
dans l'œil, l'autre sur la fausse alerte qu'il avait eue en se figurant qu'on
levait le rideau, le troisième sur l'extraordinaire ressemblance d'une
personne qui avait passé avec son frère. Et même ils
lui témoignèrent une certaine mauvaise humeur de ce qu'il n'avait
pas partagé leurs émotions. — Comment, cela ne t'a pas frappé?
Tu ne vois donc pas clair ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 167
Les amis du journaliste [il a reçu une gifle],
voyant que tout était terminé, revinrent auprès de lui,
encore tremblants. Mais honteux de l'avoir abandonné, ils tenaient
absolument à ce qu'il crût qu'ils ne s'étaient rendu
compte de rien. Aussi s'étendaient-ils l'un sur sa poussière
dans l'œil, l'autre sur la fausse alerte qu'il avait eue en se figurant qu'on
levait le rideau, le troisième sur l'extraordinaire ressemblance d'une
personne qui avait passé avec son frère. Et même ils
lui témoignèrent une certaine mauvaise humeur de ce qu'il n'avait
pas partagé leurs émotions. — Comment, cela ne t'a pas frappé?
Tu ne vois donc pas clair? — C'est-à-dire que vous êtes tous
des capons Capon: faux, lâche., grommela le journaliste giflé./.
Inconséquents avec la fiction qu'ils avaient adoptée et en vertu
de laquelle ils auraient dû — mais ils n'y songèrent pas —
avoir l'air de ne pas comprendre ce qu'il voulait dire, ils proférèrent
une phrase qui est de tradition en ces circonstances: "Voilà que tu
t'emballes, ne prends pas la mouche, on dirait que tu as le mors aux
dents!"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 167
Si petite que je fusse, je me rappelle encore le roi
priant mon grand-père d'inviter M. Decazes à une redoute où
mon père devait danser avec la duchesse de Berry. " Vous me ferez
plaisir, Florimond, disait le roi.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 176
"À propos […] vous savez la plaisanterie que
m'a faite hier matin mon neveu Basin ? demanda Mme de Villeparisis à
l'archiviste. Il m'a fait dire, au lieu de s'annoncer, que c'était
la reine de Suède qui demandait à me voir. — Ah ! il vous a
fait dire cela froidement comme cela ! Il en a de bonnes !" s'écria
Bloch en s'esclaffant, tandis que l'historien souriait avec une timidité
majestueuse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 178
[…] il se tenait constamment le plus éloigné
de moi qu'il pouvait, sans doute dans l'espoir que je n'entendisse pas les
flatteries qu'[…]il ne cessait à tout propos de prodiguer à
Mme de Villeparisis.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 185
[…] il a une sœur qui s'appelle Mme de Cambremer, ce
qui ne doit pas du reste te dire plus qu'à moi. — Comment, mais je
la connais parfaitement, s'écria en mettant sa main devant sa bouche
Mme de Guermantes. Ou plutôt je ne le connais pas, mais je ne sais
pas ce qui a pris à Basin, qui rencontre Dieu sait où le
mari, de dire à cette grosse femme de venir me voir. Je ne peux pas
vous dire ce que ç'a été que sa visite. Elle m'a raconté
qu'elle était allée à Londres, elle m'a énuméré
tous les tableaux du British […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 186
[…] il a une sœur qui s'appelle Mme de Cambremer, ce
qui ne doit pas du reste te dire plus qu'à moi. — Comment, mais je
la connais parfaitement, s'écria en mettant sa main devant sa bouche
Mme de Guermantes. Ou plutôt je ne le connais pas, mais je ne sais
pas ce qui a pris à Basin, qui rencontre Dieu sait où le mari,
de dire à cette grosse femme de venir me voir. Je ne peux pas vous
dire ce que ç'a été que sa visite. Elle m'a raconté
qu'elle était allée à Londres, elle m'a énuméré
tous les tableaux du British […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 186
C'est une personne impossible : elle dit "plumitif",
enfin des choses comme ça. — Qu'est-ce que ça veut dire "plumitif"
? demanda Mme de Villeparisis à sa nièce. — Mais je n'en sais
rien ! s'écria la duchesse avec une indignation feinte. Je ne veux
pas le savoir. Je ne parle pas ce français-là."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 186
C'est une personne impossible : elle dit "plumitif",
enfin des choses comme ça. — Qu'est-ce que ça veut dire "plumitif"
? demanda Mme de Villeparisis à sa nièce. — Mais je n'en
sais rien ! s'écria la duchesse avec une indignation feinte. Je
ne veux pas le savoir. Je ne parle pas ce français-là."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 186
C'est une personne impossible : elle dit "plumitif",
enfin des choses comme ça. — Qu'est-ce que ça veut dire "plumitif"
? demanda Mme de Villeparisis à sa nièce. — Mais je n'en sais
rien ! s'écria la duchesse avec une indignation feinte. Je ne veux
pas le savoir. Je ne parle pas ce français-là."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 186
[J'allai] vers Legrandin et, ne trouvant rien de coupable
à sa présence chez Mme de Villeparisis, je lui dis sans songer
combien j'allais à la fois le blesser et lui faire croire à
l'intention de le blesser : "Eh bien, Monsieur, je suis presque excusé
d'être dans un salon puisque je vous y trouve." M. Legrandin conclut
de ses paroles (ce fut du moins le jugement qu'il porta sur moi quelques
jours plus tard) que j'étais un petit être foncièrement
méchant qui ne se plaisait qu'au mal./. "Vous pourriez avoir la
politesse de commencer par me dire bonjour, me répondit-il sans
me donner la main et d'une voix rageuse et vulgaire que je ne lui soupçonnais
pas […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 187
— Qu'est-ce que ça veut dire "plumitif" ? demanda
Mme de Villeparisis à sa nièce. — Mais je n'en sais rien !
s'écria la duchesse avec une satisfaction feinte. Je ne veux pas le
savoir. Je ne parle pas ce français-là." Et voyant que sa tante
ne savait vraiment pas ce que voulait dire plumitif, pour avoir la satisfaction
de montrer qu'elle était savante autant que puriste […] : "Mais si",
dit-elle avec un demi-rire que les restes de la mauvaise humeur jouée
réprimaient, "tout le monde sait ça, un plumitif c'est
un écrivain, c'et quelqu'un qui tient une plume. Mais c'est une horreur
de mot. Ça vous fait tomber vos dents de sagesse. Jamais on ne me ferait
dire ça.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 187
— Qu'est-ce que ça veut dire "plumitif" ? demanda
Mme de Villeparisis à sa nièce. — Mais je n'en sais rien !
s'écria la duchesse avec une satisfaction feinte. Je ne veux pas le
savoir. Je ne parle pas ce français-là." Et voyant que sa tante
ne savait vraiment pas ce que voulait dire plumitif, pour avoir la satisfaction
de montrer qu'elle était savante autant que puriste […] : "Mais si",
dit-elle avec un demi-rire que les restes de la mauvaise humeur jouée
réprimaient, "tout le monde sait ça, un plumitif c'est un écrivain,
c'et quelqu'un qui tient une plume. Mais c'est une horreur de mot. Ça
vous fait tomber vos dents de sagesse. Jamais on ne me ferait dire ça.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 187
"Nous avons dîné avec elle [la reine de
Suède] hier chez Blanche Leroi, vous ne la reconnaîtriez pas,
elle est devenue énorme, je suis sûre qu'elle est malade. —
Je disais justement à ces messieurs que tu lui trouvais l'air d'une
grenouille…" Mme de Guermantes fit entendre une espèce de bruit rauque
qui signifiait qu'elle ricanait par acquit de conscience…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 193
"Comment s'appelle ce monsieur ?" me demanda le baron,
qui venait de m'être présenté par Mme de Villeparisis.
"M. Pierre, répondis-je à mi-voix. — Pierre de quoi ? — Pierre,
c'est son nom, c'est un historien de grande valeur. — Ah ! vous m'en direz
tant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 194
En tous cas cette grenouille [la reine de Suède],
qui d'ailleurs ne demande pas de roi, car je ne l'ai jamais vue plus folâtre
que depuis la mort de son époux, doit venir dîner à la
maison un jour de la semaine prochaine. J'ai dit que je vous préviendrais
à tout hasard.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 194
Je sais qu'elle [la reine de Suède] a dîné
avant-hier chez Mme de Mecklembourg, ajouta-t-elle. Il y avait Hannibal de
Bréauté. Il est venu me le raconter, assez drôlement
je dois dire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 194
- Dis-moi, reprit Bloch en me parlant tout bas, quelle
fortune peut avoir Saint-Loup? Tu comprends bien que si je te demande cela,
je m'en moque comme de l'an quarante, mais c'est au point de vue balzacien,
tu comprends. Et tu ne sais même pas en quoi c'est placé, s'il
a des valeurs françaises, étrangères, des terres ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 201
[…] Bloch demanda très haut la permission d'ouvrir
les fenêtres et, sans attendre la réponse, se dirigea vers celles-ci.
Mme de Villeparisis dit qu'il était impossible d'ouvrir, qu'elle était
enrhumée. "Ah ! si ça doit vous faire du mal ! répondit
Bloch, déçu. Mais on peut dire qu'il fait chaud !" Et se mettant
à rire, il fit faire à ses regards qui tournèrent autour
de l'assistance une quête qui réclamait un appui contre Mme
de Villeparisis.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 201
[…] Bloch demanda très haut la permission d'ouvrir
les fenêtres et, sans attendre la réponse, se dirigea vers celles-ci.
Mme de Villeparisis dit qu'il était impossible d'ouvrir, qu'elle était
enrhumée. "Ah ! si ça doit vous faire du mal ! répondit
Bloch, déçu. Mais on peut dire qu'il fait chaud !" Et
se mettant à rire, il fit faire à ses regards qui tournèrent
autour de l'assistance une quête qui réclamait un appui contre
Mme de Villeparisis.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 201
— Mais comment la connaissez-vous, duchesse ? dit M.
d'Argencourt. — Comment, vous ne savez pas qu'elle a joué chez
moi avant tout le monde ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 205
Vous m'aviez montré une œuvrette un peu tarabiscotée
où vous coupiez les cheveux en quatre. Je vous ai donné franchement
mon avis ; ce que vous aviez fait ne valait pas la peine que vous le couchiez
sur le papier. Nous préparez-vous quelque chose ? Vous êtes
très féru de Bergotte, si je me souviens bien. — Ah
! ne dites pas de mal de Bergotte, s'écria la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 205
[…] il ne réunirait que quelques voix [sur son
nom, à l'Académie]. L'Académie aime à faire faire
un stage au postulant avant de l'admettre dans son giron. Actuellement, il
n'y a rien à faire. Plus tard je ne dis pas. Mais il faut que ce
soit la Compagnie elle-même qui vienne le chercher.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 207
Avant que M. de Norpois, contraint et forcé,
n'emmenât Bloch dans la petite baie où ils pourraient causer
ensemble, je revins un instant vers le vieux diplomate et lui glissai un
mot d'un fauteuil académique pour mon père.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 207
Non, non, me dit-il avec émotion, il ne faut
pas que votre père se présente [à l'Académie].
Il ne le faut pas dans son intérêt, pour lui-même, par
respect pour sa valeur qui est grande et qu'il compromettrait dans une pareille
aventure. Il vaut mieux que cela. Fût-il nommé, il aurait
tout à perdre et rien à gagner.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 207
Non, non, me dit-il avec émotion, il ne faut
pas que votre père se présente [à l'Académie].
Il ne le faut pas dans son intérêt, pour lui-même, par
respect pour sa valeur qui est grande et qu'il compromettrait dans une pareille
aventure. Il vaut mieux que cela. Fût-il nommé, il aurait
tout à perdre et rien à gagner.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 207
Non, non, me dit-il avec émotion, il ne faut
pas que votre père se présente [à l'Académie].
Il ne le faut pas dans son intérêt, pour lui-même, par
respect pour sa valeur qui est grande et qu'il compromettrait dans une pareille
aventure. Il vaut mieux que cela. Fût-il nommé, il aurait
tout à perdre et rien à gagner.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 207
À plusieurs reprises, M. de Norpois traita ses
collègues de fossiles. En dehors des autres raisons, tout membre d'un
club ou d'une Académie aime à investir ses collègues
du genre de caractère le plus contraire au sien, moins pour l'utilité
de pouvoir dire : "Ah ! si cela ne dépendait que de moi !"
que pour la satisfaction de présenter le titre qu'il a obtenu comme
plus difficile et plus flatteur. "Je vous dirai, conclut-il, que, dans votre
intérêt à tous, j'aime mieux pour votre père une
élection triomphale [à l'Académie] dans dix ou quinze
ans."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 208
À plusieurs reprises, M. de Norpois traita ses
collègues de fossiles. En dehors des autres raisons, tout membre d'un
club ou d'une Académie aime à investir ses collègues
du genre de caractère le plus contraire au sien, moins pour l'utilité
de pouvoir dire : "Ah ! si cela ne dépendait que de moi !" que pour
la satisfaction de présenter le titre qu'il a obtenu comme plus difficile
et plus flatteur. "Je vous dirai, conclut-il, que, dans votre intérêt
à tous, j'aime mieux pour votre père une élection
triomphale [à l'Académie] dans dix ou quinze ans."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 208
"Je ne peux pas comprendre, reprit la duchesse, comment
Robert a jamais pu l' [Rachel] aimer. Oh ! je sais bien qu'il ne faut
jamais discuter ces choses-là", ajouta-t-elle avec une jolie moue
de philosophe et de sentimentale désenchantée. "Je sais que
n'importe qui peut aimer n'importe quoi. Et, ajouta-t-elle […] c'est même
ce qu'il y a de beau dans l'amour, parce que c'est justement ce qui le rend
"mystérieux".
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 209
Je ne peux pas comprendre, reprit la duchesse,
comment Robert a jamais pu l'aimer. Oh ! je sais bien qu'il ne faut
jamais discuter ces choses-là, ajouta-t-elle avec une jolie moue de
philosophe et de sentimentale désenchantée.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 209
— Vous savez de qui nous parlons, Basin ? dit la duchesse
à son mari. — Naturellement, je devine, dit le duc.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 209
- Il y a des Guermantes qui restent rue de la Chaise,
disait le valet de chambre, j'avais un ami qui y avait travaillé;
il était second cocher chez eux. Et je connais quelqu'un, pas mon copain
alors, mais son beau-frère qui avait fait son temps au régiment
avec un piqueur Piqueur: terme de vénerie: valet de chiens poursuivant
la bête à cheval. du baron de Guermantes. "Et après tout
allez-y donc, c'est pas mon père!" ajoutait le valet de la
chambre qui avait l'habitude comme il fredonnait les refrains de l'année,
de parsemer ses discours des plaisanteries nouvelles.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 21
Ah ! vous connaissez Les Sept Princesses ? répondit
la duchesse à M. d'Argencourt. Tous mes compliments ! Moi je
n'en connais qu'une, mais cela m'a ôté la curiosité de
faire la connaissance des six autres. Si elles sont toutes pareilles à
celle que j'ai vue !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 211
Maintenant je reconnais qu'elle [Odette] est immonde,
mais elle a été une ravissante personne. Ça ne m'a pas
fait moins de chagrin que Charles l'ait épousée, parce que
c'était tellement inutile. […] "Oui, n'est-ce pas, ce n'était
pas la peine, mais enfin elle [Odette] n'était pas sans charme et
je comprends parfaitement qu'on l'aimât, tandis que la demoiselle de
Robert, je vous assure qu'elle est à mourir de rire. Je sais bien
qu'on m'objectera cette vieille rengaine d'Augier : "Qu'importe le flacon
pourvu qu'on ait l'ivresse !" Hé bien Robert a peut-être
l'ivresse, mais il n'a vraiment pas fait preuve de goût dans le choix
du flacon !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 211
Maintenant je reconnais qu'elle [Odette] est immonde,
mais elle a été une ravissante personne. Ça ne m'a pas
fait moins de chagrin que Charles l'ait épousée, parce que
c'était tellement inutile. […] "Oui, n'est-ce pas, ce n'était
pas la peine, mais enfin elle [Odette] n'était pas sans charme et
je comprends parfaitement qu'on l'aimât, tandis que la demoiselle de
Robert, je vous assure qu'elle est à mourir de rire. Je sais bien
qu'on m'objectera cette vieille rengaine d'Augier : "Qu'importe le flacon
pourvu qu'on ait l'ivresse ;"Hé bien Robert a peut-être l'ivresse,
mais il n'a vraiment pas fait preuve de goût dans le choix du flacon
!
