Index des énoncés usuels dans Proust (ALRDTP)

citations




Du côté de chez Swann A l'ombre des jeunes filles en fleurs Le côté de Guermantes Sodome et Gomorrhe La prisonnière Albertine disparue Le temps retrouvé
Le côté de Guermantes


Et ayant reconduit la princesse de Parme, M. de Guermantes me dit en prenant mon pardessus : "Je vais vous aider à entrer votre pelure." Il ne souriait même plus en employant cette expression, car celles qui sont le plus vulgaires, étaient par cela même, à cause de l'affectation de simplicité de Guermantes, devenues aristocratiques.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p.

[…] Françoise, avec l'infidélité des femmes, revint en disant qu'elle avait cru étouffer sur notre ancien boulevard, que pour s'y rendre elle s'était trouvée toute "déroutée", que jamais elle n'avait vu des escaliers si mal commodes, qu'elle ne retournerait pas habiter là-bas "pour un empire et lui donnât-on des millions […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 010

[…] mon père lui-même ne se fût pas permis de les [=domestiques] sonner, sachant d'ailleurs qu'aucun ne se fût pas plus dérangé au cinquième coup qu'au premier, et qu'il eût ainsi commis cette inconvenance en pure perte, mais non pas sans dommage pour lui…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 016

[Françoise : ] « Oh ! les beaux faisans à la fenêtre de la cuisine, il n'y a pas besoin de demander d'où qu'ils deviennent, le duc aura-t-été à la chasse. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 016

Françoise, avec la fatigue de ses yeux de femme déjà âgée et qui d'ailleurs voyaient tout de Combray, dans un vague lointain, distingua non la plaisanterie qui était dans ces mots, mais qu'il devait y en avoir une, car ils n'étaient pas en rapport avec la suite du propos, et avaient été lancés avec force par quelqu'un qu'elle savait farceur. Aussi sourit-elle d'un air bienvaillant et ébloui et comme si elle disait : « Toujours le même, ce Victor ! »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 021

« C'est lui qu'aurait pu m'en dire, mais c'est un vrai seigneur, un grand pédant, on dirait qu'on lui a coupé la langue ou qu'il a oublié d'apprendre à parler. Il ne vous fait même pas réponse quand on lui cause », ajoutait Françoise […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 022

[…] Françoise ajoutait : « Mais sûr et certain que c'est à la duchesse qu'est le château de Guermantes. Et c'est elle dans le pays qu'est madame la mairesse. C'est quelque chose. — Je comprends que c'est quelque chose », disait avec conviction le valet de pied, n'ayant pas démêlé l'ironie.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 023

[…] Françoise ajoutait : « Mais sûr et certain que c'est à la duchesse qu'est le château de Guermantes. Et c'est elle dans le pays qu'est madame la mairesse. C'est quelque chose. — Je comprends que c'est quelque chose », disait avec conviction le valet de pied, n'ayant pas démêlé l'ironie.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 023

Qu'est-ce qu'ils attendent pour prendre leur retraite puisqu'ils ne manquent de rien… D'être morts ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 023

-Il paraît que Méséglise aussi c'est bien joli, madame" interrompait le jeune valet […] "Oh ! Méséglise", disait Françoise avec le large sourire qu'on amenait toujours sur ses lèvres quand on prononçait ses noms de Méséglise, de Combray […] "Oui, tu peux le dire, mon fils, c'est assez joli Méséglise, reprenait-elle en riant finement […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 024

Elle était surtout exaspérée par les biscottes de pain grillé que mangeait mon père. Elle était persuadée qu'il en usait pour faire des manières et la faire "valser". "Je peux dire, approuvait le jeune valet de pied, que j'ai jamais vu ça!" Il le disait comme s'il avait tout vu et si en lui les enseignements d'une expérience millénaire s'étendaient à tous les pays et à leurs usages parmi lesquels ne figurait nulle part celui du pain grillé.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 025

[…] ma mère, qui n'usait probablement pas des mêmes mesures que Françoise pour apprécier la longueur du déjeuner de celle-ci, disait : "Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien faire, voilà plus de deux heures qu'ils sont à table." Et elle sonnait timidement trois ou quatre fois. Françoise, son valet de pied, le maître d'hôtel entendaient les coups de sonnette non, comme un appel et sans songer à venir […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 026

[le] duc d'Aumale, à qui une dame invisible criait: "Que monseigneur me permettre de lui ôter son pardessus", cependant que le prince répondait: "Mais voyons, comment donc, madame d'Ambresac." Elle le faisait malgré cette vague défense et était enviée par tous à cause d'un pareil honneur.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 037

"C'est la princesse de Guermantes", dit ma voisine au monsieur qui était avec elle […] Elle n'a pas économisé ses perles. Il me semble que si j'en avais autant, je n'en ferais pas un pareil étalage ; je ne trouve pas que cela ait l'air comme il faut."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 039

À ce moment la petite dame qui était près de moi s'écria : "Pas un applaudissement ! Et comme elle [=l'actrice Berma] est ficelée ! Mais elle est trop vieille, elle ne peut plus, on renonce dans ces cas-là."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 043

Mon impression [=à revoir jouer l'actrice Berma], à vrai dire, plus agréable que celle d'autrefois, n'était pas différente…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 046

Si alors passait la princesse de Guermantes […] M. de Beausergent s'absorbait dans une conversation avec sa voisine, ne répondait au sourire amical et éblouissant de la princesse que contraint et forcé et avec la réserve bien élevée et la charitable froideur de quelqu'un dont l'amabilité peut être devenue momentanément gênante.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 052

Mais malgré tout cela, dès qu'elle [=Françoise] était entrée à Paris à notre service, elle avait partagé — et à plus forte raison toute autre l'eût fait à sa place — les idées, les jurisprudences d'interprétation des domestiques des autres étages […]…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 060

Mais malgré tout cela, dès qu'elle [=Françoise] était entrée à Paris à notre service, elle avait partagé — et à plus forte raison toute autre l'eût fait à sa place — les idées, les jurisprudences d'interprétation des domestiques des autres étages […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 060

"Ça fait assez vieille demeure historique…" Saint-Loup employait à tout propos ce mot de faire pour avoir l'air, parce que la langue parlée, comme la langue écrite, éprouve de temps en temps le besoin de ces altérations du sens des mots, de ces raffinements d'expression…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 066

Saint-Loup arriva, remuant dans tous les sens, laissant voler son monocle devant lui; je n'avais pas fait dire mon nom, j'étais impatient de jouir de sa surprise et de sa joie. — Ah! quel ennui, s'écria-t-il en m'apercevant tout à coup et en devenant rouge jusqu'aux oreilles, je viens de prendre la semaine et je ne pourrai pas sortir avant huit jours !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 066

« Cours donc faire du feu dans ma chambre, dit-il à un soldat qui passait. Allons, plus vite que ça, grouille-toi. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 067

« Cours donc faire du feu dans ma chambre, dit-il à un soldat qui passait. Allons, plus vite que ça, grouille-toi. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 067

Je ne peux pas en croire mes yeux.Puis de nouveau, il se détournait vers moi et le monocle et le regard myope faisaient allusion à notre grande amitié — Non! vous ici, dans ce quartier où j'ai tant pensé à vous, je ne peux pas en croire mes yeux, je crois que je rêve.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 067

Puis de nouveau, il se détournait vers moi et le monocle et le regard myope faisaient allusion à notre grande amitié — Non! vous ici, dans ce quartier où j'ai tant pensé à vous, je ne peux pas en croire mes yeux, je crois que je rêve.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 067

Je lui demandais de les laisser rester. — « Mais non, ils vous assommeraient : ce sont des êtres tout à fait incultes, qui ne peuvent parler que courses, si ce n'est pansage. […]»
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 073

"J'espère que vous ne m'en voulez pas de vous avoir dérangé ; j'ai quelque chose qui me tourmente, vous avez dû le deviner. — Mais non, j'ai pensé simplement que vous aviez envie de me voir et j'ai trouvé ça très gentil… J'étais enchanté que vous m'ayez fait demander… mais quoi ? ça ne va pas, alors ? Qu'est-ce qu'il y a pour votre service ?"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 083

« J'espère que vous ne m'en voulez pas de vous avoir dérangé ; j'ai quelque chose qui me tourmente, vous avez dû le deviner. — Mais non, j'ai pensé simplement que vous aviez envie de me voir et j'ai trouvé ça très gentil. J'étais enchanté que vous m'ayez fait demander. Mais quoi ? ça ne va pas, alors ? Qu'est-ce qu'il y a pour votre service ? »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 083

— Je vais vous quitter, car on part en marche dans trois quarts d'heure et on a besoin de moi. — Alors ça vous a beaucoup gêné de venir [=de quitter votre caserne pour venir me voir] ? — Non, ça ne m'a pas gêné, le capitaine a été très gentil, il a dit que du moment que c'était pour vous il fallait que je vienne, mais enfin je ne veux pas avoir l'air d'abuser
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 083

Il n'avait pas à sa suffisance à la cantine… Voilà mon de Saint-Loup qui s'est amené et le cuistot en a entendu : "Je veux qu'il soit bien nourri, ça coûtera ce que ça coûtera."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 087

Le café du matin dans la chambrée, ou le repos sur les lits pendant l'après-midi, paraissaient meilleurs, quand quelque ancien servait à l'escouade gourmande et paresseuse quelque savoureux détail sur un képi qu'avait Saint-Loup. — Aussi haut comme mon paquetage — Voyons, vieux, tu veux nous la faire à l'oseille, il ne pouvait pas être aussi haut que ton paquetage, interrompait un jeune licencié ès lettres qui cherchait en usant de ce dialecte à ne pas avoir l'air d'un bleu et en osant cette contradiction à se faire confirmer un fait qui l'enchantait.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 087

— Tu parles qu'en voilà un qui ne doit pas être malheureux ! — Je comprends ! Il a plus de braise [=argent] que moi, pour sûr !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 087

[…] avant qu'on se mît à table, j'entraînai Saint-Loup dans un coin de la salle à manger, et devant tous les autres, mais qui ne nous entendaient pas, je lui dis : "Robert, le moment et l'endroit sont mal choisis pour vous dire cela, mais cela ne durera qu'une seconde […] Est-ce que ce n'est pas Mme de Guermantes dont vous avez la photographie sur la table ?"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 092

[…] car d'homme plus intelligent, meilleur, plus fin, tranchons le mot, plus exquis que ce Luxembourg-Nassau, je n'en ai jamais rencontré.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 092

Je ne peux pas vous dire comme cela m'amuse que ce soit sa photographie [=de Mme de Guermantes, sur la table de Saint-Loup], parce que nous habitons maintenant dans sa maison et j'ai appris sur elle des choses inouïes […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 092

[…] Mme de Guermantes ne se doute pas que je vous [=Saint-Loup] connais, n'est-ce pas ? — Je n'en sais rien ; je ne l'ai pas vue depuis l'été dernier […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093

[…] si vous pouviez lui [=Mme de Guermantes] faire savoir […] ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir. — Mais très volontiers, si vous n'avez que cela à me demander, ce n'est pas trop difficile, mais quelle importance cela peut-il avoir, ce qu'elle peut penser de vous ? Je suppose que vous vous en moquez bien ; […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093

[…] si vous pouviez lui [=Mme de Guermantes] faire savoir […] ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir. — Mais très volontiers, si vous n'avez que cela à me demander, ce n'est pas trop difficile, mais quelle importance cela peut-il avoir, ce qu'elle peut penser de vous ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093

[…] si vous pouviez lui [=Mme de Guermantes] faire savoir […] ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir. — Mais très volontiers, si vous n'avez que cela à me demander, ce n'est pas trop difficile, mais quelle importance cela peut-il avoir, ce qu'elle peut penser de vous ? […] en tout cas si ce n'est que cela, nous pourrons en parler devant tout le monde ou quand nous serons seuls […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093

[…] si vous pouviez lui [=Mme de Guermantes] faire savoir […] ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir. — Mais très volontiers, si vous n'avez que cela à me demander, ce n'est pas trop difficile, mais quelle importance cela peut-il avoir, ce qu'elle peut penser de vous ? […] en tout cas si ce n'est que cela, nous pourrons en parler devant tout le monde ou quand nous serons seuls […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093

Mais pour Mme de Guermantes si vous pouviez lui faire savoir, même avec un peu d'exagération, ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir. — Mais très volontiers, si vous n'avez pas que cela à me demander, ce n'est pas trop difficile, mais quelle importance cela peut-il avoir ce qu'elle peut penser de vous? Je suppose que vous vous en moquez bien; en tout cas si ce n'est que cela, nous pourrons en parler devant tout le monde ou quand nous serons seuls, car j'ai peur que vous vous fatiguiez à parler debout et d'une façon si incommode, quand nous avons tant d'occasion d'être en tête à tête.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 093

- Non seulement je l'aurais fait, mais je le ferai. — Quand cela? — Dès que je viendrai à Paris, dans trois semaines, sans doute. — Nous verrons, d'ailleurs elle ne voudra pas. Je ne peux pas vous dire comme je vous remercie. — Mais non, ce n'est rien. — Ne me dites pas cela, c'est énorme, parce que maintenant je vois l'ami que vous êtes ; […] Un ami bête eût discuté.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 094

- Non seulement je l'aurais fait, mais je le ferai. — Quand cela? — Dès que je viendrai à Paris, dans trois semaines, sans doute. — Nous verrons, d'ailleurs elle ne voudra pas. Je ne peux pas vous dire comme je vous remercie. — Mais non, ce n'est rien. — Ne me dites pas cela, c'est énorme, parce que maintenant je vois l'ami que vous êtes ; […] Un ami bête eût discuté.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 094

[…] je ne tiens pas à connaître Mme de Guermantes ; mais j'aurais dû, pour vous éprouver, vous dire que je désirerais dîner avec Mme de Guermantes et je sais que vous ne l'auriez pas fait. — Non seulement je l'aurais fait, mais je le ferai. — Quand cela ? — Dès que je viendrai à Paris, dans trois semaines, sans doute. —Nous verrons, d'ailleurs elle ne voudra pas. Je ne peux pas vous dire comme je vous remercie. — Mais non, ce n'est rien.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 094

Mais voilà qu'il faut rejoindre les autres et je ne vous ai demandé que l'une des deux choses, la moins importante, l'autre l'est plus pour moi, mais je crains que vous ne me la refusiez ; cela vous ennuierait-il que nous nous tutoyions ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 094

Quand je parlais, l'approbation des autres semblait encore de trop à Saint-Loup, il exigeait le silence. Et comme un chef d'orchestre interrompt ses musiciens en frappant avec son archet parce que quelqu'un a fait du bruit, il réprimanda le perturbateur : "Gibergue, dit-il, il faut vous taire quand on parle. Vous direz ça après. Allez, continuez", me dit-il.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 098

"Gibergue, dit-il, il faut vous taire quand on parle. Vous direz ça après. Allez, continuez", me dit-il. […] "Dites donc, ça vous en bouche un coin, mes enfants, s'exclama après que j'eus fini de parler Saint-Loup […] Qu'est-ce que vous vouliez dire, Gibergue ? — Je disais que Monsieur me rappelait beaucoup le commandant Duroc. Je croyais l'entendre."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 099

[…] tout ce que vous lisez […] dans le récit d'un narrateur militaire, les plus petits faits, les plus petits événements, ne sont que les signes d'une idée qu'il faut dégager et qui souvent en recouvre d'autres, comme dans un palimpseste. De sorte que vous avez un ensemble aussi intellectuel que n'importe quelle science ou n'importe quel art et qui est satisfaisant pour l'esprit. — Exemples, si je n'abuse pas. — C'est difficile à te dire comme cela, interrompit Saint-Loup. […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 101

[…] tout ce que vous lisez […] dans le récit d'un narrateur militaire, les plus petits faits, les plus petits événements, ne sont que les signes d'une idée qu'il faut dégager et qui souvent en recouvre d'autres, comme dans un palimpseste. De sorte que vous avez un ensemble aussi intellectuel que n'importe quelle science ou n'importe quel art et qui est satisfaisant pour l'esprit. — Exemples, si je n'abuse pas. — C'est difficile à te dire comme cela, interrompit Saint-Loup. […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 101

[…] tout ce que vous lisez […] dans le récit d'un narrateur militaire, les plus petits faits, les plus petits événements, ne sont que les signes d'une idée qu'il faut dégager et qui souvent en recouvre d'autres, comme dans un palimpseste. De sorte que vous avez un ensemble aussi intellectuel que n'importe quelle science ou n'importe quel art et qui est satisfaisant pour l'esprit. — Exemples, si je n'abuse pas. — C'est difficile à te dire comme cela, interrompit Saint-Loup. […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 101

- Vous m'intéressez, pardon, tu m'intéresses beaucoup, dis-je à Saint-Loup, mais dis-moi, il y a un point qui m'inquiète. Je sens que je pourrais me passionner pour l'art militaire, mais pour cela, il faudrait que je ne le crusse pas différent à tel point des autres arts, que la règle apprise n'y fût pas tout.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 104

Je sens que je pourrais me passionner pour l'art militaire, mais pour cela il faudrait que je ne le crusse pas différent à tel point des autres arts, que la règle apprise n'y fût pas tout. Tu me dis qu'on calque des batailles. Je trouve cela en effet esthétique, comme tu disais, de voir sous une bataille moderne une plus ancienne, je ne peux pas te dire comme cette idée me plaît.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 104

« Je suis jaloux, je suis furieux », me dit Saint-Loup, moitié en riant, moitié sérieusement, faisant allusion aux interminables conversations à part que j'avais avec son ami. « Est-ce que vous le trouvez plus intelligent que moi ? Est-ce que vous l'aimez mieux que moi ? Alors, comme ça, il n'y en a que pour lui ? »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 109

Car elle était de mauvaise humeur, trépignait, pleurait, pour des raisons aussi incompréhensibles que les enfants qui s'enferment dans un cabinet noir, ne viennent pas dîner, refusant toute explication, et ne font que redoubler de sanglots quand, à bout de raisons, on leur donne des claques…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 112

Ce fut donc en somme sincèrement que le soir où Saint-Loup m'avait annoncé le voyage de son amie à Bruges je pus, pendant le dîner, devant ses amis, lui jeter à l'improviste : "Écoute, tu permets ? Dernière conversation au sujet de la dame dont nous avons parlé. Tu te rappelles Elstir, le peintre que j'ai connu à Balbec ? — Mais voyons, naturellement. […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 116

Ce fut donc en somme sincèrement que le soir où Saint-Loup m'avait annoncé le voyage de son amie à Bruges je pus, pendant le dîner, devant ses amis, lui jeter à l'improviste : "Écoute, tu permets ? Dernière conversation au sujet de la dame dont nous avons parlé. Tu te rappelles Elstir, le peintre que j'ai connu à Balbec ? — Mais voyons, natrurellement. […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 116

Je ne sais si vous êtes en termes assez intimes avec votre tante : ne pourriez-vous, en me faisant assez habilement valoir à ses yeux pour qu'elle ne refuse pas, lui demander de me laisser aller voir le tableau [d'Elstir, chez elle] sans vous, puisque vous ne serez pas là ? — C'est entendu, je réponds pour elle, j'en fais mon affaire
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 117

Je ne sais si vous êtes en termes assez intimes avec votre tante : ne pourriez-vous, en me faisant assez habilement valoir à ses yeux pour qu'elle ne refuse pas, lui demander de me laisser aller voir le tableau [d'Elstir, chez elle] sans vous, puisque vous ne serez pas là ? — C'est entendu, je réponds pour elle, j'en fais mon affaire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 117

Et à propos des relations bourgeoises que le prince avait à Doncières, il convient de dire ceci […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 122

Nous n'avons, pour que ce miracle s'accomplisse, qu'à rapprocher nos lèvres de la planchette magique et à appeler — quelquefois un peu trop longtemps, je le veux bien — les Vierges Vigilantes dont nous entendons chaque jour la voix sans jamais connaître le visage […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 123

[…] quelqu'un causait [dans le téléphone] qui ne savait pas sans doute qu'il n'y avait personne pour lui répondre car, quand j'amenai à moi le récepteur, ce morceau de bois se mit à parler comme Polichinelle ; je le fis taire, ainsi qu'au guignol, en le remettant à sa place, mais, comme Polichinelle, dès que je le ramenais près de moi, il recommençait son bavardage. Je finis en désespoir de cause, en raccrochant définitivement le récepteur, par étouffer les convulsions de ce tronçon sonore qui jacassa jusqu'à la dernière seconde […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 124

Je me décidai à quitter la poste, à aller retrouver Robert à son restaurant pour lui dire que, allant peut-être recevoir une dépêche qui m'obligerait à revenir, je voudrais savoirà tout hasard l'horaire des trains…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 125

— Tu ne l'as pas vu, dit l'ancien […], tu n'as pas vu notre fameux Saint-Loup, ce qu'il dégotte avec son nouveau falzar ! Quand le capiston va voir ça, du drap d'officier. — Ah ! tu en as de bonnes, du drap d'officier", dit le jeune bachelier qui […] s'essayait non sans une certaine inquiétude à être hardi avec les anciens. "Ce drap d'officier, c'est du drap comme ça. — Monsieur ?" demanda avec colère l'"ancien" qui avait parlé du falzar.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 128

Nous répondons aisément des autres quand, disposant dans notre pensée les petites images qui les figurent, nous faisons manœuvrer celles-ci à notre guise.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 130

Je reçus des marques de froideur de la part d'une autre personne de la maison. Ce fut de Jupien. […] Ma mère me dit […] qu'il ne fallait pas s'étonner. Françoise lui avait dit qu'il était ainsi, sujet à de brusques mauvaises humeurs, sans raison. Cela se dissipait toujours au bout de peu de temps.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 131

Cette robe me semblait la matérialisation autour d'elle des rayons écarlates d'un cœur que je ne lui connaissais pas et que j'aurais peut-être pu consoler ; réfugiée dans la lumière mystique de l'étoffe aux flots adoucis elle me faisait penser à quelque sainte des premiers âges chrétiens. Alors j'avais honte d'affliger par ma vue cette martyre. "Mais après tout, la rue est à tout le monde." ./. "La rue est à tout le monde", reprenais-je en donnant à ces mots un sens différent et en admirant qu'en effet dans la rue populeuse […] la duchesse de Guermantes mêlât à la vie publique des moments de sa vie secrète, se montrant ainsi à chacun, mystérieuse, coudoyée de tous […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 133

Cette robe me semblait la matérialisation autour d'elle des rayons écarlates d'un cœur que je ne lui connaissais pas et que j'aurais peut-être pu consoler ; réfugiée dans la lumière mystique de l'étoffe aux flots adoucis elle me faisait penser à quelque sainte des premiers âges chrétiens. Alors j'avais honte d'affliger par ma vue cette martyre. "Mais après tout, la rue est à tout le monde." "La rue est à tout le monde", reprenais-je en donnant à ces mots un sens différent et en admirant qu'en effet dans la rue populeuse […] la duchesse de Guermantes mêlât à la vie publique des moments de sa vie secrète, se montrant ainsi à chacun, mystérieuse, coudoyée de tous […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 133

Tout en m'assurant qu'il n'avait pas eu l'occasion de parler de moi à sa cousine : "Elle n'est pas gentille du tout, Oriane, me dit-il, en se trahissant naïvement, ce n'est plus mon Oriane d'autrefois, on me l'a changée. Je t'assure qu'elle ne vaut pas la peine que tu t'occupes d'elle. Tu lui fais beaucoup trop d'honneur. Tu ne veux pas que je te présente à ma cousine Poictiers ?" ajouta-t-il sans se rendre compte que cela ne pourrait me faire aucun plaisir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 135

Tout en m'assurant qu'il n'avait pas eu l'occasion de parler de moi à sa cousine : "Elle n'est pas gentille du tout, Oriane, me dit-il, en se trahissant naïvement, ce n'est plus mon Oriane d'autrefois, on me l'a changée… Je t'assure qu'elle ne vaut pas la peine que tu t'occupes d'elle. Tu lui fais beaucoup trop d'honneur. Tu ne veux pas que je te présente à ma cousine Poictiers ?" ajouta-t-il sans se rendre compte que cela ne pourrait me faire aucun plaisir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 135

Tout en m'assurant qu'il n'avait pas eu l'occasion de parler de moi à sa cousine : "Elle n'est pas gentille du tout, Oriane, me dit-il, en se trahissant naïvement, ce n'est plus mon Oriane d'autrefois, on me l'a changée. Je t'assure qu'elle ne vaut pas la peine que tu t'occupes d'elle. Tu lui fais beaucoup trop d'honneur. Tu ne veux pas que je te présente à ma cousine Poictiers ?" ajouta-t-il sans se rendre compte que cela ne pourrait me faire aucun plaisir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 135

[…] Françoise, traditionnaliste, souriait pourtant avec complaisance à l'esprit d'innovation qu'incarnait la nouvelle "parisienne" quand elle disait : "Eh bien, mère, si tu n'as pas ton jour de sortie, tu n'as qu'à m'envoyer un pneu…"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 136

Elle ne pouvait se décider à retourner à Méséglise où "le monde est si bête", où, au marché, les commères, les "pétrousses" se découvriraient un cousinage avec elle et diraient : "Tiens, mais c'est-il pas la fille au défunt Bazireau ?" Elle aimerait mieux mourir que de retourner se fixer là-bas, "maintenant qu'elle avait goûté à la vie de Paris" […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 136

Le temps était redevenu froid… "Sortir ? Pourquoi ? Pour prendre la crève", disait Françoise qui aimait mieux rester à la maison […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 136

Je n'étais que l'instrument d'habitudes de ne pas travailler, de ne pas me coucher, de ne pas dormir, qui devaient se réaliser coûte que coûte […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 138

"Écoute, mon ami, je vais te demander un grand sacrifice, va faire une petite visite à Mme Sazerat. Tu sais que je n'aime pas t'ennuyer, mais ce serait si gentil de ta part."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 139

- Ah! vous voilà, me dit-il, homme chic, et en redingote encore! Voilà une livrée dont mon indépendance ne s'accommoderait pas. Il est vrai que vous devez être un mondain, faire des visites! Pour aller rêver comme je le fais devant quelque tombe à demi détruite, ma lavallière et mon veston ne sont pas déplacés. Vous savez que j'estime la jolie qualité de votre âme; c'est vous dire combien je regrette que vous alliez la renier parmi les Gentils. En étant capable de rester un instant dans l'atmosphère nauséabonde, irrespirable pour moi des salons, vous rendez contre votre avenir la condamnation, la damnation du Prophète. Je vois cela d'ici, vous fréquentez les "cœurs légers", la société des châteaux; tel est le vice de la bourgeoisie contemporaine. Ah! les aristocrates, la Terreur a été bien coupable de ne pas leur couper le cou à tous. Ce sont tous de sinistres crapules quand ce ne sont pas tout simplement de sombres idiots. Enfin, mon pauvre enfant, si cela vous amuse! Pendant que vous irez à quelque five o'clock votre vieil ami sera plus heureux que vous, car seul dans un faubourg, il regardera monter dans le ciel violet la lune rose.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 142

- Ah! si tu pouvais vivre un an avec moi on verrait, je te ferais boire de l'eau et tu serais bien mieux. — C'est entendu, partons. — Mais tu sais bien que j'ai beaucoup à travailler (car elle prenait au sérieux l'art dramatique). D'ailleurs que dirait ta famille ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 151

- Ah! si tu pouvais vivre un an avec moi on verrait, je te ferais boire de l'eau et tu serais bien mieux. — C'est entendu, partons. — Mais tu sais bien que j'ai beaucoup à travailler (car elle prenait au sérieux l'art dramatique). D'ailleurs que dirait ta famille ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 151

- Le pauvre martyr, dit-elle en retenant un sanglot, ils le feront mourir là-bas. — Tranquillise-toi, Zézette, il reviendra, il sera acquitté, l'erreur sera reconnue. — Mais avant cela, il sera mort! Enfin au moins ses enfants porteront un nom sans tache. Mais penser à ce qu'il doit souffrir c'est ce qui me tue !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 151

"Ce maître d'hôtel est très intéressant, Zézette ?" demanda-t-il à sa maîtresse après avoir renvoyé Aimé assez brusquement. "On dirait que tu veux faire une étude d'après lui. — Voilà que ça commence, j'en étais sûre ! — Mais qu'est-ce qui commence, mon petit ? Si j'ai eu tort, je n'ai rien dit, je veux bien. Mais j'ai tout de même le droit de te mettre en garde contre ce larbin que je connais de Balbec (sans cela je m'en ficherais pas mal) et qui est une des plus grandes fripouilles que la terre ait jamais portées."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 153

"Ce maître d'hôtel est très intéressant, Zézette ?" demanda-t-il à sa maîtresse après avoir renvoyé Aimé assez brusquement… "On dirait que tu veux faire une étude d'après lui. — Voilà que ça commence, j'en étais sûre ! — Mais qu'est-ce qui commence, mon petit ? Si j'ai eu tort, je n'ai rien dit, je veux bien. Mais j'ai tout de même le droit de te mettre en garde contre ce larbin que je connais de Balbec (sans cela je m'en ficherais pas mal) et qui est une des plus grandes fripouilles que la terre ait jamais portées…"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 153

"Ce maître d'hôtel est très intéressant, Zézette ?" demanda-t-il à sa maîtresse après avoir renvoyé Aimé assez brusquement. "On dirait que tu veux faire une étude d'après lui. — Voilà que ça commence, j'en étais sûre ! — Mais qu'est-ce qui commence, mon petit ? Si j'ai eu tort, je n'ai rien dit, je veux bien. Mais j'ai tout de même le droit de te mettre en garde contre ce larbin que je connais de Balbec (sans cela je m'en ficherais pas mal) et qui est une des plus grandes fripouilles que la terre ait jamais portées."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 153

- Tu vois, me dit-il à voix basse, ma famille me fait traquer jusqu'ici. Je t'en prie, moi je ne peux pas, mais puisque tu connais bien le maître d'hôtel qui va sûrement nous vendre, demande-lui de ne pas aller à la voiture. Au moins que ce soit un garçon qui ne me connaisse pas. Si on dit à mon oncle qu'on ne me connaît pas, je sais comment il est, il ne viendra pas voir dans le café, il déteste ces endroits-là. […] La voiture repartit bientôt. Mais la maîtresse de Saint-Loup qui n'avait pas entendu nos propos chuchotés à voix basse, et avait cru qu'il s'agissait du jeune homme à qui Robert lui reprochait de faire de l'œil, éclata en injures. — Allons bon! c'est ce jeune homme maintenant ? tu fais bien de me prévenir; oh! c'est délicieux de déjeuner dans ces conditions! Ne vous occupez pas de ce qu'il dit, il est un peu piqué et surtout, ajouta-t-elle en se tournait vers moi, il dit cela parce qu'il croit que ça fait élégant, que ça fait grand seigneur d'avoir l'air jaloux.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 156

- Tu vois, me dit-il à voix basse, ma famille me fait traquer jusqu'ici. Je t'en prie, moi je ne peux pas, mais puisque tu connais bien le maître d'hôtel qui va sûrement nous vendre, demande-lui de ne pas aller à la voiture. Au moins que ce soit un garçon qui ne me connaisse pas. Si on dit à mon oncle qu'on ne me connaît pas, je sais comment il est, il ne viendra pas voir dans le café, il déteste ces endroits-là. […] La voiture repartit bientôt. Mais la maîtresse de Saint-Loup qui n'avait pas entendu nos propos chuchotés à voix basse, et avait cru qu'il s'agissait du jeune homme à qui Robert lui reprochait de faire de l'œil, éclata en injures. — Allons bon! c'est ce jeune homme maintenant ? tu fais bien de me prévenir; oh! c'est délicieux de déjeuner dans ces conditions! Ne vous occupez pas de ce qu'il dit, il est un peu piqué et surtout, ajouta-t-elle en se tournait vers moi, il dit cela parce qu'il croit que ça fait élégant, que ça fait grand seigneur d'avoir l'air jaloux.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 156

N'est-ce pas tout de même dégoûtant qu'un vieux coureur de femmes comme lui, qui n'a pas dételé, me donne perpétuellement des leçons et vienne m'espionner !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 156

— Tais-toi au moins jusqu'à ce que je sois parti, si tu es folle, s'écria Robert. Garçon, mes affaires." Je ne savais si je devais le suivre. "Non, j'ai besoin d'être seul," me dit-il sur le même ton dont il venait de parler à sa maîtresse et comme s'il était tout aussi fâché contre moi.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 156

- Voyons, ce monsieur que tu as rencontré ce matin et qui mêle le snobisme et l'astronomie, raconte-le lui, je ne me rappelle pas bien et il la regardait du coin de l'œil. — Mais, mon petit, il n'y a rien à dire d'autre que ce que tu viens de dire. — Tu es assommant. Alors raconte les choses de Françoise aux Champs-Elysées, cela lui plaira tant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 158

- Tu sais, dis-je à Robert, que j'ai été pour te dire adieu le jour de mon départ, nous n'avons jamais eu l'occasion d'en causer. Je t'ai salué dans la rue. — Ne m'en parle pas, me répondit-il, j'en ai été désolé; nous nous sommes rencontrés tout près du quartier, mais je n'ai pas pu m'arrêter parce que j'étais déjà très en retard. Je t'assure que j'étais navré.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 162

- Je t'en supplie, mon petit, lui dit Saint-Loup d'une voix désolée, ne te donne pas en spectacle comme cela, tu me tues, je te jure que si tu dis un mot de plus, je ne t'accompagne pas à ta loge, et je m'en vais; voyons, ne fais pas la méchante.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 164

[…] pour amuser la jeune femme […] il [un danseur] se mit à refaire le mouvement de ses paumes, en se contrefaisant lui-même avec une finesse de pasticheur et une bonne humeur d'enfant. "Oh ! c'est trop gentil, ce coup de s'imiter soi-même, s'écria-t-elle en battant des mains. — Je t'en supplie, mon petit, lui dit Saint-Loup d'une voix désolée, ne te donne pas en spectacle comme cela, tu me tues, je te jure que si tu dis un mot de plus, je ne t'accompagne pas à ta loge, et je m'en vais […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 164

[…] pour amuser la jeune femme […] il [un danseur] se mit à refaire le mouvement de ses paumes, en se contrefaisant lui-même avec une finesse de pasticheur et une bonne humeur d'enfant. "Oh ! c'est trop gentil, ce coup de s'imiter soi-même, s'écria-t-elle en battant des mains. — Je t'en supplie, mon petit, lui dit Saint-Loup d'une voix désolée, ne te donne pas en spectacle comme cela, tu me tues, je te jure que si tu dis un mot de plus, je ne t'accompagne pas à ta loge, et je m'en vais […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 164

[…] pour amuser la jeune femme […] il [un danseur] se mit à refaire le mouvement de ses paumes, en se contrefaisant lui-même avec une finesse de pasticheur et une bonne humeur d'enfant. "Oh ! c'est trop gentil, ce coup de s'imiter soi-même, s'écria-t-elle en battant des mais. — Je t'en supplie, mon petit, lui dit Saint-Loup d'une voix désolée, ne te donne pas en spectacle comme cela, tu me tues, je te jure que si tu dis un mot de plus, je ne t'accompagne pas à ta loge, et je m'en vais […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 164

- Tu as mal compris ce que je t'ai dit pour le collier. Je ne te l'avais pas promis d'une façon formelle. Du moment que tu fais tout ce qu'il faut pour que je te quitte, il est bien naturel, voyons, que je ne te le donne pas, je ne comprends pas où tu vois de la traîtrise là-dedans, ni que je suis intéressé.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165

Écoute, pour la dernière fois, je te jure que tu auras beau faire, tu pourras avoir dans huit jours tous les regrets du monde, je ne reviendrai pas, la coupe est pleine, fais attention, c'est irrévocable, tu le regretteras un jour, il sera trop tard…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165

Écoute, pour la dernière fois, je te jure que tu auras beau faire, tu pourras avoir dans huit jours tous les regrets du monde, je ne reviendrai pas, la coupe est pleine, fais attention, c'est irrévocable, tu le regretteras un jour, il sera trop tard.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165

Monsieur, est-ce que vous voudriez bien jeter votre cigare, la fumée fait mal à mon ami…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165

On ne peut pas dire que je fais sonner mon argent, je te dis toujours que je suis un pauvre bougre qui n'a pas le sou. Tu as tort de le prendre comme ça, mon petit. En quoi suis-je intéressé ? Tu sais bien que mon seul intérêt, c'est toi. — Oui, oui, tu peux continuer," lui dit-elle ironiquement, en esquissant le geste de quelqu'un qui vous fait la barbe.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165

— Personne d'autre [que moi] ne pourra te le [un collier] donner, car je l'ai retenu chez Boucheron et j'ai sa parole qu'il ne le vendra qu'à moi. — C'est bien cela, tu as voulu me faire chanter, tu as pris toutes tes précautions d'avance […] Mais tout n'es pas fini, sois-en sûr. Une parole donnée dans ces conditions n'a aucune valeur. Tu as agi par traîtrise avec moi. Boucheron le saura et on lui en donnera le double, de son collier. Tu auras bientôt de mes nouvelles, sois tranquille.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165

— Personne d'autre [que moi] ne pourra te le [un collier] donner, car je l'ai retenu chez Boucheron et j'ai sa parole qu'il ne le vendra qu'à moi. — C'est bien cela, tu as voulu me faire chanter, tu as pris toutes tes précautions d'avance […] Mais tout n'es pas fini, sois-en sûr. Une parole donnée dans ces conditions n'a aucune valeur. Tu as agi par traîtrise avec moi. Boucheron le saura et on lui en donnera le double, de son collier. Tu auras bientôt de mes nouvelles, sois tranquille.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165

Tu as mal compris ce que je t'ai dit pour le collier. Je ne te l'avais pas promis d'une façon formelle. Du moment que tu fais tout ce qu'il faut pour que je te quitte, il est bien naturel, voyons, que je ne te le donne pas […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 165

Il toucha légérement son chapeau et dit au journaliste : "Monsieur, est-ce que vous voudriez bien jeter votre cigare, la fumée fait mal à mon ami" […] — Il n'est pas défendu de fumer, que je sache ; quand on est malade, on n'a qu'à rester chez soi" dit le journaliste.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 166

Il toucha légérement son chapeau et dit au journaliste : "Monsieur, est-ce que vous voudriez bien jeter votre cigare, la fumée fait mal à mon ami." […] — Il n'est pas défendu de fumer, que je sache ; quand on est malade, on n'a quà rester chez soi" dit le journaliste.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 166

Il toucha légérement son chapeau et dit au journaliste : « Monsieur, est-ce que vous voudriez bien jeter votre cigare, la fumée fait mal à mon ami. […] — Il n'est pas défendu de fumer, que je sache ; quand on est malade, on n'a qu'à rester chez soi », dit le journaliste.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 166

Il toucha légérement son chapeau et dit au journaliste : "Monsieur, est-ce que vous voudriez bien jeter votre cigare, la fumée fait mal à mon ami." […] — Il n'est pas défendu de fumer, que je sache ; quand on est malade, on n'a qu'à rester chez soi" ditle journaliste. […] — En tous cas, Monsieur, vous n'êtes pas très aimable", dit Saint-Loup au journaliste, toujours sur un ton poli et doux, avec l'air de quelqu'un qui vient de juger rétrospectivement un incident terminé.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 166

Les amis du journaliste [il a reçu une gifle], voyant que tout était terminé, revinrent auprès de lui, encore tremblants. Mais honteux de l'avoir abandonné, ils tenaient absolument à ce qu'il crût qu'ils ne s'étaient rendu compte de rien. Aussi s'étendaient-ils l'un sur sa poussière dans l'œil, l'autre sur la fausse alerte qu'il avait eue en se figurant qu'on levait le rideau, le troisième sur l'extraordinaire ressemblance d'une personne qui avait passé avec son frère. Et même ils lui témoignèrent une certaine mauvaise humeur de ce qu'il n'avait pas partagé leurs émotions. — Comment, cela ne t'a pas frappé? Tu ne vois donc pas clair ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 167

Les amis du journaliste [il a reçu une gifle], voyant que tout était terminé, revinrent auprès de lui, encore tremblants. Mais honteux de l'avoir abandonné, ils tenaient absolument à ce qu'il crût qu'ils ne s'étaient rendu compte de rien. Aussi s'étendaient-ils l'un sur sa poussière dans l'œil, l'autre sur la fausse alerte qu'il avait eue en se figurant qu'on levait le rideau, le troisième sur l'extraordinaire ressemblance d'une personne qui avait passé avec son frère. Et même ils lui témoignèrent une certaine mauvaise humeur de ce qu'il n'avait pas partagé leurs émotions. — Comment, cela ne t'a pas frappé? Tu ne vois donc pas clair? — C'est-à-dire que vous êtes tous des capons Capon: faux, lâche., grommela le journaliste giflé./. Inconséquents avec la fiction qu'ils avaient adoptée et en vertu de laquelle ils auraient dû — mais ils n'y songèrent pas — avoir l'air de ne pas comprendre ce qu'il voulait dire, ils proférèrent une phrase qui est de tradition en ces circonstances: "Voilà que tu t'emballes, ne prends pas la mouche, on dirait que tu as le mors aux dents!"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 167