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 211
Maintenant je reconnais qu'elle [Odette] est immonde,
mais elle a été une ravissante personne. Ça ne m'a pas
fait moins de chagrin que Charles l'ait épousée, parce que
c'était tellement inutile. […] "Oui, n'est-ce pas, ce n'était
pas la peine, mais enfin elle [Odette] n'était pas sans charme
et je comprends parfaitement qu'on l'aimât, tandis que la demoiselle
de Robert, je vous assure qu'elle est à mourir de rire. Je sais bien
qu'on m'objectera cette vieille rengaine d'Augier : "Qu'importe le flacon
pourvu qu'on ait l'ivresse". Hé bien Robert a peut-être l'ivresse,
mais il n'a vraiment pas fait preuve de goût dans le choix du flacon
!
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 211
Maintenant je reconnais qu'elle [Odette] est immonde,
mais elle a été une ravissante personne. Ça ne m'a pas
fait moins de chagrin que Charles l'ait épousée, parce que
c'était tellement inutile. […] "Oui, n'est-ce pas, ce n'était
pas la peine, mais enfin elle [Odette] n'était pas sans charme et
je comprends parfaitement qu'on l'aimât, tandis que la demoiselle de
Robert, je vous assure qu'elle est à mourir de rire. Je sais bien
qu'on m'objectera cette vieille rengaine d'Augier : "Qu'importe le flacon
pourvu qu'on ait l'ivresse !" Hé bien Robert a peut-être l'ivresse,
mais il n'a vraiment pas fait preuve de goût dans le choix du flacon
!
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 211
[…] Oriane a une cousine dont la mère, sauf
erreur, est née Grandin.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 213
Dites-moi, ma bonne tante, demanda M. de Guermantes
à Mme de Villeparisis, qu'est-ce que ce monsieur assez bien de sa
personne qui sortait comme j'entrais ? Je dois le connaître parce qu'il
m'a fait un grand salut, mais je ne l'ai pas remis, vous savez, je suis
brouillé avec les noms, ce qui est bien désagréable,
dit-il d'un air de satisfaction.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 213
Dites-moi, ma bonne tante, demanda M. de Guermantes
à Mme de Villeparisis, qu'est-ce que ce monsieur assez bien de sa
personne qui sortait comme j'entrais ? Je dois le connaître parce qu'il
m'a fait un grand salut, mais je ne l'ai pas remis, vous savez, je suis brouillé
avec les noms, ce qui est bien désagréable, dit-il d'un
air de satisfaction.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 213
[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217
— A propos, saviez-vous qui est partisan enragé
de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ! Je vous dirai
même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été
une levée de boucliers, un véritable folie. Comme on le présente
dans huit jours... — Evidemment, interrompit la duchesse, s'ils sont tous
comme Gilbert qui a toujours soutenu qu'il fallait renvoyer tous les juifs
à Jérusalem... — Ah ! alors, le prince de Guermantes est tout
à fait dans mes idées, interrompit M. d'Argencourt. ./. Le
duc se parait de sa femme mais ne l'aimait pas. Très "suffisant",
il détestait d'être interrompu, puis il avait dans son ménage
l'habitude d'être brutal avec elle. Frémissant d'une double colère
de mauvais mari à qui on parle et de beau parleur qu'on n'écoute
pas, il s'arrêta net et lança sur la duchesse un regard qui
embarrassa tout le monde. — Qu'est-ce qu'il vous prend de nous parler de
Gilbert et de Jérusalem ? dit-il enfin. Il ne s'agit pas de cela.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217
À propos, saviez-vous qui est partisan enragé
de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217
À propos, saviez-vous qui est partisan
enragé de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217
À propos, saviez-vous qui est partisan enragé
de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ! Je vous dirai
même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été
une levée de boucliers […] Comme on le présente dans huit jours
. — Évidemment, interrompit la duchesse, s'ils sont tous comme Gilbert
qui a toujours soutenu qu'il fallait renvoyer tous les juifs à Jérusalem
. […] "Qu'est-ce qui vous prend de nous parler de Gilbert et de Jérusalem
? […] Il ne s'agit pas de cela. Mais, ajouta-t-il d'un ton radouci, vous
m'avouerez que si un des nôtres était refusé au Jockey
[…] ce serait un comble.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217
À propos, saviez-vous qui est partisan enragé
de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ! Je vous dirai
même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été
une levée de boucliers […] Comme on le présente dans huit jours
. — Évidemment, interrompit la duchesse, s'ils sont tous comme Gilbert
qui a toujours soutenu qu'il fallait renvoyer tous les juifs à Jérusalem
. […] "Qu'est-ce qui vous prend de nous parler de Gilbert et de Jérusalem
? […] Il ne s'agit pas de cela. Mais, ajouta-t-il d'un ton radouci, vous
m'avouerez que si un des nôtres était refusé au Jockey
[…] ce serait un comble.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217
À propos, saviez-vous qui est partisan enragé
de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ! Je vous dirai
même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été
une levée de boucliers […] Comme on le présente dans huit jours
. — Évidemment, interrompit la duchesse, s'ils sont tous comme Gilbert
qui a toujours soutenu qu'il fallait renvoyer tous les juifs à Jérusalem.
[…] "Qu'est-ce qui vous prend de nous parler de Gilbert et de Jérusalem
? […] Il ne s'agit pas de cela. Mais, ajouta-t-il d'un ton radouci, vous
m'avouerez que si un des nôtres était refusé au Jockey
[…] ce serait un comble. Que voulez-vous, ma chère, ça les
a fait tiquer, ces gens, ils ont ouvert de gros yeux. Je ne peux pas leur
donner tort […] mais enfin que diable ! quand on s'appelle le marquis
de Saint-Loup, on n'est pas dreyfusard, que voulez-vous que je vous dise
!"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217
À propos, saviez-vous qui est partisan enragé
de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ! Je vous dirai
même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été
une levée de boucliers […] Comme on le présente dans huit jours
. — Évidemment, interrompit la duchesse, s'ils sont tous comme Gilbert
qui a toujours soutenu qu'il fallait renvoyer tous les juifs à Jérusalem
. […] "Qu'est-ce qui vous prend de nous parler de Gilbert et de Jérusalem
? […] Il ne s'agit pas de cela. Mais, ajouta-t-il d'un ton radouci, vous
m'avouerez que si un des nôtres était refusé au Jockey
[…] ce serait un comble. Que voulez-vous, ma chère, ça les
a fait tiquer, ces gens, ils ont ouvert de gros yeux. Jene peux pas leur
donner tort […] mais enfin que diable ! quand on s'appelle le marquis de
Saint-Loup, on n'est pas dreyfusard, que voulez-vous que je vous dise
!"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217
- […]Il y a une donzelle, une cascadeuse de la pire
espèce qui a plus d'influence sur lui et qui est précisément
compatriote du sieur Dreyfus. Elle a passé à Robert son état
d'esprit. — Vous ne saviez peut-être pas, monsieur le duc, qu'il y
a un mot nouveau pour exprimer un tel genre d'esprit, dit l'archiviste qui
était secrétaire des comités antirevisionistes. On dit
"mentalité". Cela signifie exactement la même chose, mais au
moins personne ne sait ce qu'on veut dire. C'est le fin du fin et comme on
dit le "dernier cri". […] — Ah! mentalité, j'en prends note,
je le resservirai, dit le duc. (Ce n'était pas une figure, le duc avait
un petit carnet rempli de "citations" et qu'il relisait avant les grands dîners).
Mentalité me plaît. Il y a comme cela des mots nouveaux, qu'on
lance, mais ils ne durent pas. Dernièrement, j'ai lu comme cela qu'un
écrivain était "talentueux". Comprenne qui pourra. Puis je
ne l'ai plus jamais revu.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 218
- […]Il y a une donzelle, une cascadeuse de la pire
espèce qui a plus d'influence sur lui et qui est précisément
compatriote du sieur Dreyfus. Elle a passé à Robert son état
d'esprit. — Vous ne saviez peut-être pas, monsieur le duc, qu'il y
a un mot nouveau pour exprimer un tel genre d'esprit, dit l'archiviste qui
était secrétaire des comités antirevisionistes. On dit
"mentalité". Cela signifie exactement la même chose, mais au
moins personne ne sait ce qu'on veut dire. C'est le fin du fin et comme on
dit le "dernier cri". […] — Ah! mentalité, j'en prends note, je
le resservirai, dit le duc. (Ce n'était pas une figure, le duc
avait un petit carnet rempli de "citations" et qu'il relisait avant les grands
dîners). Mentalité me plaît. Il y a comme cela des mots
nouveaux, qu'on lance, mais ils ne durent pas. Dernièrement, j'ai
lu comme cela qu'un écrivain était "talentueux". Comprenne
qui pourra. Puis je ne l'ai plus jamais revu.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 218
— C'est surtout comique [que Saint-Loup soit dreyfusard],
répondit la duchesse, étant donné les idées de
sa mère qui nous rase avec la Patrie française du matin au
soir. — Oui, mais il n'y a pas que sa mère, il ne faut pas nous
raconter de craques… Il y a une donzelle, une cascadeuse de la pire espèce,
qui a plus d'influence sur lui et qui est précisément compatriote
du sieur Dreyfus… Elle a passé à Robert son état d'esprit…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 218
"Vous avez entendu le mot d'Oriane ? demanda avidement
le duc de Guermantes à Mme de Villeparisis. — Oui, je le trouve très
drôle." Cela ne suffisait pas au duc : "Eh bien, moi, je ne le trouve
pas drôle ; ou plutôt cela m'est tout à fait égal
qu'il soit drôle ou non. Je ne fais aucun cas de l'esprit." M. d'Argencourt
protestait. "Il ne pense pas un mot de ce qu'il dit", murmura la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 220
"Vous avez entendu le mot d'Oriane ? demanda avidement
le duc de Guermantes à Mme de Villeparisis. — Oui, je le trouve très
drôle." Cela ne suffisait pas au duc : "Eh bien, moi, je ne le trouve
pas drôle ; ou plutôt cela m'est tout à fait égal
qu'il soit drôle ou non. Je ne fais aucun cas de l'esprit."
M. d'Argencourt protestait. "Il ne pense pas un mot de ce qu'il dit", murmura
la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 220
Je ne suis pas si ambitieux que ma cousine Mirepoix
qui prétend qu'elle peut suivre la filiation de sa maison avant Jésus-Christ
jusqu'à la tribu de Lévi, et je me fais fort de démontrer
qu'il n'y a jamais eu une goutte de sang juif dans notre famille. Mais enfin
il ne faut tout de même pas nous la faire à l'oseille,
il est bien certain que les charmantes opinions de monsieur mon neveu [Saint-Loup,
dreyfusard] peuvent faire assez de bruit dans Landerneau.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 220
[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 221
[…] quand on le vit regarder dans les yeux son supérieur,
ne pas craindre de lui tenir la dragée haute et de lui dire d'un ton
qui n'admettait pas de réplique : "Voyons, mon colonel, vous savez
bien que je n'ai jamais menti, vous savez bien qu'en ce moment, comme
toujours, je dis la vérité." Le vent tourna, M. Picquart eut
beau retourner ciel et terre dans les audiences suivantes, il fit bel et
bien fiasco.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 221
Bloch cherchait à pousser M. de Norpois sur le
colonel Picquart. "Il est hors de conteste, répondit M. de Norpois,
que sa déposition était nécessaire. Je sais qu'en soutenant
cette opinion j'ai fait pousser à plus d'un de mes collègues
des cris d'orfraie, mais, à mon sens, le gouvernement avait
le devoir de laisser parler le colonel.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 221
Quand on l'a vu [le colonel Picquart], bien pris dans
le joli uniforme des chasseurs, venir sur un ton parfaitement simple et franc
raconter ce qu'il avait vu, ce qu'il avait cru, dire : "Sur mon honneur de
soldat" (et ici la voix de M. de Norpois vibra d'un léger trémolo
patriotique) "telle est ma conviction", il n'y a pas à nier que
l'impression a été profonde.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 221
« Je n'ai pas de carte d'invitation »,
dit Bloch, pensant que Mme de Villeparisis allait lui en offrir une […].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 224
— Non, Monsieur, je ne vais plus au bal, répondit-elle
avec un joli sourire de vieille femme. Vous y allez, vous autres ? C'est
de votre âge.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 224
— […] Du reste, les choses mondaines ne sont pas mon
fort. — Ah ! Je croyais le contraire » dit Bloch, qui se figurait
que Mme de Guermantes avait parlé sincèrement.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 225
Cette affaire-là, jusqu'ici, c'est la bouteille
à l'encre. Je ne dis pas que d'un côté comme de l'autre
il n'y ait à cacher d'assez vilaines turpitudes.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 225
Mme de Villeparisis dit gaiement à Mme de Guermantes
: "Voyons, est-ce une grande solennité mondaine, le bal de Mme Sagan
? — Ce n'est pas à moi qu'il faut demander cela, lui répondit
ironiquement la duchesse, je ne suis pas encore arrivée à savoir
ce que c'était qu'une solennité mondaine. Du reste les choses
mondaines ne sont pas mon fort.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 225
Mme de Villeparisis dit gaiement à Mme de Guermantes
: "Voyons, est-ce une grande solennité mondaine, le bal de Mme Sagan
? — Ce n'est pas à moi qu'il faut demander cela, lui répondit
ironiquement la duchesse, je ne suis pas encore arrivée à savoir
ce que c'était qu'une solennité mondaine. Du reste les choses
mondaines ne sont pas mon fort.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 225
Il va de soi d'ailleurs que c'est au gouvernement qu'il
appartient de dire le droit et de clore la liste trop longue des crimes
impunis […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 226
Mais il ne faut pas craindre d'éclairer l'opinion
; et si quelques moutons, de ceux qu'a si bien connus notre Rabelais,
se jetaient à l'eau tête baissée, il conviendrait
de leur montrer que cette eau est trouble, qu'elle a été
troublée à dessein par uneengeance qui n'est pas de chez nous,
pour en dissimuler les dessous dangereux.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 227
Mais il ne faut pas craindre d'éclairer l'opinion
; et si quelques moutons, de ceux qu'a si bien connus notre Rabelais, se
jetaient à l'eau tête baissée, il conviendrait de leur
montrer que cette eau est trouble, qu'elle a été troublée
à dessein par une engeance qui n'est pas de chez nous, pour
en dissimuler les dessous dangereux.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 227
Mais il ne faut pas craindre d'éclairer
l'opinion ; et si quelques moutons, de ceux qu'a si bien connus notre Rabelais,
se jetaient à l'eau tête baissée, il conviendrait de
leur montrer que cette eau est trouble, qu'elle a été troublée
à dessein par une engeance qui n'est pas de chez nous, pour en dissimuler
les dessous dangereux.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 227
— Vous, monsieur", dit Bloch, en se tournant vers M.
d'Argenteuil […] "vous êtes certainement dreyfusard : à l'étranger
tout le monde l'est. — C'est une affaire qui ne regarde que les Français
entre eux, n'est-ce pas ?" répondit M. d'Argencourt avec cette insolence
particulière qui consiste à prêter à l'interlocuteur
une opinion qu'on sait manifestement qu'il ne partage pas, puisqu'il vient
d'en émettre une opposée.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 227
Vous, Monsieur, qui êtes français,
vous savez certainement qu'on est dreyfusard à l'étranger,
quoiqu'on prétende qu'en France on ne sait jamais ce qui se passe
à l'étranger.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 228
Vous parliez des Sept Princesses, duchesse,
vous savez (je n'en suis pas plus fier pour ça) que l'auteur de ce…
comment dirai-je, de ce factum, est un de mes compatriotes.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 229
Je connais des Belges très aimables, vous, votre
Roi qui est un peu timide mais plein d'esprit, mes cousins Ligne et bien
d'autres, mais heureusement vous ne parlez pas le même langage que
l'auteur des Sept Princesses. Du reste si vous voulez que je vous
dise, c'est trop d'en parler parce que surtout ce n'est rien. Ce sont
des gens qui cherchent à avoir l'air obscur et au besoin qui s'arrangent
d'être ridicules pour cacher qu'ils n'ont pas d'idées.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 230
[…] Mme de Marsantes n'avait pas eu la force de regretter
longtemps son père et sa mère, mais pour rien au monde
elle n'eût porté de couleurs dans le mois qui suivait la mort
d'un cousin.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 231
Du reste, nous avons tous été trop confiants,
trop hospitaliers. Je ne fréquenterai plus personne de cette nation.