Si petite que je fusse, je me rappelle encore le roi priant mon grand-père d'inviter M. Decazes à une redoute où mon père devait danser avec la duchesse de Berry. " Vous me ferez plaisir, Florimond, disait le roi.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 176

"À propos […] vous savez la plaisanterie que m'a faite hier matin mon neveu Basin ? demanda Mme de Villeparisis à l'archiviste. Il m'a fait dire, au lieu de s'annoncer, que c'était la reine de Suède qui demandait à me voir. — Ah ! il vous a fait dire cela froidement comme cela ! Il en a de bonnes !" s'écria Bloch en s'esclaffant, tandis que l'historien souriait avec une timidité majestueuse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 178

[…] il se tenait constamment le plus éloigné de moi qu'il pouvait, sans doute dans l'espoir que je n'entendisse pas les flatteries qu'[…]il ne cessait à tout propos de prodiguer à Mme de Villeparisis.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 185

[…] il a une sœur qui s'appelle Mme de Cambremer, ce qui ne doit pas du reste te dire plus qu'à moi. — Comment, mais je la connais parfaitement, s'écria en mettant sa main devant sa bouche Mme de Guermantes. Ou plutôt je ne le connais pas, mais je ne sais pas ce qui a pris à Basin, qui rencontre Dieu sait où le mari, de dire à cette grosse femme de venir me voir. Je ne peux pas vous dire ce que ç'a été que sa visite. Elle m'a raconté qu'elle était allée à Londres, elle m'a énuméré tous les tableaux du British […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 186

[…] il a une sœur qui s'appelle Mme de Cambremer, ce qui ne doit pas du reste te dire plus qu'à moi. — Comment, mais je la connais parfaitement, s'écria en mettant sa main devant sa bouche Mme de Guermantes. Ou plutôt je ne le connais pas, mais je ne sais pas ce qui a pris à Basin, qui rencontre Dieu sait où le mari, de dire à cette grosse femme de venir me voir. Je ne peux pas vous dire ce que ç'a été que sa visite. Elle m'a raconté qu'elle était allée à Londres, elle m'a énuméré tous les tableaux du British […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 186

C'est une personne impossible : elle dit "plumitif", enfin des choses comme ça. — Qu'est-ce que ça veut dire "plumitif" ? demanda Mme de Villeparisis à sa nièce. — Mais je n'en sais rien ! s'écria la duchesse avec une indignation feinte. Je ne veux pas le savoir. Je ne parle pas ce français-là."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 186

C'est une personne impossible : elle dit "plumitif", enfin des choses comme ça. — Qu'est-ce que ça veut dire "plumitif" ? demanda Mme de Villeparisis à sa nièce. — Mais je n'en sais rien ! s'écria la duchesse avec une indignation feinte. Je ne veux pas le savoir. Je ne parle pas ce français-là."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 186

C'est une personne impossible : elle dit "plumitif", enfin des choses comme ça. — Qu'est-ce que ça veut dire "plumitif" ? demanda Mme de Villeparisis à sa nièce. — Mais je n'en sais rien ! s'écria la duchesse avec une indignation feinte. Je ne veux pas le savoir. Je ne parle pas ce français-là."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 186

[J'allai] vers Legrandin et, ne trouvant rien de coupable à sa présence chez Mme de Villeparisis, je lui dis sans songer combien j'allais à la fois le blesser et lui faire croire à l'intention de le blesser : "Eh bien, Monsieur, je suis presque excusé d'être dans un salon puisque je vous y trouve." M. Legrandin conclut de ses paroles (ce fut du moins le jugement qu'il porta sur moi quelques jours plus tard) que j'étais un petit être foncièrement méchant qui ne se plaisait qu'au mal./. "Vous pourriez avoir la politesse de commencer par me dire bonjour, me répondit-il sans me donner la main et d'une voix rageuse et vulgaire que je ne lui soupçonnais pas […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 187

— Qu'est-ce que ça veut dire "plumitif" ? demanda Mme de Villeparisis à sa nièce. — Mais je n'en sais rien ! s'écria la duchesse avec une satisfaction feinte. Je ne veux pas le savoir. Je ne parle pas ce français-là." Et voyant que sa tante ne savait vraiment pas ce que voulait dire plumitif, pour avoir la satisfaction de montrer qu'elle était savante autant que puriste […] : "Mais si", dit-elle avec un demi-rire que les restes de la mauvaise humeur jouée réprimaient, "tout le monde sait ça, un plumitif c'est un écrivain, c'et quelqu'un qui tient une plume. Mais c'est une horreur de mot. Ça vous fait tomber vos dents de sagesse. Jamais on ne me ferait dire ça.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 187

— Qu'est-ce que ça veut dire "plumitif" ? demanda Mme de Villeparisis à sa nièce. — Mais je n'en sais rien ! s'écria la duchesse avec une satisfaction feinte. Je ne veux pas le savoir. Je ne parle pas ce français-là." Et voyant que sa tante ne savait vraiment pas ce que voulait dire plumitif, pour avoir la satisfaction de montrer qu'elle était savante autant que puriste […] : "Mais si", dit-elle avec un demi-rire que les restes de la mauvaise humeur jouée réprimaient, "tout le monde sait ça, un plumitif c'est un écrivain, c'et quelqu'un qui tient une plume. Mais c'est une horreur de mot. Ça vous fait tomber vos dents de sagesse. Jamais on ne me ferait dire ça.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 187

"Nous avons dîné avec elle [la reine de Suède] hier chez Blanche Leroi, vous ne la reconnaîtriez pas, elle est devenue énorme, je suis sûre qu'elle est malade. — Je disais justement à ces messieurs que tu lui trouvais l'air d'une grenouille…" Mme de Guermantes fit entendre une espèce de bruit rauque qui signifiait qu'elle ricanait par acquit de conscience
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 193

"Comment s'appelle ce monsieur ?" me demanda le baron, qui venait de m'être présenté par Mme de Villeparisis. "M. Pierre, répondis-je à mi-voix. — Pierre de quoi ? — Pierre, c'est son nom, c'est un historien de grande valeur. — Ah ! vous m'en direz tant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 194

En tous cas cette grenouille [la reine de Suède], qui d'ailleurs ne demande pas de roi, car je ne l'ai jamais vue plus folâtre que depuis la mort de son époux, doit venir dîner à la maison un jour de la semaine prochaine. J'ai dit que je vous préviendrais à tout hasard.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 194

Je sais qu'elle [la reine de Suède] a dîné avant-hier chez Mme de Mecklembourg, ajouta-t-elle. Il y avait Hannibal de Bréauté. Il est venu me le raconter, assez drôlement je dois dire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 194

- Dis-moi, reprit Bloch en me parlant tout bas, quelle fortune peut avoir Saint-Loup? Tu comprends bien que si je te demande cela, je m'en moque comme de l'an quarante, mais c'est au point de vue balzacien, tu comprends. Et tu ne sais même pas en quoi c'est placé, s'il a des valeurs françaises, étrangères, des terres ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 201

[…] Bloch demanda très haut la permission d'ouvrir les fenêtres et, sans attendre la réponse, se dirigea vers celles-ci. Mme de Villeparisis dit qu'il était impossible d'ouvrir, qu'elle était enrhumée. "Ah ! si ça doit vous faire du mal ! répondit Bloch, déçu. Mais on peut dire qu'il fait chaud !" Et se mettant à rire, il fit faire à ses regards qui tournèrent autour de l'assistance une quête qui réclamait un appui contre Mme de Villeparisis.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 201

[…] Bloch demanda très haut la permission d'ouvrir les fenêtres et, sans attendre la réponse, se dirigea vers celles-ci. Mme de Villeparisis dit qu'il était impossible d'ouvrir, qu'elle était enrhumée. "Ah ! si ça doit vous faire du mal ! répondit Bloch, déçu. Mais on peut dire qu'il fait chaud !" Et se mettant à rire, il fit faire à ses regards qui tournèrent autour de l'assistance une quête qui réclamait un appui contre Mme de Villeparisis.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 201

— Mais comment la connaissez-vous, duchesse ? dit M. d'Argencourt. — Comment, vous ne savez pas qu'elle a joué chez moi avant tout le monde ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 205

Vous m'aviez montré une œuvrette un peu tarabiscotée où vous coupiez les cheveux en quatre. Je vous ai donné franchement mon avis ; ce que vous aviez fait ne valait pas la peine que vous le couchiez sur le papier. Nous préparez-vous quelque chose ? Vous êtes très féru de Bergotte, si je me souviens bien. — Ah ! ne dites pas de mal de Bergotte, s'écria la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 205

[…] il ne réunirait que quelques voix [sur son nom, à l'Académie]. L'Académie aime à faire faire un stage au postulant avant de l'admettre dans son giron. Actuellement, il n'y a rien à faire. Plus tard je ne dis pas. Mais il faut que ce soit la Compagnie elle-même qui vienne le chercher.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 207

Avant que M. de Norpois, contraint et forcé, n'emmenât Bloch dans la petite baie où ils pourraient causer ensemble, je revins un instant vers le vieux diplomate et lui glissai un mot d'un fauteuil académique pour mon père.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 207

Non, non, me dit-il avec émotion, il ne faut pas que votre père se présente [à l'Académie]. Il ne le faut pas dans son intérêt, pour lui-même, par respect pour sa valeur qui est grande et qu'il compromettrait dans une pareille aventure. Il vaut mieux que cela. Fût-il nommé, il aurait tout à perdre et rien à gagner.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 207

Non, non, me dit-il avec émotion, il ne faut pas que votre père se présente [à l'Académie]. Il ne le faut pas dans son intérêt, pour lui-même, par respect pour sa valeur qui est grande et qu'il compromettrait dans une pareille aventure. Il vaut mieux que cela. Fût-il nommé, il aurait tout à perdre et rien à gagner.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 207

Non, non, me dit-il avec émotion, il ne faut pas que votre père se présente [à l'Académie]. Il ne le faut pas dans son intérêt, pour lui-même, par respect pour sa valeur qui est grande et qu'il compromettrait dans une pareille aventure. Il vaut mieux que cela. Fût-il nommé, il aurait tout à perdre et rien à gagner.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 207

À plusieurs reprises, M. de Norpois traita ses collègues de fossiles. En dehors des autres raisons, tout membre d'un club ou d'une Académie aime à investir ses collègues du genre de caractère le plus contraire au sien, moins pour l'utilité de pouvoir dire : "Ah ! si cela ne dépendait que de moi !" que pour la satisfaction de présenter le titre qu'il a obtenu comme plus difficile et plus flatteur. "Je vous dirai, conclut-il, que, dans votre intérêt à tous, j'aime mieux pour votre père une élection triomphale [à l'Académie] dans dix ou quinze ans."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 208

À plusieurs reprises, M. de Norpois traita ses collègues de fossiles. En dehors des autres raisons, tout membre d'un club ou d'une Académie aime à investir ses collègues du genre de caractère le plus contraire au sien, moins pour l'utilité de pouvoir dire : "Ah ! si cela ne dépendait que de moi !" que pour la satisfaction de présenter le titre qu'il a obtenu comme plus difficile et plus flatteur. "Je vous dirai, conclut-il, que, dans votre intérêt à tous, j'aime mieux pour votre père une élection triomphale [à l'Académie] dans dix ou quinze ans."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 208

"Je ne peux pas comprendre, reprit la duchesse, comment Robert a jamais pu l' [Rachel] aimer. Oh ! je sais bien qu'il ne faut jamais discuter ces choses-là", ajouta-t-elle avec une jolie moue de philosophe et de sentimentale désenchantée. "Je sais que n'importe qui peut aimer n'importe quoi. Et, ajouta-t-elle […] c'est même ce qu'il y a de beau dans l'amour, parce que c'est justement ce qui le rend "mystérieux".
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 209

Je ne peux pas comprendre, reprit la duchesse, comment Robert a jamais pu l'aimer. Oh ! je sais bien qu'il ne faut jamais discuter ces choses-là, ajouta-t-elle avec une jolie moue de philosophe et de sentimentale désenchantée.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 209

— Vous savez de qui nous parlons, Basin ? dit la duchesse à son mari. — Naturellement, je devine, dit le duc.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 209

- Il y a des Guermantes qui restent rue de la Chaise, disait le valet de chambre, j'avais un ami qui y avait travaillé; il était second cocher chez eux. Et je connais quelqu'un, pas mon copain alors, mais son beau-frère qui avait fait son temps au régiment avec un piqueur Piqueur: terme de vénerie: valet de chiens poursuivant la bête à cheval. du baron de Guermantes. "Et après tout allez-y donc, c'est pas mon père!" ajoutait le valet de la chambre qui avait l'habitude comme il fredonnait les refrains de l'année, de parsemer ses discours des plaisanteries nouvelles.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 21

Ah ! vous connaissez Les Sept Princesses ? répondit la duchesse à M. d'Argencourt. Tous mes compliments ! Moi je n'en connais qu'une, mais cela m'a ôté la curiosité de faire la connaissance des six autres. Si elles sont toutes pareilles à celle que j'ai vue !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 211

Maintenant je reconnais qu'elle [Odette] est immonde, mais elle a été une ravissante personne. Ça ne m'a pas fait moins de chagrin que Charles l'ait épousée, parce que c'était tellement inutile. […] "Oui, n'est-ce pas, ce n'était pas la peine, mais enfin elle [Odette] n'était pas sans charme et je comprends parfaitement qu'on l'aimât, tandis que la demoiselle de Robert, je vous assure qu'elle est à mourir de rire. Je sais bien qu'on m'objectera cette vieille rengaine d'Augier : "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse !" Hé bien Robert a peut-être l'ivresse, mais il n'a vraiment pas fait preuve de goût dans le choix du flacon !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 211

Maintenant je reconnais qu'elle [Odette] est immonde, mais elle a été une ravissante personne. Ça ne m'a pas fait moins de chagrin que Charles l'ait épousée, parce que c'était tellement inutile. […] "Oui, n'est-ce pas, ce n'était pas la peine, mais enfin elle [Odette] n'était pas sans charme et je comprends parfaitement qu'on l'aimât, tandis que la demoiselle de Robert, je vous assure qu'elle est à mourir de rire. Je sais bien qu'on m'objectera cette vieille rengaine d'Augier : "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ;"Hé bien Robert a peut-être l'ivresse, mais il n'a vraiment pas fait preuve de goût dans le choix du flacon !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 211

Maintenant je reconnais qu'elle [Odette] est immonde, mais elle a été une ravissante personne. Ça ne m'a pas fait moins de chagrin que Charles l'ait épousée, parce que c'était tellement inutile. […] "Oui, n'est-ce pas, ce n'était pas la peine, mais enfin elle [Odette] n'était pas sans charme et je comprends parfaitement qu'on l'aimât, tandis que la demoiselle de Robert, je vous assure qu'elle est à mourir de rire. Je sais bien qu'on m'objectera cette vieille rengaine d'Augier : "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse". Hé bien Robert a peut-être l'ivresse, mais il n'a vraiment pas fait preuve de goût dans le choix du flacon !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 211

Maintenant je reconnais qu'elle [Odette] est immonde, mais elle a été une ravissante personne. Ça ne m'a pas fait moins de chagrin que Charles l'ait épousée, parce que c'était tellement inutile. […] "Oui, n'est-ce pas, ce n'était pas la peine, mais enfin elle [Odette] n'était pas sans charme et je comprends parfaitement qu'on l'aimât, tandis que la demoiselle de Robert, je vous assure qu'elle est à mourir de rire. Je sais bien qu'on m'objectera cette vieille rengaine d'Augier : "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse !" Hé bien Robert a peut-être l'ivresse, mais il n'a vraiment pas fait preuve de goût dans le choix du flacon !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 211

[…] Oriane a une cousine dont la mère, sauf erreur, est née Grandin.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 213

Dites-moi, ma bonne tante, demanda M. de Guermantes à Mme de Villeparisis, qu'est-ce que ce monsieur assez bien de sa personne qui sortait comme j'entrais ? Je dois le connaître parce qu'il m'a fait un grand salut, mais je ne l'ai pas remis, vous savez, je suis brouillé avec les noms, ce qui est bien désagréable, dit-il d'un air de satisfaction.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 213

Dites-moi, ma bonne tante, demanda M. de Guermantes à Mme de Villeparisis, qu'est-ce que ce monsieur assez bien de sa personne qui sortait comme j'entrais ? Je dois le connaître parce qu'il m'a fait un grand salut, mais je ne l'ai pas remis, vous savez, je suis brouillé avec les noms, ce qui est bien désagréable, dit-il d'un air de satisfaction.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 213

[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217

— A propos, saviez-vous qui est partisan enragé de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ! Je vous dirai même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été une levée de boucliers, un véritable folie. Comme on le présente dans huit jours... — Evidemment, interrompit la duchesse, s'ils sont tous comme Gilbert qui a toujours soutenu qu'il fallait renvoyer tous les juifs à Jérusalem... — Ah ! alors, le prince de Guermantes est tout à fait dans mes idées, interrompit M. d'Argencourt. ./. Le duc se parait de sa femme mais ne l'aimait pas. Très "suffisant", il détestait d'être interrompu, puis il avait dans son ménage l'habitude d'être brutal avec elle. Frémissant d'une double colère de mauvais mari à qui on parle et de beau parleur qu'on n'écoute pas, il s'arrêta net et lança sur la duchesse un regard qui embarrassa tout le monde. — Qu'est-ce qu'il vous prend de nous parler de Gilbert et de Jérusalem ? dit-il enfin. Il ne s'agit pas de cela.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217

À propos, saviez-vous qui est partisan enragé de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217

À propos, saviez-vous qui est partisan enragé de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217

À propos, saviez-vous qui est partisan enragé de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ! Je vous dirai même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été une levée de boucliers […] Comme on le présente dans huit jours . — Évidemment, interrompit la duchesse, s'ils sont tous comme Gilbert qui a toujours soutenu qu'il fallait renvoyer tous les juifs à Jérusalem . […] "Qu'est-ce qui vous prend de nous parler de Gilbert et de Jérusalem ? […] Il ne s'agit pas de cela. Mais, ajouta-t-il d'un ton radouci, vous m'avouerez que si un des nôtres était refusé au Jockey […] ce serait un comble.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217

À propos, saviez-vous qui est partisan enragé de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ! Je vous dirai même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été une levée de boucliers […] Comme on le présente dans huit jours . — Évidemment, interrompit la duchesse, s'ils sont tous comme Gilbert qui a toujours soutenu qu'il fallait renvoyer tous les juifs à Jérusalem . […] "Qu'est-ce qui vous prend de nous parler de Gilbert et de Jérusalem ? […] Il ne s'agit pas de cela. Mais, ajouta-t-il d'un ton radouci, vous m'avouerez que si un des nôtres était refusé au Jockey […] ce serait un comble.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217

À propos, saviez-vous qui est partisan enragé de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ! Je vous dirai même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été une levée de boucliers […] Comme on le présente dans huit jours . — Évidemment, interrompit la duchesse, s'ils sont tous comme Gilbert qui a toujours soutenu qu'il fallait renvoyer tous les juifs à Jérusalem. […] "Qu'est-ce qui vous prend de nous parler de Gilbert et de Jérusalem ? […] Il ne s'agit pas de cela. Mais, ajouta-t-il d'un ton radouci, vous m'avouerez que si un des nôtres était refusé au Jockey […] ce serait un comble. Que voulez-vous, ma chère, ça les a fait tiquer, ces gens, ils ont ouvert de gros yeux. Je ne peux pas leur donner tort […] mais enfin que diable ! quand on s'appelle le marquis de Saint-Loup, on n'est pas dreyfusard, que voulez-vous que je vous dise !"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217

À propos, saviez-vous qui est partisan enragé de Dreyfus ? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ! Je vous dirai même qu'au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été une levée de boucliers […] Comme on le présente dans huit jours . — Évidemment, interrompit la duchesse, s'ils sont tous comme Gilbert qui a toujours soutenu qu'il fallait renvoyer tous les juifs à Jérusalem . […] "Qu'est-ce qui vous prend de nous parler de Gilbert et de Jérusalem ? […] Il ne s'agit pas de cela. Mais, ajouta-t-il d'un ton radouci, vous m'avouerez que si un des nôtres était refusé au Jockey […] ce serait un comble. Que voulez-vous, ma chère, ça les a fait tiquer, ces gens, ils ont ouvert de gros yeux. Jene peux pas leur donner tort […] mais enfin que diable ! quand on s'appelle le marquis de Saint-Loup, on n'est pas dreyfusard, que voulez-vous que je vous dise !"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 217

- […]Il y a une donzelle, une cascadeuse de la pire espèce qui a plus d'influence sur lui et qui est précisément compatriote du sieur Dreyfus. Elle a passé à Robert son état d'esprit. — Vous ne saviez peut-être pas, monsieur le duc, qu'il y a un mot nouveau pour exprimer un tel genre d'esprit, dit l'archiviste qui était secrétaire des comités antirevisionistes. On dit "mentalité". Cela signifie exactement la même chose, mais au moins personne ne sait ce qu'on veut dire. C'est le fin du fin et comme on dit le "dernier cri". […] — Ah! mentalité, j'en prends note, je le resservirai, dit le duc. (Ce n'était pas une figure, le duc avait un petit carnet rempli de "citations" et qu'il relisait avant les grands dîners). Mentalité me plaît. Il y a comme cela des mots nouveaux, qu'on lance, mais ils ne durent pas. Dernièrement, j'ai lu comme cela qu'un écrivain était "talentueux". Comprenne qui pourra. Puis je ne l'ai plus jamais revu.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 218

- […]Il y a une donzelle, une cascadeuse de la pire espèce qui a plus d'influence sur lui et qui est précisément compatriote du sieur Dreyfus. Elle a passé à Robert son état d'esprit. — Vous ne saviez peut-être pas, monsieur le duc, qu'il y a un mot nouveau pour exprimer un tel genre d'esprit, dit l'archiviste qui était secrétaire des comités antirevisionistes. On dit "mentalité". Cela signifie exactement la même chose, mais au moins personne ne sait ce qu'on veut dire. C'est le fin du fin et comme on dit le "dernier cri". […] — Ah! mentalité, j'en prends note, je le resservirai, dit le duc. (Ce n'était pas une figure, le duc avait un petit carnet rempli de "citations" et qu'il relisait avant les grands dîners). Mentalité me plaît. Il y a comme cela des mots nouveaux, qu'on lance, mais ils ne durent pas. Dernièrement, j'ai lu comme cela qu'un écrivain était "talentueux". Comprenne qui pourra. Puis je ne l'ai plus jamais revu.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 218

— C'est surtout comique [que Saint-Loup soit dreyfusard], répondit la duchesse, étant donné les idées de sa mère qui nous rase avec la Patrie française du matin au soir. — Oui, mais il n'y a pas que sa mère, il ne faut pas nous raconter de craques… Il y a une donzelle, une cascadeuse de la pire espèce, qui a plus d'influence sur lui et qui est précisément compatriote du sieur Dreyfus… Elle a passé à Robert son état d'esprit…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 218

"Vous avez entendu le mot d'Oriane ? demanda avidement le duc de Guermantes à Mme de Villeparisis. — Oui, je le trouve très drôle." Cela ne suffisait pas au duc : "Eh bien, moi, je ne le trouve pas drôle ; ou plutôt cela m'est tout à fait égal qu'il soit drôle ou non. Je ne fais aucun cas de l'esprit." M. d'Argencourt protestait. "Il ne pense pas un mot de ce qu'il dit", murmura la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 220

"Vous avez entendu le mot d'Oriane ? demanda avidement le duc de Guermantes à Mme de Villeparisis. — Oui, je le trouve très drôle." Cela ne suffisait pas au duc : "Eh bien, moi, je ne le trouve pas drôle ; ou plutôt cela m'est tout à fait égal qu'il soit drôle ou non. Je ne fais aucun cas de l'esprit." M. d'Argencourt protestait. "Il ne pense pas un mot de ce qu'il dit", murmura la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 220

Je ne suis pas si ambitieux que ma cousine Mirepoix qui prétend qu'elle peut suivre la filiation de sa maison avant Jésus-Christ jusqu'à la tribu de Lévi, et je me fais fort de démontrer qu'il n'y a jamais eu une goutte de sang juif dans notre famille. Mais enfin il ne faut tout de même pas nous la faire à l'oseille, il est bien certain que les charmantes opinions de monsieur mon neveu [Saint-Loup, dreyfusard] peuvent faire assez de bruit dans Landerneau.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 220

[…]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 221

[…] quand on le vit regarder dans les yeux son supérieur, ne pas craindre de lui tenir la dragée haute et de lui dire d'un ton qui n'admettait pas de réplique : "Voyons, mon colonel, vous savez bien que je n'ai jamais menti, vous savez bien qu'en ce moment, comme toujours, je dis la vérité." Le vent tourna, M. Picquart eut beau retourner ciel et terre dans les audiences suivantes, il fit bel et bien fiasco.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 221

Bloch cherchait à pousser M. de Norpois sur le colonel Picquart. "Il est hors de conteste, répondit M. de Norpois, que sa déposition était nécessaire. Je sais qu'en soutenant cette opinion j'ai fait pousser à plus d'un de mes collègues des cris d'orfraie, mais, à mon sens, le gouvernement avait le devoir de laisser parler le colonel.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 221

Quand on l'a vu [le colonel Picquart], bien pris dans le joli uniforme des chasseurs, venir sur un ton parfaitement simple et franc raconter ce qu'il avait vu, ce qu'il avait cru, dire : "Sur mon honneur de soldat" (et ici la voix de M. de Norpois vibra d'un léger trémolo patriotique) "telle est ma conviction", il n'y a pas à nier que l'impression a été profonde.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 221

« Je n'ai pas de carte d'invitation », dit Bloch, pensant que Mme de Villeparisis allait lui en offrir une […].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 224

— Non, Monsieur, je ne vais plus au bal, répondit-elle avec un joli sourire de vieille femme. Vous y allez, vous autres ? C'est de votre âge.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 224

— […] Du reste, les choses mondaines ne sont pas mon fort. — Ah ! Je croyais le contraire » dit Bloch, qui se figurait que Mme de Guermantes avait parlé sincèrement.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 225

Cette affaire-là, jusqu'ici, c'est la bouteille à l'encre. Je ne dis pas que d'un côté comme de l'autre il n'y ait à cacher d'assez vilaines turpitudes.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 225

Mme de Villeparisis dit gaiement à Mme de Guermantes : "Voyons, est-ce une grande solennité mondaine, le bal de Mme Sagan ? — Ce n'est pas à moi qu'il faut demander cela, lui répondit ironiquement la duchesse, je ne suis pas encore arrivée à savoir ce que c'était qu'une solennité mondaine. Du reste les choses mondaines ne sont pas mon fort.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 225

Mme de Villeparisis dit gaiement à Mme de Guermantes : "Voyons, est-ce une grande solennité mondaine, le bal de Mme Sagan ? — Ce n'est pas à moi qu'il faut demander cela, lui répondit ironiquement la duchesse, je ne suis pas encore arrivée à savoir ce que c'était qu'une solennité mondaine. Du reste les choses mondaines ne sont pas mon fort.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 225

Il va de soi d'ailleurs que c'est au gouvernement qu'il appartient de dire le droit et de clore la liste trop longue des crimes impunis […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 226

Mais il ne faut pas craindre d'éclairer l'opinion ; et si quelques moutons, de ceux qu'a si bien connus notre Rabelais, se jetaient à l'eau tête baissée, il conviendrait de leur montrer que cette eau est trouble, qu'elle a été troublée à dessein par uneengeance qui n'est pas de chez nous, pour en dissimuler les dessous dangereux.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 227

Mais il ne faut pas craindre d'éclairer l'opinion ; et si quelques moutons, de ceux qu'a si bien connus notre Rabelais, se jetaient à l'eau tête baissée, il conviendrait de leur montrer que cette eau est trouble, qu'elle a été troublée à dessein par une engeance qui n'est pas de chez nous, pour en dissimuler les dessous dangereux.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 227

Mais il ne faut pas craindre d'éclairer l'opinion ; et si quelques moutons, de ceux qu'a si bien connus notre Rabelais, se jetaient à l'eau tête baissée, il conviendrait de leur montrer que cette eau est trouble, qu'elle a été troublée à dessein par une engeance qui n'est pas de chez nous, pour en dissimuler les dessous dangereux.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 227

— Vous, monsieur", dit Bloch, en se tournant vers M. d'Argenteuil […] "vous êtes certainement dreyfusard : à l'étranger tout le monde l'est. — C'est une affaire qui ne regarde que les Français entre eux, n'est-ce pas ?" répondit M. d'Argencourt avec cette insolence particulière qui consiste à prêter à l'interlocuteur une opinion qu'on sait manifestement qu'il ne partage pas, puisqu'il vient d'en émettre une opposée.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 227

Vous, Monsieur, qui êtes français, vous savez certainement qu'on est dreyfusard à l'étranger, quoiqu'on prétende qu'en France on ne sait jamais ce qui se passe à l'étranger.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 228

Vous parliez des Sept Princesses, duchesse, vous savez (je n'en suis pas plus fier pour ça) que l'auteur de ce… comment dirai-je, de ce factum, est un de mes compatriotes.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 229

Je connais des Belges très aimables, vous, votre Roi qui est un peu timide mais plein d'esprit, mes cousins Ligne et bien d'autres, mais heureusement vous ne parlez pas le même langage que l'auteur des Sept Princesses. Du reste si vous voulez que je vous dise, c'est trop d'en parler parce que surtout ce n'est rien. Ce sont des gens qui cherchent à avoir l'air obscur et au besoin qui s'arrangent d'être ridicules pour cacher qu'ils n'ont pas d'idées.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 230

[…] Mme de Marsantes n'avait pas eu la force de regretter longtemps son père et sa mère, mais pour rien au monde elle n'eût porté de couleurs dans le mois qui suivait la mort d'un cousin.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 231

Du reste, nous avons tous été trop confiants, trop hospitaliers. Je ne fréquenterai plus personne de cette nation. Pendant qu'on avait de vieux cousins de province du même sang, à qui on fermait sa porte, on l'ouvrait aux Juifs. Nous voyons maintenant leur remerciement. Hélas ! je n'ai rien à dire, j'ai un fils adorable et qui débite, en jeune fou qu'il est, toutes les insanités possibles.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 233

Chaque fois que le duc avait délaissé trop ouvertement sa femme. Mme de Marsantes avait pris avec éclat contre son propre frère le parti de sa belle-sœur. Celle-ci gardait de cette projection un souvenir reconnaissant et rancunier et, elle n'était qu'à demi fâchée des fredaines de Robert. A ce moment la porte s'étant ouverte de nouveau celui-ci entra. — Tiens, quand on parle du Saint-Loup, dit Mme de Guermantes, Mme de Marsantes qui tournait le dos à la porte n'avait pas vu entrer son fils. Quand elle l'aperçut, en cette mère la joie battit, véritablement comme un coup d'aile, le corps de Mme de Marsantes se souleva à demi, son visage palpita et elle attachait sur Robert des yeux émerveillés: — Comment, tu es venu! quel bonheur! quelle surprise! — Ah! quand on parle du Saint-Loup, je comprends, dit le diplomate belge riant aux éclats. — C'est délicieux, répliqua sèchement Mme de Guermantes qui détestait les calembours et n'avait hasardé celui-là qu'en ayant l'air de se moquer d'elle-même.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 234

Ils causèrent un instant ensemble et sans doute de moi, car tandis que Saint-Loup se rapprochait de sa mère, Mme de Guermantes se tourna vers moi. — Bonjour, comment allez-vous, me dit-elle. Elle laissa pleuvoir sur moi la lumière de son regard bleu, hésita un instant, déplia et tendit la tige de son bras, pencha en avant son corps qui se redressa rapidement en arrière comme un arbuste qu'on a couché et qui, laissé libre, revient à sa position naturelle.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 234

- Il ne va pas très bien, il est un peu fatigué; du reste il irait peut-être mieux s'il te voyait plus souvent, car je ne te cache pas qu'il aime beaucoup te voir. — Ah! mais, c'est très aimable, dit Mme de Guermantes d'un ton volontairement banal, comme si je lui eusse apporté son manteau. Je suis très flattée.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 235

On vint annoncer que le prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen faisait dire à M. de Norpois qu'il était là. "Allez le chercher, monsieur" dit Mme de Villeparisis à l'ancien ambassadeur qui se porta au-devant du premier ministre allemand. Mais la marquise le rappela : "Attendez, monsieur ; faudra-t-il que je lui montre la miniature de l'impératrice Charlotte ? — Ah ! je crois qu'il sera ravi […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 235

— Oriane, dit à mi-voix Mme de Marsantes, vous disiez que vous alliez voir Mme de Saint-Ferréol, est-ce que vous auriez été assez gentille pour lui dire qu'elle ne m'attende pas à dîner ? Je resterai chez moi puisque j'ai Robert.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 235

Il parle trop de mon grand pouvoir, il doit croire que les alouettes me tombent toutes rôties, que j'ai autant de voix [à l'Académie] que j'en veux, et c'est pour cela qu'il ne m'offre pas la sienne, mais je n'ai qu'à le mettre au pied du mur, là, entre nous deux, et à lui dire : "Hé bien ! votez pour moi", et il sera obligé de le faire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 237

Il parle trop de mon grand pouvoir, il doit croire que les alouettes me tombent toutes rôties, que j'ai autant de voix [à l'Académie] que j'en veux, et c'est pour cela qu'il ne m'offre pas la sienne, mais je n'ai qu'à le mettre au pied du mur, là, entre nous deux, et à lui dire : "Hé bien ! votez pour moi", et il sera obligé de le faire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 237

Sans doute M. de Norpois le recevait avec une extrême politesse, même ne voulait pas qu'il se dérangeât et "prît la peine de venir jusqu'à sa porte", se rendait lui-même à l'hôtel du prince et quand le chevalier teutonique avait lancé: "Je voudrais bien être votre collègue", répondait d'un ton pénétré: "Ah! je serais très heureux!" Et sans doute un naïf, un docteur Cottard se fût dit: "Voyons, il est là chez moi, c'est lui qui a tenu à venir parce qu'il me considère comme un personnage plus important que lui, il me dit qu'il serait heureux que je sois de l'Académie, les mots ont tout de même un sens, que diable, sans doute s'il ne me propose pas de voter pour moi, c'est qu'il n'y pense pas.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 237

"Mon cher ambassadeur, lui dit-il, vous me disiez ce matin que vous ne saviez pas comment me prouver votre reconnaissance ; c'est fort exagéré, car vous ne m'en devez aucune, mais je vais avoir l'indélicatesse de vous prendre au mot."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 240

Il fit sur la politique de ces vingt dernières années une étude pour la Revue des Deux Mondes et s'y exprima à plusieurs reprises dans les termes les plus flatteurs sur M. de Norpois. Celui-ci alla le voir et le remercia. Il ajouta qu'il ne savait comment exprimer sa gratitude.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 240

Quel homme ne sait que, quand une femme qu'il va payer lui dit : "Ne parlons pas d'argent", cette parole doit être comptée, ainsi qu'on dit en musique, comme "une mesure pour rien", et que si plus tard elle lui déclare : "Tu m'as fait trop de peine, tu m'as souvent caché la vérité, je suis à bout", il doit interpréter : "Un autre protecteur lui offre davantage" ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 240

Quel homme ne sait que, quand une femme qu'il va payer lui dit: "Ne parlons pas d'argent", cette parole doit être comptée ainsi qu'on dit en musique, comme "une mesure pour rien" et que si plus tard elle lui déclare: "Tu m'as fait trop de peine, tu m'as souvent caché la vérité, je suis à bout", il doit interpréter: "un autre protecteur lui offre davantage".
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 241

"Monsieur, dit Mme de Villeparisis à M. de Norpois, vous penserez tout à l'heure que vous avez quelque chose à dire au prince au sujet de l'Académie ?"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 242

"Vous ne voulez pas que je vous donne une tasse de thé ou un peu de tarte, elle est très bonne", me dit Mme de Guermantes, désireuse d'avoir été aussi aimable que possible.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 242

Mme de Guermantes baissa les yeux, fit faire un quart de cercle à son poignet pour regarder l'heure. "Oh ! mon Dieu ; il est temps que je dise au revoir à ma tante, si je dois encore passer chez Mme de Saint-Férréol, et je dîne chez Mme Leroi."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 242

Il est vrai que, comme je n'avais même pas une photographie de mon père ou de ma mère dans ma chambre, il n'y avait rien de si choquant à ce qu'il ne s'en trouvât pas de mon oncle Adolphe.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 244

Pendant que je regardais les photographies, Charles Morel examinait ma chambre. Et comme je cherchais où je pourrais les serrer : "Mais comment se fait-il, me dit-il (d'un ton où le reproche n'avait pas besoin de s'exprimer tant il était dans les paroles mêmes), que je n'en voie pas une seule de votre oncle dans votre chambre ?" Je sentis le rouge me monter au visage, et balbutiai : "Mais je crois que je n'en ai pas."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 244

Comme j'avais été très étonné de trouver parmi les photographgies que m'envoyait son père une du portrait de Miss Sacripant (c'est-à-dire Odette) par Elstir, je dis à Charles Morel, en l'accompagnant jusqu'à la porte cochère : "Je crains que vous ne puissiez me renseigner. Est-ce que mon oncle connaissait beaucoup cette dame ? […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 245

Derrière la barrière parfumée que lui faisait la beauté choisie, il était isolé au milieu d'un salon comme au milieu d'une salle de spectacle dans une loge et, quand on venait le saluer,au travers pour ainsi dire de la beauté de sa compagne, il était excusable de répondre fort brièvement et sans s'interrompre de parler à une femme.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 246

Dernièrement Charlus a dîné chez la princesse de Guermantes ; je ne sais comment on a parlé de vous. M. de Norpois leur aurait dit — c'est inepte, n'allez pas vous mettre martel en tête pour cela, personne n'y a attaché d'importance, on savait trop de quelle bouche cela tombait — que vous étiez un flatteur à moitié hystérique.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 250

Dernièrement Charlus a dîné chez la princesse de Guermantes ; je ne sais comment on a parlé de vous. M. de Norpois leur aurait dit — c'est inepte, n'allez pas vous mettre martel en tête pour cela, personne n'y a attaché d'importance, on savait trop de quelle bouche cela tombait — que vous étiez un flatteur à moitié hystérique.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 250

Dernièrement Charlus a dîné chez la princesse de Guermantes; je ne sais pas comment on a parlé de vous. M. de Norpois leur aurait dit, s'est inepte, n'allez pas vous mettre martel en tête pour cela, personne n'y a attaché d'importance, on savait trop de quelle bouche cela tombait, — que vous étiez un flatteur à moitié hystérique.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 250

"N'est-ce pas, monsieur l'ambassadeur, que Mme Leroi est une personne sans intérêt, très inférieure à toutes celles qui fréquentent ici et que j'ai eu raison de ne pas l'attirer ?" Soit indépendance, soit fatigue, M. de Norpois se contenta de répondre par un salut plein de respect mais vide de signification.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 252

Robert m'appela dans le fond du salon où il était avec ma mère. "Que tu as été gentil, lui dis-je, comment te remercier ? Pouvons-nous dîner demain ensemble ? — Demain, si tu veux, mais alors avec Bloch […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 253

Robert m'appela dans le fond du salon où il était avec ma mère. "Que tu as été gentil, lui dis-je, comment te remercier ? Pouvons-nous dîner demain ensemble ? — Demain, si tu veux, mais alors avec Bloch […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 253

Robert m'appela dans le fond du salon où il était avec ma mère. "Que tu as été gentil, lui dis-je, comment te remercier ? Pouvons-nous dîner demain ensemble ? — Demain, si tu veux, mais alors avec Bloch […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 253

Robert m'appela dans le fond du salon où il était avec ma mère. "Que tu as été gentil, lui dis-je, comment te remercier ? Pouvons-nous dîner demain ensemble ? — Demain, si tu veux, mais alors avec Bloch […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 253

"Quant à gentil, continua Saint-Loup, tu prétends que je l'ai été pour toi, mis je n'ai pas été gentil du tout, ma tante dit que c'est toi qui la fuis, que tu ne lui dis pas un mot. Elle se demande si tu n'as pas quelque chose contre elle."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 254

"Puisque je vois que vous allez dans le monde maintenant, faites-moi donc le plaisir de venir me voir. Mais c'est assez compliqué […] Je suis peu chez moi, il faudrait que vous m'écriviez. Mais j'aimerais mieux vous expliquer cela plus tranquillement. Je vais partir dans un moment. Voulez-vous faire deux pas avec moi ? Je ne vous retiendrai qu'un instant."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255

"Puisque je vois que vous allez dans le monde maintenant, faites-moi donc le plaisir de venir me voir. Mais c'est assez compliqué […] Je suis peu chez moi, il faudrait que vous m'écriviez. Mais j'aimerais mieux vous expliquer cela plus tranquillement. Je vais partir dans un moment. Voulez-vous faire deux pas avec moi ? Je ne vous retiendrai qu'un instant."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255

"Puisque je vois que vous allez dans le monde maintenant, faites-moi donc le plaisir de venir me voir. Mais c'est assez compliqué […] Je suis peu chez moi, il faudrait que vous m'écriviez. Mais j'aimerais mieux vous explique cela plus tranquillement. Je vais partir dans un moment. Voulez-vous faire deux pas avec moi ? Je ne vous retiendrai qu'un instant."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255