Pendant qu'on avait de vieux cousins de province du même sang, à
qui on fermait sa porte, on l'ouvrait aux Juifs. Nous voyons maintenant leur
remerciement. Hélas ! je n'ai rien à dire, j'ai un fils
adorable et qui débite, en jeune fou qu'il est, toutes les insanités
possibles.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 233
Chaque fois que le duc avait délaissé
trop ouvertement sa femme. Mme de Marsantes avait pris avec éclat
contre son propre frère le parti de sa belle-sœur. Celle-ci gardait
de cette projection un souvenir reconnaissant et rancunier et, elle n'était
qu'à demi fâchée des fredaines de Robert. A ce moment
la porte s'étant ouverte de nouveau celui-ci entra. — Tiens, quand
on parle du Saint-Loup, dit Mme de Guermantes, Mme de Marsantes qui tournait
le dos à la porte n'avait pas vu entrer son fils. Quand elle l'aperçut,
en cette mère la joie battit, véritablement comme un coup d'aile,
le corps de Mme de Marsantes se souleva à demi, son visage palpita
et elle attachait sur Robert des yeux émerveillés: — Comment,
tu es venu! quel bonheur! quelle surprise! — Ah! quand on parle du Saint-Loup,
je comprends, dit le diplomate belge riant aux éclats. — C'est délicieux,
répliqua sèchement Mme de Guermantes qui détestait les
calembours et n'avait hasardé celui-là qu'en ayant l'air de
se moquer d'elle-même.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 234
Ils causèrent un instant ensemble et sans doute
de moi, car tandis que Saint-Loup se rapprochait de sa mère, Mme de
Guermantes se tourna vers moi. — Bonjour, comment allez-vous, me dit-elle.
Elle laissa pleuvoir sur moi la lumière de son regard bleu, hésita
un instant, déplia et tendit la tige de son bras, pencha en avant
son corps qui se redressa rapidement en arrière comme un arbuste qu'on
a couché et qui, laissé libre, revient à sa position
naturelle.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 234
- Il ne va pas très bien, il est un peu fatigué;
du reste il irait peut-être mieux s'il te voyait plus souvent, car
je ne te cache pas qu'il aime beaucoup te voir. — Ah! mais, c'est très
aimable, dit Mme de Guermantes d'un ton volontairement banal, comme si
je lui eusse apporté son manteau. Je suis très flattée.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 235
On vint annoncer que le prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen
faisait dire à M. de Norpois qu'il était là. "Allez
le chercher, monsieur" dit Mme de Villeparisis à l'ancien ambassadeur
qui se porta au-devant du premier ministre allemand. Mais la marquise le
rappela : "Attendez, monsieur ; faudra-t-il que je lui montre la miniature
de l'impératrice Charlotte ? — Ah ! je crois qu'il sera ravi […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 235
— Oriane, dit à mi-voix Mme de Marsantes, vous
disiez que vous alliez voir Mme de Saint-Ferréol, est-ce que vous
auriez été assez gentille pour lui dire qu'elle ne m'attende
pas à dîner ? Je resterai chez moi puisque j'ai Robert.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 235
Il parle trop de mon grand pouvoir, il doit croire
que les alouettes me tombent toutes rôties, que j'ai autant de
voix [à l'Académie] que j'en veux, et c'est pour cela qu'il
ne m'offre pas la sienne, mais je n'ai qu'à le mettre au pied du mur,
là, entre nous deux, et à lui dire : "Hé bien ! votez
pour moi", et il sera obligé de le faire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 237
Il parle trop de mon grand pouvoir, il doit croire que
les alouettes me tombent toutes rôties, que j'ai autant de voix [à
l'Académie] que j'en veux, et c'est pour cela qu'il ne m'offre pas
la sienne, mais je n'ai qu'à le mettre au pied du mur, là,
entre nous deux, et à lui dire : "Hé bien ! votez pour moi",
et il sera obligé de le faire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 237
Sans doute M. de Norpois le recevait avec une extrême
politesse, même ne voulait pas qu'il se dérangeât et "prît
la peine de venir jusqu'à sa porte", se rendait lui-même à
l'hôtel du prince et quand le chevalier teutonique avait lancé:
"Je voudrais bien être votre collègue", répondait d'un
ton pénétré: "Ah! je serais très heureux!" Et
sans doute un naïf, un docteur Cottard se fût dit: "Voyons, il
est là chez moi, c'est lui qui a tenu à venir parce qu'il me
considère comme un personnage plus important que lui, il me dit qu'il
serait heureux que je sois de l'Académie, les mots ont tout de même
un sens, que diable, sans doute s'il ne me propose pas de voter pour
moi, c'est qu'il n'y pense pas.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 237
"Mon cher ambassadeur, lui dit-il, vous me disiez ce
matin que vous ne saviez pas comment me prouver votre reconnaissance ; c'est
fort exagéré, car vous ne m'en devez aucune, mais je vais
avoir l'indélicatesse de vous prendre au mot."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 240
Il fit sur la politique de ces vingt dernières
années une étude pour la Revue des Deux Mondes et s'y
exprima à plusieurs reprises dans les termes les plus flatteurs sur
M. de Norpois. Celui-ci alla le voir et le remercia. Il ajouta qu'il ne
savait comment exprimer sa gratitude.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 240
Quel homme ne sait que, quand une femme qu'il va payer
lui dit : "Ne parlons pas d'argent", cette parole doit être comptée,
ainsi qu'on dit en musique, comme "une mesure pour rien", et que si plus
tard elle lui déclare : "Tu m'as fait trop de peine, tu m'as
souvent caché la vérité, je suis à bout", il
doit interpréter : "Un autre protecteur lui offre davantage" ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 240
Quel homme ne sait que, quand une femme qu'il va payer
lui dit: "Ne parlons pas d'argent", cette parole doit être comptée
ainsi qu'on dit en musique, comme "une mesure pour rien" et que si plus tard
elle lui déclare: "Tu m'as fait trop de peine, tu m'as souvent caché
la vérité, je suis à bout", il doit interpréter:
"un autre protecteur lui offre davantage".
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 241
"Monsieur, dit Mme de Villeparisis à M. de Norpois,
vous penserez tout à l'heure que vous avez quelque chose à
dire au prince au sujet de l'Académie ?"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 242
"Vous ne voulez pas que je vous donne une tasse
de thé ou un peu de tarte, elle est très bonne", me dit Mme
de Guermantes, désireuse d'avoir été aussi aimable que
possible.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 242
Mme de Guermantes baissa les yeux, fit faire un quart
de cercle à son poignet pour regarder l'heure. "Oh ! mon Dieu ; il
est temps que je dise au revoir à ma tante, si je dois encore
passer chez Mme de Saint-Férréol, et je dîne chez Mme
Leroi."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 242
Il est vrai que, comme je n'avais même pas une
photographie de mon père ou de ma mère dans ma chambre, il
n'y avait rien de si choquant à ce qu'il ne s'en trouvât
pas de mon oncle Adolphe.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 244
Pendant que je regardais les photographies, Charles
Morel examinait ma chambre. Et comme je cherchais où je pourrais les
serrer : "Mais comment se fait-il, me dit-il (d'un ton où le
reproche n'avait pas besoin de s'exprimer tant il était dans les paroles
mêmes), que je n'en voie pas une seule de votre oncle dans votre
chambre ?" Je sentis le rouge me monter au visage, et balbutiai :
"Mais je crois que je n'en ai pas."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 244
Comme j'avais été très étonné
de trouver parmi les photographgies que m'envoyait son père une du
portrait de Miss Sacripant (c'est-à-dire Odette) par Elstir, je dis
à Charles Morel, en l'accompagnant jusqu'à la porte cochère
: "Je crains que vous ne puissiez me renseigner. Est-ce que mon oncle
connaissait beaucoup cette dame ? […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 245
Derrière la barrière parfumée que
lui faisait la beauté choisie, il était isolé au milieu
d'un salon comme au milieu d'une salle de spectacle dans une loge et, quand
on venait le saluer,au travers pour ainsi dire de la beauté de sa
compagne, il était excusable de répondre fort brièvement
et sans s'interrompre de parler à une femme.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 246
Dernièrement Charlus a dîné chez
la princesse de Guermantes ; je ne sais comment on a parlé de vous.
M. de Norpois leur aurait dit — c'est inepte, n'allez pas vous mettre
martel en tête pour cela, personne n'y a attaché d'importance,
on savait trop de quelle bouche cela tombait — que vous étiez un flatteur
à moitié hystérique.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 250
Dernièrement Charlus a dîné chez
la princesse de Guermantes ; je ne sais comment on a parlé de vous.
M. de Norpois leur aurait dit — c'est inepte, n'allez pas vous mettre
martel en tête pour cela, personne n'y a attaché d'importance,
on savait trop de quelle bouche cela tombait — que vous étiez un flatteur
à moitié hystérique.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 250
Dernièrement Charlus a dîné chez
la princesse de Guermantes; je ne sais pas comment on a parlé de vous.
M. de Norpois leur aurait dit, s'est inepte, n'allez pas vous mettre martel
en tête pour cela, personne n'y a attaché d'importance, on
savait trop de quelle bouche cela tombait, — que vous étiez un
flatteur à moitié hystérique.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 250
"N'est-ce pas, monsieur l'ambassadeur, que Mme Leroi
est une personne sans intérêt, très inférieure
à toutes celles qui fréquentent ici et que j'ai eu raison
de ne pas l'attirer ?" Soit indépendance, soit fatigue, M. de
Norpois se contenta de répondre par un salut plein de respect mais
vide de signification.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 252
Robert m'appela dans le fond du salon où il était
avec ma mère. "Que tu as été gentil, lui dis-je, comment
te remercier ? Pouvons-nous dîner demain ensemble ? — Demain, si
tu veux, mais alors avec Bloch […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 253
Robert m'appela dans le fond du salon où il était
avec ma mère. "Que tu as été gentil, lui dis-je,
comment te remercier ? Pouvons-nous dîner demain ensemble ? — Demain,
si tu veux, mais alors avec Bloch […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 253
Robert m'appela dans le fond du salon où il était
avec ma mère. "Que tu as été gentil, lui dis-je, comment
te remercier ? Pouvons-nous dîner demain ensemble ? —
Demain, si tu veux, mais alors avec Bloch […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 253
Robert m'appela dans le fond du salon où il était
avec ma mère. "Que tu as été gentil, lui dis-je, comment
te remercier ? Pouvons-nous dîner demain ensemble ? — Demain, si
tu veux, mais alors avec Bloch […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 253
"Quant à gentil, continua Saint-Loup, tu prétends
que je l'ai été pour toi, mis je n'ai pas été
gentil du tout, ma tante dit que c'est toi qui la fuis, que tu ne lui dis
pas un mot. Elle se demande si tu n'as pas quelque chose contre elle."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 254
"Puisque je vois que vous allez dans le monde maintenant,
faites-moi donc le plaisir de venir me voir. Mais c'est assez compliqué
[…] Je suis peu chez moi, il faudrait que vous m'écriviez.
Mais j'aimerais mieux vous expliquer cela plus tranquillement. Je vais partir
dans un moment. Voulez-vous faire deux pas avec moi ? Je ne vous retiendrai
qu'un instant."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255
"Puisque je vois que vous allez dans le monde maintenant,
faites-moi donc le plaisir de venir me voir. Mais c'est assez compliqué
[…] Je suis peu chez moi, il faudrait que vous m'écriviez. Mais j'aimerais
mieux vous expliquer cela plus tranquillement. Je vais partir dans un
moment. Voulez-vous faire deux pas avec moi ? Je ne vous retiendrai qu'un
instant."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255
"Puisque je vois que vous allez dans le monde maintenant,
faites-moi donc le plaisir de venir me voir. Mais c'est assez compliqué
[…] Je suis peu chez moi, il faudrait que vous m'écriviez. Mais j'aimerais
mieux vous explique cela plus tranquillement. Je vais partir dans un moment.
Voulez-vous faire deux pas avec moi ? Je ne vous retiendrai
qu'un instant."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255
"Puisque je vois que vous allez dans le monde maintenant,
faites-moi donc le plaisir de venir me voir. Mais c'est assez compliqué
[…] Je suis peu chez moi, il faudrait que vous m'écriviez. Mais j'aimerais
mieux vous explique cela plus tranquillement. Je vais partir dans un moment.
Voulez-vous faire deux pas avec moi ? Je ne vous retiendrai qu'un instant."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255
[À Charlus qui s'en va] — Vous ferez bien
de faire attention, monsieur, lui dis-je. Vous avez pris par erreur le
chapeau d'un des visiteurs. — Vous voulez m'empêcher de prendre mon
chapeau ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255
[à Charlus qui s'en va] — Vous ferez bien de
faire attention, monsieur, lui dis-je. Vous avez pris par erreur le chapeau
d'un des visiteurs. — Vous voulez m'empêcher de prendre mon
chapeau ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255
— Vous ferez bien de faire attention, monsieur, lui
dis-je. Vous avez pris par erreur le chapeau d'un des visiteurs. —
Vous voulez m'empêcher de prendre mon chapeau ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255
Elle qui m'aime tant, que doit-elle se dire ! Pauvre
chérie, si tu savais, elle a de telles délicatesses, je
ne peux pas te dire, elle a souvent fait pour moi des choses adorables.
Ce qu'elle doit être malheureuse en ce moment ! En tout cas, quoi qu'il
arrive, je ne veux pas qu'elle me prenne pour un mufle, je cours chez Boucheron
chercher le collier [=le lui acheter].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 256
Elle qui m'aime tant, que doit-elle se dire ! Pauvre
chérie, si tu savais, elle a de telles délicatesses,
je ne peux pas te dire, elle a souvent fait pour moi des choses adorables.
Ce qu'elle doit être malheureuse en ce moment ! En tout cas, quoi qu'il
arrive, je ne veux pas qu'elle me prenne pour un mufle, je cours chez Boucheron
chercher le collier [=le lui acheter].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 256
Elle qui m'aime tant, que doit-elle se dire ! Pauvre
chérie, si tu savais, elle a de telles délicatesses, je ne
peux pas te dire, elle a souvent fait pour moi des choses adorables. Ce qu'elle
doit être malheureuse en ce moment ! En tout cas, quoi qu'il arrive,
je ne veux pas qu'elle me prenne pour un mufle, je cours chez Boucheron chercher
le collier [=le lui acheter].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 256
Elle qui m'aime tant, que doit-elle se dire ! Pauvre
chérie, si tu savais, elle a de telles délicatesses, je ne
peux pas te dire, elle a souvent fait pour moi des choses adorables. Ce qu'elle
doit être malheureuse en ce moment ! En tout cas, quoi qu'il arrive,
je ne veux pas qu'elle me prenne pour un mufle, je cours chez Boucheron
chercher le collier [=le lui acheter].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 256
"Comment, Robert, tu t'en vas ? C'est sérieux
? Mon petit enfant ! Le seul jour où je pouvais t'avoir !" Et presque
bas, sur le ton le plus naturel, d'une voix d'où elle s'efforçait
de bannir toute tristesse pour ne pas inspirer à son fils une pitié
qui eût peut-être cruelle pour lui, ou inutile et bonne seulement
à l'irriter, comme un argument de simple bon sens elle ajouta : "Tu
sais que ce n'est pas gentil ce que tu fais là."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 257
Robert m'entraîna brusquement vers sa mère.
"Adieu, lui dit-il ; je suis forcé de partir. Je ne sais quand
je reviendrai en permission, sans doute pas avant un mois. Je vous l'écrirai
dès que je le saurai."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 257
"Mon Dieu, s'il n'était pas encore parti, j'aurais
voulu le rattraper, non pas pour le retenir certes, mais pour lui dire que
je ne lui en veux pas, que je trouve qu'il a eu raison. Cela ne vous ennuie
pas que je regarde sur l'escalier ?" Et nous allâmes jusque-là
: "Robert ! Robert ! cria-t-elle. Non, il est parti, il est trop tard."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 258
Vous ne la connaissez pas ? Je vous en félicite,
elle a volé, ruiné je ne sais pas combien de gens, il n'y a
pas pis que ça comme fille.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 260
Dans l'escalier, j'entendis derrière moi une
voix qui m'interpellait : "Voilà comme vous m'attendez, monsieur."
C'était M. de Charlus. "Cela vous est égal de faire
quelques pas à pied ? me dit-il sèchement, quand nous fûmes
dans la cour. Nous marcherons jusqu'à ce que j'aie trouvé un
fiacre qui me convienne. — Vous vouliez parler de quelque chose, monsieur
? — Ah ! voilà, en effet, j'avais certaines choses à vous dire,
mais je ne sais trop si je vous les dirai. […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 262
Dans l'escalier, j'entendis derrière moi une
voix qui m'interpellait : "Voilà comme vous m'attendez, monsieur."
C'était M. de Charlus. "Cela vous est égal de faire quelques
pas à pied ? me dit-il sèchement, quand nous fûmes dans
la cour. Nous marcherons jusqu'à ce que j'aie trouvé un fiacre
qui me convienne. — Vous vouliez parler de quelque chose, Monsieur
? — Ah ! voilà, en effet, j'avais certaines choses à
vous dire, mais je ne sais trop si je vous les dirai. […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 262
Dans l'escalier, j'entendis derrière moi une
voix qui m'interpellait : "Voilà comme vous m'attendez, monsieur."
C'était M. de Charlus. "Cela vous est égal de faire quelques
pas à pied ? me dit-il sèchement, quand nous fûmes dans
la cour. Nous marcherons jusqu'à ce que j'aie trouvé un fiacre
qui me convienne. — Vous vouliez parler de quelque chose, monsieur ? — Ah
! voilà, en effet, j'avais certaines choses à vous dire,
mais je ne sais trop si je vous les dirai. […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 262
Il n'y a rien de plus agréable que de
se donner de l'ennui pour une personne qui en vaille la peine.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 262
Nous cultivons les bégonias, nous taillons les
ifs, par pis-aller, parce que les ifs et les bégonias se laissent
faire. Mais nous aimerions mieux donner notre temps à un arbuste humain,
si nous étions sûrs qu'il en valût la peine.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 262
Mais nous aimerions mieux donner notre temps à
un arbuste humain, si nous étions sûrs qu'il en valût
la peine. Toute la question est là ; vous devez vous connaître
un peu. En valez-vous la peine ou non ? — Je ne voudrais, monsieur, pour
rien au monde, être pour vous une cause de soucis, lui dis-je,
mais quant à mon plaisir, croyez bien que tout ce qui me viendra de
vous m'en causera un très grand.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 263
Il pourrait même, pendant qu'il y est, frapper
à coups redoublés sur sa charogne […] de mère. Voilà
qui serait fort bien fait et ne serait pas pour nous déplaire,
hein !, petit ami, puisque nous aimons les spectacles exotiques […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 265
Peut-être pourriez-vous demander à
votre ami de me faire assister à quelque belle fête au Temple,
à une circoncision, à des chants juifs.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 265
[…] je me disais que les rapports, peu étudiés
jusqu'ici, me semblait-il, entre la bonté et la méchanceté
dans un même cœur, pour divers qu'ils puissent être, seraient
intéressants à établir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 266
[…] je me disais que les rapports, peu étudiés
jusqu'ici, me semblait-il, entre la bonté et la méchanceté
dans un même cœur, pour divers qu'ils puissent être,
seraient intéressants à établir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 266
En tout cas, pensez, en ce moment où tous ces
malheureux Juifs tremblent devant la fureur stupide des chrétiens,
quel honneur pour eux de voir un homme comme moi condescendre à
s'amuser de leurs jeux !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 266
M. Drumont a la prétention de mettre les révisionnistes
dans le même sac que les protestants et les Juifs. C'est charmant
cette promiscuité !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 266
Je l'amenai à un certain médecin (encore
un être bien curieux, entre parenthèses, et sur lequel il
y aurait beaucoup à dire).
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 267
[…] un jeune cocher, ayant déserté son
siège, […] conduisait du fond de la voiture où il était
assis sur les coussins, l'air à moitié gris. M. de Charlus
l'arrêta vivement. Le cocher parlementa un moment. "De quel côté
allez-vous ? — Du vôtre" […] "Mais je ne veux pas remonter sur le siège.
Ça vous est égal que je reste dans la voiture ?
— Oui, seulement, baissez la capote […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 272
Je vous le répète, il faudra que je vous
voie chaque jour et que je reçoive de vous des garanties de loyauté,
de discrétion que d'ailleurs, je dois le dire, vous semblez
offrir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 272
Nous fîmes prendre ce fébrifuge à
ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme
un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité
supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection,
et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai
rien à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la
vigilante tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait
dire : "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la
quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt
fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours.
Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275
Nous fîmes prendre ce fébrifuge à
ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme
un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité
supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection,
et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je
n'ai rien à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la
vigilante tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait
dire : "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la
quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt
fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours.
Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275
Nous fîmes prendre ce fébrifuge à
ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme
un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité
supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection,
et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien
à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante
tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire
: "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine,
elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois.
Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours.
Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275
Nous fîmes prendre ce fébrifuge à
ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme
un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité
supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection,
et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien
à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante
tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire
: "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez
la quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois,
vingt fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera
pas toujours. Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275
Nous fîmes prendre ce fébrifuge à
ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme
un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité
supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection,
et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien
à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante
tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire
: "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine,
elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois.
Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas
toujours. Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275
Nous fîmes prendre ce fébrifuge à
ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme
un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité
supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection,
et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien
à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante
tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire
: "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine,
elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois.
Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours.
Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275
Nous fîmes prendre ce fébrifuge à
ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme
un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité
supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection,
et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien
à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante
tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire
: "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine,
elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois.
Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours.
Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275
"Ah ! je ne sais pas, c'est très possible", dit
Françoise qui était là et qui entendait pour la première
fois le nom de Charcot comme celui de Boulbon. Mais cela ne l'empêchait
nullement de dire : "C'est possible." Ses "c'est possible", ses "peut-être",
ses "je ne sais pas" étaient exaspérants en pareil cas. On
avait envie de lui répondre : " Bien entendu que vous ne le saviez
pas puisque vous ne connaissez rien à la chose dont il s'agit ; comment
pouvez-vous même dire que c'est possible ou pas, vous n'en savez rien
? En tout cas maintenant vous ne pouvez pas dire que vous ne savez pas ce
que Charcot a dit à du Boulbon, etc., vous le savez puisque nous vous
l'avons dit, et vos "peut-être", vos "c'est possible" ne sont pas de
mise puisque c'est certain."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277
"Ah ! je ne sais pas, c'est très possible", dit
Françoise qui était là et qui entendait pour la première
fois le nom de Charcot comme celui de Boulbon. Mais cela ne l'empêchait
nullement de dire : "C'est possible." Ses "c'est possible", ses "peut-être",
ses "je ne sais pas" étaient exaspérants en pareil cas. On
avait envie de lui répondre : " Bien entendu que vous ne le saviez
pas puisque vous ne connaissez rien à la chose dont il s'agit ; comment
pouvez-vous même dire que c'est possible ou pas, vous n'en savez
rien ? En tout cas maintenant vous ne pouvez pas dire que vous ne savez
pas ce que Charcot a dit à du Boulbon, etc., vous le savez puisque
nous vous l'avons dit, et vos "peut-être", vos "c'est possible" ne
sont pas de mise puisque c'est certain."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277
"Ah ! je ne sais pas, c'est très possible", dit
Françoise qui était là et qui entendait pour la première
fois le nom de Charcot comme celui de Boulbon. Mais cela ne l'empêchait
nullement de dire : "C'est possible." Ses "c'est possible", ses "peut-être",
ses "je ne sais pas" étaient exaspérants en pareil cas. On
avait envie de lui répondre : " Bien entendu que vous ne le saviez
pas puisque vous ne connaissez rien à la chose dont il s'agit ; comment
pouvez-vous même dire que c'est possible ou pas, vous n'en savez rien
? En tout cas maintenant vous ne pouvez pas dire que vous ne savez pas
ce que Charcot a dit à du Boulbon, etc., vous le savez puisque
nous vous l'avons dit, et vos "peut-être", vos "c'est possible" ne
sont pas de mise puisque c'est certain."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277
"Ah ! je ne sais pas, c'est très possible", dit
Françoise qui était là et qui entendait pour la première
fois le nom de Charcot comme celui de Boulbon. Mais cela ne l'empêchait
nullement de dire : "C'est possible." Ses "c'est possible", ses "peut-être",
ses "je ne sais pas" étaient exaspérants en pareil cas. On
avait envie de lui répondre : " Bien entendu que vous ne le saviez
pas puidsque vous ne connaissez rien à la chose dont il s'agit ; comment
pouvez-vous même dire que c'est possible ou pas, vous n'en savez rien
? En tout cas maintenant vous ne pouvez pas dire que vous ne savez pas ce
que Charcot a dit à du Boulbon, etc., vous le savez puisque nous vous
l'avons dit, et vos "peut-être", vos "c'est possible" ne sont pas
de mise puisque c'est certain."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277
[…] il commença à parler de Bergotte.
"Ah ! je crois bien, Madame, c'est admirable ; comme vous avez raison
de l'aimer ! Mais lequel de ses livres préférez-vous ?
[…]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277
« Ah ! je ne sais pas, c'est très possible
», dit Françoise qui était là et qui entendait
pour la première fois le nom de Charcot comme celui de Boulbon. Mais
cela ne l'empêchait nullement de dire : « C'est possible. »
Ses « c'est possible », ses « peut-être »,
ses « je ne sais pas » étaient exaspérants en pareil
cas. On avait envie de lui répondre : « Bien entendu que vous
ne le saviez pas puisque vous ne connaissez rien à la chose dont il
s'agit ; comment pouvez-vous même dire que c'est possible ou
pas, vous n'en savez rien ? En tout cas maintenant vous ne pouvez pas dire
que vous ne savez pas ce que Charcot a dit à du Boulbon, etc., vous
le savez puisque nous vous l'avons dit, et vos "peut-être", vos "c'est
possible" ne sont pas de mise puisque c'est certain. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277
"[…] Vous m'avez dit que vous ne mangiez pas, que vous
ne sortiez pas ? — Mais, monsieur, j'ai un peu de fièvre." Il toucha
sa main. "Pas en ce moment en tout cas. Et puis la belle excuse !
Ne savez-vous pas que nous laissons au grand air, que nous suralimentons,
des tuberculeux qui ont jusqu'à 39° ? — Mais j'ai aussi un peu
d'albumine. — Vous ne devriez pas le savoir. […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 278
"[…] Vous m'avez dit que vous ne mangiez pas, que vous
ne sortiez pas ? — Mais, monsieur, j'ai un peu de fièvre." Il toucha
sa main. "Pas en ce moment en tout cas. Et puis la belle excuse ! Ne savez-vous
pas que nous laissons au grand air, que nous suralimentons, des tuberculeux
qui ont jusqu'à 39° ? — Mais j'ai aussi un peu d'albumine.
— Vous ne devriez pas le savoir. […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 278
Ne me dites pas que vous êtes fatiguée.
La fatigue est la réalisation organique d'une idée préconçue.
Commencez par ne pas la penser. Et si jamais vous avez une petite indisposition,
ce qui peut arriver à tout le monde, ce sera comme si vous ne l'aviez
pas, car elle aura fait de vous, selon un mot profond de M. de Talleyrand,
un bien portant imaginaire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 282
"Alors, disait-il, vous êtes toujours là.
Vous ne pensez pas à vous retirer. — Et pourquoi que je me retirerais,
monsieur ? Voulez-vous me dire où je serais mieux qu'ici, où
j'aurais plus mes aises et tout le confortable ? […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 284
[Le magistrat, habitué des toilettes publiques,
dont la femme est morte.] On sentait qu'il avait été tout dérangé
dans ses petites habitudes. J'ai tâché de le remonter, je lui
ai dit : « Il ne faut pas se laisser aller. Venez comme avant,
dans votre chagrin ça vous fera une petite distraction. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 285
Eh bien ! monsieur […] depuis huit ans, vous m'entendez
bien, tous les jours que Dieu a faits, sur le coup de 3 heures, il est
ici, il reste plus d'une demi-heure pour lire ses journaux en faisant ses
petits besoins.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 285
Enfin ma grand-mère sortit [des toilettes], et
songeant qu'elle ne chercherait pas à effacer par un pourboire l'indiscrétion
qu'elle avait montrée en restant un temps pareil, je battis en retraite
pour ne pas avoir une part du dédain que lui témoignerait sans
doute la "marquise", et je m'engageai dans une allée, mais lentement,
pour que ma grand-mère pût facilement me rejoindre et continuer
avec moi. C'est ce qui arriva bientôt. Je pensai que ma grand-mère
allait me dire : "Je t'ai fait bien attendre, j'espère que
tu ne manqueras tout de même pas tes amis", mais elle ne prononça
pas une seule parole […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 286
"Allons, lui dis-je assez légérement pour
n'avoir pas l'air de prendre trop au sérieux son malaise, puisque
tu as un peu mal au cœur, si tu veux bien nous allons rentrer, je ne veux
pas promener aux Champs-Élysées une grand-mère qui a
une indigestion. — Je n'osais pas te le proposer à cause de
tes amis, me répondit-elle. Pauvre petit ! Mais puisque tu le veux
bien, c'est plus sage." J'eus peur qu'elle en remarquât la façon
dont elle prononçait ses mots. "Voyons, lui dis-je brusquement, ne
te fatigue donc pas à parler, puisque tu as mal au cœur, c'est absurde,
attends au moins que nous soyons rentrés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 287
"Allons, lui dis-je assez légérement pour
n'avoir pas l'air de prendre trop au sérieux son malaise, puisque
tu as un peu mal au cœur, si tu veux bien nous allons rentrer, je ne veux
pas promener aux Champs-Élysées une grand-mère qui a
une indigestion. — Je n'osais pas te le proposer à cause de tes amis,
me répondit-elle. Pauvre petit ! Mais puisque tu le veux bien, c'est
plus sage." J'eus peur qu'elle en remarquât la façon dont elle
prononçait ses mots. "Voyons, lui dis-je brusquement, ne te fatigue
donc pas à parler, puisque tu as mal au cœur, c'est absurde,
attends au moins que nous soyons rentrés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 287
"Allons, lui dis-je assez légérement pour
n'avoir pas l'air de prendre trop au sérieux son malaise, puisque
tu as un peu mal au cœur, si tu veux bien nous allons rentrer, je ne veux
pas promener aux Champs-Élysées une grand-mère qui a
une indigestion. — Je n'osais pas te le proposer à cause de tes amis,
me répondit-elle. Pauvre petit ! Mais puisque tu le veux bien, c'est
plus sage." J'eus peur qu'elle en remarquât la façon dont
elle prononçait ses mots. "Voyons, lui dis-je brusquement, ne te fatigue
donc pas à parler, puisque tu as mal au cœur, c'est absurde, attends
au moins que nous soyons rentrés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 287
"Mais, Monsieur, je ne demande pas que vous receviez
ma grand-mère, vous comprendrez après ce que je veux vous dire,
elle est peu en état, je vous demande au contraire de passer d'ici
une demi-heure chez nous, où elle sera rentrée. — Passer chez
vous ? Mais, Monsieur, vous n'y pensez pas. Je dîne chez le
ministre du Commerce, il faut que je fasse une visite avant, je vais m'habiller
tout de suite, pour comble de malheur un de mes deux habits noirs a été
déchiré et l'autre n'a pas de boutonnière pour passer
les décorations.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 291
[…] si malade que fût ma grand-mère, en
somme plusieurs personnes auraient pu dire qu'à six heures, quand
nous revînmes des Champs-Élysées, elles l'avaient saluée,
passant en voiture découverte, par un temps superbe. Legrandin, qui
se dirigeait vers la place de la Concorde, nous donna un coup de chapeau,
en s'arrêtant, l'air étonné. Moi qui n'étais pas
encore détaché de la vie, je demandai à ma grand-mère
si elle lui avait répondu, lui rappelant qu'il était susceptible.