"Puisque je vois que vous allez dans le monde maintenant, faites-moi donc le plaisir de venir me voir. Mais c'est assez compliqué […] Je suis peu chez moi, il faudrait que vous m'écriviez. Mais j'aimerais mieux vous explique cela plus tranquillement. Je vais partir dans un moment. Voulez-vous faire deux pas avec moi ? Je ne vous retiendrai qu'un instant."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255

[À Charlus qui s'en va] — Vous ferez bien de faire attention, monsieur, lui dis-je. Vous avez pris par erreur le chapeau d'un des visiteurs. — Vous voulez m'empêcher de prendre mon chapeau ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255

[à Charlus qui s'en va] — Vous ferez bien de faire attention, monsieur, lui dis-je. Vous avez pris par erreur le chapeau d'un des visiteurs. — Vous voulez m'empêcher de prendre mon chapeau ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255

— Vous ferez bien de faire attention, monsieur, lui dis-je. Vous avez pris par erreur le chapeau d'un des visiteurs. — Vous voulez m'empêcher de prendre mon chapeau ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 255

Elle qui m'aime tant, que doit-elle se dire ! Pauvre chérie, si tu savais, elle a de telles délicatesses, je ne peux pas te dire, elle a souvent fait pour moi des choses adorables. Ce qu'elle doit être malheureuse en ce moment ! En tout cas, quoi qu'il arrive, je ne veux pas qu'elle me prenne pour un mufle, je cours chez Boucheron chercher le collier [=le lui acheter].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 256

Elle qui m'aime tant, que doit-elle se dire ! Pauvre chérie, si tu savais, elle a de telles délicatesses, je ne peux pas te dire, elle a souvent fait pour moi des choses adorables. Ce qu'elle doit être malheureuse en ce moment ! En tout cas, quoi qu'il arrive, je ne veux pas qu'elle me prenne pour un mufle, je cours chez Boucheron chercher le collier [=le lui acheter].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 256

Elle qui m'aime tant, que doit-elle se dire ! Pauvre chérie, si tu savais, elle a de telles délicatesses, je ne peux pas te dire, elle a souvent fait pour moi des choses adorables. Ce qu'elle doit être malheureuse en ce moment ! En tout cas, quoi qu'il arrive, je ne veux pas qu'elle me prenne pour un mufle, je cours chez Boucheron chercher le collier [=le lui acheter].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 256

Elle qui m'aime tant, que doit-elle se dire ! Pauvre chérie, si tu savais, elle a de telles délicatesses, je ne peux pas te dire, elle a souvent fait pour moi des choses adorables. Ce qu'elle doit être malheureuse en ce moment ! En tout cas, quoi qu'il arrive, je ne veux pas qu'elle me prenne pour un mufle, je cours chez Boucheron chercher le collier [=le lui acheter].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 256

"Comment, Robert, tu t'en vas ? C'est sérieux ? Mon petit enfant ! Le seul jour où je pouvais t'avoir !" Et presque bas, sur le ton le plus naturel, d'une voix d'où elle s'efforçait de bannir toute tristesse pour ne pas inspirer à son fils une pitié qui eût peut-être cruelle pour lui, ou inutile et bonne seulement à l'irriter, comme un argument de simple bon sens elle ajouta : "Tu sais que ce n'est pas gentil ce que tu fais là."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 257

Robert m'entraîna brusquement vers sa mère. "Adieu, lui dit-il ; je suis forcé de partir. Je ne sais quand je reviendrai en permission, sans doute pas avant un mois. Je vous l'écrirai dès que je le saurai."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 257

"Mon Dieu, s'il n'était pas encore parti, j'aurais voulu le rattraper, non pas pour le retenir certes, mais pour lui dire que je ne lui en veux pas, que je trouve qu'il a eu raison. Cela ne vous ennuie pas que je regarde sur l'escalier ?" Et nous allâmes jusque-là : "Robert ! Robert ! cria-t-elle. Non, il est parti, il est trop tard."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 258

Vous ne la connaissez pas ? Je vous en félicite, elle a volé, ruiné je ne sais pas combien de gens, il n'y a pas pis que ça comme fille.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 260

Dans l'escalier, j'entendis derrière moi une voix qui m'interpellait : "Voilà comme vous m'attendez, monsieur." C'était M. de Charlus. "Cela vous est égal de faire quelques pas à pied ? me dit-il sèchement, quand nous fûmes dans la cour. Nous marcherons jusqu'à ce que j'aie trouvé un fiacre qui me convienne. — Vous vouliez parler de quelque chose, monsieur ? — Ah ! voilà, en effet, j'avais certaines choses à vous dire, mais je ne sais trop si je vous les dirai. […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 262

Dans l'escalier, j'entendis derrière moi une voix qui m'interpellait : "Voilà comme vous m'attendez, monsieur." C'était M. de Charlus. "Cela vous est égal de faire quelques pas à pied ? me dit-il sèchement, quand nous fûmes dans la cour. Nous marcherons jusqu'à ce que j'aie trouvé un fiacre qui me convienne. — Vous vouliez parler de quelque chose, Monsieur ? — Ah ! voilà, en effet, j'avais certaines choses à vous dire, mais je ne sais trop si je vous les dirai. […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 262

Dans l'escalier, j'entendis derrière moi une voix qui m'interpellait : "Voilà comme vous m'attendez, monsieur." C'était M. de Charlus. "Cela vous est égal de faire quelques pas à pied ? me dit-il sèchement, quand nous fûmes dans la cour. Nous marcherons jusqu'à ce que j'aie trouvé un fiacre qui me convienne. — Vous vouliez parler de quelque chose, monsieur ? — Ah ! voilà, en effet, j'avais certaines choses à vous dire, mais je ne sais trop si je vous les dirai. […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 262

Il n'y a rien de plus agréable que de se donner de l'ennui pour une personne qui en vaille la peine.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 262

Nous cultivons les bégonias, nous taillons les ifs, par pis-aller, parce que les ifs et les bégonias se laissent faire. Mais nous aimerions mieux donner notre temps à un arbuste humain, si nous étions sûrs qu'il en valût la peine.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 262

Mais nous aimerions mieux donner notre temps à un arbuste humain, si nous étions sûrs qu'il en valût la peine. Toute la question est là ; vous devez vous connaître un peu. En valez-vous la peine ou non ? — Je ne voudrais, monsieur, pour rien au monde, être pour vous une cause de soucis, lui dis-je, mais quant à mon plaisir, croyez bien que tout ce qui me viendra de vous m'en causera un très grand.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 263

Il pourrait même, pendant qu'il y est, frapper à coups redoublés sur sa charogne […] de mère. Voilà qui serait fort bien fait et ne serait pas pour nous déplaire, hein !, petit ami, puisque nous aimons les spectacles exotiques […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 265

Peut-être pourriez-vous demander à votre ami de me faire assister à quelque belle fête au Temple, à une circoncision, à des chants juifs.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 265

[…] je me disais que les rapports, peu étudiés jusqu'ici, me semblait-il, entre la bonté et la méchanceté dans un même cœur, pour divers qu'ils puissent être, seraient intéressants à établir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 266

[…] je me disais que les rapports, peu étudiés jusqu'ici, me semblait-il, entre la bonté et la méchanceté dans un même cœur, pour divers qu'ils puissent être, seraient intéressants à établir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 266

En tout cas, pensez, en ce moment où tous ces malheureux Juifs tremblent devant la fureur stupide des chrétiens, quel honneur pour eux de voir un homme comme moi condescendre à s'amuser de leurs jeux !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 266

M. Drumont a la prétention de mettre les révisionnistes dans le même sac que les protestants et les Juifs. C'est charmant cette promiscuité !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 266

Je l'amenai à un certain médecin (encore un être bien curieux, entre parenthèses, et sur lequel il y aurait beaucoup à dire).
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 267

[…] un jeune cocher, ayant déserté son siège, […] conduisait du fond de la voiture où il était assis sur les coussins, l'air à moitié gris. M. de Charlus l'arrêta vivement. Le cocher parlementa un moment. "De quel côté allez-vous ? — Du vôtre" […] "Mais je ne veux pas remonter sur le siège. Ça vous est égal que je reste dans la voiture ? — Oui, seulement, baissez la capote […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 272

Je vous le répète, il faudra que je vous voie chaque jour et que je reçoive de vous des garanties de loyauté, de discrétion que d'ailleurs, je dois le dire, vous semblez offrir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 272

Nous fîmes prendre ce fébrifuge à ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection, et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire : "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours. Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275

Nous fîmes prendre ce fébrifuge à ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection, et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire : "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours. Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275

Nous fîmes prendre ce fébrifuge à ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection, et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire : "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours. Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275

Nous fîmes prendre ce fébrifuge à ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection, et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire : "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours. Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275

Nous fîmes prendre ce fébrifuge à ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection, et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire : "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours. Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275

Nous fîmes prendre ce fébrifuge à ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection, et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire : "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours. Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275

Nous fîmes prendre ce fébrifuge à ma grand-mère et remîmes alors le thermomètre. Comme un gardien implacable à qui on montre l'ordre d'une autorité supérieure auprès de laquelle on a fait jouer une protection, et qui le trouvant en règle répond : "C'est bien, je n'ai rien à dire, du moment que c'est comme ça, passez", la vigilante tourière ne bougea pas cette fois. Mais, morose, elle semblait dire : "À quoi cela vous servira-t-il ? Puisque vous connaissez la quinine, elle me donnera l'ordre de ne pas bouger, une fois, dix fois, vingt fois. Et puis elle se lassera, je la connais, allez. Cela ne durera pas toujours. Alors, vous serez bien avancés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 275

"Ah ! je ne sais pas, c'est très possible", dit Françoise qui était là et qui entendait pour la première fois le nom de Charcot comme celui de Boulbon. Mais cela ne l'empêchait nullement de dire : "C'est possible." Ses "c'est possible", ses "peut-être", ses "je ne sais pas" étaient exaspérants en pareil cas. On avait envie de lui répondre : " Bien entendu que vous ne le saviez pas puisque vous ne connaissez rien à la chose dont il s'agit ; comment pouvez-vous même dire que c'est possible ou pas, vous n'en savez rien ? En tout cas maintenant vous ne pouvez pas dire que vous ne savez pas ce que Charcot a dit à du Boulbon, etc., vous le savez puisque nous vous l'avons dit, et vos "peut-être", vos "c'est possible" ne sont pas de mise puisque c'est certain."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277

"Ah ! je ne sais pas, c'est très possible", dit Françoise qui était là et qui entendait pour la première fois le nom de Charcot comme celui de Boulbon. Mais cela ne l'empêchait nullement de dire : "C'est possible." Ses "c'est possible", ses "peut-être", ses "je ne sais pas" étaient exaspérants en pareil cas. On avait envie de lui répondre : " Bien entendu que vous ne le saviez pas puisque vous ne connaissez rien à la chose dont il s'agit ; comment pouvez-vous même dire que c'est possible ou pas, vous n'en savez rien ? En tout cas maintenant vous ne pouvez pas dire que vous ne savez pas ce que Charcot a dit à du Boulbon, etc., vous le savez puisque nous vous l'avons dit, et vos "peut-être", vos "c'est possible" ne sont pas de mise puisque c'est certain."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277

"Ah ! je ne sais pas, c'est très possible", dit Françoise qui était là et qui entendait pour la première fois le nom de Charcot comme celui de Boulbon. Mais cela ne l'empêchait nullement de dire : "C'est possible." Ses "c'est possible", ses "peut-être", ses "je ne sais pas" étaient exaspérants en pareil cas. On avait envie de lui répondre : " Bien entendu que vous ne le saviez pas puisque vous ne connaissez rien à la chose dont il s'agit ; comment pouvez-vous même dire que c'est possible ou pas, vous n'en savez rien ? En tout cas maintenant vous ne pouvez pas dire que vous ne savez pas ce que Charcot a dit à du Boulbon, etc., vous le savez puisque nous vous l'avons dit, et vos "peut-être", vos "c'est possible" ne sont pas de mise puisque c'est certain."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277

"Ah ! je ne sais pas, c'est très possible", dit Françoise qui était là et qui entendait pour la première fois le nom de Charcot comme celui de Boulbon. Mais cela ne l'empêchait nullement de dire : "C'est possible." Ses "c'est possible", ses "peut-être", ses "je ne sais pas" étaient exaspérants en pareil cas. On avait envie de lui répondre : " Bien entendu que vous ne le saviez pas puidsque vous ne connaissez rien à la chose dont il s'agit ; comment pouvez-vous même dire que c'est possible ou pas, vous n'en savez rien ? En tout cas maintenant vous ne pouvez pas dire que vous ne savez pas ce que Charcot a dit à du Boulbon, etc., vous le savez puisque nous vous l'avons dit, et vos "peut-être", vos "c'est possible" ne sont pas de mise puisque c'est certain."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277

[…] il commença à parler de Bergotte. "Ah ! je crois bien, Madame, c'est admirable ; comme vous avez raison de l'aimer ! Mais lequel de ses livres préférez-vous ? […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277

« Ah ! je ne sais pas, c'est très possible », dit Françoise qui était là et qui entendait pour la première fois le nom de Charcot comme celui de Boulbon. Mais cela ne l'empêchait nullement de dire : « C'est possible. » Ses « c'est possible », ses « peut-être », ses « je ne sais pas » étaient exaspérants en pareil cas. On avait envie de lui répondre : « Bien entendu que vous ne le saviez pas puisque vous ne connaissez rien à la chose dont il s'agit ; comment pouvez-vous même dire que c'est possible ou pas, vous n'en savez rien ? En tout cas maintenant vous ne pouvez pas dire que vous ne savez pas ce que Charcot a dit à du Boulbon, etc., vous le savez puisque nous vous l'avons dit, et vos "peut-être", vos "c'est possible" ne sont pas de mise puisque c'est certain. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 277

"[…] Vous m'avez dit que vous ne mangiez pas, que vous ne sortiez pas ? — Mais, monsieur, j'ai un peu de fièvre." Il toucha sa main. "Pas en ce moment en tout cas. Et puis la belle excuse ! Ne savez-vous pas que nous laissons au grand air, que nous suralimentons, des tuberculeux qui ont jusqu'à 39° ? — Mais j'ai aussi un peu d'albumine. — Vous ne devriez pas le savoir. […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 278

"[…] Vous m'avez dit que vous ne mangiez pas, que vous ne sortiez pas ? — Mais, monsieur, j'ai un peu de fièvre." Il toucha sa main. "Pas en ce moment en tout cas. Et puis la belle excuse ! Ne savez-vous pas que nous laissons au grand air, que nous suralimentons, des tuberculeux qui ont jusqu'à 39° ? — Mais j'ai aussi un peu d'albumine. — Vous ne devriez pas le savoir. […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 278

Ne me dites pas que vous êtes fatiguée. La fatigue est la réalisation organique d'une idée préconçue. Commencez par ne pas la penser. Et si jamais vous avez une petite indisposition, ce qui peut arriver à tout le monde, ce sera comme si vous ne l'aviez pas, car elle aura fait de vous, selon un mot profond de M. de Talleyrand, un bien portant imaginaire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 282

"Alors, disait-il, vous êtes toujours là. Vous ne pensez pas à vous retirer. — Et pourquoi que je me retirerais, monsieur ? Voulez-vous me dire où je serais mieux qu'ici, où j'aurais plus mes aises et tout le confortable ? […]"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 284

[Le magistrat, habitué des toilettes publiques, dont la femme est morte.] On sentait qu'il avait été tout dérangé dans ses petites habitudes. J'ai tâché de le remonter, je lui ai dit : « Il ne faut pas se laisser aller. Venez comme avant, dans votre chagrin ça vous fera une petite distraction. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 285

Eh bien ! monsieur […] depuis huit ans, vous m'entendez bien, tous les jours que Dieu a faits, sur le coup de 3 heures, il est ici, il reste plus d'une demi-heure pour lire ses journaux en faisant ses petits besoins.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 285

Enfin ma grand-mère sortit [des toilettes], et songeant qu'elle ne chercherait pas à effacer par un pourboire l'indiscrétion qu'elle avait montrée en restant un temps pareil, je battis en retraite pour ne pas avoir une part du dédain que lui témoignerait sans doute la "marquise", et je m'engageai dans une allée, mais lentement, pour que ma grand-mère pût facilement me rejoindre et continuer avec moi. C'est ce qui arriva bientôt. Je pensai que ma grand-mère allait me dire : "Je t'ai fait bien attendre, j'espère que tu ne manqueras tout de même pas tes amis", mais elle ne prononça pas une seule parole […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 286

"Allons, lui dis-je assez légérement pour n'avoir pas l'air de prendre trop au sérieux son malaise, puisque tu as un peu mal au cœur, si tu veux bien nous allons rentrer, je ne veux pas promener aux Champs-Élysées une grand-mère qui a une indigestion. — Je n'osais pas te le proposer à cause de tes amis, me répondit-elle. Pauvre petit ! Mais puisque tu le veux bien, c'est plus sage." J'eus peur qu'elle en remarquât la façon dont elle prononçait ses mots. "Voyons, lui dis-je brusquement, ne te fatigue donc pas à parler, puisque tu as mal au cœur, c'est absurde, attends au moins que nous soyons rentrés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 287

"Allons, lui dis-je assez légérement pour n'avoir pas l'air de prendre trop au sérieux son malaise, puisque tu as un peu mal au cœur, si tu veux bien nous allons rentrer, je ne veux pas promener aux Champs-Élysées une grand-mère qui a une indigestion. — Je n'osais pas te le proposer à cause de tes amis, me répondit-elle. Pauvre petit ! Mais puisque tu le veux bien, c'est plus sage." J'eus peur qu'elle en remarquât la façon dont elle prononçait ses mots. "Voyons, lui dis-je brusquement, ne te fatigue donc pas à parler, puisque tu as mal au cœur, c'est absurde, attends au moins que nous soyons rentrés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 287

"Allons, lui dis-je assez légérement pour n'avoir pas l'air de prendre trop au sérieux son malaise, puisque tu as un peu mal au cœur, si tu veux bien nous allons rentrer, je ne veux pas promener aux Champs-Élysées une grand-mère qui a une indigestion. — Je n'osais pas te le proposer à cause de tes amis, me répondit-elle. Pauvre petit ! Mais puisque tu le veux bien, c'est plus sage." J'eus peur qu'elle en remarquât la façon dont elle prononçait ses mots. "Voyons, lui dis-je brusquement, ne te fatigue donc pas à parler, puisque tu as mal au cœur, c'est absurde, attends au moins que nous soyons rentrés."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 287

"Mais, Monsieur, je ne demande pas que vous receviez ma grand-mère, vous comprendrez après ce que je veux vous dire, elle est peu en état, je vous demande au contraire de passer d'ici une demi-heure chez nous, où elle sera rentrée. — Passer chez vous ? Mais, Monsieur, vous n'y pensez pas. Je dîne chez le ministre du Commerce, il faut que je fasse une visite avant, je vais m'habiller tout de suite, pour comble de malheur un de mes deux habits noirs a été déchiré et l'autre n'a pas de boutonnière pour passer les décorations.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 291

[…] si malade que fût ma grand-mère, en somme plusieurs personnes auraient pu dire qu'à six heures, quand nous revînmes des Champs-Élysées, elles l'avaient saluée, passant en voiture découverte, par un temps superbe. Legrandin, qui se dirigeait vers la place de la Concorde, nous donna un coup de chapeau, en s'arrêtant, l'air étonné. Moi qui n'étais pas encore détaché de la vie, je demandai à ma grand-mère si elle lui avait répondu, lui rappelant qu'il était susceptible. Ma grand-mère, me trouvant sans doute bien léger, leva la main comme pour dire : "Qu'est-ce que cela fait ? Cela n'a aucune importance."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 291

[…] si malade que fût ma grand-mère, en somme plusieurs personnes auraient pu dire qu'à six heures, quand nous revînmes des Champs-Élysées, elles l'avaient saluée, passant en voiture découverte, par un temps superbe. Legrandin, qui se dirigeait vers la place de la Concorde, nous donna un coup de chapeau, en s'arrêtant, l'air étonné. Moi qui n'étais pas encore détaché de la vie, je demandai à ma grand-mère si elle lui avait répondu, lui rappelant qu'il était susceptible. Ma grand-mère, me trouvant sans doute bien léger, leva la main comme pour dire : "Qu'est-ce que cela fait ? Cela n'a aucune importance."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 291

Alors pour la première fois les yeux de ma mère se posèrent passionnément sur ceux de ma grand'mère, ne voulant pas voir le reste de son visage, et elle dit, commençant la liste de ces faux serments que nous ne pouvons pas tenir: — Maman tu seras bientôt guérie, c'est ta fille qui s'y engage.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 295

Quand ma grand'mère souffrait ainsi, la sueur coulait sur son grand front mauve, y collant les mèches blanches, et, si elle croyait que nous n'étions pas dans la chambre, elle poussait des cris: "Ah! c'est affreux!", mais, si elle apercevait ma mère, aussitôt elle employait toute son énergie à effacer de son visage les traces de douleur, ou, au contraire, répétait les mêmes plaintes en les accompagnant d'explications qui donnaient rétrospectivement un autre sens à celles que ma mère avait pu entendre: — Ah! ma fille, c'est affreux, rester couchée par ce beau soleil quand on voudrait aller se promener, je pleure de rage contre vos prescriptions.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 298

Et tout en s'éloignant avec Robert qu'il tenait par l'épaule: "C'est égal, répétait-il, on voit bien que je viens de toucher de la corde de pendu ou tout comme; j'ai une sacrée veine."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 312

M. de Guermantes […] eût fini par sortir, si au même moment il n'avait vu entrer Saint-Loup arrivé le matin même à Paris et accouru aux nouvelles. « Ah ! Elle est bien bonne ! » s'écria joyeusement le duc en attrapant son neveu par sa manche qu'il failli arracher […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 312

Françoise, quand elle avait un grand chagrin, éprouvait le besoin si inutile, mais ne possédait pas l'art si simple, de l'exprimer. Jugeant ma grand'mère tout à fait perdue, c'était ses impressions à elle, Françoise, qu'elle tenait à nous faire connaître. Et elle ne savait que répéter: "Cela me fait quelque chose", du même ton dont elle disait quand elle avait pris trop de soupe aux choux: "J'ai comme un poids sur l'estomac", ce qui dans les deux cas était plus naturel qu'elle ne semblait le croire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 314

On le "trouvait" toujours dans les circonstances graves, et il était si assidu auprès des mourants que les familles, prétendant qu'il était délicat de santé, malgré son apparence robuste, sa voix de basse-taille et sa barbe de sapeur, le conjuraient toujours avec les périphrases d'usage de ne pas venir à l'enterrement. Je savais d'avance que maman qui pensait aux autres milieu de la plus immense douleur lui dirait sous une tout autre forme ce qu'il avait l'habitude de s'entendre toujours dire: — Promettez-moi que vous ne viendrez pas "demain". Faites-le pour "elle". Au moins n'allez pas "là-bas". Elle vous avait demandé de ne pas venir. Rien n'y faisait; il était toujours le premier à la "maison", à cause de quoi on lui avait donné dans un autre milieu, le surnom que nous ignorions de "ni fleurs ni couronnes". Et avant d'aller à "tout", il avait toujours "pensé à tout", ce qui lui valait ces mots: "Vous on ne vous dit pas merci."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 315

On le "trouvait" toujours dans les circonstances graves, et il était si assidu auprès des mourants que les familles, prétendant qu'il était délicat de santé, malgré son apparence robuste, sa voix de basse-taille et sa barbe de sapeur, le conjuraient toujours avec les périphrases d'usage de ne pas venir à l'enterrement. Je savais d'avance que maman qui pensait aux autres milieu de la plus immense douleur lui dirait sous une tout autre forme ce qu'il avait l'habitude de s'entendre toujours dire: — Promettez-moi que vous ne viendrez pas "demain". Faites-le pour "elle". Au moins n'allez pas "là-bas". Elle vous avait demandé de ne pas venir. Rien n'y faisait; il était toujours le premier à la "maison", à cause de quoi on lui avait donné dans un autre milieu, le surnom que nous ignorions de "ni fleurs ni couronnes". Et avant d'aller à "tout", il avait toujours "pensé à tout", ce qui lui valait ces mots: "Vous on ne vous dit pas merci."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 315

On me fit m'essuyer les yeux avant que j'allasse embrasser ma grand-mère [mourante]. — Mais je croyais qu'elle ne voyait plus, dit mon père. — On ne peut jamais savoir, répondit le docteur.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 318

[Le narrateur est en deuil de sa grand-mère] […] profitant de l'absence de mes parents, partis pour quelques jours à Combray, je comptais ce soir même aller entendre une petite pièce […] De Combray […], consultée, elle [=ma mère] ne m'eût pas répondu par un triste : « Fais ce que tu veux, tu es assez grand pour savoir ce que tu dois faire », mais se reprochant de m'avoir laissé seul à Paris, et jugeant mon chagrin d'après le sien, elle eût souhaité pour lui des distractions qu'elle se fût refusée à elle-même […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 320

Comme elle me disait qu'Elstir était bête et que je me récriais : « Vous ne comprenez pas, répliqua-t-elle en souriant, je veux dire qu'il a été bête en cette circonstance, mais je sais parfaitement que c'est quelqu'un de tout à fait distingué. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 326

Ce n'est pas qu'Albertine ne possédât déjà quand j'était à Balbec un lot très sortable de ces expressions qui décèlent immédiatement qu'on est issu d'une famille aisée, et que d'année en année une mère abandonne à sa fille comme elle lui donne au fur et à mesure qu'elle grandit, dans les circonstances importantes, ses propres bijoux. On avait senti qu'Albertine avait cessé d'être une petite enfant quand un jour, pour remercier d'un cadeau qu'une étrangère lui avait fait, elle avait répondu: "Je suis confuse." Mme Bontemps n'avait pu s'empêcher de regarder son mari qui avait répondu: — Dame, elle va sur ses quatorze ans.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 328

De toute évidence, quand j'avais connu Albertine, le mot de « mousmé » lui était inconnu. Il est vraisemblable que, si les choses eussent suivi leur cours normal, elle ne l'eût jamais appris et je n'y aurais vu pour ma part aucun inconvénient, car nul n'est plus horripilant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 330

— Dites-moi encore un mot, vous savez, à Balbec, quand je ne vous connaissais pas encore, vous aviez souvent un regard dur, rusé, vous ne pouvez pas me dire à quoi vous pensiez à ces moments-là ? — Ah ! je n'ai aucun souvenir. — Tenez, pour vous aider, un jour votre amie Gisèle a sauté à pieds joints par-dessus la chaise où était assis un vieux monsieur. Tâchez de vous rappeler ce que vous avez pensé à ce moment-là.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 335

— Dites-moi encore un mot, vous savez, à Balbec, quand je ne vous connaissais pas encore, vous aviez souvent un regard dur, rusé, vous ne pouvez pas me dire à quoi vous pensiez à ces moments-là ? — Ah ! je n'ai aucun souvenir. — Tenez, pour vous aider, un jour votre amie Gisèle a sauté à pieds joints par-dessus la chaise où était assis un vieux monsieur. Tâchez de vous rappeler ce que vous avez pensé à ce moment-là.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 335

— Dites-moi encore un mot, vous savez, à Balbec, quand je ne vous connaissais pas encore, vous aviez souvent un regard dur, rusé, vous ne pouvez pas me dire à quoi vous pensiez à ces moments-là ? — Ah ! je n'ai aucun souvenir. — Tenez, pour vous aider, un jour votre amie Gisèle a sauté à pieds joints par-dessus la chaise où était assis un vieux monsieur. Tâchez de vous rappeler ce que vous avez pensé à ce moment-là.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 335

Gisèle était celle que nous fréquentions le moins, elle était de la bande si vous voulez, mais pas tout à fait.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 335

Elle, si pressée tout à l'heure, maintenant, et parce qu'elle trouvait sans doute que les baisers impliquent l'amour et que l'amour l'emporte sur tout autre devoir, disait, quand je lui rappelais son dîner . — « Mais ça ne fait rien du tout, voyons, j'ai tout mon temps. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 338

Elle, si pressée tout à l'heure, maintenant, et parce qu'elle trouvait sans doute que les baisers impliquent l'amour et que l'amour l'emporte sur tout autre devoir, disait, quand je lui rappelais son dîner . — « Mais ça ne fait rien du tout, voyons, j'ai tout mon temps. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 338

Comme, lui ayant fait remarquer qu'il était tard, j'ajoutais : « Vous ne me croyez pas ? », elle me répondit, ce qui était peut-être vrai mais seulement depuis deux minutes et pour quelques heures : « Je vous crois toujours. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 339

[…] je viendrai à tout hasard demain ou après-demain dans l'après-midi. Vous ne me recevrez que si vous le pouvez.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 341

[…] elle obliqua, vint à moi et retrouvant le sourire du soir de l'Opéra et que le sentiment pénible d'être aimée par quelqu'un qu'elle n'aimait pas, n'effaçait plus : « Non, ne vous dérangez pas, vous permettez que je m'asseye un instant à côté de vous ? » me dit-elle en relevant gracieusement son immense jupe qui sans cela eût occupé la bergère dans son entier.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 345

Je sentis […] que Mme de Guermantes avait le désir de me faire goûter à ce qu'elle avait de plus agréable quand elle me dit, mettant d'ailleurs devant mes yeux comme la beauté violâtre d'une arrivée chez la tante de Fabrice et le miracle d'une présentation au comte Mosca : « Vendredi vous ne seriez pas libre, en petit comité ? Ce serait gentil… Il y aura la princesse de Parme qui est charmante ; d'abord je ne vous inviterais pas si ce n'était pas pour rencontrer des gens agréables… »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 347

J'ignorais absolument que le baron eût tous ces talents dont il ne parlait jamais. Disons en passant que M. de Charlus n'était pas enchanté que dans sa famille on l'appelât Palamède. Pour Mémé, on eût pu comprendre que cela ne lui plût pas.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 349

« Hé bien ! je vous quitte, me dit comme à regret Mme de Guermantes. Il faut que j'aille une seconde chez la princesse de Ligne. Vous n'y allez pas ? Non, vous n'aimez pas le monde ? Vous avez bien raison, c'est assommant. Si je n'étais pas obligée ! Mais c'est ma cousine, ce ne serait pas gentil. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 351

« Hé bien ! je vous quitte, me dit comme à regret Mme de Guermantes. Il faut que j'aille une seconde chez la princesse de Ligne. Vous n'y allez pas ? Non, vous n'aimez pas le monde ? Vous avez bien raison, c'est assommant. Si je n'étais pas obligée ! Mais c'est ma cousine, ce ne serait pas gentil. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 351

« Hé bien ! je vous quitte, me dit comme à regret Mme de Guermantes. Il faut que j'aille une seconde chez la princesse de Ligne. Vous n'y allez pas ? Non, vous n'aimez pas le monde ? Vous avez bien raison, c'est assommant. Si je n'étais pas obligée ! Mais c'est ma cousine, ce ne serait pas gentil. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 351

« Hé bien ! je vous quitte, me dit comme à regret Mme de Guermantes. Il faut que j'aille une seconde chez la princesse de Ligne. Vous n'y allez pas ? Non, vous n'aimez pas le monde ? Vous avez bien raison, c'est assommant. Si je n'étais pas obligée ! Mais c'est ma cousine, ce ne serait pas gentil. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 351

« Hé bien ! je vous quitte, me dit comme à regret Mme de Guermantes. Il faut que j'aille une seconde chez la princesse de Ligne. Vous n'y allez pas ? Non, vous n'aimez pas le monde ? Vous avez bien raison, c'est assommant. Si je n'étais pas obligée !
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 351

« Je vous ai demandé de venir dîner dans cette île parce que j'ai pensé que le cadre vous plairait. Je n'ai du reste rien de spécial à vous dire. Mais j'ai peur qu'il ne fasse bien humide et que vous n'ayez froid. — Mais non. — Vous le dites par amabilité. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 358

Mme de Stermaria se donnerait dès le premier soir, je n'aurais donc pas besoin de convoquer Albertine chez moi, comme pis-aller, pour la fin de la soirée.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 358

« Tu sais, j'ai raconté à Bloch, me dit Saint-Loup, que tu ne l'aimais pas du tout tant que ça, que tu lui trouvais des vulgarités. Voilà comme je suis, j'aime les situations tranchées », conclut-il d'un air satisfait et sur un ton qui n'admettait pas de réplique.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 367

Le patron lui-même perdait le sentiment des distances: "M. le prince de Foix s'est perdu trois fois en venant de la porte Saint-Martin, ne craignit-il pas de dire en riant non sans désigner, comme dans une présentation, le célèbre aristocrate à un avocat israélite qui, tout autre jour, eut été séparé de lui par une barrière bien plus difficile à franchir que la baie ornée de verdures. "Trois fois! voyez-vous ça", dit l'avocat en touchant son chapeau.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 370

Le secret était si bien gardé que, quand l'un d'eux venant au café disait : « Mes excellents bons, je vous aime trop pour ne pas vous annoncer mes fiançailles avec Mlle d'Ambresac », plusieurs exclamations retentissaient, nombre d'entre eux, croyant déjà la chose faite pour eux-mêmes avec elle, n'ayant pas le sang-froid nécessaire pour étouffer au premier moment le cri de leur rage et de leur stupéfaction : « Alors, ça te fait plaisir de te marier, Bibi ? » ne pouvait s'empêcher de s'exclamer le prince de Châtellerault […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 371

Le secret était si bien gardé que, quand l'un d'eux venant au café disait : « Mes excellents bons, je vous aime trop pour ne pas vous annoncer mes fiançailles avec Mlle d'Ambresac », plusieurs exclamations retentissaient, nombre d'entre eux, croyant déjà la chose faite pour eux-mêmes avec elle, n'ayant pas le sang-froid nécessaire pour étouffer au premier moment le cri de leur rage et de leur stupéfaction : « Alors, ça te fait plaisir de te marier, Bibi ? » ne pouvait s'empêcher de s'exclamer le prince de Châtellerault […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 371

Le prince de Foix l'émerveilla au contraire au point qu'il laissa à peine à son interlocuteur le temps de finir sa phrase. "Bien dit, mon prince, bien dit, (ce qui voulait dire, en somme, récité sans faute), c'est ça, c'est ça", s'écria-t-il […].
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 374

Mais au moment où il allait [=Saint-Loup] pénétrer dans la petite salle [réservée à l'aristocratie] il m'aperçut dans la grande [celle du peuple]. « Bon Dieu, cria-t-il, qu'est-ce que tu fais là, et avec la porte ouverte devant toi », dit-il, non sans jeter un regard furieux au patron qui courut la fermer en s'excusant sur les garçons : « Je leur dis toujours de la tenir fermée. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 374

J'avais été obligé de déranger ma table et d'autres qui étaient devant la mienne, pour aller à lui [Saint-Loup]. « Pourquoi as-tu bougé ? Tu aimes mieux dîner là que dans la petite salle [celle de l'aristocratie] ? Mais, mon pauvre petit, tu vas geler. Vous allez me faire le plaisir de condamner cette porte, dit-il au patron. — À l'instant même, monsieur le marquis, les clients qui viendront à partir de maintenant passeront par la petite salle, voilà tout. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 375

J'avais été obligé de déranger ma table et d'autres qui étaient devant la mienne, pour aller à lui [Saint-Loup]. « Pourquoi as-tu bougé ? Tu aimes mieux dîner là que dans la petite salle [celle de l'aristocratie] ? Mais, mon pauvre petit, tu vas geler. Vous allez me faire le plaisir de condamner cette porte, dit-il au patron. — À l'instant même, monsieur le marquis, les clients qui viendront à partir de maintenant passeront par la petite salle, voilà tout. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 375

[…] le patron revint nous dire que M. le prince de Foix aurait bien voulu que M. le marquis lui permit de venir dîner à une table près de lui. « Mais elles sont toutes prises, répondit Robert en voyant les tables qui bloquaient la mienne. — Pour cela, riposta la patron, cela ne fait rien : si ça pouvait être agréable à M. le marquis, il me serait bien facile de prier ces personnes de changer de place. Ce sont des choses qu'on peut faire pour M. le marquis ! — Mais c'est à toi de décider, me dit Saint-Loup, Foix est un bon garçon, je ne sais pas s'il t'ennuiera, il est moins bête que beaucoup. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 377

[…] le patron revint nous dire que M. le prince de Foix aurait bien voulu que M. le marquis lui permit de venir dîner à une table près de lui. « Mais elles sont toutes prises, répondit Robert en voyant les tables qui bloquaient la mienne. — Pour cela, riposta la patron, cela ne fait rien : si ça pouvait être agréable à M. le marquis, il me serait bien facile de prier ces personnes de changer de place. Ce sont des choses qu'on peut faire pour M. le marquis ! — Mais c'est à toi de décider, me dit Saint-Loup, Foix est un bon garçon, je ne sais pas s'il t'ennuiera, il est moins bête que beaucoup. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 377

[…] le patron revint nous dire que M. le prince de Foix aurait bien voulu que M. le marquis lui permit de venir dîner à une table près de lui. « Mais elles sont toutes prises, répondit Robert en voyant les tables qui bloquaient la mienne. — Pour cela, riposta la patron, cela ne fait rien : si ça pouvait être agréable à M. le marquis, il me serait bien facile de prier ces personnes de changer de place. Ce sont des choses qu'on peut faire pour M. le marquis ! — Mais c'est à toi de décider, me dit Saint-Loup, Foix est un bon garçon, je ne sais pas s'il t'ennuiera, il est moins bête que beaucoup. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 377

[…] le patron revint nous dire que M. le prince de Foix aurait bien voulu que M. le marquis lui permit de venir dîner à une table près de lui. « Mais elles sont toutes prises, répondit Robert en voyant les tables qui bloquaient la mienne. — Pour cela, riposta la patron, cela ne fait rien : si ça pouvait être agréable à M. le marquis, il me serait bien facile de prier ces personnes de changer de place. Ce sont des choses qu'on peut faire pour M. le marquis ! — Mais c'est à toi de décider, me dit Saint-Loup, Foix est un bon garçon, je ne sais pas s'il t'ennuiera, il est moins bête que beaucoup. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 377

« Assieds-toi toujours et commence à dîner, j'arrive », et il disparut dans la petite salle.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 377

« Dis-moi pendant que j'y pense, me dit Robert, mon oncle Charlus a quelque chose à te dire. Je lui ai promis que je t'enverrais chez lui demain soir. — Justement, j'allais te parler de lui. Mais demain soîr je dîne chez ta tante Guermantes. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 379

« Dis-moi pendant que j'y pense, me dit Robert, mon oncle Charlus a quelque chose à te dire. Je lui ai promis que je t'enverrais chez lui demain soir. — Justement, j'allais te parler de lui. Mais demain soîr je dîne chez ta tante Guermantes. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 379

En quittant le vestibuke, j'avais dit à M. de Guermantes que j'avais un grand désir de voir ses Elstir. « Je suis à vos ordres, M. Elstir est-il donc de vos amis ? […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 384

L'homme le plus avare, le plus sordide, le plus inhumain du Faubourg ayant pour prénom Raphaël, sa charmante, sa fleur sortant aussi du rocher signait toujours Raphaëla ; mais ce sont là simples échantillons de règles innombrables dont nous pourrons toujours, si l'occasion s'en présente, expliquer quelques-unes.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 397

Mme de l'Enclin portant les cheveux en bandeaux, qui lui cachaient entièrement les oreilles, on ne l'appelait jamais que « ventre affamé ».
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 397

Aussitôt l'ordre de servir donné, dans un vaste déclic giratoire, multiple et simultané, les portes de la salle à manger s'ouvrirent à deux battants; un maître d'hôtel qui avait l'air d'un maître des cérémonies s'inclina devant la princesse de Parme et annonça la nouvelle : "Madame est servie", d'un ton pareil à celui dont il aurait dit "Madame se meurt", mais qui ne jeta aucune tristesse dans l'assemblée car ce fut d'un air folâtre et comme l'été, à Robinson, que les couples s'avancèrent l'un derrière l'autre vers la salle à manger, se séparant quand ils avaient gagné leur place où des valets de pied poussaient derrière eux leur chaise; […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 398

« Il paraît qu'elle récite de l'Aristote (elle voulait dire de l'Aristophane) dans le monde. Je ne tolère pas ça chez moi ! »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 411

« Il paraît qu'elle récite de l'Aristote (elle voulait dire de l'Aristophane) dans le monde. Je ne tolère pas ça chez moi ! »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 411

Comme un livre, comme une maison, la qualité d'un « salon », pensait avec raison Mme de Guermantes, a pour pierre angulaire le sacrifice…
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 415

« Qu'est-ce que c'était que cette petite dame en chapeau rose ? — Mais, mon cousin, vous l'avez vue souvent, c'est la vicomtesse de Tours, née Lamarzelle. — Mais savez-vous qu'elle est jolie, elle a l'air spirituel ; s'il n'y avait pas un petit défaut dans la lèvre supérieure, elle serait tout bonnement ravissante. S'il y a un vicomte de Tours il ne doit pas s'embêter. Oriane, savez-vous à qui ses sourcils et la plantation de ses cheveux m'ont fait penser ? À votre cousine Hedwige de Ligne. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 424