Ma grand-mère, me trouvant sans doute bien léger, leva la main
comme pour dire : "Qu'est-ce que cela fait ? Cela n'a aucune importance."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 291
[…] si malade que fût ma grand-mère, en
somme plusieurs personnes auraient pu dire qu'à six heures, quand
nous revînmes des Champs-Élysées, elles l'avaient saluée,
passant en voiture découverte, par un temps superbe. Legrandin, qui
se dirigeait vers la place de la Concorde, nous donna un coup de chapeau,
en s'arrêtant, l'air étonné. Moi qui n'étais pas
encore détaché de la vie, je demandai à ma grand-mère
si elle lui avait répondu, lui rappelant qu'il était susceptible.
Ma grand-mère, me trouvant sans doute bien léger, leva la main
comme pour dire : "Qu'est-ce que cela fait ? Cela n'a aucune importance."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 291
Alors pour la première fois les yeux de ma mère
se posèrent passionnément sur ceux de ma grand'mère,
ne voulant pas voir le reste de son visage, et elle dit, commençant
la liste de ces faux serments que nous ne pouvons pas tenir: — Maman tu seras
bientôt guérie, c'est ta fille qui s'y engage.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 295
Quand ma grand'mère souffrait ainsi, la sueur
coulait sur son grand front mauve, y collant les mèches blanches,
et, si elle croyait que nous n'étions pas dans la chambre, elle poussait
des cris: "Ah! c'est affreux!", mais, si elle apercevait ma mère,
aussitôt elle employait toute son énergie à effacer de
son visage les traces de douleur, ou, au contraire, répétait
les mêmes plaintes en les accompagnant d'explications qui donnaient
rétrospectivement un autre sens à celles que ma mère
avait pu entendre: — Ah! ma fille, c'est affreux, rester couchée
par ce beau soleil quand on voudrait aller se promener, je pleure de rage
contre vos prescriptions.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 298
Et tout en s'éloignant avec Robert qu'il tenait
par l'épaule: "C'est égal, répétait-il, on voit
bien que je viens de toucher de la corde de pendu ou tout comme; j'ai
une sacrée veine."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 312
M. de Guermantes […] eût fini par sortir, si au
même moment il n'avait vu entrer Saint-Loup arrivé le matin
même à Paris et accouru aux nouvelles. « Ah ! Elle
est bien bonne ! » s'écria joyeusement le duc en attrapant
son neveu par sa manche qu'il failli arracher […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 312
Françoise, quand elle avait un grand chagrin,
éprouvait le besoin si inutile, mais ne possédait pas l'art
si simple, de l'exprimer. Jugeant ma grand'mère tout à fait
perdue, c'était ses impressions à elle, Françoise, qu'elle
tenait à nous faire connaître. Et elle ne savait que répéter:
"Cela me fait quelque chose", du même ton dont elle disait quand
elle avait pris trop de soupe aux choux: "J'ai comme un poids sur l'estomac",
ce qui dans les deux cas était plus naturel qu'elle ne semblait le
croire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 314
On le "trouvait" toujours dans les circonstances graves,
et il était si assidu auprès des mourants que les familles,
prétendant qu'il était délicat de santé, malgré
son apparence robuste, sa voix de basse-taille et sa barbe de sapeur, le conjuraient
toujours avec les périphrases d'usage de ne pas venir à l'enterrement.
Je savais d'avance que maman qui pensait aux autres milieu de la plus immense
douleur lui dirait sous une tout autre forme ce qu'il avait l'habitude de
s'entendre toujours dire: — Promettez-moi que vous ne viendrez pas "demain".
Faites-le pour "elle". Au moins n'allez pas "là-bas". Elle vous avait
demandé de ne pas venir. Rien n'y faisait; il était toujours
le premier à la "maison", à cause de quoi on lui avait donné
dans un autre milieu, le surnom que nous ignorions de "ni fleurs ni couronnes".
Et avant d'aller à "tout", il avait toujours "pensé à
tout", ce qui lui valait ces mots: "Vous on ne vous dit pas merci."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 315
On le "trouvait" toujours dans les circonstances graves,
et il était si assidu auprès des mourants que les familles,
prétendant qu'il était délicat de santé, malgré
son apparence robuste, sa voix de basse-taille et sa barbe de sapeur, le
conjuraient toujours avec les périphrases d'usage de ne pas venir
à l'enterrement. Je savais d'avance que maman qui pensait aux autres
milieu de la plus immense douleur lui dirait sous une tout autre forme ce
qu'il avait l'habitude de s'entendre toujours dire: — Promettez-moi que
vous ne viendrez pas "demain". Faites-le pour "elle". Au moins n'allez pas
"là-bas". Elle vous avait demandé de ne pas venir. Rien n'y
faisait; il était toujours le premier à la "maison", à
cause de quoi on lui avait donné dans un autre milieu, le surnom que
nous ignorions de "ni fleurs ni couronnes". Et avant d'aller à "tout",
il avait toujours "pensé à tout", ce qui lui valait ces mots:
"Vous on ne vous dit pas merci."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 315
On me fit m'essuyer les yeux avant que j'allasse embrasser
ma grand-mère [mourante]. — Mais je croyais qu'elle ne voyait plus,
dit mon père. — On ne peut jamais savoir, répondit le
docteur.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 318
[Le narrateur est en deuil de sa grand-mère]
[…] profitant de l'absence de mes parents, partis pour quelques jours à
Combray, je comptais ce soir même aller entendre une petite pièce
[…] De Combray […], consultée, elle [=ma mère] ne m'eût
pas répondu par un triste : « Fais ce que tu veux, tu es
assez grand pour savoir ce que tu dois faire », mais se reprochant
de m'avoir laissé seul à Paris, et jugeant mon chagrin d'après
le sien, elle eût souhaité pour lui des distractions qu'elle
se fût refusée à elle-même […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 320
Comme elle me disait qu'Elstir était bête
et que je me récriais : « Vous ne comprenez pas, répliqua-t-elle
en souriant, je veux dire qu'il a été bête en cette circonstance,
mais je sais parfaitement que c'est quelqu'un de tout à fait distingué.
»
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 326
Ce n'est pas qu'Albertine ne possédât
déjà quand j'était à Balbec un lot très
sortable de ces expressions qui décèlent immédiatement
qu'on est issu d'une famille aisée, et que d'année en année
une mère abandonne à sa fille comme elle lui donne au fur et
à mesure qu'elle grandit, dans les circonstances importantes, ses
propres bijoux. On avait senti qu'Albertine avait cessé d'être
une petite enfant quand un jour, pour remercier d'un cadeau qu'une étrangère
lui avait fait, elle avait répondu: "Je suis confuse." Mme
Bontemps n'avait pu s'empêcher de regarder son mari qui avait répondu:
— Dame, elle va sur ses quatorze ans.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 328
De toute évidence, quand j'avais connu Albertine,
le mot de « mousmé » lui était inconnu. Il est
vraisemblable que, si les choses eussent suivi leur cours normal, elle ne
l'eût jamais appris et je n'y aurais vu pour ma part aucun inconvénient,
car nul n'est plus horripilant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 330
— Dites-moi encore un mot, vous savez, à Balbec,
quand je ne vous connaissais pas encore, vous aviez souvent un regard dur,
rusé, vous ne pouvez pas me dire à quoi vous pensiez à
ces moments-là ? — Ah ! je n'ai aucun souvenir. — Tenez, pour vous
aider, un jour votre amie Gisèle a sauté à pieds
joints par-dessus la chaise où était assis un vieux monsieur.
Tâchez de vous rappeler ce que vous avez pensé à ce moment-là.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 335
— Dites-moi encore un mot, vous savez, à Balbec,
quand je ne vous connaissais pas encore, vous aviez souvent un regard dur,
rusé, vous ne pouvez pas me dire à quoi vous pensiez
à ces moments-là ? — Ah ! je n'ai aucun souvenir. —
Tenez, pour vous aider, un jour votre amie Gisèle a sauté à
pieds joints par-dessus la chaise où était assis un vieux monsieur.
Tâchez de vous rappeler ce que vous avez pensé à ce moment-là.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 335
— Dites-moi encore un mot, vous savez, à Balbec,
quand je ne vous connaissais pas encore, vous aviez souvent un regard dur,
rusé, vous ne pouvez pas me dire à quoi vous pensiez à
ces moments-là ? — Ah ! je n'ai aucun souvenir. — Tenez, pour
vous aider, un jour votre amie Gisèle a sauté à pieds
joints par-dessus la chaise où était assis un vieux monsieur.
Tâchez de vous rappeler ce que vous avez pensé à ce moment-là.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 335
Gisèle était celle que nous fréquentions
le moins, elle était de la bande si vous voulez, mais pas tout
à fait.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 335
Elle, si pressée tout à l'heure, maintenant,
et parce qu'elle trouvait sans doute que les baisers impliquent l'amour et
que l'amour l'emporte sur tout autre devoir, disait, quand je lui rappelais
son dîner . — « Mais ça ne fait rien du tout, voyons,
j'ai tout mon temps. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 338
Elle, si pressée tout à l'heure, maintenant,
et parce qu'elle trouvait sans doute que les baisers impliquent l'amour et
que l'amour l'emporte sur tout autre devoir, disait, quand je lui rappelais
son dîner . — « Mais ça ne fait rien du tout, voyons,
j'ai tout mon temps. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 338
Comme, lui ayant fait remarquer qu'il était
tard, j'ajoutais : « Vous ne me croyez pas ? », elle me
répondit, ce qui était peut-être vrai mais seulement depuis
deux minutes et pour quelques heures : « Je vous crois toujours. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 339
[…] je viendrai à tout hasard demain ou
après-demain dans l'après-midi. Vous ne me recevrez que si
vous le pouvez.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 341
[…] elle obliqua, vint à moi et retrouvant le
sourire du soir de l'Opéra et que le sentiment pénible d'être
aimée par quelqu'un qu'elle n'aimait pas, n'effaçait plus :
« Non, ne vous dérangez pas, vous permettez que je m'asseye
un instant à côté de vous ? » me dit-elle
en relevant gracieusement son immense jupe qui sans cela eût occupé
la bergère dans son entier.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 345
Je sentis […] que Mme de Guermantes avait le désir
de me faire goûter à ce qu'elle avait de plus agréable
quand elle me dit, mettant d'ailleurs devant mes yeux comme la beauté
violâtre d'une arrivée chez la tante de Fabrice et le miracle
d'une présentation au comte Mosca : « Vendredi vous ne seriez
pas libre, en petit comité ? Ce serait gentil… Il y aura
la princesse de Parme qui est charmante ; d'abord je ne vous inviterais pas
si ce n'était pas pour rencontrer des gens agréables… »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 347
J'ignorais absolument que le baron eût tous ces
talents dont il ne parlait jamais. Disons en passant que M. de Charlus
n'était pas enchanté que dans sa famille on l'appelât
Palamède. Pour Mémé, on eût pu comprendre que
cela ne lui plût pas.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 349
« Hé bien ! je vous quitte, me dit comme
à regret Mme de Guermantes. Il faut que j'aille une seconde chez
la princesse de Ligne. Vous n'y allez pas ? Non, vous n'aimez pas le monde
? Vous avez bien raison, c'est assommant. Si je n'étais pas obligée
! Mais c'est ma cousine, ce ne serait pas gentil. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 351
« Hé bien ! je vous quitte, me dit comme
à regret Mme de Guermantes. Il faut que j'aille une seconde chez la
princesse de Ligne. Vous n'y allez pas ? Non, vous n'aimez pas le monde
? Vous avez bien raison, c'est assommant. Si je n'étais pas obligée
! Mais c'est ma cousine, ce ne serait pas gentil. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 351
« Hé bien ! je vous quitte, me dit comme
à regret Mme de Guermantes. Il faut que j'aille une seconde chez la
princesse de Ligne. Vous n'y allez pas ? Non, vous n'aimez pas le monde ?
Vous avez bien raison, c'est assommant. Si je n'étais pas obligée
! Mais c'est ma cousine, ce ne serait pas gentil. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 351
« Hé bien ! je vous quitte, me dit comme
à regret Mme de Guermantes. Il faut que j'aille une seconde chez la
princesse de Ligne. Vous n'y allez pas ? Non, vous n'aimez pas le monde ?
Vous avez bien raison, c'est assommant. Si je n'étais pas obligée
! Mais c'est ma cousine, ce ne serait pas gentil. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 351
« Hé bien ! je vous quitte, me dit comme
à regret Mme de Guermantes. Il faut que j'aille une seconde chez la
princesse de Ligne. Vous n'y allez pas ? Non, vous n'aimez pas le monde ?
Vous avez bien raison, c'est assommant. Si je n'étais pas obligée
!
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 351
« Je vous ai demandé de venir dîner
dans cette île parce que j'ai pensé que le cadre vous plairait.