« Qu'est-ce que c'était que cette petite dame en chapeau rose ? — Mais, mon cousin, vous l'avez vue souvent, c'est la vicomtesse de Tours, née Lamarzelle. — Mais savez-vous qu'elle est jolie, elle a l'air spirituel ; s'il n'y avait pas un petit défaut dans la lèvre supérieure, elle serait tout bonnement ravissante. S'il y a un vicomte de Tours il ne doit pas s'embêter. Oriane, savez-vous à qui ses sourcils et la plantation de ses cheveux m'ont fait penser ? À votre cousine Hedwige de Ligne. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 424

« D'abord je trouve indigne d'une personne qui a dit quelquefois, je le reconnais, d'assez jolies choses, de faire de mauvais calembours, mais surtout sur mon frère qui est très susceptible et si cela doit avoir pour résultat de me fâcher avec lui, c'est vraiment bien la peine ! […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 425

Aussi en entendant ce mot de taquin appliqué à Charlus parce qu'il donnait un si beau château, Oriane n'a pu s'empêcher de s'écrier, involontairement, je dois le confesser, elle n'y a pas mis de méchanceté, car c'est venu vite comme l'éclair, "Taquin... taquin... Alors c'est Taquin le Superbe!"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 425

— Écoutez, Basin », disait la duchesse dont le moment de donner la réplique à son mari était venu, « je ne sais pourquoi vous dites que cela peut fâcher Palamède, vous savez très bien le contraire. Il est beaucoup trop intelligent pour se froisser de cette plaisanterie stupide qui n'a quoi que ce soit de désobligeant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 425

— Écoutez, Basin », disait la duchesse dont le moment de donner la réplique à son mari était venu, « je ne sais pourquoi vous dites que cela peut fâcher Palamède, vous savez très bien le contraire. Il est beaucoup trop intelligent pour se froisser de cette plaisanterie stupide qui n'a quoi que ce soit de désobligeant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 425

Vous allez faire croire que j'ai dit une méchanceté, j'ai tout simplement répondu quelque chose de pas drôle, mais c'est vous qui y donnez de l'importance par votre indignation. Je ne vous comprends pas.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 425

"Nous parlions du dernier mot d'Oriane qui était ici tout à l'heure", disait-on à une visiteuse qui allait se trouver désolée de ne pas être venue une heure auparavant. "Comment, Oriane était ici?" "Mais oui, vous seriez venue un peu plus tôt", lui répondait la princesse d'Epinay, sans reproche, mais en laissant comprendre tout ce que la maladroite avait raté.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 426

On sait que quand un ministre explique à la Chambre qu'il a cru bien faire en suivant une ligne de conduite qui semble en effet toute simple à l'homme de bon sens qui le lendemain dans son journal lit le compte rendu de la séance, et commence à douter d'avoir eu raison d'approuver le ministre, en voyant que le discours de celui-ci a été écouté au milieu d'une vive agitation et ponctué par des expressions de blâme telles que : « C'est très grave », prononcées par un député dont le nom et les titres sont si longs et suivis de mouvements si accentués que, dans l'interruption tout entière, les mots « c'est très grave ! » tiennent moins de place qu'un hémistiche dans un alexandrin.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 433

[…] au moment où le ministre monte à la tribune dans un profond silence qui déjà met en goût d'émotions artificielles. Les premiers mots du ministre : « Je n'ai pas besoin de dire à la Chambre que j'ai un trop haut sentiment des devoirs du gouvernement pour avoir reçu cette délégation dont l'autorité de ma charge n'avait pas à connaître », sont un coup de théâtre, car c'était la seule hypothèse que le bon sens des députés n'eût pas faite.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 434

Enfin une Courvoisier ayant demandé : « En quoi te mettras-tu, Oriane ? » provoquait la seule réponse à quoi l'on n'eût pas pensé : « Mais en rien du tout ! » et qui faisait beaucoup marcher les langues comme dévoilant l'opinion d'Oriane sur la véritable position mondaine du nouveau ministre de Grèce et sur la conduite à tenir à son égard, c'est-à-dire l'opinion qu'on aurait dû prévoir, à savoir qu'une duchesse « n'avait pas à » se rendre au bal travesti de ce nouveau ministre. « Je ne vois pas qu'il y ait nécessité à aller chez le ministre de Grèce, que je ne connais pas, je ne suis pas grecque, pourquoi irais-je là-bas ? je n'ai rien à y faire », disait la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 435

Aussi n'y avait-il pas de jour où l'on n'entendît dire, non seulement "vous connaissez le dernier mot d'Oriane?", mais "vous savez la dernière d'Oriane?" Et de la "dernière d'Oriane", comme du dernier "mot" d'Oriane, on répétait; "C'est bien d'Oriane"; "c'est de l'Oriane tout pur."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 437

Aussi n'y avait-il pas de jour où l'on n'entendît dire, non seulement "vous connaissez le dernier mot d'Oriane?", mais "vous savez la dernière d'Oriane?" Et de la "dernière d'Oriane", comme du dernier "mot" d'Oriane, on répétait; "C'est bien d'Oriane"; "c'est de l'Oriane tout pur."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 437

Dès que Poullein eut quitté la pièce, chacun complimenta la duchesse de sa bonté avec ses gens. « Mais je ne fais qu'être avec eux comme je voudrais qu'on fût avec moi. — Justement ! ils peuvent dire qu'ils ont chez vous une bonne place. — Pas si extraordinaire que ça. Mais je crois qu'ils m'aiment bien. Celui-là est un peu agaçant parce qu'il est amoureux, il croit devoir prendre des airs mélancoliques; »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 442

Dès que Poullein eut quitté la pièce, chacun complimenta la duchesse de sa bonté avec ses gens. « Mais je ne fais qu'être avec eux comme je voudrais qu'on fût avec moi. — Justement ! ils peuvent dire qu'ils ont chez vous une bonne place. — Pas si extraordinaire que ça. Mais je crois qu'ils m'aiment bien. Celui-là est un peu agaçant parce qu'il est amoureux, il croit devoir prendre des airs mélancoliques. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 442

— Oriane, dit la princesse de Parme, j'ai eu l'autre jour la visite de votre cousine d'Heudicourt ; évidemment, c'est une femme d'une intelligence supérieure ; c'est une Guermantes, c'est tout dire, mais on dit qu'elle est médisante. » Le duc attacha sur sa femme un long regard de stupéfaction voulue. Mme de Guermantes se mit à rire. La princesse finit par s'en apercevoir. « Mais… est-ce que vous n'êtes pas… de mon avis ? demanda-t-elle avec inquiétude. — Mais Madame est trop bonne de s'occuper des mines de Basin. Allons, Basin, n'ayez pas l'air d'insinuer du mal de nos parents.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 443

— […] Mme d'Heudicourt ne vous a probablement raconté un bien plus joli mot qu'Oriane lui a dit l'autre jour, en réponse à une invitation à déjeuner ? — Oh ! non ! dites-le ! — Voyons, Basin, taisez-vous, d'abord ce mot est stupide et va me faire juger par la princesse comme encore inférieure à ma cruche de cousine. Et puis, je ne sais pas pourquoi je dis ma cousine. C'est une cousine à Basin. Elle est tout de même un peu parente avec moi.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 444

« Oriane, c'est très joli ce que dit la princesse, elle dit que c'est "bien rédigé". — Mais, mon ami, vous ne m'apprenez rien, je sais que la princesse est très spirituelle », répondit Mme de Guermantes […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 446

Tu mangeras une purée de marrons, je ne te dis que ça et il y aura sept petites bouchées à la reine." "Sept petites bouchées, s'écria Oriane. Alors c'est que nous serons au moins huit!" Au bout de quelques instants, la princesse ayant compris laissa éclater son rire comme un roulement de tonnerre. "Ah! nous serons donc huit, c'est ravissant! Comme c'est bien rédigé! dit-elle, ayant dans un suprême effort retrouvé l'expression dont s'était servie Mme d'Epinay et qui s'appliquait mieux cette fois." "Oriane c'est très joli ce que dit la princesse, elle dit que c'est bien rédigé." "Mais, mon ami, vous ne m'apprenez rien, je sais que la princesse est très spirituelle", répondit Mme de Guermantes qui goûtait facilement un mot quand à la fois il était prononcé par une Altesse et louangeait son propre esprit. "Je suis très fière que Madame apprécie mes modestes rédactions. D'ailleurs, je ne me rappelle pas avoir dit cela. Et si je l'ai dit, c'était pour flatter ma cousine, car si elle avait sept bouchées, les bouches, si j'ose m'exprimer ainsi, eussent dépassé la douzaine."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 446

J'insinuai que je n'avais aucune admiration pour M. de Bornier. « Ah ! vous avez quelque chose à lui reprocher ? » me demanda curieusement le duc qui croyait toujours, quand on disait du mal d'un homme, que cela devait tenir à un ressentiment personnel, et du bien d'une femme que c'était le commencement d'une amourette. « Je vois que vous avez une dent contre lui. Qu'est-ce qu'il vous a fait ? Racontez-nous ça ! Mais si, vous devez avoir quelque cadavre entre vous, puisque vous le dénigrez. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 448

J'insinuai que je n'avais aucune admiration pour M. de Bornier. « Ah ! vous avez quelque chose à lui reprocher ? » me demanda curieusement le duc qui croyait toujours, quand on disait du mal d'un homme, que cela devait tenir à un ressentiment personnel, et du bien d'une femme que c'était le commencement d'une amourette. « Je vois que vous avez une dent contre lui. Qu'est-ce qu'il vous a fait ? Racontez-nous ça ! Mais si, vous devez avoir quelque cadavre entre vous, puisque vous le dénigrez. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 448

Je dois du reste avouer à Madame, reprit le duc en s'adressant à la princesse de Parme que, Fille de Roland à part, en littérature et même en musique je suis terriblement vieux jeu, il n'y a pas de si vieux rossignol qui ne me plaise. Vous ne me croiriez peut-être pas, mais le soir, si ma femme se met au piano, il m'arrive de lui demander un vieil air d'Auber, de Boïeldieu, même de Beethoven! Voilà ce que j'aime.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 448

[…] Même dans les Contemplations », ajouta la duchesse, que ses interlocuteurs n'osèrent pas contredire et pour cause, « il y a encore de jolies choses.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 451

Cependant les Cambremer, dont la colère contre Morel était grande, invitèrent une fois, et tout exprès, M. de Charlus, mais sans lui. Ne recevant pas de réponse du baron, ils craignirent d'avoir fait une gaffe, et trouvant quela rancune est mauvaise conseillère, écrivirent un peu tardivement à Morel, platitude qui fit sourire M. de Charlus en lui montrant son pouvoir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 452

— Pauvre femme, elle me fait de la peine ! dit la princesse de Parme à Mme de Guermantes. — Non, que Madame ne s'attendrisse pas, elle n'a que ce qu'elle mérite.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 453

[à propos d'un personnage figurant sur un tableau] « Mon Dieu […] je sais que c'est un homme qui n'est pas un inconnu ni un imbécile dans sa spécialité, maisje suis brouillé avec les noms. Je l'ai là sur le bout de la langue, monsieur… monsieur… enfin peu importe, je ne sais plus.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 457

[à propos d'un personnage figurant sur un tableau] « Mon Dieu […] je sais que c'est un homme qui n'est pas un inconnu ni un imbécile dans sa spécialité, mais je suis brouillé avec les noms. Je l'ai là sur le bout de la langue, monsieur… monsieur… enfin peu importe, je ne sais plus.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 457

[à propos d'un personnage figurant sur un tableau] « Mon Dieu […] je sais que c'est un homme qui n'est pas un inconnu ni un imbécile dans sa spécialité, mais je suis brouillé avec les noms. Je l'ai là sur le bout de la langue, monsieur… monsieur… enfin peu importe, je ne sais plus.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 457

Mais dites donc, vous me semblez tout à fait féru de ces tableaux. Si j'avais su ça, je me serais tuyauté pour vous répondre. Du reste il n'y a pas lieu de se mettre autant martel en tête pour creuser la peinture de M. Elstir que s'il s'agissait de la Source d'Ingres ou des Enfants d'Edouard de Paul Delaroche.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 457

Je suis loin de tout admettre sans distinction dans les tableaux d'Elstir. Il y a à prendre et à laisser. Mais ce n'est pas toujours sans talent. Et il faut avouer que ceux que j'ai achetés sont d'une beauté rare.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 458

Je suis loin de tout admettre sans distinction dans les tableaux d'Elstir. Il y a à prendre et à laisser. Mais ce n'est pas toujours sans talent. Et il faut avouer que ceux que j'ai achetés sont d'une beauté rare.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 458

[M. de Guermantes] ne se rendait pas compte qu'il agaçait notre tante avec ses "sublimes" donnés en veux-tu en voilà. Bref, la tante Madeleine, qui n'a pas sa langue dans sa poche, lui a riposté : "Hé, Monsieur, que garderez-vous alors pour M. de Bossuet ?" (M. de Guermantes croyait que devant un nom célèbre, monsieur et une particule étaient essentiellement Ancien Régime.) C'était à payer sa place.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 461

Chaque fois que la mort dans l'âme il se résignait à aller à une grande soirée chez la princesse de Parme, il les convoquait toutes pour lui donner du courage et ne paraissait ainsi qu'au milieu d'un cercle intime.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 461

J'assurai à la duchesse que je n'avais vu aucune figure célèbre à la soirée de Mme de Villeparisis. "Comment! me dit étourdiment Mme de Guermantes, avouant par là que son respect pour les gens de lettres et son dédain du monde étaient plus superficiels qu'elle ne disait et peut-être même qu'elle ne croyait, comment! il n'y avait pas de grands écrivains! Vous m'étonnez, il y avait pourtant des têtes impossibles!"
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 462

— Pourtant, Oriane, regardez justement votre beau-frère Palamède [de Charlus] dont vous êtes en train de parler ; il n'y a pas de maîtresse qui puisse rêver d'être pleurée comme l'a été cette pauvre Mme de Charlus. — Ah ! répondit la duchesse, que Votre Altesse me permette de ne pas être tout à fait de son avis. Tout le monde n'aime pas être pleuré de la même manière, chacun a ses préférences.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 463

[Mme de Guermantes dit de la manière dont Charlus manifeste le deuil de sa femme que "ce n'est pas un deuil de mari."] Ce n'est pas pour dire du mal du pauvre Mémé [=Charlus] […], reprit la duchesse, je reconnais qu'il est bon comme personne, il est délicieux, il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n'en ont pas généralement. C'est un cœur de femme, Mémé ! — Ce que vous dites est absurde, interrompit vivement M. de Guermantes. Mémé n'a rien d'efféminé, personne n'est plus viril que lui. — Mais je ne vous dis pas qu'il soit efféminé le moins du monde. Comprenez au moins ce que je dis, reprit la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 464

[Mme de Guermantes dit de la manière dont Charlus manifeste le deuil de sa femme que "ce n'est pas un deuil de mari."] Ce n'est pas pour dire du mal du pauvre Mémé [=Charlus] […], reprit la duchesse, je reconnais qu'il est bon comme personne, il est délicieux, il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n'en ont pas généralement. C'est un cœur de femme, Mémé ! — Ce que vous dites est absurde, interrompit vivement M. de Guermantes. Mémé n'a rien d'efféminé, personne n'est plus viril que lui. — Mais je ne vous dis pas qu'il soit efféminé le moins du monde. Comprenez au moins ce que je dis, reprit la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 464

[Mme de Guermantes dit de la manière dont Charlus manifeste le deuil de sa femme que "ce n'est pas un deuil de mari."] Ce n'est pas pour dire du mal du pauvre Mémé [=Charlus] […], reprit la duchesse, je reconnais qu'il est bon comme personne, il est délicieux, il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n'en ont pas généralement. C'est un cœur de femme, Mémé ! — Ce que vous dites est absurde, interrompit vivement M. de Guermantes. Mémé n'a rien d'efféminé, personne n'est plus viril que lui. — Mais je ne vous dis pas qu'il soit efféminé le moins du monde. Comprenez au moins ce que je dis, reprit la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 464

[Mme de Guermantes dit de la manière dont Charlus manifeste le deuil de sa femme que "ce n'est pas un deuil de mari."] Ce n'est pas pour dire du mal du pauvre Mémé [=Charlus] […], reprit la duchesse, je reconnais qu'il est bon comme personne, il est délicieux, il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n'en ont pas généralement. C'est un cœur de femme, Mémé ! — Ce que vous dites est absurde, interrompit vivement M. de Guermantes. Mémé n'a rien d'efféminé, personne n'est plus viril que lui. — Mais je ne vous dis pas qu'il soit efféminé le moins du monde. Comprenez au moins ce que je dis, reprit la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 464

— Il parle latin, enchérit le duc. — Comment, latin ? demanda la princesse. — Ma parole d'honneur ! que Madame demande à Oriane si j'exagère.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 465

— Il parle latin, enchérit le duc. — Comment, latin ? demanda la princesse. — Ma parole d'honneur ! que Madame demande à Oriane si j'exagère.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 465

— Mais puisqu'ils ont rompu, interrompit M. de Bréauté. — Ils ont si pu rompu que l'ai trouvée il y a deux jours dans la garconnière de Robert ; ils n'avaient pas l'air de gens brouillés, je vous assure.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 465

— Mais puisqu'ils ont rompu, interrompit M. de Bréauté. — Ils ont si pu rompu que l'ai trouvée il y a deux jours dans la garconnière de Robert ; ils n'avaient pas l'air de gens brouillés, je vous assure.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 465

[Mme de Guermantes : ] « […] Elle se dit probablement, comme Robert, que sic transit, enfin je ne sais plus », ajouta-t-elle par modestie, quoiqu'elle sût très bien.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 467

Basin sait encore mieux que moi que je dis la vérité, répondit la duchesse, mais il se croit obligé de prendre des airs sévères à cause de votre présence et il a peur que je vous scandalise.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 467

Une demande d'elle maintenant, c'est une raison pour qu'il refuse. — Ah ! dans ces conditions, il vaut mieux que la duchesse ne fasse rien, dit Mme de Parme.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 468

Une demande d'elle maintenant, c'est une raison pour qu'il refuse. — Ah ! dans ces conditions, il vaut mieux que la duchesse ne fasse rien, dit Mme de Parme.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 468

"Mais Madame, s'écria-t-elle, Monserfeuil n'a aucune espèce de crédit ni de pouvoir avec le nouveau gouvernement. Ce serait un coup d'épée dans l'eau." "Je crois qu'il pourrait nous entendre, murmura la princesse en invitant la duchesse à parler plus bas." "Que Votre Altesse ne craigne rien, il est sourd comme un pot," dit sans baisser la voix la duchesse que le général entendit parfaitement.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 470

"Votre Altesse devrait." "Mon Dieu, si vous croyez, dit la princesse, mais il me semble que ce ne sera pas facile." "Mais Madame verra que tout s'arrangera très bien. Ce sont de très bonnes gens, pas bêtes. Nous y avons mené Mme de Chevreuse, ajouta la duchesse sachant la puissance de l'exemple, elle a été ravie.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 475

Comment ! vous avez fait le voyage de Hollande et vous n'êtes pas allé à Haarlem ? s'écria la duchesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 479

"L'empereur est d'une intelligence inouïe, reprit le prince, il aime passionnément les arts; il a sur les œuvres d'art un goût en quelque sorte infaillible, il ne se trompe jamais; si quelque chose est beau, il le reconnaît tout de suite, il le prend en haine. S'il déteste quelque chose il n'y a aucun doute à avoir, c'est que c'est excellent." Tout le monde sourit. "Vous me rassurez, dit la duchesse."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 481

— Est-ce que Norpois n'est pas pour un rapprochement anglo-français ? dit M. de Guermantes. — À quoi ça vous servirait ? » demanda d'un air à la fois irrité et finaud le prince Von qui ne pouvait pas souffrir les Anglais.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 482

Il vous aime beaucoup. Vous pouvez demander à Basin ; si on me fait la réputation d'être aimable, lui ne l'est pas.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 483

Et je comprends très bien […] que ma tante, qui ne l'amuse pas déjà beaucoup comme vieille maîtresse, lui paraisse inutile comme nouvelle épouse. D'autant plus que je crois que, même maîtresse, elle ne l'est plus depuis longtemps. Elle n'a de rapports, si je peux dire, qu'avec le bon Dieu.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 484

Je n'ai pas besoin de vous dire, dit le duc qui se croyait extrêmement moderne, contempteur plus que quiconque de la naissance, et même républicain, « que je n'ai pas beaucoup d'idées communes avec mon cousin. […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 484

— Écoutez, Basin, ce n'est pas la peine de se moquer de Gilbert pour parler comme lui […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 485

Etre la fille de Florimond de Guise et faire un tel mariage, ce serait, comme on dit, à faire rire les poules, que voulez-vous que je vous dise ? Ces derniers mots, que le duc prononçait généralement au milieu d'une phrase, étaient là tout à fait inutiles. Mais il avait un besoin perpétuel de les dire, qui les lui faisait rejeter à la fin d'une période s'ils n'avaient pas trouvé de place ailleurs. C'était pour lui, entre autres choses, comme une question de métrique.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 485

Je veux dire, vous comprendrez à demi-mot, que c'est un homme à qui on pourrait confier sans danger sa fille, mais non son fils.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 493

Son frère Mémé, qui m'est, du reste, pour d'autres raisons (il ne la saluait pas), foncièrement antipathique, a un vrai chagrin des mœurs du duc.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 493

À plusieurs reprises déjà j'avais voulu me retirer, et, plus que pour toute autre raison, à cause de l'insignifiance que ma présence imposait à cette réunion, l'une pourtant de celles que j'avais longtemps imaginées si belles, et qui sans doute l'eût été si elle n'avait pas eu de témoin gênant.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 496

Aussi celle-ci [=la dame d'honneur, en retard] courait-elle vite en emportant les œillets, mais, pour garder son air à l'aise et mutin, elle jeta en passant devant moi : « La princesse trouve que je suis en retard, elle voudrait que nous fussions parties et avoir les œillets tout de même. Dame ! je ne suis pas un petit oiseau, je ne peux pas être à plusieurs endroits à la fois. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 498

« Grâce à cela [=des caoutchoucs américains], vous n'aurez rien à craindre, même s'il reneige et si vous allez loin ; il n'y a plus de saison, me dit la princesse. — Oh ! à ce point de vue, Votre Altesse Royale peut se rassurer, interrompit la dame d'honneur d'un air fin, il ne reneigera pas. — Qu'en savez-vous, Madame ? » demanda aigrement l'excellente princesse de Parme, que seule réussissait à agacer la bêtise de sa dame d'honneur.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 499

Aussi celle-ci [=la dame d'honneur, en retard] courait-elle vite en emportant les œillets, mais, pour garder son air à l'aise et mutin, elle jeta en passant devant moi : « La princesse trouve que je suis en retard, elle voudrait que nous fussions parties et avoir les œillets tout de même. Dame ! je ne suis pas un petit oiseau, je ne peux pas être à plusieurs endroits à la fois. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 499

Grâce à cela [=des snow-boots] vous n'aurez rien à raindre, même s'il reneige et si vous allez loin ; il n'y a plus de saison, me dit la princesse.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 499

[…] elle me dit avec un sourire amène, sans tenir compte de mes dénégations au sujet de l'amiral Jurien de La Gravière [=dont elle me croit le descendant] : « D'ailleurs qu'importe [qu'il neige ou pas] ? Monsieur doit avoir le pied marin. Bon sang ne peut mentir. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 500

De même les vers de Victor Hugo qu'elle m'avait cités étaient, il faut l'avouer, d'une époque antérieure à celle où il est devenu plus qu'un homme nouveau, où il a fait apparaître dans l'évolution une espèce littéraire encore inconnue, douée d'organes plus complexes.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 501

[…] Pour toutes ces raisons, les causeries avec la duchesse ressemblaient à ces connaissance qu'on puise dans une bibliothèque de château, surannée, incomplète […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 502

"Mettez-vous dans le siège Louis XIV", me répondit-il d'un air impérieux et plutôt pour me forcer à m'éloigner de lui que pour m'inviter à m'asseoir. Je pris un fauteuil qui n'était pas loin. "Ah! voilà ce que vous appelez un siège Louis XIV! je vois que vous êtes un jeune homme instruit," s'écria-t-il avec dérision.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 506

Vous avez refusé sans savoir, c'est votre affaire.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 509

Pensez-vous qu'il soit à votre portée de m'offenser ? Vous ne savez donc pas à qui vous parlez ? Croyez-vous que la salive envenimée de cinq cents petits bonshommes de vos amis, juchés les uns sur les autres, arriverait à baver seulement jusqu'à mes augustes orteils ?
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 510

"Monsieur, répondis-je en m'éloignant, vous m'insultez, je suis désarmé puisque vous avez plusieurs fois mon âge, la partie n'est pas égale, d'autre part je ne peux pas vous convaincre, je vous ai juré que je n'avais rien dit." "Alors je mens!" s'écria-t-il d'un ton terrible, et en faisant un tel bond qu'il se trouva debout à deux pas de moi. "On vous a trompé."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 511

[Charlus s'est mis en colère contre le Narrateur ; celui-ci, excédé, s'en va. Charlus le rattrape] « Allons, me dit-il, ne faites pas l'enfant, rentrez une minute ; qui aime bien châtie bien, et si je vous ai bien châtié, c'est que je vous aime bien. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 511

[…] on distinguait les premiers accords de la troisième partie de la 'Symphonie pastorale' […] C'est joli, n'est-ce pas, me dit-il d'un ton légèrement impertinent […] Mais vous vous en fichez comme un poisson d'une pomme. Vous voulez rentrer, quitte à manquer de respect à Beethoven et à moi.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 513

[Charlus parle de son salon] En somme, c'est bien. Ça pourrait peut-être être mieux, mais enfin ce n'est pas mal. N'est-ce pas, il y a de jolies choses, le portrait de mes oncles, le roi de Pologne et le roi d'Angleterre, par Mignard. Mais qu'est-ce que je vous dis, vous le savez aussi bien que moi, puisque vous avez attendu dans ce salon.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 513

[Charlus parle de son salon] En somme, c'est bien. Ça pourrait peut-être être mieux, mais enfin ce n'est pas mal. N'est-ce pas, il y a de jolies choses, le portrait de mes oncles, le roi de Pologne et le roi d'Angleterre, par Mignard. Mais qu'est-ce que je vous dis, vous le savez aussi bien que moi, puisque vous avez attendu dans ce salon.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 513

« Allons bon ! dit-il, voilà que j'ai oublié le principal. En souvenir de Mme votre grand-mère, j'avais fait relier pour vous une édition curieuse de Mme de Sévigné. Voilà qui va empêcher cette entrevue d'être la dernière. Il faut s'en consoler en se disant qu'on liquide rarement en un jour des affaires compliquées. […] — Mais je pourrais la faire chercher sans vous déranger, dis-je obligeamment. — Voulez-vous vous taire, petit sot, répondit-il avec colère, et ne pas avoir l'air grotesque de considérer comme peu de chose l'honneur d'être probablement […] reçu par moi. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 514

« Allons bon ! dit-il, voilà que j'ai oublié le principal. En souvenir de Mme votre grand-mère, j'avais fait relier pour vous une édition curieuse de Mme de Sévigné. Voilà qui va empêcher cette entrevue d'être la dernière. Il faut s'en consoler en se disant qu'on liquide rarement en un jour des affaires compliquées. […] — Mais je pourrais la faire chercher sans vous déranger, dis-je obligeamment. — Voulez-vous vous taire, petit sot, répondit-il avec colère, et ne pas avoir l'air grotesque de considérer comme peu de chose l'honneur d'être probablement […] reçu par moi. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 514

« Allons bon ! dit-il, voilà que j'ai oublié le principal. En souvenir de Mme votre grand-mère, j'avais fait relier pour vous une édition curieuse de Mme de Sévigné. Voilà qui va empêcher cette entrevue d'être la dernière. Il faut s'en consoler en se disant qu'on liquide rarement en un jour des affaires compliquées. […] — Mais je pourrais la faire chercher sans vous déranger, dis-je obligeamment. — Voulez-vous vous taire, petit sot, répondit-il avec colère, et ne pas avoir l'air grotesque de considérer comme peu de chose l'honneur d'être probablement […] reçu par moi. »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 514

Malgré ces affirmations solennelles que nous ne nous reverrions jamais, j'aurais juré que M. de Charlus, ennuyé de s'être oublié tout à l'heure et craignant de m'avoir fait de la peine, n'eût pas été fâché de me revoir encore une fois. Je ne me trompais pas, car au bout d'un moment: "Allons bon! dit-il, voilà que j'ai oublié le principal. En souvenir de madame votre grand'mère, j'avais fait relier pour vous une édition curieuse de Mme de Sévigné. Voilà qui va empêcher cette entrevue d'être la dernière. Il faut s'en consoler en se disant qu'on liquide rarement en un jour des affaires compliquées. Regardez combien de temps a duré le Congrès de Vienne."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 514

Et j'étais, au fond, de son avis, quand elle me disait que Mme de Montmorency était stupide et avait l'esprit ouvert à toutes les choses qu'elle ne comprenait pas, ou quand, apprenant une méchanceté d'elle, la duchesse me disait: "C'est cela que vous appelez une bonne femme, c'est ce que j'appelle un monstre".
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 521

Ce n'est pas à Venise seulement qu'on a de ces points de vue sur plusieurs maisons à la fois qui ont tenté les peintres, mais à Paris tout aussi bien. Je ne dis pas Venise au hasard. C'est à ses quartiers pauvres que font penser certains quartiers pauvres de Paris […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 522

Non, décidément, je ne lui en dirai rien. Du reste vous allez la voir tout à l'heure. Pas un mot de cela, je vous prie.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 527

Si vous vous décidez à aller chez mes cousins, je n'ai pas besoin de vous dire quelle joie nous aurons de passer la soirée aec vous.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 527

"Mais Robert de Saint-Loup pourtant est dreyfusard?" "Ah! tant mieux, d'autant plus que vous savez que sa mère est très contre. On m'avait dit qu'il l'était, mais je n'en étais pas sûr. Cela me fait grand plaisir. Cela ne m'étonne pas, il est très intelligent. C'est beaucoup, cela."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 531

— Mais le duc de Guermantes n'est pas antisémite. — Vous voyez bien que si, puisqu'il est antidreyfusard.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 531

Il n'était pas bien grave non plus que la vague nouvelle atteignît aussi en lui les jugements politiques, et lui fît perdre le souvenir d'avoir traité d'homme d'argent, d'espion de l'Angleterre (c'était une absurdité du milieu Guermantes) Clémenceau, qu'il déclarait maintenant avoir tenu toujours pour une conscience, un homme de fer, comme Cornély. "Non, je ne vous ai jamais dit autrement. Vous confondez."
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 532

« Voyons Oriane, qu'est-ce que vous dites, dit M. de Guermantes. Marie bête ? Elle a tout lu, elle est musicienne comme le violon. — Mais, mon pauvre petit Basin, vous êtes un enfant qui vient de naître. Comme si on ne pouvait pas être tout ça et un peu idiote ! […] »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 534

Avez-vous remarqué, parmi les princes, que les plus gentils ne le sont pas tout à fait ? Mais si, je vous assure ! Il faut toujours qu'ils aient une opinion sur tout. Alors comme ils n'en ont aucune, ils passent la première partie de leur vie à nous demander les nôtres, et la seconde à nous les resservir.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 534

Avez-vous remarqué, parmi les princes, que les plus gentils ne le sont pas tout à fait ? Mais si, je vous assure ! Il faut toujours qu'ils aient une opinion sur tout.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 535

— Je m'excuse d'interrompre pour vous dire que j'ai envoyé la photographie, dit Swann. Je ne comprends pas qu'on ne vous l'ait pas donnée. — Ça ne m'étonne qu'à moitié, dit la duchesse. Mes domestiques ne me disent que ce qu'ils jugent à propos.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 535

— Est-ce que je devrai prendre ce soir des nouvelles de M. le marquis d'Osmond? demanda-t-il. — Mais jamais de la vie, rien avant demain matin.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 536

— […] M. le marquis devrait être mort ; il n'a survécu que grâce à des lavements d'huile camphrée. — Taisez-vous, espèce d'idiot, cria le duc au comble de la colère. Qu'est-ce qui vous demande tout ça ? Vous n'avez rien compris à ce qu'on vous a dit. — Ce n'est pas à moi, c'est à Jules. — Allez-vous vous taire ? hurla le duc, et se tournant vers Swann : Quel bonheur qu'il soit vivant ! Il va reprendre des forces peu à peu. Il est vivant après une crise pareille. C'est déjà une excellente chose. On ne peut pas tout demander à la fois. Ça ne doit pas être désagréable un petit lavement d'huile camphrée, dit le duc, en se frottant les mains.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 537

— Ce sont les médecins qui ont dit qu'il ne passerait pas la soirée. L'un voulait revenir dans la nuit. Leur chef a dit que c'était inutile. M. le marquis devrait être mort ; il n'a survécu que grâce à des lavements d'huile camphrée. — Taisez-vous, espèce d'idiot, cria le duc au comble de la colère. Qu'est-ce qui vous demande tout ça ? Vous n'avez rien compris à ce qu'on vous a dit. — Ce n'est pas à moi, c'est à Jules. — Allez-vous vous taire ? hurla le duc, et se tournant vers Swann. Quel bonheur qu'il soit vivant ! Il va reprendre des forces peu à peu. Il est vivant après une crise pareille. C'est déjà une excellente chose. On ne peut pas tout demander à la fois. Ça ne doit pas être désagréable un petit lavement d'huile camphrée, dit le duc, en se frottant les mains.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 537

— […] M. le marquis devrait être mort ; il n'a survécu que grâce à des lavements d'huile camphrée. — Taisez-vous, espèce d'idiot, cria le duc au comble de la colère. Qu'est-ce qui vous demande tout ça ? Vous n'avez rien compris à ce qu'on vous a dit. — Ce n'est pas à moi, c'est à Jules. — Allez-vous vous taire ? hurla le duc, et se tournant vers Swann : Quel bonheur qu'il soit vivant ! Il va reprendre des forces peu à peu. Il est vivant après une crise pareille. C'est déjà une excellente chose. On ne peut pas tout demander à la fois. Ça ne doit pas être désagréable un petit lavement d'huile camphrée, dit le duc, en se frottant les mains.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 538

Ça ne doit pas être désagréable, un petit lavement d'huile camphrée, dit le duc, se frottant les mains. Il est vivant, qu'est-ce qu'on veut de plus ? Après avoir passé par où il a passé, c'est déjà bien beau.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 538

— Ce sont les médecins qui ont dit qu'il ne passerait pas la soirée. L'un voulait revenir dans la nuit. Leur chef a dit que c'était inutile. M. le marquis devrait être mort ; il n'a survécu que grâce à des lavements d'huile camphrée. — Taisez-vous, espèce d'idiot, cria le duc au comble de la colère. Qu'est-ce qui vous demande tout ça ? Vous n'avez rien compris à ce qu'on vous a dit. — Ce n'est pas à moi, c'est à Jules. — Allez-vous vous taire ? hurla le duc, et se tournant vers Swann. Quel bonheur qu'il soit vivant ! Il va reprendre des forces peu à peu. Il est vivant après une crise pareille. C'est déjà une excellente chose. On ne peut pas tout demander à la fois. Ça ne doit pas être désagréable un petit lavement d'huile camphrée, dit le duc, en se frottant les mains.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 538

— Ce sont les médecins qui ont dit qu'il ne passerait pas la soirée. L'un voulait revenir dans la nuit. Leur chef a dit que c'était inutile. M. le marquis devrait être mort ; il n'a survécu que grâce à des lavements d'huile camphrée. — Taisez-vous, espèce d'idiot, cria le duc au comble de la colère. Qu'est-ce qui vous demande tout ça ? Vous n'avez rien compris à ce qu'on vous a dit. — Ce n'est pas à moi, c'est à Jules. — Allez-vous vous taire ? hurla le duc, et se tournant vers Swann. Quel bonheur qu'il soit vivant ! Il va reprendre des forces peu à peu. Il est vivant après une crise pareille. C'est déjà une excellente chose. On ne peut pas tout demander à la fois. Ça ne doit pas être désagréable un petit lavement d'huile camphrée, dit le duc, en se frottant les mains.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 538

Le valet de pied rentra avec la carte de la comtesse Molé, ou plutôt avec ce qu'elle avait laissé comme carte. Alléguant qu'elle n'en avait pas sur elle, elle avait tiré de sa poche une lettre qu'elle avait reçue, et gardant le contenu avait corné l'enveloppe qui portait le nom: La comtesse Molé. Comme l'enveloppe était assez grande, selon le format du papier à lettres qui était à la mode cette année-là, cette "carte" écrite à la main se trouvait avoir presque deux fois la dimension d'une carte de visite ordinaire. "C'est ce qu'on appelle la simplicité de Mme Molé, dit la duchesse avec ironie. Elle veut nous faire croire qu'elle n'avait pas de cartes et montrer son originalité.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 539

— […] allons dans le vestibule, nous savons au moins pourquoi nous descendons de votre cabinet, tandis que nous ne saurons jamais pourquoi nous descendons des comtes de Brabant. — Je vous ai répété cent fois comment le titre était entré dans la maison de Hesse, dit le duc […] par le mariage d'un Brabant […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 540

Mais, mon petit, ce que vous dites ne tient pas debout et pèche par la base.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 540

Mais, mon petit, ce que vous dites ne tient pas debout et pèche par la base. Vous savez aussi bien que moi qu'il y a des titres de prétention qui subsistent parfaitement si le territoire est occupé par un usurpateur.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 540

— […] Mais où allez-vous mettre un joujou [=une photo] de cette dimension-là ? — Mais dans ma chambre, je veux l'avoir sous les yeux. — Ah ! tant que vous voudrez, si elle est dans votre chambre, j'ai chance de ne la voir jamais », dit le duc […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 542

Mais nous allons regarder votre photographie. Défaites l'enveloppe", dit la duchesse à un valet de pied. "Mais, Oriane, pas ce soir! vous regarderez cela demain, implora le duc […] — Mais ça m'amuse de voir cela avec Charles, dit la duchesse […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 542

Mais nous allons regarder votre photographie. Défaites l'enveloppe", dit la duchesse à un valet de pied. "Mais, Oriane, pas ce soir! vous regarderez cela demain, implora le duc […] — Mais ça m'amuse de voir cela avec Charles, dit la duchesse […] — Hé bien, il viendra vous voir exprès, déclara le duc, à qui sa femme dut céder. Vous passerez trois heures ensemble devant, si ça vous amuse, dit-il ironiquement.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 542

« Hé bien, en un mot la raison qui vous empêchera de venir en Italie ? » questionna la duchesse […] « Mais, ma chère amie, c'est que je serai mort depuis plusieurs mois. D'après les médecins, que j'ai consultés, à la fin de l'année le mal que j'ai, et qui peut du reste m'emporter tout de suite, ne me laissera pas en tous les cas plus de trois ou quatre mois à vivre, et encore c'est un grand maximum », répondit Swann en souriant […]. « Qu'est-ce que vous me dites là ? » s'écria la duchesse en s'arrétant une seconde dans sa marche vers la voiture et en levant ses beaux yeux bleus et mélancoliques, mais pleins d'incertitude. […] Vous voulez plaisanter ? »
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 543

« Hé bien, en un mot la raison qui vous empêchera de venir en Italie ? » questionna la duchesse […] « Mais, ma chère amie, c'est que je serai mort […] », répondit Swann en souriant […]. « Qu'est-ce que vous me dites là ? » s'écria la duchesse en s'arrêtant une seconde dans sa marche vers la voiture et en levant ses beaux yeux bleus et mélancoliques, mais pleins d'incertitude. Placée pour la première fois de se vie entre deux devoirs aussi différents que monter dans sa voiture pour aller dîner en ville, et témoigner de la pitié à un homme qui va mourir, elle ne voyait rien dans le code des convenances qui lui indiquât la jurisprudence à suivre et, ne sachant auquel donner la préférence, elle crut devoir faire semblant de ne pas croire que la seconde alternative eût à se poser, de façon à obéir à la première qui demandait en ce moment moins d'efforts, et pensa que la meilleure manière de résoudre le conflit était de le nier. « Vous voulez plaisanter ? » dit-elle à Swann.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 544

Mme de Guermantes s'avança décidément vers la voiture et redit un dernier adieu à Swann. "Vous savez, nous reparlerons de cela, je ne crois pas un mot de ce que vous dites [Swann dit qu'il va bientôt mourir], mais il faut en parler ensemble. On vous aura bêtement effrayé, venez déjeuner, le jour que vous voudrez (pour Mme de Guermantes tout se résolvait toujours en déjeuners), vous me direz votre jour et votre heure," […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 544

Voyons, Oriane, ne restez pas à bavarder comme cela et à échanger vos jérémiades avec Swann, vous savez bien pourtant que Mme de Saint-Euverte tient à ce qu'on se mette à table à huit heures tapant… Il faut savoir ce que vous voulez, voilà bien cinq minutes que vos chevaux attendent… […]
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 544

— Ce n'est pas laid, dit Swann, et j'avais remarqué les souliers noirs qui ne m'avaient nullement choque. — Je ne vous dis pas, répondit le duc, mais c'est plus élégant qu'ils soient de la même couleur que la robe.
M. Proust, ALRDTP 3, Guermantes, p. 545


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