Je n'ai du reste rien de spécial à vous dire. Mais j'ai peur
qu'il ne fasse bien humide et que vous n'ayez froid. — Mais non. — Vous
le dites par amabilité. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 358
Mme de Stermaria se donnerait dès le premier
soir, je n'aurais donc pas besoin de convoquer Albertine chez moi, comme
pis-aller, pour la fin de la soirée.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 358
« Tu sais, j'ai raconté à Bloch,
me dit Saint-Loup, que tu ne l'aimais pas du tout tant que ça, que
tu lui trouvais des vulgarités. Voilà comme je suis,
j'aime les situations tranchées », conclut-il d'un air satisfait
et sur un ton qui n'admettait pas de réplique.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 367
Le patron lui-même perdait le sentiment des distances:
"M. le prince de Foix s'est perdu trois fois en venant de la porte Saint-Martin,
ne craignit-il pas de dire en riant non sans désigner, comme dans
une présentation, le célèbre aristocrate à un
avocat israélite qui, tout autre jour, eut été séparé
de lui par une barrière bien plus difficile à franchir que
la baie ornée de verdures. "Trois fois! voyez-vous ça",
dit l'avocat en touchant son chapeau.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 370
Le secret était si bien gardé que, quand
l'un d'eux venant au café disait : « Mes excellents bons, je
vous aime trop pour ne pas vous annoncer mes fiançailles avec
Mlle d'Ambresac », plusieurs exclamations retentissaient, nombre d'entre
eux, croyant déjà la chose faite pour eux-mêmes avec
elle, n'ayant pas le sang-froid nécessaire pour étouffer au
premier moment le cri de leur rage et de leur stupéfaction : «
Alors, ça te fait plaisir de te marier, Bibi ? » ne pouvait
s'empêcher de s'exclamer le prince de Châtellerault […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 371
Le secret était si bien gardé que, quand
l'un d'eux venant au café disait : « Mes excellents bons, je
vous aime trop pour ne pas vous annoncer mes fiançailles avec Mlle
d'Ambresac », plusieurs exclamations retentissaient, nombre d'entre
eux, croyant déjà la chose faite pour eux-mêmes avec
elle, n'ayant pas le sang-froid nécessaire pour étouffer au
premier moment le cri de leur rage et de leur stupéfaction : «
Alors, ça te fait plaisir de te marier, Bibi ? »
ne pouvait s'empêcher de s'exclamer le prince de Châtellerault
[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 371
Le prince de Foix l'émerveilla au contraire
au point qu'il laissa à peine à son interlocuteur le temps
de finir sa phrase. "Bien dit, mon prince, bien dit, (ce qui
voulait dire, en somme, récité sans faute), c'est ça,
c'est ça", s'écria-t-il […].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 374
Mais au moment où il allait [=Saint-Loup] pénétrer
dans la petite salle [réservée à l'aristocratie] il
m'aperçut dans la grande [celle du peuple]. « Bon Dieu, cria-t-il,
qu'est-ce que tu fais là, et avec la porte ouverte devant toi
», dit-il, non sans jeter un regard furieux au patron qui courut la
fermer en s'excusant sur les garçons : « Je leur dis toujours
de la tenir fermée. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 374
J'avais été obligé de déranger
ma table et d'autres qui étaient devant la mienne, pour aller à
lui [Saint-Loup]. « Pourquoi as-tu bougé ? Tu aimes mieux dîner
là que dans la petite salle [celle de l'aristocratie] ? Mais, mon pauvre
petit, tu vas geler. Vous allez me faire le plaisir de condamner cette
porte, dit-il au patron. — À l'instant même, monsieur le marquis,
les clients qui viendront à partir de maintenant passeront par la
petite salle, voilà tout. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 375
J'avais été obligé de déranger
ma table et d'autres qui étaient devant la mienne, pour aller à
lui [Saint-Loup]. « Pourquoi as-tu bougé ? Tu aimes mieux
dîner là que dans la petite salle [celle de l'aristocratie]
? Mais, mon pauvre petit, tu vas geler. Vous allez me faire le plaisir de
condamner cette porte, dit-il au patron. — À l'instant même,
monsieur le marquis, les clients qui viendront à partir de maintenant
passeront par la petite salle, voilà tout. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 375
[…] le patron revint nous dire que M. le prince de Foix
aurait bien voulu que M. le marquis lui permit de venir dîner à
une table près de lui. « Mais elles sont toutes prises, répondit
Robert en voyant les tables qui bloquaient la mienne. — Pour cela, riposta
la patron, cela ne fait rien : si ça pouvait être agréable
à M. le marquis, il me serait bien facile de prier ces personnes de
changer de place. Ce sont des choses qu'on peut faire pour M. le marquis
! — Mais c'est à toi de décider, me dit Saint-Loup, Foix est
un bon garçon, je ne sais pas s'il t'ennuiera, il est moins bête
que beaucoup. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 377
[…] le patron revint nous dire que M. le prince de Foix
aurait bien voulu que M. le marquis lui permit de venir dîner à
une table près de lui. « Mais elles sont toutes prises, répondit
Robert en voyant les tables qui bloquaient la mienne. — Pour cela, riposta
la patron, cela ne fait rien : si ça pouvait être agréable
à M. le marquis, il me serait bien facile de prier ces personnes de
changer de place. Ce sont des choses qu'on peut faire pour M. le marquis
! — Mais c'est à toi de décider, me dit Saint-Loup, Foix est
un bon garçon, je ne sais pas s'il t'ennuiera, il est moins bête
que beaucoup. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 377
[…] le patron revint nous dire que M. le prince de Foix
aurait bien voulu que M. le marquis lui permit de venir dîner à
une table près de lui. « Mais elles sont toutes prises, répondit
Robert en voyant les tables qui bloquaient la mienne. — Pour cela, riposta
la patron, cela ne fait rien : si ça pouvait être agréable
à M. le marquis, il me serait bien facile de prier ces personnes de
changer de place. Ce sont des choses qu'on peut faire pour M. le marquis
! — Mais c'est à toi de décider, me dit Saint-Loup, Foix est
un bon garçon, je ne sais pas s'il t'ennuiera, il est moins bête
que beaucoup. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 377
[…] le patron revint nous dire que M. le prince de Foix
aurait bien voulu que M. le marquis lui permit de venir dîner à
une table près de lui. « Mais elles sont toutes prises, répondit
Robert en voyant les tables qui bloquaient la mienne. — Pour cela, riposta
la patron, cela ne fait rien : si ça pouvait être agréable
à M. le marquis, il me serait bien facile de prier ces personnes de
changer de place. Ce sont des choses qu'on peut faire pour M. le marquis
! — Mais c'est à toi de décider, me dit Saint-Loup,
Foix est un bon garçon, je ne sais pas s'il t'ennuiera, il est moins
bête que beaucoup. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 377
« Assieds-toi toujours et commence à dîner,
j'arrive », et il disparut dans la petite salle.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 377
« Dis-moi pendant que j'y pense, me dit
Robert, mon oncle Charlus a quelque chose à te dire. Je lui ai promis
que je t'enverrais chez lui demain soir. — Justement, j'allais te parler
de lui. Mais demain soîr je dîne chez ta tante Guermantes. […]
»
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 379
« Dis-moi pendant que j'y pense, me dit Robert,
mon oncle Charlus a quelque chose à te dire. Je lui ai promis que
je t'enverrais chez lui demain soir. — Justement, j'allais te parler de
lui. Mais demain soîr je dîne chez ta tante Guermantes. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 379
En quittant le vestibuke, j'avais dit à M. de
Guermantes que j'avais un grand désir de voir ses Elstir. «
Je suis à vos ordres, M. Elstir est-il donc de vos amis ? […]
»
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 384
L'homme le plus avare, le plus sordide, le plus inhumain
du Faubourg ayant pour prénom Raphaël, sa charmante, sa fleur
sortant aussi du rocher signait toujours Raphaëla ; mais ce sont là
simples échantillons de règles innombrables dont nous pourrons
toujours, si l'occasion s'en présente, expliquer quelques-unes.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 397
Mme de l'Enclin portant les cheveux en bandeaux, qui
lui cachaient entièrement les oreilles, on ne l'appelait jamais que
« ventre affamé ».
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 397
Aussitôt l'ordre de servir donné, dans
un vaste déclic giratoire, multiple et simultané, les portes
de la salle à manger s'ouvrirent à deux battants; un maître
d'hôtel qui avait l'air d'un maître des cérémonies
s'inclina devant la princesse de Parme et annonça la nouvelle : "Madame
est servie", d'un ton pareil à celui dont il aurait dit "Madame
se meurt", mais qui ne jeta aucune tristesse dans l'assemblée car
ce fut d'un air folâtre et comme l'été, à Robinson,
que les couples s'avancèrent l'un derrière l'autre vers la
salle à manger, se séparant quand ils avaient gagné
leur place où des valets de pied poussaient derrière eux leur
chaise; […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 398
« Il paraît qu'elle récite de l'Aristote
(elle voulait dire de l'Aristophane) dans le monde. Je ne tolère
pas ça chez moi ! »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 411
« Il paraît qu'elle récite de l'Aristote
(elle voulait dire de l'Aristophane) dans le monde. Je ne tolère
pas ça chez moi ! »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 411
Comme un livre, comme une maison, la qualité
d'un « salon », pensait avec raison Mme de Guermantes,
a pour pierre angulaire le sacrifice…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 415
« Qu'est-ce que c'était que cette petite
dame en chapeau rose ? — Mais, mon cousin, vous l'avez vue souvent, c'est
la vicomtesse de Tours, née Lamarzelle. — Mais savez-vous qu'elle
est jolie, elle a l'air spirituel ; s'il n'y avait pas un petit défaut
dans la lèvre supérieure, elle serait tout bonnement ravissante.
S'il y a un vicomte de Tours il ne doit pas s'embêter. Oriane, savez-vous
à qui ses sourcils et la plantation de ses cheveux m'ont fait penser
? À votre cousine Hedwige de Ligne. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 424
« Qu'est-ce que c'était que cette petite
dame en chapeau rose ? — Mais, mon cousin, vous l'avez vue souvent, c'est
la vicomtesse de Tours, née Lamarzelle. — Mais savez-vous qu'elle
est jolie, elle a l'air spirituel ; s'il n'y avait pas un petit défaut
dans la lèvre supérieure, elle serait tout bonnement ravissante.
S'il y a un vicomte de Tours il ne doit pas s'embêter. Oriane, savez-vous
à qui ses sourcils et la plantation de ses cheveux m'ont fait
penser ? À votre cousine Hedwige de Ligne. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 424
« D'abord je trouve indigne d'une personne qui
a dit quelquefois, je le reconnais, d'assez jolies choses, de faire de mauvais
calembours, mais surtout sur mon frère qui est très susceptible
et si cela doit avoir pour résultat de me fâcher avec lui, c'est
vraiment bien la peine ! […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 425
Aussi en entendant ce mot de taquin appliqué
à Charlus parce qu'il donnait un si beau château, Oriane n'a
pu s'empêcher de s'écrier, involontairement, je dois le confesser,
elle n'y a pas mis de méchanceté, car c'est venu vite comme
l'éclair, "Taquin... taquin... Alors c'est Taquin le Superbe!"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 425
— Écoutez, Basin », disait la duchesse
dont le moment de donner la réplique à son mari était
venu, « je ne sais pourquoi vous dites que cela peut fâcher Palamède,
vous savez très bien le contraire. Il est beaucoup trop intelligent
pour se froisser de cette plaisanterie stupide qui n'a quoi que ce soit de
désobligeant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 425
— Écoutez, Basin », disait la duchesse
dont le moment de donner la réplique à son mari était
venu, « je ne sais pourquoi vous dites que cela peut fâcher
Palamède, vous savez très bien le contraire. Il est beaucoup
trop intelligent pour se froisser de cette plaisanterie stupide qui n'a quoi
que ce soit de désobligeant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 425
Vous allez faire croire que j'ai dit une méchanceté,
j'ai tout simplement répondu quelque chose de pas drôle, mais
c'est vous qui y donnez de l'importance par votre indignation. Je ne vous
comprends pas.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 425
"Nous parlions du dernier mot d'Oriane qui était
ici tout à l'heure", disait-on à une visiteuse qui allait se
trouver désolée de ne pas être venue une heure auparavant.
"Comment, Oriane était ici?" "Mais oui, vous seriez venue un
peu plus tôt", lui répondait la princesse d'Epinay, sans reproche,
mais en laissant comprendre tout ce que la maladroite avait raté.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 426
On sait que quand un ministre explique à la Chambre
qu'il a cru bien faire en suivant une ligne de conduite qui semble en effet
toute simple à l'homme de bon sens qui le lendemain dans son journal
lit le compte rendu de la séance, et commence à douter d'avoir
eu raison d'approuver le ministre, en voyant que le discours de celui-ci
a été écouté au milieu d'une vive agitation et
ponctué par des expressions de blâme telles que : « C'est
très grave », prononcées par un député
dont le nom et les titres sont si longs et suivis de mouvements si accentués
que, dans l'interruption tout entière, les mots « c'est très
grave ! » tiennent moins de place qu'un hémistiche dans un alexandrin.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 433
[…] au moment où le ministre monte à la
tribune dans un profond silence qui déjà met en goût
d'émotions artificielles. Les premiers mots du ministre : «
Je n'ai pas besoin de dire à la Chambre que j'ai un trop haut
sentiment des devoirs du gouvernement pour avoir reçu cette délégation
dont l'autorité de ma charge n'avait pas à connaître
», sont un coup de théâtre, car c'était la seule
hypothèse que le bon sens des députés n'eût pas
faite.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 434
Enfin une Courvoisier ayant demandé : «
En quoi te mettras-tu, Oriane ? » provoquait la seule réponse
à quoi l'on n'eût pas pensé : « Mais en rien du
tout ! » et qui faisait beaucoup marcher les langues comme dévoilant
l'opinion d'Oriane sur la véritable position mondaine du nouveau ministre
de Grèce et sur la conduite à tenir à son égard,
c'est-à-dire l'opinion qu'on aurait dû prévoir, à
savoir qu'une duchesse « n'avait pas à » se rendre au
bal travesti de ce nouveau ministre. « Je ne vois pas qu'il y ait
nécessité à aller chez le ministre de Grèce,
que je ne connais pas, je ne suis pas grecque, pourquoi irais-je là-bas
? je n'ai rien à y faire », disait la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 435
Aussi n'y avait-il pas de jour où l'on n'entendît
dire, non seulement "vous connaissez le dernier mot d'Oriane?", mais
"vous savez la dernière d'Oriane?" Et de la "dernière
d'Oriane", comme du dernier "mot" d'Oriane, on répétait; "C'est
bien d'Oriane"; "c'est de l'Oriane tout pur."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 437
Aussi n'y avait-il pas de jour où l'on n'entendît
dire, non seulement "vous connaissez le dernier mot d'Oriane?", mais "vous
savez la dernière d'Oriane?" Et de la "dernière d'Oriane",
comme du dernier "mot" d'Oriane, on répétait; "C'est bien
d'Oriane"; "c'est de l'Oriane tout pur."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 437
Dès que Poullein eut quitté la pièce,
chacun complimenta la duchesse de sa bonté avec ses gens. «
Mais je ne fais qu'être avec eux comme je voudrais qu'on fût
avec moi. — Justement ! ils peuvent dire qu'ils ont chez vous une
bonne place. — Pas si extraordinaire que ça. Mais je crois qu'ils
m'aiment bien. Celui-là est un peu agaçant parce qu'il est
amoureux, il croit devoir prendre des airs mélancoliques; »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 442
Dès que Poullein eut quitté la pièce,
chacun complimenta la duchesse de sa bonté avec ses gens. «
Mais je ne fais qu'être avec eux comme je voudrais qu'on fût
avec moi. — Justement ! ils peuvent dire qu'ils ont chez vous une bonne place.
— Pas si extraordinaire que ça. Mais je crois qu'ils m'aiment bien.
Celui-là est un peu agaçant parce qu'il est amoureux, il
croit devoir prendre des airs mélancoliques. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 442
— Oriane, dit la princesse de Parme, j'ai eu l'autre
jour la visite de votre cousine d'Heudicourt ; évidemment, c'est une
femme d'une intelligence supérieure ; c'est une Guermantes, c'est
tout dire, mais on dit qu'elle est médisante. » Le duc attacha
sur sa femme un long regard de stupéfaction voulue. Mme de Guermantes
se mit à rire. La princesse finit par s'en apercevoir. « Mais…
est-ce que vous n'êtes pas… de mon avis ? demanda-t-elle avec
inquiétude. — Mais Madame est trop bonne de s'occuper des mines de
Basin. Allons, Basin, n'ayez pas l'air d'insinuer du mal de nos parents.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 443
— […] Mme d'Heudicourt ne vous a probablement raconté
un bien plus joli mot qu'Oriane lui a dit l'autre jour, en réponse
à une invitation à déjeuner ? — Oh ! non ! dites-le
! — Voyons, Basin, taisez-vous, d'abord ce mot est stupide et va me faire
juger par la princesse comme encore inférieure à ma cruche
de cousine. Et puis, je ne sais pas pourquoi je dis ma cousine. C'est
une cousine à Basin. Elle est tout de même un peu parente avec
moi.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 444
« Oriane, c'est très joli ce que dit la
princesse, elle dit que c'est "bien rédigé". — Mais, mon
ami, vous ne m'apprenez rien, je sais que la princesse est très
spirituelle », répondit Mme de Guermantes […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 446
Tu mangeras une purée de marrons, je ne te dis
que ça et il y aura sept petites bouchées à la reine."
"Sept petites bouchées, s'écria Oriane. Alors c'est que nous
serons au moins huit!" Au bout de quelques instants, la princesse ayant compris
laissa éclater son rire comme un roulement de tonnerre. "Ah! nous
serons donc huit, c'est ravissant! Comme c'est bien rédigé!
dit-elle, ayant dans un suprême effort retrouvé l'expression
dont s'était servie Mme d'Epinay et qui s'appliquait mieux cette fois."
"Oriane c'est très joli ce que dit la princesse, elle dit que c'est
bien rédigé." "Mais, mon ami, vous ne m'apprenez rien, je sais
que la princesse est très spirituelle", répondit Mme de Guermantes
qui goûtait facilement un mot quand à la fois il était
prononcé par une Altesse et louangeait son propre esprit. "Je suis
très fière que Madame apprécie mes modestes rédactions.
D'ailleurs, je ne me rappelle pas avoir dit cela. Et si je l'ai dit, c'était
pour flatter ma cousine, car si elle avait sept bouchées, les bouches,
si j'ose m'exprimer ainsi, eussent dépassé la douzaine."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 446
J'insinuai que je n'avais aucune admiration pour M.
de Bornier. « Ah ! vous avez quelque chose à lui reprocher
? » me demanda curieusement le duc qui croyait toujours, quand
on disait du mal d'un homme, que cela devait tenir à un ressentiment
personnel, et du bien d'une femme que c'était le commencement d'une
amourette. « Je vois que vous avez une dent contre lui. Qu'est-ce qu'il
vous a fait ? Racontez-nous ça ! Mais si, vous devez avoir quelque
cadavre entre vous, puisque vous le dénigrez. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 448
J'insinuai que je n'avais aucune admiration pour M.
de Bornier. « Ah ! vous avez quelque chose à lui reprocher ?
» me demanda curieusement le duc qui croyait toujours, quand on disait
du mal d'un homme, que cela devait tenir à un ressentiment personnel,
et du bien d'une femme que c'était le commencement d'une amourette.
« Je vois que vous avez une dent contre lui. Qu'est-ce qu'il vous
a fait ? Racontez-nous ça ! Mais si, vous devez avoir quelque
cadavre entre vous, puisque vous le dénigrez. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 448
Je dois du reste avouer à Madame, reprit le
duc en s'adressant à la princesse de Parme que, Fille de Roland
à part, en littérature et même en musique je suis terriblement
vieux jeu, il n'y a pas de si vieux rossignol qui ne me plaise. Vous ne
me croiriez peut-être pas, mais le soir, si ma femme se met au
piano, il m'arrive de lui demander un vieil air d'Auber, de Boïeldieu,
même de Beethoven! Voilà ce que j'aime.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 448
[…] Même dans les Contemplations », ajouta
la duchesse, que ses interlocuteurs n'osèrent pas contredire et
pour cause, « il y a encore de jolies choses.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 451
Cependant les Cambremer, dont la colère contre
Morel était grande, invitèrent une fois, et tout exprès,
M. de Charlus, mais sans lui. Ne recevant pas de réponse du baron,
ils craignirent d'avoir fait une gaffe, et trouvant quela rancune est
mauvaise conseillère, écrivirent un peu tardivement à
Morel, platitude qui fit sourire M. de Charlus en lui montrant son pouvoir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 452
— Pauvre femme, elle me fait de la peine ! dit
la princesse de Parme à Mme de Guermantes. — Non, que Madame ne s'attendrisse
pas, elle n'a que ce qu'elle mérite.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 453
[à propos d'un personnage figurant sur un tableau]
« Mon Dieu […] je sais que c'est un homme qui n'est pas un inconnu
ni un imbécile dans sa spécialité, maisje suis brouillé
avec les noms. Je l'ai là sur le bout de la langue, monsieur…
monsieur… enfin peu importe, je ne sais plus.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 457
[à propos d'un personnage figurant sur un tableau]
« Mon Dieu […] je sais que c'est un homme qui n'est pas un inconnu
ni un imbécile dans sa spécialité, mais je suis brouillé
avec les noms. Je l'ai là sur le bout de la langue, monsieur… monsieur…
enfin peu importe, je ne sais plus.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 457
[à propos d'un personnage figurant sur un tableau]
« Mon Dieu […] je sais que c'est un homme qui n'est pas un inconnu
ni un imbécile dans sa spécialité, mais je suis brouillé
avec les noms. Je l'ai là sur le bout de la langue, monsieur…
monsieur… enfin peu importe, je ne sais plus.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 457
Mais dites donc, vous me semblez tout à fait
féru de ces tableaux. Si j'avais su ça, je me serais tuyauté
pour vous répondre. Du reste il n'y a pas lieu de se mettre autant
martel en tête pour creuser la peinture de M. Elstir que s'il s'agissait
de la Source d'Ingres ou des Enfants d'Edouard de Paul Delaroche.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 457
Je suis loin de tout admettre sans distinction dans
les tableaux d'Elstir. Il y a à prendre et à laisser. Mais
ce n'est pas toujours sans talent. Et il faut avouer que ceux que
j'ai achetés sont d'une beauté rare.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 458
Je suis loin de tout admettre sans distinction dans
les tableaux d'Elstir. Il y a à prendre et à laisser.
Mais ce n'est pas toujours sans talent. Et il faut avouer que ceux que j'ai
achetés sont d'une beauté rare.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 458
[M. de Guermantes] ne se rendait pas compte qu'il agaçait
notre tante avec ses "sublimes" donnés en veux-tu en voilà.
Bref, la tante Madeleine, qui n'a pas sa langue dans sa poche, lui a riposté
: "Hé, Monsieur, que garderez-vous alors pour M. de Bossuet ?" (M.
de Guermantes croyait que devant un nom célèbre, monsieur et
une particule étaient essentiellement Ancien Régime.) C'était
à payer sa place.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 461
Chaque fois que la mort dans l'âme il
se résignait à aller à une grande soirée chez
la princesse de Parme, il les convoquait toutes pour lui donner du courage
et ne paraissait ainsi qu'au milieu d'un cercle intime.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 461
J'assurai à la duchesse que je n'avais vu aucune
figure célèbre à la soirée de Mme de Villeparisis.
"Comment! me dit étourdiment Mme de Guermantes, avouant par là
que son respect pour les gens de lettres et son dédain du monde étaient
plus superficiels qu'elle ne disait et peut-être même qu'elle
ne croyait, comment! il n'y avait pas de grands écrivains! Vous
m'étonnez, il y avait pourtant des têtes impossibles!"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 462
— Pourtant, Oriane, regardez justement votre beau-frère
Palamède [de Charlus] dont vous êtes en train de parler ; il
n'y a pas de maîtresse qui puisse rêver d'être pleurée
comme l'a été cette pauvre Mme de Charlus. — Ah ! répondit
la duchesse, que Votre Altesse me permette de ne pas être
tout à fait de son avis. Tout le monde n'aime pas être pleuré
de la même manière, chacun a ses préférences.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 463
[Mme de Guermantes dit de la manière dont Charlus
manifeste le deuil de sa femme que "ce n'est pas un deuil de mari."] Ce
n'est pas pour dire du mal du pauvre Mémé [=Charlus] […],
reprit la duchesse, je reconnais qu'il est bon comme personne, il est délicieux,
il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n'en ont pas généralement.
C'est un cœur de femme, Mémé ! — Ce que vous dites est absurde,
interrompit vivement M. de Guermantes. Mémé n'a rien d'efféminé,
personne n'est plus viril que lui. — Mais je ne vous dis pas qu'il soit efféminé
le moins du monde. Comprenez au moins ce que je dis, reprit la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 464
[Mme de Guermantes dit de la manière dont Charlus
manifeste le deuil de sa femme que "ce n'est pas un deuil de mari."] Ce n'est
pas pour dire du mal du pauvre Mémé [=Charlus] […], reprit
la duchesse, je reconnais qu'il est bon comme personne, il est délicieux,
il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n'en ont pas généralement.
C'est un cœur de femme, Mémé ! — Ce que vous dites est absurde,
interrompit vivement M. de Guermantes. Mémé n'a rien d'efféminé,
personne n'est plus viril que lui. — Mais je ne vous dis pas qu'il soit efféminé
le moins du monde. Comprenez au moins ce que je dis, reprit la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 464
[Mme de Guermantes dit de la manière dont Charlus
manifeste le deuil de sa femme que "ce n'est pas un deuil de mari."] Ce n'est
pas pour dire du mal du pauvre Mémé [=Charlus] […], reprit
la duchesse, je reconnais qu'il est bon comme personne, il est délicieux,
il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n'en ont pas généralement.
C'est un cœur de femme, Mémé ! — Ce que vous dites est absurde,
interrompit vivement M. de Guermantes. Mémé n'a rien d'efféminé,
personne n'est plus viril que lui. — Mais je ne vous dis pas qu'il
soit efféminé le moins du monde. Comprenez au moins ce que
je dis, reprit la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 464
[Mme de Guermantes dit de la manière dont Charlus
manifeste le deuil de sa femme que "ce n'est pas un deuil de mari."] Ce n'est
pas pour dire du mal du pauvre Mémé [=Charlus] […], reprit
la duchesse, je reconnais qu'il est bon comme personne, il est délicieux,
il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n'en ont pas généralement.
C'est un cœur de femme, Mémé ! — Ce que vous dites est absurde,
interrompit vivement M. de Guermantes. Mémé n'a rien d'efféminé,
personne n'est plus viril que lui. — Mais je ne vous dis pas qu'il soit efféminé
le moins du monde. Comprenez au moins ce que je dis, reprit la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 464
— Il parle latin, enchérit le duc. — Comment,
latin ? demanda la princesse. — Ma parole d'honneur ! que Madame demande
à Oriane si j'exagère.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 465
— Il parle latin, enchérit le duc. — Comment,
latin ? demanda la princesse. — Ma parole d'honneur ! que Madame demande
à Oriane si j'exagère.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 465
— Mais puisqu'ils ont rompu, interrompit M. de Bréauté.
— Ils ont si pu rompu que l'ai trouvée il y a deux jours dans la garconnière
de Robert ; ils n'avaient pas l'air de gens brouillés, je vous
assure.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 465
— Mais puisqu'ils ont rompu, interrompit M. de Bréauté.
— Ils ont si pu rompu que l'ai trouvée il y a deux jours dans la garconnière
de Robert ; ils n'avaient pas l'air de gens brouillés, je vous
assure.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 465
[Mme de Guermantes : ] « […] Elle se dit probablement,
comme Robert, que sic transit, enfin je ne sais plus »,
ajouta-t-elle par modestie, quoiqu'elle sût très bien.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 467
Basin sait encore mieux que moi que je dis la vérité,
répondit la duchesse, mais il se croit obligé de prendre
des airs sévères à cause de votre présence et
il a peur que je vous scandalise.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 467
Une demande d'elle maintenant, c'est une raison pour
qu'il refuse. — Ah ! dans ces conditions, il vaut mieux que la duchesse
ne fasse rien, dit Mme de Parme.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 468
Une demande d'elle maintenant, c'est une raison pour
qu'il refuse. — Ah ! dans ces conditions, il vaut mieux que la duchesse
ne fasse rien, dit Mme de Parme.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 468
"Mais Madame, s'écria-t-elle, Monserfeuil n'a
aucune espèce de crédit ni de pouvoir avec le nouveau gouvernement.
Ce serait un coup d'épée dans l'eau." "Je crois qu'il pourrait
nous entendre, murmura la princesse en invitant la duchesse à
parler plus bas." "Que Votre Altesse ne craigne rien, il est sourd comme
un pot," dit sans baisser la voix la duchesse que le général
entendit parfaitement.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 470
"Votre Altesse devrait." "Mon Dieu, si vous croyez,
dit la princesse, mais il me semble que ce ne sera pas facile." "Mais Madame
verra que tout s'arrangera très bien. Ce sont de très
bonnes gens, pas bêtes. Nous y avons mené Mme de Chevreuse,
ajouta la duchesse sachant la puissance de l'exemple, elle a été
ravie.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 475
— Comment ! vous avez fait le voyage de Hollande
et vous n'êtes pas allé à Haarlem ? s'écria
la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 479
"L'empereur est d'une intelligence inouïe, reprit
le prince, il aime passionnément les arts; il a sur les œuvres d'art
un goût en quelque sorte infaillible, il ne se trompe jamais; si quelque
chose est beau, il le reconnaît tout de suite, il le prend en haine.
S'il déteste quelque chose il n'y a aucun doute à avoir, c'est
que c'est excellent." Tout le monde sourit. "Vous me rassurez, dit
la duchesse."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 481
— Est-ce que Norpois n'est pas pour un rapprochement
anglo-français ? dit M. de Guermantes. — À quoi ça
vous servirait ? » demanda d'un air à la fois irrité
et finaud le prince Von qui ne pouvait pas souffrir les Anglais.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 482
Il vous aime beaucoup. Vous pouvez demander à
Basin ; si on me fait la réputation d'être aimable, lui ne l'est
pas.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 483
Et je comprends très bien […] que ma tante, qui
ne l'amuse pas déjà beaucoup comme vieille maîtresse,
lui paraisse inutile comme nouvelle épouse. D'autant plus que je crois
que, même maîtresse, elle ne l'est plus depuis longtemps. Elle
n'a de rapports, si je peux dire, qu'avec le bon Dieu.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 484
Je n'ai pas besoin de vous dire, dit le duc qui
se croyait extrêmement moderne, contempteur plus que quiconque de la
naissance, et même républicain, « que je n'ai pas beaucoup
d'idées communes avec mon cousin. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 484
— Écoutez, Basin, ce n'est pas la peine de
se moquer de Gilbert pour parler comme lui […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 485
Etre la fille de Florimond de Guise et faire un tel
mariage, ce serait, comme on dit, à faire rire les poules, que
voulez-vous que je vous dise ? Ces derniers mots, que le duc prononçait
généralement au milieu d'une phrase, étaient là
tout à fait inutiles. Mais il avait un besoin perpétuel de
les dire, qui les lui faisait rejeter à la fin d'une période
s'ils n'avaient pas trouvé de place ailleurs. C'était pour
lui, entre autres choses, comme une question de métrique.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 485
Je veux dire, vous comprendrez à demi-mot,
que c'est un homme à qui on pourrait confier sans danger sa fille,
mais non son fils.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 493
Son frère Mémé, qui m'est, du reste,
pour d'autres raisons (il ne la saluait pas), foncièrement antipathique,
a un vrai chagrin des mœurs du duc.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 493
À plusieurs reprises déjà j'avais
voulu me retirer, et, plus que pour toute autre raison, à cause
de l'insignifiance que ma présence imposait à cette réunion,
l'une pourtant de celles que j'avais longtemps imaginées si belles,
et qui sans doute l'eût été si elle n'avait pas eu de
témoin gênant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 496
Aussi celle-ci [=la dame d'honneur, en retard] courait-elle
vite en emportant les œillets, mais, pour garder son air à l'aise
et mutin, elle jeta en passant devant moi : « La princesse trouve que
je suis en retard, elle voudrait que nous fussions parties et avoir les œillets
tout de même. Dame ! je ne suis pas un petit oiseau, je ne peux
pas être à plusieurs endroits à la fois. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 498
« Grâce à cela [=des caoutchoucs
américains], vous n'aurez rien à craindre, même s'il
reneige et si vous allez loin ; il n'y a plus de saison, me dit la princesse.
— Oh ! à ce point de vue, Votre Altesse Royale peut se rassurer, interrompit
la dame d'honneur d'un air fin, il ne reneigera pas. — Qu'en savez-vous,
Madame ? » demanda aigrement l'excellente princesse de Parme, que seule
réussissait à agacer la bêtise de sa dame d'honneur.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 499
Aussi celle-ci [=la dame d'honneur, en retard] courait-elle
vite en emportant les œillets, mais, pour garder son air à l'aise
et mutin, elle jeta en passant devant moi : « La princesse trouve que
je suis en retard, elle voudrait que nous fussions parties et avoir les œillets
tout de même. Dame ! je ne suis pas un petit oiseau, je ne peux
pas être à plusieurs endroits à la fois. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 499
Grâce à cela [=des snow-boots] vous n'aurez
rien à raindre, même s'il reneige et si vous allez loin ; il
n'y a plus de saison, me dit la princesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 499
[…] elle me dit avec un sourire amène, sans
tenir compte de mes dénégations au sujet de l'amiral Jurien
de La Gravière [=dont elle me croit le descendant] : « D'ailleurs
qu'importe [qu'il neige ou pas] ? Monsieur doit avoir le pied marin. Bon
sang ne peut mentir. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 500
De même les vers de Victor Hugo qu'elle m'avait
cités étaient, il faut l'avouer, d'une époque
antérieure à celle où il est devenu plus qu'un homme
nouveau, où il a fait apparaître dans l'évolution une
espèce littéraire encore inconnue, douée d'organes plus
complexes.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 501
[…] Pour toutes ces raisons, les causeries avec
la duchesse ressemblaient à ces connaissance qu'on puise dans une
bibliothèque de château, surannée, incomplète
[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 502
"Mettez-vous dans le siège Louis XIV", me répondit-il
d'un air impérieux et plutôt pour me forcer à m'éloigner
de lui que pour m'inviter à m'asseoir. Je pris un fauteuil qui n'était
pas loin. "Ah! voilà ce que vous appelez un siège Louis
XIV! je vois que vous êtes un jeune homme instruit," s'écria-t-il
avec dérision.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 506
Vous avez refusé sans savoir, c'est votre
affaire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 509
Pensez-vous qu'il soit à votre portée
de m'offenser ? Vous ne savez donc pas à qui vous parlez ?
Croyez-vous que la salive envenimée de cinq cents petits bonshommes
de vos amis, juchés les uns sur les autres, arriverait à baver
seulement jusqu'à mes augustes orteils ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 510
"Monsieur, répondis-je en m'éloignant,
vous m'insultez, je suis désarmé puisque vous avez plusieurs
fois mon âge, la partie n'est pas égale, d'autre part je ne
peux pas vous convaincre, je vous ai juré que je n'avais rien dit."
"Alors je mens!" s'écria-t-il d'un ton terrible, et en faisant
un tel bond qu'il se trouva debout à deux pas de moi. "On vous a trompé."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 511
[Charlus s'est mis en colère contre le Narrateur
; celui-ci, excédé, s'en va. Charlus le rattrape] « Allons,
me dit-il, ne faites pas l'enfant, rentrez une minute ; qui aime bien
châtie bien, et si je vous ai bien châtié, c'est que
je vous aime bien. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 511
[…] on distinguait les premiers accords de la troisième
partie de la 'Symphonie pastorale' […] C'est joli, n'est-ce pas, me dit-il
d'un ton légèrement impertinent […] Mais vous vous en fichez
comme un poisson d'une pomme. Vous voulez rentrer, quitte à manquer
de respect à Beethoven et à moi.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 513
[Charlus parle de son salon] En somme, c'est bien. Ça
pourrait peut-être être mieux, mais enfin ce n'est pas mal. N'est-ce
pas, il y a de jolies choses, le portrait de mes oncles, le roi de Pologne
et le roi d'Angleterre, par Mignard. Mais qu'est-ce que je vous dis,
vous le savez aussi bien que moi, puisque vous avez attendu dans ce salon.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 513
[Charlus parle de son salon] En somme, c'est bien. Ça
pourrait peut-être être mieux, mais enfin ce n'est pas mal. N'est-ce
pas, il y a de jolies choses, le portrait de mes oncles, le roi de Pologne
et le roi d'Angleterre, par Mignard. Mais qu'est-ce que je vous dis, vous
le savez aussi bien que moi, puisque vous avez attendu dans ce salon.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 513
« Allons bon ! dit-il, voilà que j'ai oublié
le principal. En souvenir de Mme votre grand-mère, j'avais fait relier
pour vous une édition curieuse de Mme de Sévigné. Voilà
qui va empêcher cette entrevue d'être la dernière. Il
faut s'en consoler en se disant qu'on liquide rarement en un jour des affaires
compliquées. […] — Mais je pourrais la faire chercher sans vous déranger,
dis-je obligeamment. — Voulez-vous vous taire, petit sot, répondit-il
avec colère, et ne pas avoir l'air grotesque de considérer
comme peu de chose l'honneur d'être probablement […] reçu par
moi. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 514
« Allons bon ! dit-il, voilà que j'ai oublié
le principal. En souvenir de Mme votre grand-mère, j'avais fait relier
pour vous une édition curieuse de Mme de Sévigné. Voilà
qui va empêcher cette entrevue d'être la dernière. Il
faut s'en consoler en se disant qu'on liquide rarement en un jour des
affaires compliquées. […] — Mais je pourrais la faire chercher sans
vous déranger, dis-je obligeamment. — Voulez-vous vous taire, petit
sot, répondit-il avec colère, et ne pas avoir l'air grotesque
de considérer comme peu de chose l'honneur d'être probablement
[…] reçu par moi. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 514
« Allons bon ! dit-il, voilà que j'ai
oublié le principal. En souvenir de Mme votre grand-mère,
j'avais fait relier pour vous une édition curieuse de Mme de Sévigné.
Voilà qui va empêcher cette entrevue d'être la dernière.
Il faut s'en consoler en se disant qu'on liquide rarement en un jour des
affaires compliquées. […] — Mais je pourrais la faire chercher sans
vous déranger, dis-je obligeamment. — Voulez-vous vous taire, petit
sot, répondit-il avec colère, et ne pas avoir l'air grotesque
de considérer comme peu de chose l'honneur d'être probablement
[…] reçu par moi. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 514
Malgré ces affirmations solennelles que nous
ne nous reverrions jamais, j'aurais juré que M. de Charlus, ennuyé
de s'être oublié tout à l'heure et craignant de m'avoir
fait de la peine, n'eût pas été fâché de
me revoir encore une fois. Je ne me trompais pas, car au bout d'un moment:
"Allons bon! dit-il, voilà que j'ai oublié le principal.
En souvenir de madame votre grand'mère, j'avais fait relier pour vous
une édition curieuse de Mme de Sévigné. Voilà
qui va empêcher cette entrevue d'être la dernière. Il
faut s'en consoler en se disant qu'on liquide rarement en un jour des affaires
compliquées. Regardez combien de temps a duré le Congrès
de Vienne."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 514
Et j'étais, au fond, de son avis, quand elle
me disait que Mme de Montmorency était stupide et avait l'esprit ouvert
à toutes les choses qu'elle ne comprenait pas, ou quand, apprenant
une méchanceté d'elle, la duchesse me disait: "C'est cela
que vous appelez une bonne femme, c'est ce que j'appelle un monstre".
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 521
Ce n'est pas à Venise seulement qu'on a de ces
points de vue sur plusieurs maisons à la fois qui ont tenté
les peintres, mais à Paris tout aussi bien. Je ne dis pas
Venise au hasard. C'est à ses quartiers pauvres que font penser
certains quartiers pauvres de Paris […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 522
Non, décidément, je ne lui en dirai rien.
Du reste vous allez la voir tout à l'heure. Pas un mot de cela,
je vous prie.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 527
Si vous vous décidez à aller chez mes
cousins, je n'ai pas besoin de vous dire quelle joie nous aurons de
passer la soirée aec vous.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 527
"Mais Robert de Saint-Loup pourtant est dreyfusard?"
"Ah! tant mieux, d'autant plus que vous savez que sa mère est très
contre. On m'avait dit qu'il l'était, mais je n'en étais pas
sûr. Cela me fait grand plaisir. Cela ne m'étonne pas,
il est très intelligent. C'est beaucoup, cela."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 531
— Mais le duc de Guermantes n'est pas antisémite.
— Vous voyez bien que si, puisqu'il est antidreyfusard.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 531
Il n'était pas bien grave non plus que la vague
nouvelle atteignît aussi en lui les jugements politiques, et lui fît
perdre le souvenir d'avoir traité d'homme d'argent, d'espion de l'Angleterre
(c'était une absurdité du milieu Guermantes) Clémenceau,
qu'il déclarait maintenant avoir tenu toujours pour une conscience,
un homme de fer, comme Cornély. "Non, je ne vous ai jamais dit autrement.
Vous confondez."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 532
« Voyons Oriane, qu'est-ce que vous dites, dit
M. de Guermantes. Marie bête ? Elle a tout lu, elle est musicienne
comme le violon. — Mais, mon pauvre petit Basin, vous êtes un enfant
qui vient de naître. Comme si on ne pouvait pas être tout
ça et un peu idiote ! […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 534
Avez-vous remarqué, parmi les princes, que les
plus gentils ne le sont pas tout à fait ? Mais si, je vous assure
! Il faut toujours qu'ils aient une opinion sur tout. Alors comme ils
n'en ont aucune, ils passent la première partie de leur vie à
nous demander les nôtres, et la seconde à nous les resservir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 534
Avez-vous remarqué, parmi les princes, que les
plus gentils ne le sont pas tout à fait ? Mais si, je vous assure
! Il faut toujours qu'ils aient une opinion sur tout.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 535
— Je m'excuse d'interrompre pour vous dire que j'ai
envoyé la photographie, dit Swann. Je ne comprends pas qu'on ne vous
l'ait pas donnée. — Ça ne m'étonne qu'à moitié,
dit la duchesse. Mes domestiques ne me disent que ce qu'ils jugent à
propos.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 535
— Est-ce que je devrai prendre ce soir des nouvelles
de M. le marquis d'Osmond? demanda-t-il. — Mais jamais de la vie,
rien avant demain matin.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 536
— […] M. le marquis devrait être mort ; il n'a
survécu que grâce à des lavements d'huile camphrée.
— Taisez-vous, espèce d'idiot, cria le duc au comble de la colère.
Qu'est-ce qui vous demande tout ça ? Vous n'avez rien compris à
ce qu'on vous a dit. — Ce n'est pas à moi, c'est à Jules.
— Allez-vous vous taire ? hurla le duc, et se tournant vers Swann : Quel
bonheur qu'il soit vivant ! Il va reprendre des forces peu à peu.
Il est vivant après une crise pareille. C'est déjà une
excellente chose. On ne peut pas tout demander à la fois. Ça
ne doit pas être désagréable un petit lavement d'huile
camphrée, dit le duc, en se frottant les mains.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 537
— Ce sont les médecins qui ont dit qu'il ne passerait
pas la soirée. L'un voulait revenir dans la nuit. Leur chef a dit
que c'était inutile. M. le marquis devrait être mort ; il n'a
survécu que grâce à des lavements d'huile camphrée.
— Taisez-vous, espèce d'idiot, cria le duc au comble de la colère.
Qu'est-ce qui vous demande tout ça ? Vous n'avez rien compris
à ce qu'on vous a dit. — Ce n'est pas à moi, c'est à
Jules. — Allez-vous vous taire ? hurla le duc, et se tournant vers Swann.
Quel bonheur qu'il soit vivant ! Il va reprendre des forces peu à
peu. Il est vivant après une crise pareille. C'est déjà
une excellente chose. On ne peut pas tout demander à la fois. Ça
ne doit pas être désagréable un petit lavement d'huile
camphrée, dit le duc, en se frottant les mains.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 537
— […] M. le marquis devrait être mort ; il n'a
survécu que grâce à des lavements d'huile camphrée.
— Taisez-vous, espèce d'idiot, cria le duc au comble de la colère.
Qu'est-ce qui vous demande tout ça ? Vous n'avez rien compris à
ce qu'on vous a dit. — Ce n'est pas à moi, c'est à Jules. —
Allez-vous vous taire ? hurla le duc, et se tournant vers Swann : Quel bonheur
qu'il soit vivant ! Il va reprendre des forces peu à peu. Il est vivant
après une crise pareille. C'est déjà une excellente
chose. On ne peut pas tout demander à la fois. Ça ne doit
pas être désagréable un petit lavement d'huile camphrée,
dit le duc, en se frottant les mains.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 538
Ça ne doit pas être désagréable,
un petit lavement d'huile camphrée, dit le duc, se frottant les mains.
Il est vivant, qu'est-ce qu'on veut de plus ? Après avoir passé
par où il a passé, c'est déjà bien beau.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 538
— Ce sont les médecins qui ont dit qu'il ne
passerait pas la soirée. L'un voulait revenir dans la nuit. Leur chef
a dit que c'était inutile. M. le marquis devrait être mort ;
il n'a survécu que grâce à des lavements d'huile camphrée.
— Taisez-vous, espèce d'idiot, cria le duc au comble de la
colère. Qu'est-ce qui vous demande tout ça ? Vous n'avez rien
compris à ce qu'on vous a dit. — Ce n'est pas à moi, c'est
à Jules. — Allez-vous vous taire ? hurla le duc, et se tournant vers
Swann. Quel bonheur qu'il soit vivant ! Il va reprendre des forces peu à
peu. Il est vivant après une crise pareille. C'est déjà
une excellente chose. On ne peut pas tout demander à la fois. Ça
ne doit pas être désagréable un petit lavement d'huile
camphrée, dit le duc, en se frottant les mains.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 538
— Ce sont les médecins qui ont dit qu'il ne
passerait pas la soirée. L'un voulait revenir dans la nuit. Leur chef
a dit que c'était inutile. M. le marquis devrait être mort ;
il n'a survécu que grâce à des lavements d'huile camphrée.
— Taisez-vous, espèce d'idiot, cria le duc au comble de la colère.
Qu'est-ce qui vous demande tout ça ? Vous n'avez rien compris à
ce qu'on vous a dit. — Ce n'est pas à moi, c'est à Jules. —
Allez-vous vous taire ? hurla le duc, et se tournant vers Swann. Quel
bonheur qu'il soit vivant ! Il va reprendre des forces peu à peu. Il
est vivant après une crise pareille. C'est déjà une
excellente chose. On ne peut pas tout demander à la fois. Ça
ne doit pas être désagréable un petit lavement d'huile
camphrée, dit le duc, en se frottant les mains.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 538
Le valet de pied rentra avec la carte de la comtesse
Molé, ou plutôt avec ce qu'elle avait laissé comme carte.
Alléguant qu'elle n'en avait pas sur elle, elle avait tiré
de sa poche une lettre qu'elle avait reçue, et gardant le contenu
avait corné l'enveloppe qui portait le nom: La comtesse Molé.
Comme l'enveloppe était assez grande, selon le format du papier à
lettres qui était à la mode cette année-là, cette
"carte" écrite à la main se trouvait avoir presque deux fois
la dimension d'une carte de visite ordinaire. "C'est ce qu'on appelle
la simplicité de Mme Molé, dit la duchesse avec ironie. Elle
veut nous faire croire qu'elle n'avait pas de cartes et montrer son originalité.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 539
— […] allons dans le vestibule, nous savons au moins
pourquoi nous descendons de votre cabinet, tandis que nous ne saurons jamais
pourquoi nous descendons des comtes de Brabant. — Je vous ai répété
cent fois comment le titre était entré dans la maison de
Hesse, dit le duc […] par le mariage d'un Brabant […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 540
Mais, mon petit, ce que vous dites ne tient pas
debout et pèche par la base.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 540
Mais, mon petit, ce que vous dites ne tient pas debout
et pèche par la base. Vous savez aussi bien que moi qu'il y
a des titres de prétention qui subsistent parfaitement si le territoire
est occupé par un usurpateur.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 540
— […] Mais où allez-vous mettre un joujou [=une
photo] de cette dimension-là ? — Mais dans ma chambre, je veux l'avoir
sous les yeux. — Ah ! tant que vous voudrez, si elle est dans votre
chambre, j'ai chance de ne la voir jamais », dit le duc […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 542
Mais nous allons regarder votre photographie. Défaites
l'enveloppe", dit la duchesse à un valet de pied. "Mais, Oriane, pas
ce soir! vous regarderez cela demain, implora le duc […] — Mais ça
m'amuse de voir cela avec Charles, dit la duchesse […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 542
Mais nous allons regarder votre photographie. Défaites
l'enveloppe", dit la duchesse à un valet de pied. "Mais, Oriane, pas
ce soir! vous regarderez cela demain, implora le duc […] — Mais ça
m'amuse de voir cela avec Charles, dit la duchesse […] — Hé bien,
il viendra vous voir exprès, déclara le duc, à qui sa
femme dut céder. Vous passerez trois heures ensemble devant, si
ça vous amuse, dit-il ironiquement.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 542
« Hé bien, en un mot la raison qui vous
empêchera de venir en Italie ? » questionna la duchesse […] «
Mais, ma chère amie, c'est que je serai mort depuis plusieurs mois.
D'après les médecins, que j'ai consultés, à la
fin de l'année le mal que j'ai, et qui peut du reste m'emporter tout
de suite, ne me laissera pas en tous les cas plus de trois ou quatre mois
à vivre, et encore c'est un grand maximum », répondit
Swann en souriant […]. « Qu'est-ce que vous me dites là ?
» s'écria la duchesse en s'arrétant une seconde dans
sa marche vers la voiture et en levant ses beaux yeux bleus et mélancoliques,
mais pleins d'incertitude. […] Vous voulez plaisanter ? »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 543
« Hé bien, en un mot la raison qui vous
empêchera de venir en Italie ? » questionna la duchesse […] «
Mais, ma chère amie, c'est que je serai mort […] », répondit
Swann en souriant […]. « Qu'est-ce que vous me dites là ? »
s'écria la duchesse en s'arrêtant une seconde dans sa marche
vers la voiture et en levant ses beaux yeux bleus et mélancoliques,
mais pleins d'incertitude. Placée pour la première fois de
se vie entre deux devoirs aussi différents que monter dans sa voiture
pour aller dîner en ville, et témoigner de la pitié à
un homme qui va mourir, elle ne voyait rien dans le code des convenances
qui lui indiquât la jurisprudence à suivre et, ne sachant auquel
donner la préférence, elle crut devoir faire semblant de ne
pas croire que la seconde alternative eût à se poser, de façon
à obéir à la première qui demandait en ce moment
moins d'efforts, et pensa que la meilleure manière de résoudre
le conflit était de le nier. « Vous voulez plaisanter ?
» dit-elle à Swann.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 544
Mme de Guermantes s'avança décidément
vers la voiture et redit un dernier adieu à Swann. "Vous savez, nous
reparlerons de cela, je ne crois pas un mot de ce que vous dites [Swann
dit qu'il va bientôt mourir], mais il faut en parler ensemble. On vous
aura bêtement effrayé, venez déjeuner, le jour que vous
voudrez (pour Mme de Guermantes tout se résolvait toujours en déjeuners),
vous me direz votre jour et votre heure," […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 544
Voyons, Oriane, ne restez pas à bavarder comme
cela et à échanger vos jérémiades avec Swann,
vous savez bien pourtant que Mme de Saint-Euverte tient à ce qu'on
se mette à table à huit heures tapant… Il faut savoir ce
que vous voulez, voilà bien cinq minutes que vos chevaux attendent…
[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 544
— Ce n'est pas laid, dit Swann, et j'avais remarqué
les souliers noirs qui ne m'avaient nullement choque. — Je ne vous dis
pas, répondit le duc, mais c'est plus élégant qu'ils
soient de la même couleur que la robe.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 545
Index des énoncés usuels dans Proust ALRDTP
copyright © Michel Martins-Baltar 2006, mmartinsb@wanadoo.fr
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